Mort d’un sénateur de Pascal Chabaud

Aujourd’hui c’est double Chronique.

Et une fois encore c’est un match entre Mamie Danièle et Ge notre Porte Flingue.

Toutes les deux vous propose leur avis sur un premier roman. Un polar historique qui plus est.

Alors voyons tout de suite si nos deux Flingueuses sont d’accord sur cette lecture commune.

Et ce matin c’est Dany qui nous propose sa Chronique jubilatoire


Le livre : Mort d’un sénateur de Pascal Chabaud – Paru le 17 mai 2018 chez De Boree éditions. 19.90 €. (396 p.) ; 23 x 14 cm

 

4ème de couverture :

Alors que le régime de Vichy vient de naître, l’inspecteur Joseph Dumont doit enquêter sur l’assassinat du sénateur Etienne Ferrand retrouvé le crâne défoncé dans une chambre d’hôtel. Vénérable franc-maçon, adversaire acharné de Pierre Laval, le sénateur représentait un adversaire potentiel pour le nouveau régime. Son intérêt pour la voiture révolutionnaire mise au point par Citroën ne serait-il pas l’origine d’une vaste opération d’espionnage industriel ?
Dévasté par la mort de sa femme enceinte renversée par un chauffard, l’inspecteur Dumont est confronté à une épuration violente menée par la Cagoule, bras armé du nouveau pouvoir. Il échappe à une ratonnade à Paris et son supérieur est assassiné en pleine rue. Dans cette période troublée où s’affrontent l’ombre et la lumière, Joseph Dumont devra choisir son camp.

L’auteur : Né en 1959, Pascal Chabaud nous dit : « Je suis professeur d’histoire-géographie, j’ai souvent regretté d’être limité à l’histoire « événementielle, » où les individualités sont absentes. Ce sont ces histoires individuelles aux prises avec l’histoire officielle que j’ai voulu raconter.
Ce roman est l’aboutissement d’une démarche personnelle et de longues recherches.
La démarche, pour commencer : bien avant d’enseigner l’histoire, j’ai aimé en écrire. Des nouvelles « à la manière de… » René Barjavel, Edgar Poe. Lointaine période adolescente où je passais plus de temps au cinéma qu’à essayer de comprendre les cours d’algèbre. Puis vint le temps des études d’histoire, où, à travers le plaisir de la recherche je découvrais des histoires individuelles aux prises avec l’histoire officielle tel Pierre Tillonbois de Valeuil, garde-marteau des forêts du comté d’Évreux, chargé d’appliquer le code forestier de Colbert. Puis ce fut le temps de l’enseignement, où « la marche de l’histoire » laissait de côté les hommes et les femmes pour ne s’intéresser qu’aux événements.
Des recherches ensuite. J’ai choisi l’été 1940 comme contexte de mon roman parce que ces mois de juin et juillet ont sans doute été ceux où les hommes de pouvoir ont dû faire des choix dramatiques alors qu’ils étaient dans l’incapacité de les faire. Leurs mémoires, leurs récits, croisés avec des documents d’archives et des analyses d’historiens ont apporté un cadre rigoureux dans lequel j’ai placé mes personnages, face au chaos

Extraits :

« – À Péronne, en mars 1916. J’étais aumônier du régiment d’infanterie dont Étienne était capitaine. Nous avons partagé, je crois, les pires moments que l’on peut imaginer dans une vie d’homme. Étienne avait ordre d’envoyer ses soldats à l’abattoir et commandait des assauts inutiles. Je retrouvais plus tard des morceaux de ces pauvres gamins que je bénissais avant qu’on ne les enterre, ou qu’on les jette dans la fosse commune tant ils étaient impossibles à identifier. Nous nous retrouvions le soir dans sa casemate, ou profitions d’accalmies pour marcher en arrière des lignes, au milieu de paysages dévastés. Étienne était entré en maçonnerie et ne supportait pas que l’on promette à ses hommes une vie éternelle, alors que les membres de certains d’entre eux pendaient aux arbres et que les tripes des autres étaient bouffées par les rats dans le no man’s land. Je parlais de foi. Nous débattions des nuits entières. Je brandissais les Évangiles devant Étienne qui assenait les grands principes du positivisme. Cela va vous paraître trivial, inspecteur, mais nous avons connu pendant ces moments terribles nos plus grands fous rires lorsque nous attaquions le raisonnement de l’autre par l’absurde. »
« Arrivé à l’hôtel du Parc, Joseph s’attarda devant la façade. C’est là, dans ce luxueux bâtiment, que les deux têtes de l’État étaient installées ainsi que leurs conseillers. Deux gardes, casqués et bottés, indiquaient son changement de fonction. Joseph entra dans le hall, qui ressemblait encore malgré tout à celui d’un hôtel. Le réceptionniste faisait celui qui ne s’étonne de rien et rangeait des fiches, comme si de nouveaux clients venaient d’arriver. »
« Laval se tut et alluma une nouvelle cigarette. Joseph l’observait. C’est ce petit homme-là, pensait-il, qui a réussi le plus gros coup d’État du siècle. Par la menace, les cajoleries, l’intimidation. Il n’y serait jamais arrivé sans l’aide indirecte de l’invasion allemande, mais il était là, à tenir sa vengeance contre ceux qui l’avaient exclu du pouvoir. Bien que son bureau ne soit qu’une chambre d’hôtel, même luxueux, il était arrivé à ses fins. »
« Joseph renversa la tête sur le dossier et ferma les yeux. L’histoire s’accélérait. Un officier de police municipale organisait le meurtre d’un commissaire de la brigade mobile. Des soldats allemands sauvaient Joseph d’une bastonnade mortelle… Vendroux avait raison : la frontière entre le Bien et le Mal devenait de plus en plus difficile à cerner et l’ordre nouveau plaçait ses pions à grande vitesse. Les opposants étaient éliminés, les gêneurs supprimés, et les partisans du régime occupaient les postes nécessaires au bon fonctionnement de la jeune administration. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Mort d’un sénateur de Pascal Chabaud

France juin 1940. Paris, Clermont-Ferrand, Vichy … on peut être contre Laval, on peut être contre Pétain, on peut être contre les deux à la fois. On peut faire partie de la cagoule, de la police, être journaliste et franc-maçon ou encore aider à la survie dans un camp de réfugiés. Il y a du beau monde près du gouvernement « délocalisé » en zone libre. Enfin libre … presque libre !

C’est une ambiance oppressante, un pan de l’histoire dont on parle peu  que nous révèle l’auteur dans ce récit très documenté. Une belle intrigue qui rend la résolution de l’enquête difficile pour Joseph, encore empreint d’un deuil non abouti. Les personnages nombreux et ambigus ajoutent à la confusion de l’histoire dans l’histoire … l’effet sur le lecteur est réussi.
J’ai aimé cette ambiance « autoclave », où l’extrême vigilance est de mise, la même que j’avais trouvée dans Le Vallon des Parques, thriller  de Sylvain Forge qui  traite de la même époque, toujours à Vichy, jadis pimpante. J’ai aimé cette enquête qui nous apporte de surprenants rebondissements, très inattendus, associant puis dissociant les intrigues  politiques de premier plan et l’espionnage industriel, l’ambition et la cupidité, la morale bien pensante  et le scandale, l’antisémitisme et l’humanisme mais aussi, les secrets de famille que l’on ne partage pas. On ne s’ennuie pas du tout au long de cette chronique grise de notre histoire … Bien agréable moment de lecture pour ce premier roman monsieur Chabaud !  On vous attend pour le suivant …

Lu en version numérique 9.99 €

Je remercie l’auteur pour sa confiance.  

3 réflexions sur “Mort d’un sénateur de Pascal Chabaud

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s