Sur le ciel effondré de Colin Niel

Le livre : Sur le ciel effondré de Colin Niel. Paru le 3 octobre 2018 chez Le Rouergue dans la collection Rouergue Noir. 23€. (503 p.) ; 21 x 14 cm

4ème de couverture : 

En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi. Au bord du fleuve, il lui faut supporter de n’être plus la même, une femme que sa mère peine à reconnaître, de vivre aussi dans une ville qui a changé au voisinage des rives du Suriname, avec leurs commerces chinois, leurs dancings et leurs bordels, les filles dont rêvent les garimpeiros qui reviennent des placers aurifères. Et après les derniers spots de vie urbaine s’ouvre la forêt sans bornes vers les mythiques Tumuc-Humac, le territoire des Wayanas, ces Amérindiens qui peu à peu se détachent de leurs traditions, tandis que s’infiltrent partout les évangélistes. C’est là que vit Tapwili Maloko, le seul homme qui met un peu de chaleur dans son coeur de femme. Aussi, lorsque de sombres nouvelles arrivent de Wïlïpuk, son village à plusieurs heures de pirogue, hors de question qu’Angélique ne soit pas de la partie. Pour elle s’engage l’épreuve d’une enquête dans la zone interdite, ainsi qu’on l’appelle parfois. Et pour affronter le pire, son meilleur allié est le capitaine Anato, noir-marron comme elle, et pour elle prêt à enfreindre certaines règles.

Avec cette héroïne que ses colères tiennent comme une armure, Colin Niel nous fait entrer dans une Guyane secrète, qui n’a pas tout perdu de ses pouvoirs anciens, lorsque les hommes vivaient auprès des dieux.

 

L’auteur :  Colin Niel, né le 16 décembre 1976 à Clamart, est un écrivain français, auteur de romans policiers.
Ingénieur agronome, ingénieur du génie rural et des eaux et forêts, titulaire d’un diplôme d’études approfondies en biologie de l’évolution et écologie, Colin Niel a travaillé pendant 12 ans dans la préservation de la biodiversité. Il a vécu plusieurs années en Guyane française, où il a notamment été chef de mission pour la création du parc amazonien de Guyane,  mais aussi à Paris, à Lille, à Montpellier, en Guadeloupe où il fut directeur adjoint du parc national de la Guadeloupe. Sa série guyanaise multiprimée, Les Hamacs de carton (2012), Ce qui reste en forêt (2013), Obia (2015) et Sur le ciel effondré (2018), met en scène le personnage d’André Anato, un gendarme noir-marron à la recherche de ses origines. En 2017 il publie Seules les bêtes, un roman qui ne fait pas partie de sa série guyanaise et qui plonge le lecteur dans la solitude du monde rural sur les causses, en cours d’adaptation pour le cinéma par le réalisateur Dominik Moll. Il vit actuellement à Marseille, où il se consacre à l’écriture.

 

Extraits :
« Un talus de terre ocre qui surplombait la surface du fleuve, des pirogues grises à l’arrêt, les toits des carbets. Premier village amérindien du Haut-Maroni. C’est ici que commençait la zone de vie des Wayanas et des Tekos. La zone interdite, comme on disait parfois, référence à un arrêté préfectoral vieux de quarante ans censé réguler la pénétration humaine dans le sud de la Guyane. Protéger les modes de vie traditionnels de ces peuples autochtones. En pratique, entrepreneurs, administrations, scientifiques ou touristes en route vers les Tumuc-Humac, rares étaient ceux qui s’embarrassaient à solliciter l’autorisation d’accès. Sans parler des orpailleurs qui l’évoquaient sans doute en se marrant le soir autour d’une canette de Skol. »
« Alors que les garimpeiros saccageaient la forêt de Guyane en toute illégalité, pillant chaque année leurs dix tonnes d’or, une petite quarantaine d’exploitants se partageaient la seule tonne issue de la filière autorisée. Une filière qui ne demandait qu’à se développer, à en croire les professionnels, qui parlaient d’un potentiel de cinq mille emplois à terme. De quoi faire réfléchir quand le chômage des jeunes flirte avec les cinquante pour cent. C’étaient des entreprises artisanales, pour l’essentiel, mais pour l’avenir on imaginait des projets d’ampleur industrielle, impliquant sociétés étrangères et méga-mines à ciel ouvert : près de cent tonnes de minerai n’attendaient que d’être extraites du site de la Montagne d’Or, dans l’ouest de la Guyane, disait-on. Un enjeu politique à part entière. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Sur le ciel effondré de Colin Niel

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert ce quatrième tome de la série guyanaise de Colin Niel, avec son héro récurrent le Capitaine Anato. Certes lorsque l’on parle d’une série, il est bien d’avoir fait connaissance avec ses protagonistes en ayant lu les précédents épisodes. Cependant ici, l’intrigue ne pâtit pas si vous choisissez de découvrir  la Guyane avec ce volume. Car c’est bien de ce personnage central dont il est question, ce bout de France oublié et malmené par la métropole.

Angélique, une native récemment  revenue de Paris après un acte de bravoure qui lui coûté la moitié du visage, va s’acharner à retrouver le fils de celui dont elle est secrètement amoureuse. Non, point de romance au cours de ces 500 pages, mais une vaste embrouille foncière liée à l’exploitation de l’or et à la spoliation des Amérindiens.

L’ambiance y est moite, tantôt alcoolisée, tantôt empreinte de chamanisme et de médecine traditionnelle, intrigante. Les jeunes y sont encore plus laissés pour compte que les adultes, otages d’un système éducatif défaillant faute de moyens, forcés pour la plupart à vivre d’expédients, de combines. La Guyane, ce département français où tout n’est pas technologie aérospatiale,  prise en étau entre le Suriname et le Brésil a bien de la peine à décliner notre devise républicaine. Sous la plume talentueuse de Colin Niel enrichie par son expérience sur le terrain, la Guyane sait nous émouvoir, nous intriguer, nous surprendre … nous intéresser !

Une lecture plaisir, dépaysante et … envoutante !

Lu en version numérique. epub 14.99 €

 

Autres extraits :
« Une heure d’entretien téléphonique.
Et rien de moins qu’un potentiel scandale judiciaire. Un truc énorme, explosif : la possibilité que certains professionnels de l’or aient cherché à manipuler l’État moyennant complicité d’orpaillage illégal, vol à main armée, et peut-être même homicide. Tout ça à moins de dix jours du déplacement du ministre sur place, première visite dans un département d’outre-mer depuis sa prise de fonction. Le directeur de cabinet l’avait entendu cent fois, le ministre voulait redonner à la France sa grandeur minière. Tous les experts le disaient, le sous-sol français était riche, il y avait un créneau pour réhabiliter des filières sur des métaux stratégiques. Et créer de l’emploi : la priorité des priorités. »
«  Trajet retour vers Maripasoula. Trente minutes de 4×4, la piste de latérite telle une tranchée rouge dans le massif forestier, traversée çà et là par le vol sinueux d’un toucan reliant les cimes entre elles. Le moteur, bruit de fond entêtant. Les mains agrippées au volant moite, Blakaman retournait chaque mot prononcé par le pasteur. Avec l’impression d’une étrange évidence. Que tout ce qu’elle était en train de comprendre n’était que l’aboutissement d’un mouvement initié depuis des années, auquel elle n’avait pas assisté, exilée dans l’Hexagone, loin des siens. Nos frères, ceux qui nous ont rejoints dans l’amour du Christ, c’est ainsi que l’homme avait parlé des Amérindiens présents lors de la conférence biblique. Blakaman imagina ces journées d’adoration, les évangélistes massés dans le petit hameau, son frère Fernand en pleine palabre avec les fidèles, négociant on ne sait quoi entre deux prédications des orateurs venus des pays voisins. Elle se souvint de ce qu’avait dit Anato quand il lui avait rapporté les mots arrachés aux patrons de l’or, à Cayenne. La possibilité de convaincre les Amérindiens, les intérêts sur le point de changer. Les réseaux que semblait posséder la filière minière. »

3 réflexions sur “Sur le ciel effondré de Colin Niel

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