Génération Offensée de Caroline Fourest

 

Le livre : Génération Offensée de Caroline Fourest. Paru le 26 février 2020 aux éditions Grasset dans la Collection Essai Documents. 17,00 € ; (162 pages); 13 x 20 cm. 

4ème de couverture :

«  C’est l’histoire de petits lynchages ordinaires, qui finissent par envahir notre intimité, assigner nos identités, et censurer nos échanges démocratiques.  Une peste de la sensibilité. Chaque jour, un groupe, une minorité, un individu érigé en représentant d’une cause, exige, menace, et fait plier.
Au Canada, des étudiants exigent la suppression d’un cours de yoga pour ne pas risquer de «  s’approprier  » la culture indienne. Aux États-Unis, la chasse aux sorcière traque les menus asiatiques dans les cantines et l’enseignement des grandes œuvres classiques, jugées choquantes et normatives, de Flaubert à Dostoïevski. Des étudiants s’offusquent à la moindre contradiction, qu’ils considèrent comme des «  micros-agression  », au point d’exiger des «  safe space  ». Où l’on apprend en réalité à fuir l’altérité et le débat.
Selon l’origine géographique ou sociale, selon le genre et la couleur de peau, selon son histoire personnelle, la parole est confisquée. Une intimidation qui va jusqu’à la suppression d’aides à la création et au renvoi de professeurs. La France croyait résister à cette injonction, mais là aussi, des groupes tentent d’interdire des expositions ou des pièces de théâtre… souvent antiracistes  ! La police de la culture tourne à la police de la pensée.  Le procès en «  offense  » s’est ainsi répandu de façon fulgurante. «  L’appropriation culturelle  » est le nouveau blasphème qui ne connaît qu’une religion  : celle des «  origines  ».  »

Sans jamais vouloir  revenir à l’ancien temps, Caroline Fourest trace ici une voie authentiquement féministe et antiraciste, universaliste, qui permet de distinguer le pillage de l’hommage culturel.

 

L’auteur : Caroline Fourest est éditorialiste et réalisatrice. Elle a écrit pour Charlie Hebdo et enseigné à Sciences Po sur la tension multiculturalisme et universalisme. On lui doit une œuvre importante (de Frère Tariq au Génie de la laïcité en passant par La tentation obscurantiste et La dernière utopie).  Son premier film de fiction, « Sœurs d’armes »rend hommage aux combattantes kurdes.

 

Extrait :
La ségrégation musicale n’a jamais fait reculer le moindre préjugé. C’est au contraire le mélange, la source même de la créativité, qui permet de composer un monde commun. On a également reproché aux Rolling Stones d’avoir pillé le répertoire de bluesmen noirs restés dans l’ombre. Muddy Waters, qui fait partie des « pillés », a eu cette phrase géniale à leur sujet : « Ils m’ont volé ma musique, mais ils m’ont donné mon nom. » Sans les Stones, le blues n’aurait jamais franchi les portes du ghetto. Dans quel monde vivrions-nous si le blues était considéré comme une « musique noire » et ne passait que sur des radios « noires » ? À quoi ressemblerait la pop si Madonna ne s’était pas inspirée du Voguing – ce mouvement gay et latino – ou du gospel ? Si elle écoutait les critiques et limitait son inspiration ?

 

 

Les émotions de lecture de Cécile

Génération Offensée de Caroline Fourest

J’ai vu à peu près simultanément le post sur le Collectif Polar : Chronique de Nuit parlant de ce hashtag pour les lectures au féminin du mois de mars et un article chez un de mes contacts FB sur le nouveau livre de Caroline Fourest.

Je suis autant interpellée que l’auteure par la victimisation à outrance, par le retour de la sacralisation de la religion et des excès de l’appropriation culturelle qui met dans le même bain une réalisatrice blanche qui fait un film sur des émeutes dans un quartier noir, des célébrités qui se font des tresses et les dangereux racistes.
Je suis assez admirative aussi de ses différents combats contre l’extrême droite, l’islamisme malgré les menaces et les intimidations.
Pour toutes ces raisons,  Génération Offensée a été mon premier choix pour  #marsaufeminin.

Qu’est-ce que j’y ai appris ? Que je suis une universaliste, je crois fermement à tous les combats pour l’égalité  des droits et des devoirs de chaque être humain avec un droit à l’indifférence quant à ses choix. Et je crois également fermement au métissage et aux combats menés de front commun.

C’est un essai percutant, documentée sur l’évolution de l’anti-racisme, du féminsime, de la lutte homophobe et  de la capacité des plus jeunes générations dans les milieux universitaires à être confrontées à des idées contraires. Cette tendance tend d’ailleurs à contaminer tous les pans de la société quand on voit l’impossibilité d’avoir un débat  argumenté ou d’exposer sainement une idée qui ne convient pas à certains hurleurs. Caroline Fourest se sert de son propre parcours et de sa parfaite connaissance académique du sujet pour étayer son essai.

Certes, c’est une minorité bruyante mais ils font le jeu des conservateurs de tout poil sans parler des racistes, misogynes, homophobes trop contents de voir ce genre de combats inutiles entre progressistes. À lire pour comprendre, pour rester vigilants et pour combattre. Merci à Caroline Fourest de mettre une nouvelle fois en lumière et en essai une tendance préoccupante de nos sociétés. À rester silencieux, nous risquons de perdre le plus grand pouvoir de l’humanité, de comprendre l’autre, de l’accepter et d’avancer.

 

#MarsAuFéminin

12 réflexions sur “Génération Offensée de Caroline Fourest

  1. Une très belle chronique auquel je souscris en tout point Geneviève 🙂 Il ne suffit pas d’interdire pour combattre des idées qui nous paraissent dérangeantes. Se confronter à l’autre, à la diversité des points de vue et accepter des avis divergents des nôtres c’est essentiel dans une démocratie digne de ce nom.

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  2. j’ai prévu de le lire. J’ai bien aimé sa prestation sur la 5 (C l’hebdo ce WE avec Michelle Perret et Delphine Horvilleur…
    idem court passage sur 20h30 le dimanche avec Anne Sinclair et Leila Slimani 🙂
    je me sens universaliste 🙂

    Aimé par 2 personnes

    • Une universaliste (j’aime bien cette découverte de ce que je suis 😅) comme moi ne pourra qu’apprécier sa lecture 😉
      Plus compliqué pour les radicales, les indigénistes, les adeptes du racisés et du safe space et de l’entre soi etc 😉

      Aimé par 2 personnes

  3. En lisant la chronique concernant ce livre, je suis tellement d’accord avec cette analyse. Je suis persuadée qu’en complément du changement climatique, celui ci s’accompagne de craintes exprimées par des constats actuels, où je me rends compte de plus en plus que nous sommes de plus en plus cloisonnées dans nos libertés individuelles, nos pensées. Plus le droit de ceci, plus le droit de cela. Il est bien d’écrire. Cela fera t-il quelque chose ? Cela craint et j’espère que personne ne baissera les bras.

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