Papote d’auteur, Mamie Danièle était avec Hervé Commère 

Papote d’auteur,

Mamie Danièle était avec Hervé Commère

Alors que son nouveau livre, Regarde sort aujourd’hui, Hervé Commère c’est confié à Dany, notre doyenne Flingueuse.

Il sera ici question de son dernier roman, mais pas que. Allez je vous laisse avec notre auteur et Mamie Danièle

ITW Hervé Commère

Dany : Bonjour Hervé Commère, avant de parler de ton actualité, peux-tu te présenter rapidement …

Hervé : Rapidement : j’ai 45 ans, je vis en banlieue parisienne avec ma femme et mes deux enfants (qui ont 3 ans et 8 mois). Je suis publié depuis dix ans, et Regarde est mon septième roman.

Dany : Est-ce que tu confirmes être depuis peu un auteur à plein temps ?

Hervé : Je confirme ! Depuis un an.

Dany : Ça veut donc dire que le lecteur n’aura plus à attendre deux longues années pour connaître le nouveau Commère ?

Hervé : En tout cas, c’est un peu le but. C’est d’ailleurs ce qui s’est enclenché, puisque je suis déjà en train d’écrire un nouveau roman alors que Regarde n’est pas encore sorti. Et puis je travaille sur d’autres projets en parallèle. Ce qui est certain c’est que je ne fais plus qu’écrire. Vous dire que je ferai un roman par an… On ne sait jamais complètement !

Dany : Comment t’est venue l’envie d’écrire ? A quel âge ?

Hervé : L’âge, tout petit. Selon mon frère (qui a sept ans de plus que moi) j’ai toujours inventé des histoires. Je sais aussi que mes rédactions étaient lues à la classe en primaire. Après, savoir d’où ça vient… Mon frère et ma sœur étaient plus grands que moi, mes parents étaient commerçants et passaient beaucoup de temps dans leur magasin, je jouais souvent tout seul. Peut-être que j’ai imaginé des histoires et des personnages à ce moment-là. Après, il y a aussi le goût des mots, et là je crois que c’est une caractéristique familiale. Enfin, il y a l’envie de s’impliquer. L’envie d’écrire un livre puisque tu aimes en lire. L’envie de passer du côté des acteurs. Un truc que nous disait notre père : il faut faire des trucs.

Dany : Qui était ton auteur préféré?

Hervé : Depuis dix ans, quand on me pose la question, je dis Jean-Paul Dubois. Il se trouve qu’il vient d’avoir le prix Goncourt.
Pardon, j’avais lu « est », et non « était » … Je n’ai jamais eu d’auteur préféré.
Et puis j’ai découvert Jean-Paul Dubois il y a dix ans, et j’ai découvert mon auteur favori.

Dany : Quand as-tu donc commencé à « faire des trucs »

Hervé : ça dépend des trucs… Peut-être veux-tu dire « écrire » ?

Dany : des trucs … que ton père préconisait
oui « écrire » … des poèmes, des histoires …

Hervé : Mon père avait surtout peur de la télévision. Tout sauf ça. Va plutôt faire du vélo. J’ai fait des centaines de kilomètres autour de la maison. Quant à écrire, j’ai le souvenir d’avoir rédigé toute une histoire sur des copies doubles quand j’étais en primaire, pour le plaisir. Plus sérieusement au lycée, où j’ai écrit des nouvelles, des poèmes, des articles, des scénarios, sans que rien ne sorte jamais de ma chambre. Et puis un premier roman à vingt ans, que trois éditeurs ont refusé, et j’ai alors pensé qu’il était inutile de chercher davantage. Un deuxième à 25 ans, que je n’ai envoyé nulle part pour me préserver de tout éventuel refus. Et J’attraperai ta mort, il y a dix ans, et puis là c’est parti.

Dany : Tes romans, j’y vois un point commun … dis-moi si tu es d’accord : Le passé nous rattrape toujours

Hervé : C’est inconscient mais en effet, ta réflexion s’applique à chacun de mes romans, je crois. On n’oublie pas, on ne s’en remet pas, on fait avec. On s’adapte. C’est la vie !
Un copain m’a aussi fait remarquer que dans mes histoires, le bien mal acquis ne profitait jamais vraiment. Je ne m’en étais pas rendu compte. Je crois qu’il y a aussi l’amour, présent dans mes histoires.

Dany : Est-ce que ton passé professionnel « touche à tout » te rattrape ? Du moins l’expérience que tu en retires ?

Hervé : Tu veux dire : est-ce-que je puise dedans pour étoffer mes histoires ?

Dany : Tes personnages sont-ils inspirés par tes rencontres ?

Hervé : Tout ce qui se trouve dans mes romans, je l’ai inventé. Hormis un petit passage dans Les ronds dans l’eau, l’histoire d’un Giacometti déniché dans un dépôt-vente, ça c’est vrai – et je connais même le gars qui l’a trouvé, acheté, et revendu. Le reste, c’est de l’invention, de la rêverie, du fantasme, etc. Même si, bien sûr, mes quinze années passées derrière plusieurs comptoirs m’ont rempli la tête d’anecdotes et de personnages parfois hauts en couleurs. Mais je ne recycle rien.

Dany : Quand tu « décides » d’écrire la première ligne … tu penses d’abord aux personnages, au sujet de société en filigrane ou à l’intrigue ?

Hervé : D’abord, je pense à l’histoire globale, et donc au sujet de société juste après. Mais au moment d’écrire, c’est via le personnage. Je me coule dans sa peau, je vois par ses yeux. Et c’est là que je me sens bien. La difficulté, c’est de ne pas perdre le fil. Il faut parfois que je me raccroche à l’histoire que j’ai préparée, et me reprendre.

Dany : Est-ce que tu as besoin de savoir comment va se terminer l’histoire avant de te lancer ?

Hervé : Je n’ai pas écrit tous mes romans de la même façon. J’ai improvisé Imagine le reste de la première à la dernière page. A l’inverse, je connaissais intégralement Sauf quand j’ai commencé sa rédaction. Pour Regarde, je  connaissais surtout parfaitement Mylène, le personnage principal. Je ne savais pas tout ce qui lui arrivait, mais je savais complètement comment elle réagirait quoi qu’il lui arrive.

Dany : Tu es plutôt « plan charpenté sur le mur de ton bureau » ou « post-it partout jusque dans la salle de bains ?

Hervé : Impossible de coller des post-it où que ce soit quand on a une petite fille de trois ans ! Même chose pour le mur du bureau. Non, j’ai un cahier 24/32 à spirale et un Bic quatre couleurs. Et des centaines de pages couvertes d’hypothèses, de questions, de tas de trucs que je suis seul à pouvoir comprendre. Et petit à petit, ça prend forme. Mais au moment de me mettre à écrire, je ne récapitule pas, c’est clair dans ma tête et ça tient en peu d’étapes.

Dany : Maintenant que tu es auteur à plein temps, combien d’heures par jour consacres-tu à la conception (documentation, écriture …) de tes romans ? Te faut-il des pauses pour reprendre pied dans le réel ?

Hervé : Reprendre pied dans le réel, encore une fois, quand on a deux tout petits enfants, c’est assez rapide ! Je ne crois pas avoir besoin de me reconnecter. Ou bien personne n’ose me le dire et je suis complètement hors sol… Je ne sais pas combien d’heures par jour. Beaucoup. Je crois que je travaille plus aujourd’hui que quand j’étais salarié. Quand j’avais un emploi, je n’écrivais pas tous les jours, loin de là. Maintenant, c’est tout le temps.
Encore une chose : je ne fais pas de pause. J’ai toujours une histoire en tête, quel que soit le contexte et mon emploi du temps. C’est depuis très longtemps comme ça.

Dany : Bon le 12 mars 2020 c’est ton jour … une sortie et une nouvelle vie

Hervé : Mon premier roman d’auteur à plein temps, oui. Mais ça n’est pas une nouvelle vie. C’est la suite de la vie d’avant.

Dany : je pensais à Sauf qui va entamer une nouvelle carrière en poche !

Hervé : ah oui, aussi. C’est vrai, période assez chargée !

Dany : Si tu nous parlais de Mylène …

Hervé : Avec plaisir. Je vais te dire une chose qu’on m’a dite hier soir. Un libraire de Toulouse m’a appelé, il venait de finir Regarde, qu’il a beaucoup aimé. Parmi les compliments, il m’a dit : « Mylène, elle donne envie ». Il n’a pas précisé de quoi, et je trouve que c’est encore mieux ainsi. Mylène est une femme de 62 ans qui a fait quelques choix dans sa vie et les assume pleinement. Elle connait ses forces, et aussi ses faiblesses. Elle mesure surtout les différentes chances qu’elle a eues dans sa vie, et sa capacité à saisir le bonheur quand il se présente. Mylène est une femme qui a l’intention de vivre jusqu’à son dernier souffle. Cela peut paraitre bizarre, dit comme ça, mais nous connaissons tous des gens qui s’éteignent petit à petit, ça commence même parfois très jeune. Pas Mylène.

Dany : Elle me plaît bien ta Mylène … Les lecteurs l’ont déjà croisée il me semble …

Hervé : Je l’aime beaucoup aussi.
Oui, les lecteurs l’ont connue dans Sauf, elle est l’employée du dépôt-vente appartenant à Mathieu. Cette fois, c’est elle la narratrice, et c’est à elle qu’il arrive quelque chose.

Dany : Est-ce qu’on peut parler aussi de résilience en ce qui la concerne ?

Hervé : Résilience, je ne sais pas… J’imagine qu’il reviendrait à un psychologue de répondre à la question. Ce qui est certain, c’est qu’elle a continué sa vie, et qu’elle est là où elle souhaite se trouver après avoir vécu un drame : la perte de l’homme qu’elle aimait, dans des circonstances très dure et assez nébuleuses.

Dany : Faut-il avoir lu Sauf pour comprendre Regarde ?

Hervé : Non, les deux romans peuvent se lire complètement indépendamment.

Dany : L’action est contemporaine … où se déroule-t-elle ?

Hervé : Mylène travaille dans un dépôt-vente à Montreuil et habite une chambre de bonne à Paris. Parfois, le week-end, elle loue un appartement quelque part. C’est durant une de ces escapades que l’action commence. Elle a loué une roulotte dans le Lot. Il y aura donc quelques allers et retours vers le Lot, aussi vers le Nord, et une dernière dans un autre endroit encore, mais je pense qu’il vaut mieux ne pas le dire maintenant, non ?

Dany : Oui, il faut laisser aux lecteurs les joies de la découverte !
On dit souvent que tes romans sont des puzzles complexes que tu assembles comme une horloge … ici aussi ?

Hervé : Je crois bien, oui. Je l’ai écrit comme ça, en tout cas. Et ce libraire que j’avais au téléphone hier m’a dit que le mécanisme était au point !
petite chose : concernant le puzzle, l’horlogerie, je ne suis pas conscient de ma manière de faire. Ce n’est ni une recette ni une technique. C’est ma façon de raconter les histoires.

Dany : Soit, pour ma part j’aime ça  … que du bonheur en perspective donc …
Alors, pour ceux et celles qui ne t’auraient jamais lu, donne-moi trois bonnes raisons de lire Regarde ?

Hervé : Je dirais qu’il y a une histoire dense et inattendue. C’est comparable à du dépaysement, je pense. Je crois que l’histoire est surprenante.
Je dirais aussi que les personnages sont vivants. Il n’y a aucun super héros, aucun super méchant non plus. Même si l’histoire est spectaculaire, les personnages sont humains (enfin je crois).
J’emprunte les mots de ce libraire en guise de troisième argument : Mylène, elle donne envie.

Dany : Je ne t’en demanderai pas plus pour l’instant, je n’aime pas les spoils de 4ème de couverture …
Quelques mots de Sauf … si tu veux ?

Hervé : Je vais te dire pourquoi j’ai écrit Sauf. Mon précédent roman s’appelait Ce qu’il nous faut c’est un mort. Il a été très apprécié partout, j’ai eu de nombreux et beaux articles, j’ai été finaliste de deux grands prix, il a été acheté par une production (le projet a depuis été abandonné), bref, un succès. Mais un succès très relatif car c’est le deuxième de mes romans qui s’est le moins vendu. Grosse déception. On ne réagit pas tous de la même façon face à ça. Moi, j’ai senti l’aigreur pointer son nez. Et ça, ça n’est pas possible. Je me suis remis en question, j’ai beaucoup réfléchi, j’ai pesé tout un tas d’arguments, et ai fini par constater que j’avais jusqu’alors écrit les romans que je souhaitais écrire, en espérant qu’ils aient du succès. Mais je n’avais jamais rien fait pour.

Avec Sauf, j’ai cherché à écrire quelque chose qui marche. Rien de contraire à ce que j’aime ou ce que je suis, mais un roman qui puisse être vendu plus facilement, résumable, etc. Je suis heureux d’avoir réfléchi à ça, et heureux que ça ait porté ses fruits, puisque Sauf a très bien marché. Le plus important, c’est que l’aigreur a complètement disparu depuis. C’est long, une vie d’artiste. Je ne sais pas où j’en serai dans cinq ans, ou dix ou trente. Mais aujourd’hui, je suis à ma place et je m’y sens bien.

Dany : Peut-être qu’un jour l’adaptation de Ce qu’il nous faut c’est un mort sera de nouveau d’actualité !
Parlons de ta présence dans les salons … un calendrier (pour le cas où nous survivons …) ?
et où les salons survivent aussi …

Hervé : J’étais justement en train de voir que le salon du livre de Paris est annulé ! Pour le moment, je suis à Quai Du Polar les 3,4 et 5 avril, à Limoges les 15 et 16 mai, à Moncuq le 31 mai, à Templemars le 26 septembre, et à Lamballe les 21 et 22 novembre. D’autres dates vont probablement s’ajouter…

Dany : Je pense que nous avons fait à peu près le tour de Regarde sans dévoiler le suspense et que nous avons donné envie aux lecteurs d’aller chez leur libraire préféré ou en salon. Avant de nous quitter Hervé, y a-t-il quelques chose que tu souhaiterais ajouter … un coup de gueule, un coup de cœur ?

Hervé : Puisqu’on réalise cette interview trois jours après les Césars (oups, il fallait pas le dire ???), j’ai bien sûr en tête l’image d’Adèle Haenel quittant la salle au moment de la récompense de Polanski. En fait, je n’ai pas envie de dissocier l’art de l’homme, et je ne vois pas pourquoi on devrait le faire. Le type est un violeur qui fuit la justice depuis quarante ou cinquante ans, on devrait s’en tenir à ça. Je me fous de ses films, ça vient après. Je n’apprendrai pas à mon fils à faire des bons films ou écrire des bons livres. Je lui dirai : « On ne viole pas, on ne fuit pas ». L’art s’en remettra, pas les victimes.
On ne récompense pas un violeur-fuyeur, quel que soit le chef d’œuvre qu’il a créé, c’est tout.

Dany : Et bien merci à toi d’avoir consacré du temps pour échanger avec le Collectif Polar !  Merci de ta confiance.
Chouette, j’ai rencontré un auteur heureux !

Hervé : Merci à toi, Danièle. Bonne continuation, et longue vie au Collectif Polar  !


Regarde 

Jadis, Mylène a aimé un homme. Ensemble, ils ont fait les 400 coups. Jusqu’au braquage raté d’une bijouterie en Espagne, au cours duquel les deux amoureux se sont fait prendre. Mylène n’a jamais revu Paco : il s’est fait poignarder dans sa cellule un soir.
Aujourd’hui, Mylène est libre. Elle travaille dans un dépôt-vente en banlieue parisienne, et vit dans une chambre de bonne. Parfois, le temps d’un week-end, elle loue un appartement quelque part, et s’imagine une autre vie. Celle qu’elle aurait pu avoir si elle n’avait pas commis les mêmes erreurs. Elle rêve.
Mais ce week-end, Mylène ne rêve pas : dans la roulotte qu’elle a louée pour le week-end, tout la ramène à Paco. Les meubles, les objets, il y a même sa photo au mur. Cela paraît inconcevable, mais on dirait qu’elle est chez lui.

 

Sauf 

4ème de couv : L’année de ses six ans, à l’été 1976, Mat a perdu ses parents dans l’incendie de leur manoir en Bretagne. Rien n’a survécu aux flammes, pas le moindre objet.
Mat est aujourd’hui propriétaire d’un dépôt-vente. Comme à chaque retour de congés, il passe en revue les dernières acquisitions. La veille, ses employés ont récupéré un album photos à couverture de velours. Sur chaque page de cet album, des photos de lui enfant. Sauf que cet album ne devrait plus exister. Il ne peut pas exister. Et pourtant…
Mat a toujours aimé se raconter des histoires, mais à quarante ans passés, il semblerait que la sienne lui ait échappé. De Montreuil à la pointe du Finistère, cherchant à comprendre quel message la vie veut lui adresser, il traquera les vérités, ses vérités, celles que recèle un album de famille resurgi brutalement des décombres.

 

 

 

Lien vers chroniques Sauf : ICI et Là aussi 

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