Papote d’auteur Dany et Miss Aline était avec Benoit Séverac

Papote d’auteur Dany et Miss Aline était avec Benoit Séverac.

Le 29 décembre dernier, Benoit Séverac passait sous le feu des Flingueuses.

Il devait y être question de son dernier roman qui sort demain en librairie

Tuer le fils 

Mais Ge s’en est mêlée et du coup nous avons aussi parler de son roman ado paru mi janvier

Le jour où mon père a disparu 

Allez je vous laisse découvrir tout cela

C’est parti pour :

Papote d’auteur autour du nouveau roman Tuer le fils de Benoît Séverac

Dany : Coucou tout le monde !
On s’était dit le 29 décembre à partir de 9 heures … pour passer au grill notre auteur du jour !

Geneviève : Oups j’avais zappé, merci pour ce rappel Mamie Danièle  🙂 😉

Dany : 😆

Benoît Séverac : Bonjour Dany, bonjour Geneviève, paré à passer au grill.

Dany : 👍

Geneviève : Bonjour Benoît, ravie de te retrouver ce matin.

Dany : Bonjour Ge, bonjour Benoît, Aline va nous rejoindre …Précision pour nos lecteurs … ces propos sont recueillis en toute fin d’année 2019 … vraiment toute fin !
Pour commencer Benoît,  nous te remercions de te prêter au jeu des questions et d’abord, peux-tu te présenter ?

Ge : 👍

Benoît : Bonjour à toutes les trois, et bonjour à vos lecteurs. Ravi de passer sur le grill des Flingueuses.

Ge : Alors petite précision. Normalement je ne suis là qu’en observatrice. Mais il se pourrait que j’intervienne tout de même.

Benoît : Alors, en quelques mots, j’aime bien la biographie que nous avons adoptée pour la sortie de mon prochain bouquin (on aura l’occasion d’en reparler) chez La Manufacture de Livres, parce qu’elle résume bien mon côté hétéroclite et curieux de tout : « Benoît Séverac a grandi aux pieds des Pyrénées et il est devenu toulousain à l’âge de 18 ans. Il a été tour à tour guitariste-chanteur, comédien, saisonnier agricole, gardien de brebis, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur en Angleterre, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il s’est formé à la dégustation de vin en Alsace, est diplômé du Wine and Spirit Education Trust de Londres et il enseigne aujourd’hui l’anglais à l’école vétérinaire de Toulouse. Il a cofondé avec Victor del Arbol et Gildas Girodeau les Molars (association internationale des motards du polar).
Il publie à la fois des romans noirs et policiers pour les adultes et de la littérature jeunesse. »
Et puis, il y a tout dedans : l’identité Sud-Ouest, l’importance des Pyrénées, et donc de la marche en montagne, l’intérêt pour toutes sortes de gens et de professions que l’on peut retrouver dans mes bouquins, l’importance de la gastronomie et l’art de la table, et donc du « recevoir », de l’amitié et du partage, la moto évidemment, le rock’n’roll et la littérature… Tout cela me définit assez bien.

Ge : 👍

Dany : Oups !
Nous allons parler de tes polars aujourd’hui …
Pourquoi ce genre ?

Benoît : Contrairement à ce que les gens pensent souvent, ce n’est pas un choix.
Je peux vous retourner la question : pourquoi aimez-vous le polar ?

Dany : 👍

Benoît : Cela s’impose à moi. J’écris comme je vois le monde.
On ne demande jamais à un poète pourquoi il écrit de la poésie. On comprend que cela s’impose à lui, comme une urgence, une absolue nécessité. C’est mon cas avec la littérature noire. Quoi que je fasse, quelle que soit mon intention de départ, je vais m’attacher à ce qui ne va pas dans notre société, je vais vouloir appuyer là où ça fait mal.

Ge : Alors oui la littérature noire est en effet faite pour toi.

Dany : avec des paysages bucoliques environnant pour … s’isoler, s’inspirer ?

Benoît : On ne peut pas tricher avec ça. On ne peut pas se lever un matin et se dire : « Je vais écrire un polar » si on n’a pas ça au fond de soi. Cela donne de mauvais polars en général, et les gens qui « jouent » à écrire du polar en imaginant que ça se vendra mieux ou que ce sera plus facile à écrire, ou qu’il suffit de suivre un manuel de règles édictées par je-ne-sais-pas-qui (règles qui sont purement un fantasme, que je ne connais pas personnellement), se mettent le doigt dans l’œil mais surtout, trompent leurs lecteurs.

Dany : Avant d’écrire, tu lisais quoi ?

Benoît : Attends, je réponds d’abord à ta question des lieux pour écrire (si j’ai bien compris, c’est la question que tu me poses ?) : je peux écrire n’importe où. Les environnements n’ont aucun effet sur ma concentration. Il suffit que j’aie une heure devant moi pour rentrer dans ma bulle, et j’oublie tout ce qu’il y a comme pollution visuelle ou sonore autour de moi.

Ge : 👍

Benoît : Maintenant, je réponds à ta question suivante (ce que je faisais avant d’écrire)
Si tu lis ma bio (plus haut), tu verras que j’ai fait tout un tas de trucs et de petits boulots dans ma vie. J’ai longtemps pensé (parce qu’on me le répétait très souvent, à l’école ou à la maison) que j’étais inconstant, instable. En fait, c’était déjà de l’écriture. Je m’intéressais à des tas de trucs différents censés me nourrir, et ça a alimenté mon écriture.
Je pense que poser la question de « avant d’écrire » et « après être devenu écrivain » ne correspond pas tout à fait à la façon dont je vis les choses, car j’ai le sentiment que l’écriture a toujours été là, j’ai toujours écrit, et je continue à faire d’autres choses à côté (j’ai un autre métier, par exemple, encore aujourd’hui), pour moi, ce ne sont pas des choses séparées, elles forment un tout, je suis écrivain et plein d’autres trucs, mais écrivain avant tout parce que tout ces autres trucs sont au service de mon écriture.

Benoît : Vous êtes encore là ?
Oh mince, je viens de me rendre compte que j’ai répondu à côté de la question
Tu me demandais ce que je lisais !
Pardon. J’ai démarré trop vite.

Ge : 😆
Pas grave c’est un beau hors sujet 😉
Oui, nous sommes là ? Mais je crois que Danièle aimerait savoir quel lecteur tu es ? Enfin moi je veux le savoir ?
Et peut-être aussi quels ont été tes modèles, si tu en as, tes lectures qui t’ont forgé, qui t’ont formé. Tes inspirations ?

Benoît : Compliqué cette question : un écrivain est un lecteur, j’en suis persuadé, impossible de faire autrement. On aime trop raconter des histoires pour se passer du plaisir que d’autres nous en racontent.
Attends, je réfléchis.
La lecture, dans ma vie, c’est un peu comme tous mes petits boulots : je passe par des phases, et quand je suis dans telle ou telle phase, j’y vais à fond.
Donc, j’ai eu ma période « Romantisme anglais », puis « 20ème siècle américain », puis « auteurs Russes », puis « Sud-Américains »…

Ge : Je comprends j’ai longtemps fonctionné comme cela !

Benoît : Mais les auteurs qui m’ont le plus marqué sont les Américains tels que Paul Auster, Philip Roth, les Anglais tels que David Lodge, Amis (père et fils), les Français du 19ème (je suis un gros fan de Balzac par exemple : à 14 ans, j’étais punk, mais je lisais Eugénie Grandet en boucle !), j’adore Flaubert, j’y reviens souvent, comme un gros gâteau qu’on garde au frigo et dont on va se couper une tranche régulièrement en se disant « Putain, c’est bon » mais dont on sait qu’il ne faut pas en abuser… Non pas que Flaubert fasse grossir, mais je l’ai déjà lu et il y a tant d’autres choses à découvrir…
Céline m’a profondément marqué en termes de narration, de rythme.
Marguerite Duras pour son jeu de ponctuation.
Annie Ernault m’a réconcilié avec l’auto-fiction
etc etc

Dany : et chez les polardeux ? Des modèles, des coups de cœur ?

Benoît : Je ne vais citer aucun Français. Non pas qu’il n’y en a pas de très bons, mais on se connaît tous, je vais forcément blesser ceux dont je ne parle pas.
A l’étranger donc.

Dany : 👍

Benoît : Je trouve les Américains (Craig Johnson, William Bayer, William Kotzwinkle, Donald Westalke etc.) vraiment balaises. L’Anglais Tim Willocks est également impressionnant (dans tous les sens du terme), j’adore Joe R. Landsdale, moins pour ses Harp et Leonard (que je trouve pourtant très bons, à mourir de rire) que pour ses romans noirs (comme The bottoms)… des œuvres magnifiques.
Vous le constatez : je ne suis pas du tout « thriller »

Dany : 👍

Dany : Et tu as la chance de pouvoir les lire en VO
Ton actualité d’auteur c’est une prochaine sortie … Est-ce que l’on retrouve tes personnages des romans précédents ?

Benoît : Mon actualité, ce sont deux romans : l’un en janvier (littérature ado, intitulé Le jour où mon père a disparu) et l’autre en février (polar adulte à La Manufacture de Livres, intitulé Tuer le fils).
Ce sont de nouveaux personnages. Pour parler de Tuer le fils (La Manufacture de Livres), celui qui sort le 6 février, ce sont même de nouveaux lieux.
J’en avais un peu marre qu’on me dise « auteur toulousain qui raconte des histoires qui se passent dans Toulouse », parce que je ne renie pas mon identité toulousaine, mais cela devenait réducteur. Donc, j’ai choisi une histoire policière qui se passe au SRPJ de Versailles.

Ge : 👍

Matthieu Fabas a tué parce qu’il voulait prouver qu’il était un homme. Un meurtre inutile, juste pour que son père arrête de le traiter comme un moins que rien. Verdict, 15 ans de prison. Le lendemain de sa libération, c’est le père de Matthieu qui est assassiné et le coupable semble tout désigné. Mais pourquoi Matthieu sacrifierait-il encore sa vie ? Pour l’inspecteur Cérisol chargé de l’enquête et pour ses hommes, cela ne colle pas. Reste à plonger dans l’histoire de ces deux hommes, père et fils, pour comprendre leur terrible relation. Derrière cette intrigue policière qu’on ne lâche pas, ce nouveau roman de Benoît Séverac nous parle des sommes de courage et de défis, de renoncements et de non-dits qui unissent un père et un fils cherchant tous deux à savoir ce que c’est qu’être un homme.

Dany : Tu nous fais le pitch sans spolier ?

Benoît : C’est l’histoire d’un jeune homme qui vient de faire 13 ans de prison pour avoir commis un meurtre à cause de son père. Pour lui prouver quelque chose. Le lendemain de sa libération, son père est assassiné. Tout laisse penser que c’est lui le coupable. Mais évidemment, c’est plus compliqué que cela. Les flics (trois policiers de la brigade criminelle du SRPJ de Versailles, donc, trois mecs super que j’ai adoré croquer : le chef de groupe, marié à une aveugle sportive de haut niveau, lui-même fan de confitures ; un vieux Portugais un peu dépressif et un jeune Tae Kwon Doka détenteur d’une thèse en anthropologie) doivent se plonger dans la difficile relation père-fils pour démêler leur affaire. C’est un roman policier d’enquête classique, avec une forte dominante psychologique, voire psychanalytique.

Ge : Exit le roman noir ?

Benoît : Très bonne remarque. En l’occurrence, oui et en même temps pas vraiment… Parce qu’il n’a pas la dimension sociétale voire sociale qu’avaient Trafics et 115, mais tout de même, il aborde les questions (universelles) de la relation père-fils, de l’éducation, de la quête d’identité, de ce que c’est que la virilité, la norme en la matière, les « hors-normes » donc aussi, notre regard sur la différence etc. Mais je ne veux pas trop en dire.
Ma patte est toujours là. Je suis un auteur qui se sert de l’enquête policière pour parler d’autre chose.

Ge : 👍

Dany : Si j’ai bien compris, tu t’éloignes du factuel des banlieues pour plonger dans la psychologie des personnages ?

Benoît : J’ai toujours été très penché sur la psychologie de mes personnages, mais tu as raison, il n’est plus question des quartiers dans Tuer le fils. Il est beaucoup plus question des rapports au sein de la famille (qui nous construisent) qu’entre groupes humains (qui sont aussi notre fondement en tant qu’individu).

Ge : 👍

Dany : Dans tes multiples activités professionnelles tu n’as jamais été flic ! Est-ce que tu as recours à des « experts » pour apporter la précision que j’ai repérée dans Trafics notamment ?

Benoît : Oui, bien sûr. J’ai des tas d’indics chez les policiers toulousains.
En fait, l’image d’administration taiseuse est très éloignée de la réalité.

Miss Aline : Bonjour Benoît, bonjour Ge et bonjour Danièle.

Benoît : Les policiers ont un métier très dur, méconnu du grand public, ils ont très mauvaise presse (souvent à tort, parce qu’on ne connait pas la réalité de leur quotidien, leurs conditions de travail etc.), ils sont donc désireux de parler et de montrer comment les choses se passent sur le terrain. Parce qu’ils connaissent mes écrits, parce qu’ils savent que je ne suis jamais angélique ni machiavélique (je n’épargne pas leur profession mais je ne la caricature pas non plus, je la décris telle qu’elle est, complexe et multiple, comme toute communauté humaine, avec sa cohorte de cons et de gens admirables, comme dans toutes les professions), parce que je nuance mes propos donc, ils me font confiance et m’ouvrent leurs portes, et se confient à moi.

Miss Aline : Puisque l’on parle de réalité, que seriez-vous prêt à faire pour être le plus réaliste possible dans vos ouvrages ? Je pense à une autopsie par exemple !

Benoît : Je suis prêt à tout, à aller très loin, quitte à me mettre en danger, à sortir de ma zone de confort comme on dit maintenant, jusqu’à l’autopsie, oui, bien sûr. J’ai déjà fait pas mal de trucs que je n’aurais jamais eu l’occasion de faire, grâce à mon statut d’écrivain. Mon travail de terrain pour 115 par exemple (qui décrit le monde de la rue, des sans-abris, mais aussi des prostituées) m’a amené loin de mes habitudes pendant l’hiver 2015-16. Il m’arrive fréquemment de voyager (loin parfois) pour récolter du matériau pour un roman. C’est une des dimensions de ce métier que je préfère : chaque roman est une aventure humaine pour moi, avant tout. J’en ressors moins bête, mes romans sont comme des strates qui s’accumulent dans ma vie, et continuent à me nourrir longtemps après leur parution, car je reste en contact avec des gens rencontrés sur le terrain, des professions croisées etc.

Au fait, bonjour Aline !

Miss Aline : 👍

Dany : Pour un Toulousain donc, le SRPJ de Versailles c’est l’exotisme ?

Benoît : Eh eh, oui. Comme quoi, tout est relatif. Mais je suis un caméléon, je m’adapte assez facilement à toute sorte de milieu. Sans juger (c’est important ça), je déploie mes paraboles, j’ouvre les écoutilles, et j’absorbe tout. Il se trouve que ma compagne vivait à Versailles lorsque nous nous sommes rencontrés. Nous étions un de ces couples « easyjet », je montais à Versailles une ou deux fois par mois pour y passer le weekend, et j’ai perçu pas mal de choses… les familles cathos de cinq gosses en jupe plissée et blazer bleu marine avec deux labradors à la sortie de la messe… Elles existent ! Je les ai rencontrées (sans juger, on a dit ! eh eh, c’est parfois difficile), et je me suis dit que je pourrais en faire quelque chose un jour. Et voilà, presque dix ans plus tard, Tuer le fils évoquera Versailles. Vous savez, il y a du potentiel « noir » partout. Les quartiers défavorisés des grandes villes n’ont pas l’apanage du crime social.

Ge : 👍

Benoît : Ou familial.

Miss Aline : Bien qu’observateur aguerri : connaît-on pour autant la nature humaine ? Ses failles ? Ses ambitions ? Ses raisons de passer à l’acte ?

Benoît : On ne les connaît jamais dans toutes leur complexité (les experts, dont c’est le métier, s’y cassent les dents aussi parfois, et heureusement d’ailleurs, cela veut dire que la nature humaine est assez complexe pour ne pas rentrer dans des cases), mais on y travaille. C’est un peu l’intérêt du roman noir, soit dit en passant : s’intéresser aux raisons du passage à l’acte plutôt que de savoir qui a commis le crime (qui serait davantage l’axe choisi par le roman policier plus classique). Tuer le fils s’intéresse vraiment aux deux : qui a tué le père du détenu, mais l’identité du « qui » ne s’éclaire que lorsqu’on a compris le « pourquoi » intime.

Miss Aline : Le « bon » contexte, l’étincelle et tout un chacun peut devenir un meurtrier !

Benoît : Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, vous le verrez en lisant Tuer le fils, mon détenu à moi (il s’appelle Matthieu Fabas) a toutes les raisons d’assassiner son père. Il ne s’agit pas d’une étincelle, en ce qui le concerne, mais d’un feu qui couve depuis longtemps. Beaucoup de choses (comme la violence) se jouent à l’enfance et à l’adolescence, j’en reste convaincu.

Ge : 👍

Ge : En effet la famille est un vaste sujet

Miss Aline : Pourquoi et comment ce personnage s’est il. imposé à vous ?

Benoît : La famille est un sujet universel, une source intarissable d’inspiration pour les scénaristes et les romanciers, et de revenus pour les psy.
Pour répondre à la question d’Aline: tout est né d’un atelier d’écriture que j’ai animé dans un centre de détention. J’ai été marqué par cette expérience et les parcours de vie que j’y ai croisés. Évidemment, personne ne pourra se reconnaitre dans ce roman, tout est inventé, mais le déclic s’est fait là. J’ai vu à quel point certains destins avaient été scellés très tôt. J’ai senti qu’il aurait suffi de pas grand-chose pour que certains (pas tous, je ne généralise pas) ne se retrouvent pas là.

Dany : Tu donnes envie de Tuer le fils avec toi …
Deux sorties prochaines donc … peux-tu donner 3 bonnes raisons aux jeunes d’abord puis aux adultes de te lire ?

Miss Aline : Idem très envie de découvrir ce Tuer le fils .

Ge : Pareil, j’avoue tu m’as harponnée là cher Benoît.
Et je veux bien aussi que l’on parle de ta sortie ado de janvier.
Si tu nous en disais un peu quelques choses, je pourrais faire un petit article sur le blog pour le jour de sa sortie.
Mais finissons d’abord l’entretien de Tuer le fils

Benoît : C’est une requête difficile à satisfaire, parce que je ne veux pas faire le marchand de tapis et tenter de convaincre des gens par des arguments autres que mes propres bouquins. Souvent, je me rends compte que les gens qui ne seraient pas nécessairement portés sur le roman noir, dont les goûts habituels sont plutôt en faveur du thriller par exemple, apprécient mes romans quand ils franchissent le pas de me lire. Quand ils me laissent leur en parler, leur expliquer comment le roman est né, d’où il vient, quand ils voient qui je suis (je ne parle pas de mes qualités ou de mes défauts humains, je parle de l’écrivain habité, passionné que je suis), ils se laissent convaincre et ils me font l’amitié de m’accorder leur confiance et de me lire, et je crois qu’ils sont souvent surpris de ce que peut être un roman noir. Donc, à la rigueur, ce serait mon premier argument :

1) laissez vous surprendre et revenez sur vos représentations du roman noir français.
2) je suis un auteur réaliste mais pas misérabiliste (c’est souvent ce que l’on reproche aux auteurs de romans noirs français) : mes personnages sont attachants, lumineux, même si les situations qu’ils traversent sont dures. Mes romans ne désespèrent pas, ils sont porteurs d’humanité et d’espérance.
3) je m’attache toujours à vous « embarquer » le lecteur, c’est-à-dire que le fil rouge de l’enquête policière n’est pas traité par dessus la jambe. Je fais en sorte que le suspense soit au rendez-vous, qu’on ait envie de tourner les pages malgré la lourdeur des sujets traités. C’est un équilibre subtil à trouver, mais je fais en sorte de le respecter pour que tout le monde y trouve son compte.
Notez que ce sont des arguments qui concernent mes romans ados comme mes romans adultes.

Ge : Justement parlons un peu de ton roman ado

Alors, puisque vous me posez la question, justement, parlons de ma sortie de janvier.
J’avais axè mes réponses sur Tuer le fils essentiellement, sachant que je m’adressais à un public « Mordu de thriller » et donc plutôt adulte, mais…
mais Le jour où mon père a disparu est une chouette histoire aussi !
Vous notez l’omniprésence dans les titres de la question du père et du fils. Eh eh, ça doit être une question qui me travaille ! Facile à psychanalyser !
Bref. Ce qui est intéressant avec Le jour où mon père a disparu (sortie le 16 janvier aux éditions Syros), c’est sa genèse. Je vous explique.
Le jour où mon père a disparu est né d’un engagement. Celui d’une partie de ma famille dans le mouvement Lutte Occitane des années 70. J’ai toujours été attiré par cette quête identitaire, et en même temps, je m’en suis tenu éloigné en y opposant une vision mondialiste (je me considère comme un citoyen du monde), pensant (à tort) que les deux choses étaient opposées. J’étais en réaction, j’imagine.
Et puis, il y a eu un événement déterminant, à l’âge de 52 ans : j’étais l’an dernier (2018) en résidence d’écriture avec Hervé Jubert en Oklahoma (USA), dans la réserve indienne des Osages. Nous nous y trouvions au nom de l’association Oklahoma-Occitania, en repérage pour un roman que nous sommes en train d’écrire.
Nous avons fait la connaissance d’un monsieur âgé, un certain Herman Lookout. Il est l’inventeur de l’alphabet osage et considéré comme un guide spirituel dans sa tribu, un Speaker Master.
Quand il nous a reçus dans son centre culturel, parmi tous les enseignants du centre, il nous a remerciés et félicités de nous intéresser à sa culture. Il a ensuite établi un parallèle (pertinent) entre la culture indienne bafouée par les Blancs et la culture occitane victime de l’hégémonie française. Il a conclu en nous demandant ce que nous faisions, en tant qu’Occitans, pour aider notre langue et notre culture à survivre. Je suis resté sans voix. Qu’étais-je venu faire chez les Indiens à 8000 km de Toulouse, que je ne pouvais faire chez moi pour ma propre culture ?
Comme toujours face à ce genre de question existentielle, ma réponse est dans l’écriture. C’est à ce moment précis que s’est imposé à moi l’urgence d’écrire sur cette question.
J’ai mêlé à la question identitaire occitane une question identitaire familiale. Et c’était parti.
Finalement, ces deux romans sont les romans les plus personnels que j’ai jamais écrits. Je ne dis pas « autobiographiques » car ce n’est pas le cas, mais « personnels ».

Ge : Tu ne dis pas autobiographique mais le militantisme au sein du Front de libération occitan  est visiblement d’après ce que tu nous en dit une affaire de famille, ou je me trompe ?

Benoît : Oui, mais je ne raconte pas du tout l’histoire de ma famille. Ce n’est même pas de l’auto-fiction. Je ne me sers que de ma connaissance familiale de ce milieu, mais l’histoire que je raconte est pure fiction. Les personnages ne ressemblent pas, même de loin, à des membres de ma famille, les événements narrés ne sont jamais arrivés à quelqu’un que je connaisse. Donc, c’est très personnel parce que ça questionne des thématiques qui m’intéressent ou me concernent directement, ou ont concerné ma famille, mais pas davantage.

Ge : Le thème principal de ton polar tourne-t-il uniquement autour de la défense des cultures régionales ou est-il, est-il plus large ? D’ailleurs quel message essaies-tu de faire passer ?

Benoît : Surtout pas de message. Le polar tourne essentiellement autour de la recherche d’identité d’un fils dont le père disparait le jour où un militant du FLO, dont le père a fait partie dans les années 90, s’évade de prison. La famille est paria dans le village depuis que ce militant s’est fait arrêter 8 ans plus tôt, et le fils est tenu dans l’ignorance des raisons qui font que tout le monde, dans le village, les a rejetés. Quand son père disparait, il part à la recherche de cette vérité, mais va tomber sur un secret plus grand encore sur sa propre identité. Le militantisme régionaliste, dans toutes ces nuances et ses formes (jusqu’à la violence ou le rejet de l’autre) n’est utilisé qu’en toile de fond. Ce qui compte véritablement, c’est l’histoire de ce jeune qui va se confronter à lui-même et aux adultes. C’est une espèce de roman initiatique au fond, avec découverte de soi, de l’amour d’une fille, de l’amitié… de la difficulté qu’il y a à accepter le fossé entre ce que l’on voudrait vivre avec les gens et ce qu’ils sont capables ou désireux de vous apporter.

Ge : Un pur roman ado en somme ?

Benoît : Je refuse de délivrer des messages qui dicteraient aux lecteurs ce qu’ils doivent penser. J’offre simplement un espace de réflexion, né de mon propre besoin de réflexion, sans oublier que tout n’est qu’histoire d’humains. Derrière tel ou tel phénomène, parti, acte, profession etc. il y a des gens. Je ne perds jamais cela de vue, et du coup, j’ai du mal à adhérer complètement à des idées, des partis, des dogmes, parce que les humains pris individuellement sont toujours plus compliqués que leur représentation collective.
Yes, un pur roman ado qui fera aussi du bien aux adultes, j’espère.

Ge : 👍

Benoît : Dernière question pour ce matin, il va falloir que je file. On peut continuer ce soir si vous le souhaitez, aux alentours de 18h.

Ge : Pour finir peut-être, 3 raisons, bonnes raisons il va de soi de lire ton roman  ?

Benoît : Euh, j’ai déjà répondu à cette question. Va voir plus haut.
😆

Ge : ah oui je suis bête,  tu as déjà répondu, je te cite : 

« 1) laissez vous surprendre et revenez sur vos représentations du roman noir français.
2) je suis un auteur réaliste mais pas misérabiliste (c’est souvent ce que l’on reproche aux auteurs de romans noirs français) : mes personnages sont attachants, lumineux, même si les situations qu’ils traversent sont dures. Mes romans ne désespèrent pas, ils sont porteurs d’humanité et d’espérance.
3) je m’attache toujours à vous « embarquer » le lecteur, c’est-à-dire que le fil rouge de l’enquête policière n’est pas traité par dessus la jambe. Je fais en sorte que le suspense soit au rendez-vous, qu’on ait envie de tourner les pages malgré la lourdeur des sujets traités. C’est un équilibre subtil à trouver, mais je fais en sorte de le respecter pour que tout le monde y trouve son compte.
Notez que ce sont des arguments qui concernent mes romans ados comme mes romans adultes. »



Ge : du coup Benoit, est-ce facile de faire parler un adolescent d’aujourd’hui ?
Et oui tu pourras répondre plus tard

Benoît : Question intéressante (celle de la parole d’un ado), j’y réponds ce soir.

Ge & Dany : 👍

Ge : parfait

Benoît : Bise à toutes les trois, à plus tard, je vais marcher dans la montagne !

Ge : =-O😆

Dany : quel veinard !


Miss Aline : Bonne balade.



Ge : Oh la chance, quel plaisir la marche en montagne, bonne balade Benoit comme dit Miss Aline.

Moi j’ai commencer à mettre en page pour le 15 ou 16 janvier. Mais nos lecteurs et lectrices pourront lire cette interview dans son intégralité, ce sera bien pour ceux et celles qui n’aurait pas vu l’extrait que j’en ai tire pour la sortie de 

Le jour où mon père a disparu

Un homme s’évade de prison. Et soudain un ado voit sa vie bouleversée.
Aussi loin que remonte la mémoire d’Étienne, ses parents et lui ont toujours été considérés comme des parias au village. Étienne n’a jamais pu participer aux matchs de foot, aux fêtes, avoir une bande de copains… Le plus difficile pour lui, c’est de ne pas connaître les raisons de cette mise à l’écart. Bien sûr, il sait que ses parents ont milité au sein du Front de libération occitan, mais ils ont toujours défendu la tolérance et l’ouverture d’esprit. Le jour où un ancien membre du mouvement s’évade de prison, le père d’Étienne disparaît. Étienne n’a alors plus d’autre choix que de partir en quête de la vérité.

 

 

Ge : Là aussi tu m’as donné envie de lire ce polar jeunesse, et en plus la couverture bleu est super attrayante

——————-17:38

Benoît : Hey, je suis de retour.

Miss Aline : 👍

Benoît : Alors, la parole d’un ado.

Dany : 👍 oui c’est la question que te posait la cheffe en début d’aprés-midi.

Benoît : Je n’écris pas aux ado, qu’ils soient d’aujourd’hui ou d’antan, de la même façon que lorsque j’écris pour les adultes, je ne m’adresse pas à un adulte type.
Cette question de l’ado qui parle est intéressante parce qu’on peut se la poser pour tous les personnages d’un roman. Par exemple, quand on est un auteur homme, est-ce qu’il est facile de faire parler un personnage féminin ? Et si mon héros est Portugais, ou homosexuel, ou néo-nazi, ou séro-positif, est-il facile pour un auteur comme moi (hétéro Français de gauche et en parfaite santé) de faire parler ces personnages ? J’ai l’air de répondre par une pirouette, mais pas du tout, en fait. J’ai bien plus de rapport avec un ado qu’avec une femme, car si j’ai été ado, je n’ai jamais été femme. Donc, j’écris à l’ado que j’ai été et j’essaie de le consoler, parce que j’ai eu une adolescence vraiment torturée, compliquée, avec fugues, pratiques à risque, vol, drogue… la totale. J’ai détesté cette période et je sais que j’en ai gardé des failles toujours pas refermées aujourd’hui. Alors certes, un ado d’aujourd’hui est différent d’un ado d’il y a 40 ans, mais les ressorts, au fond, sont les mêmes : l’incompréhension du monde adulte, le rejet de ce qu’ils nous proposent, le refus de grandir et en même temps l’impatience de gagner son indépendance, l’obsession des filles, l’idée fixe « coucher avec une fille », le regard des autres, le positionnement dans le groupe etc. Tous ces trucs là qu’un ado d’aujourd’hui pense avoir inventés, nous, on y est déjà passé, et on s’en souvient parfaitement contrairement à ce qu’ils pensent. Donc, quand je m’adresse à moi-même et que j’essaie de m’aider à passer ce cap douloureux, je ne peux pas vraiment me tromper. Le reste (leurs tics de langage, leurs chanteurs préférés, leurs jeux vidéo etc. tous ces trucs qui font qu’on peut se planter, on s’en fiche en fait. On peut faire sans, et d’ailleurs c’est même mieux de leur proposer une littérature intemporelle qui leur propose une autre vision d’eux-mêmes plutôt qu’essayer de les imiter maladroitement. On peut leur proposer quelque chose vers laquelle ils ne vont pas spontanément et qui les élève, au sens qui les tire vers le haut. Ils sont sensibles à ça : qu’on ne les prenne pas pour des idiots en essayant de se mettre à leur niveau. Par exemple, moi, quand je lis un roman, j’attends qu’il me bouscule dans mes représentations du monde, et qu’il m’offre une grille de lecture du monde à laquelle je n’aurais pas pensé. Je ne l’oublie pas quand j’écris pour les ados.

Miss Aline : Est-ce à dire qu’un auteur écrit avant tout pour lui , il s’ auto-psychanalyse ?

Benoît : Tout cela soulève la question de l’empathie. Un auteur, pour être authentique, doit travailler là-dessus : développer de l’empathie pour ses personnages. Pas besoin d’avoir vécu tout ce qu’on leur fait vivre, il suffit de se mettre à leur place, dans leur peau, et d’imaginer ce que ça fait de vivre ce qu’ils vivent. A partir de là, on a le droit d’écrire en incarnant les personnages que l’on veut. C’est un des gros chantiers de l’écriture d’un roman : se mettre à la place de ses personnages.
Oui, je pense qu’écrire permet de revenir sur des moments de vie, et les revivre, quitte à en réinventer le déroulement, à le réécrire en sa faveur, alors que dans la vraie vie, on n’a rarement le temps ou la capacité intellectuelle, ou le recul nécessaire pour les analyser en direct.

Dany : Faut-il avoir souffert pour bien faire parler les victimes ?

Benoît : L’écriture, c’est la thérapie des laborieux, ceux qui, comme moi, sont trop sensibles ou trop impulsifs pour comprendre ce qui leur arrive quand ça leur arrive.
Alors, pour répondre à Danièle : non, justement, c’est ce que j’explique plus haut. On n’est pas du tout obligé de souffrir ou de vivre ce que les personnages vivent pour écrire de façon juste, ou authentique.
Grâce à l’empathie, justement.
Sinon, on serait cabossé à la fin d’une carrière d’écrivain, tu imagines ?
Non, ma vie est heureusement 1000 fois plus tranquille et banale que celle des mes personnages.

Dany : Est-ce qu’il est possible que l’on retrouve Sergine un jour ?

Benoît : Hum. Elle n’est pas dans mes projets immédiats, c’est-à-dire pas avant 2022 en tout cas. Je suis parti dans d’autres directions pour les années à venir. Mais je suis touché que tu me demandes ça. Je suis sensible au fait que tu te sois attachée à cette super véto.

Dany : J’aime bien son côté too much ! Un peu la capitaine Marleau en plus jeune et en civil …

Benoît : Oui, c’est vrai. Moi aussi j’aime bien ces personnages bourrus au grand cœur.
D’ailleurs, j’aurais bien vu Corinne Masiero dans son rôle si ça avait été adapté à l’écran.

Dany : 👍

———–Note aux lecteurs : Sergine est l’héroïne (une des héroïnes) des deux premiers thrillers de Benoît Trafics et 115———–

Benoît : Des deux romans noirs précédents (ils n’étaient pas mes premiers romans adultes, il y a eu Rendez-vous au 10 avril et Les Chevelues avant, tous deux respectivement chez Pocket et 10/18.

Dany : Toute une bibliographie à remonter Benoît !

Benoît : Sans oublier une novela « n ne peut pas faire ça à Guy Novès« et un Poulpe Arrête tes six magrets, et bien entendu Wazhazhe aux éditions Le Passage, co-écrit avec Hervé Jubert.
Sans parler de mes cinq romans ado (Le jour où mon père a disparu sera le sixième).

Dany : Benoît, on s’était promis de parler de tes sorties prochaines, c’est fait et on va laisser les lecteurs faire chauffer leur CB … As-tu des salons annoncés ?

Benoît : Bloody Fleury (près de Caen) les 1&2 février
et Quais du Polar les 3-5 avril sont les prochains.

Dany : Tu nous a donné envie d’approfondir notre séveracophilie, as tu une chose que tu souhaiterais partager avant de se quitter ?

Benoît : Merci beaucoup à toutes les trois pour vos questions et vos remarques encourageantes, et pour le coup de projecteur sur mes sorties.
Faites-moi signe quand vous postez l’itw. Et merci à vos lecteurs d’avoir pris le temps de la lire.
Amitiés, Benoît
Une chose à partager avant de se quitter ? N’achetez pas sur des sites commerciaux qui n’aident en rien les biodiversité littéraire, allez chez un libraire, ou commandez en ligne sur le site d’une vraie librairie !

Dany : 👍

Dany : Aline ?

Miss Aline : Merci Benoît pour ce moment de partage. Au plaisir de vous rencontrer.

Dany : Merci Benoît pour ta disponibilité nous l’avons dit en cette période TRÈS chargée. A bientôt et des bises de la doyenne 😉😇
Quant à la Cheffe, absente un moment, elle se joint à nous dans ces remerciements !

Miss Aline : Excellente fin d’année à vous et vos proches.

Dany : pareil …………..

Geneviève : La cheffe est jamais bien loin et elle aimerait remercier Benoit pour ces petites confidences mais aussi ses flingueuses, Mamie Danièle et Miss Aline pour tout le boulot fourni.

A bientôt pour d’autres papotes d’auteurs.

2 réflexions sur “Papote d’auteur Dany et Miss Aline était avec Benoit Séverac

  1. Un auteur bien bavard 😊 et il raconte bien sa position d’auteur , ses inspirations, ses plongées personnelles pour chercher les sujets et les mots. J’aime beaucoup sa biographie. Un vrai caméléon. Il s’adapte aux changements qu’il se choisit. Merci Monsieur pour vous être prêtés à cet interview qui m’en a appris beaucoup à votre sujet.
    Geneviève

    Aimé par 1 personne

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