Sans queue ni tête de Nick Gardel

 

Le livre : Sans queue ni tête de Nick Gardel. Paru le 13 mars 2020 aux éditions Friends Only. 18€. (242 pages) ; 13 X 20 cm.

4e de couv :

Quand les intempéries font remonter à la surface un cadavre, c’est toujours des soucis pour la police.
S’il est décapité, ça ne facilite pas les choses. Alors, si en plus il n’est pas identifié du bon sexe, là, c’est carrément le désastre !
Deux flics, aux antipodes de l’enquêteur habituel, vont tenter de démêler cette affaire qui va se révéler plus surprenante et dangereuse qu’il n’y paraît.

Le dernier né des romans de Nick Gardel revenu d’entre les mort

 

L’auteur : Enseignant dans les paries les plus complexes de l’éducation nationale, rattrapé par une quarantaine qui ne va pas en s’arrangeant, il a bien fallu que Nicolas Juan trouve une échappatoire.
Il a finalement mis la main sur Nick Gardel, pour se cacher derrière et pouvoir écrire des bêtises.
Si Desproges revêtait ses plus beaux atours pour agacer la libido d’un Exbrayat ayant viré sa cuti, le résultat de telles amours coupables aurait sans doute donné une calamité biblique comme l’est Nick Gardel.
Ni Rasta ni danseur de Tango, le type s’ingénue à valser avec les mots. Son quadrille lexical n’a aucun sens, mais il lui arrive de lorgner du côté des aînés illustres. Ça tombe bien, Nick Gardel est né dans les années 70, élevé par des tontons, biberonné au Bebel magnifique ou marginal et il balance des mandales comme Lino.
Mais, chez lui, point de nostalgie, le verbe se mâchonne avec des pâtes et des potes, entre Brassens et Thiéfaine.
Le noir et le polar n’ont qu’à bien se tenir, c’est avec le sourire qu’il les alambique. Le roman de gare y retrouvera au moins ses lettres de noblesse.
Extraits :
La procédure est longue et rigoureusement codifiée. Il y a les ossements historiques bien sûr. Ceux dont l’authenticité est attestée depuis des siècles. Saint Louis par exemple, pour en revenir à lui. Dès sa mort on a préparé le corps pour conserver ses ossements dans des conditions optimales. Quand est venue sa canonisation par le Siège apostolique, on les a répartis entre différents lieux saints. C’est la règle : seules les dépouilles des êtres canonisés ou béatifiés peuvent prétendre à la vénération. De nos jours c’est la congrégation pour la cause des saints, dont je suis le correspondant privilégié, qui procède à la mise en reliquaire.»
« L’évêque dévisagea son interlocuteur, les mains tremblantes et la respiration courte. Il avait dépassé le point de non-retour. Le mépris déforma son visage et il fit un pas en direction du baraqué qui le toisait en gardant un air impassible, le regard dissimulé par ses Ray-Ban. Le petit homme bomba le torse, ivre d’une divine colère. D’un geste leste, l’ecclésiastique se saisit d’un coupe-papier doré et le posa sur la poitrine du gorille, qui se figea.
— Alors, écoute-moi bien, petite merde, cracha-t-il. Regarde-moi bien derrière tes lunettes de proxénète et lis sur mes lèvres. Tu vas essayer de réunir les deux neurones qui te restent pour comprendre ce que je dis. C’est terminé. Fini. Kaput. Terminado. Utilise la langue que tu veux et va transmettre le message à ton patron comme un bon chien…
«Noire, pas black. Je suis noire. Techniquement, visuellement, je suis autant marron que vous êtes rose. On peut simplifier avec noir et blanc, c’est déjà pas mal. Enfin pour peu qu’on ait à parler couleur de peau. Parce que ce n’est guère plus. Ce n’est pas un mode de vie, ce n’est pas une revendication. Alors si on peut s’éviter l’euphémisme dégoulinant. Si vous utilisez « black », je vous sers du « caucasien » pour le reste de la journée. »
 « Le voilà qui se retrouvait au milieu de cette vaste étendue sans relief à l’horizon morne. Désert boueux, ravagé par les intempéries et durci par le gel, un repoussoir à citadins. De quoi vous foutre une peur de fin du monde en respirant un grand bol d’air triste.
Il diminua encore le volume de l’autoradio comme le fait chaque être humain en proie à l’incertitude géographique. C’est un fait établi, quand il cherche sa route, l’Homo Sapiens retrouve ses instincts de bête traquée. Il mobilise alors tous ses sens, même les plus inutiles, pour tenter de survivre dans cette nature hostile. Que l’on soit dans la savane, la jungle ou au milieu d’une culture céréalière en friche, cela importe peu. L’ADN parle du plus profond de nos cellules, les bulles hormonales de la peur primordiale imbibent nos axones. On baisse le son. »
«Chacun a sa définition de l’enfer. N’empêche qu’on fait le fringant et un jour on se réveille dans un lit trop grand avec comme seule compagnie une poignée de rhumatismes. Y a des indices. Mes spams veulent me refourguer des conventions obsèques, des protections urinaires et des baignoires qui s’ouvrent sur le côté. »
« Les temps sont troublés, la société mute et toutes les anciennes chapelles se serrent les coudes. Les rivaux d’hier font des bons alliés aujourd’hui quand il s’agit d’un certain conservatisme. Ils préfèrent tous garder les ennemis d’antan avec lesquels ils ont appris à composer plutôt que de laisser la place à des petits nouveaux incontrôlables. La montée des radicaux d’un côté et l’explosion du concept même de la famille de l’autre… Tout cela leur fiche une foutue trouille. Et la peur n’est pas vraiment bonne conseillère…»
Et pour le plaisir :
« Ses prunelles bleues semblaient illuminer son visage aux traits fins et réguliers. L’homme était physiquement beau, quels que soient les critères utilisés. Il aurait sans aucun doute pu être un auteur de polar à succès.»

La chronique jubilatoire de Dany

Sans queue ni tête de Nick Gardel

Une autopsie bien gore rend impossible l’identification de la victime, la logique voudrait que les deux « Jean », duo de flics, complices dans la vie et au boulot se voit attribuer l’enquête. Un duo de potes mais bien plus que de simples collègues de travail, des amis qui peuvent compter sur leur complicité quand la vie privée leur joue des tours où quand ils sont en danger. Dès lors rien de compte que la survie de l’autre. Un vrai couple de vieux garçons ou presque car l’un en rupture amoureuse et l’autre en mode « trop plein ». La différence d’âge ne fait rien à la profondeur de leurs sentiments.

L’éloignement de l’un d’eux, au prétexte de son homosexualité va au contraire permettre la résolution d’un mystérieux trafic de reliques de façon peu orthodoxe. Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’un roman de Nick Gardel tout de même…

Les situations semblent moins cocasses que dans les précédents romans de cet auteur mais cependant suffisamment atypiques pour attirer l’attention du lecteur. Deux enquêtes « classiques » revues à la sauce Gardel, ça ne peut pas se passer sans problèmes.

Il tacle à merveille l’église, la médecine, les fachos et néonazis, les responsables hiérarchiques des policiers qui se coltinent le terrain et les risques qui vont avec, dans un style plus policé pour ne pas dire plus « polar ».

L’embryon de groupe d’enquêteurs qui émerge en fin de roman nous permet d’espérer une suite avec ceux des personnages encore en état de nous raconter une nouvelle histoire sans queue ni tête …

Avis aux amateurs : la dérision et le ton sarcastique servent à merveille ce quinzième roman de Nick Gardel qui a commis par ailleurs un certain nombre de nouvelles, avec un style d’une précision chirurgicale et des personnages attachants qu’il serait fort dommage de perdre de vue faute de diffusion.

Excellent moment de lecture, très documenté et jubilatoire à souhait.

Lu en version numérique.

Je tiens à remercier l’auteur pour sa confiance et les échanges autour de ce roman.

5 réflexions sur “Sans queue ni tête de Nick Gardel

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