Miroir de nos peines de Pierre Lemaître

Le livre :  Miroir de nos peines de Pierre Lemaître – Paru le 02 janvier 2020 chez Albin Michel – collection Romans Français -22.90 € – (544 pages) ; 14 x 20 cm

4ème de couverture :

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.
Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.
Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaitre, prix Goncourt pour Au revoir là-haut, est ici à son sommet.

L’auteur : Né à Paris en 1951, Pierre Lemaître est un écrivain et scénariste français.
Fils d’employés de sensibilité politique de gauche, il passe son enfance entre Aubervilliers et Drancy.
Psychologue de formation, et autodidacte en matière de littérature, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d’enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires.
Il se consacre ensuite à l’écriture en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume à partir de 2006.
Avec son premier roman Travail soigné, qui a obtenu le Prix Cognac en 2006, il rend hommage à quelques-uns de ses maîtres, Bret Easton Ellis, Émile Gaboriau, James Ellroy, William McIlvanney, en faisant d’œuvres de ces écrivains des protagonistes de son intrigue.
Son deuxième roman, Robe de marié (2009), un exercice explicite d’admiration de l’art hitchcockien a obtenu le prix du Meilleur polar francophone.
En 2010, Lemaitre aborde le thriller social avec Cadres noirs, inspiré d’un fait divers réel survenu en 2005 à France Télévisions Publicité, prix du Polar européen du Point.
Les grands moyens (2011) (revue par l’auteur sous le titre Rosy & John en 2013), feuilleton numérique, est une enquête de Camille Verhœven, en marge de la trilogie commencée avec Travail soigné, poursuivie avec Alex (2011, Prix des lecteurs du Livre de Poche 2012) et achevée avec Sacrifice (2012) qui voit la conclusion de la destinée du héros.
En 2013 sort Au revoir là haut, récompensé du Prix Goncourt 2013. Il est adapté au cinéma par Albert Dupontel en 2017, sous le même titre, avec Laurent Lafitte. En 2018, le film reçoit de nombreux César dont celui de la meilleure adaptation et de la meilleure réalisation.
En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec Trois jours et une vie qui raconte la destinée d’un assassin de 12 ans. Le roman est adapté au cinéma en 2018 par Nicolas Boukhrief avec Charles Berling, Sandrine Bonnaire et Philippe Torreton.
Couleurs de l’incendie (2018) est le second volet de la trilogie ouverte avec Au revoir là-haut. Au même moment sort Rosie, le premier volet de « Brigade Verhoeven », en bande dessinée, suivi de Irène (2019).
Ses romans sont traduits en trente langues et plusieurs sont en cours d’adaptation au cinéma, pour la télévision et au théâtre.

 

Extraits :
« – Un peu de détente, ça te dirait
Il fouilla dans sa poche et en tira un petit billet curieusement estampillé au cachet encreur, sur lequel n’étaient inscrits qu’un chiffre et quelques lettres.
– Si tu veux, on te dépose, on fait la tournée, on repasse te chercher au retour et le tour est joué…
Landrade venait d’inventer les « tickets de bordel ». Deux établissements se trouvaient l’un à trente kilomètres du fort, l’autre à soixante. Dans les deux cas, il fallait prendre le train. Les permissionnaires de courte durée, à eux seuls, assuraient la rentabilité de la ligne de chemin de fer. Raoul avait un air encourageant. Il gardait la main tendue avec les tickets. »
 
« On croisait dans ce palace réquisitionné une faune vibrionnante et hétéroclite d’hommes en costume, de militaires en uniforme, d’étudiants affairés, de secrétaires portant des dossiers, de femmes du monde, il était difficile de comprendre qui faisait quoi. Des parlementaires hurlaient, des journalistes cherchaient un responsable, des juristes s’interpellaient, les huissiers sillonnaient le grand hôtel en faisant cliqueter leurs chaînes dorées, des professeurs faisaient des théories, on vit un acteur de théâtre planté dans le hall exiger une réponse à une question que personne n’avait entendue et disparaître comme il était venu. La concentration de pistonnés et de fils de bonne famille était spectaculaire, car tout le monde avait envie d’intégrer ce caravansérail guerrier et républicain naguère dirigé, si l’on peut dire, par un dramaturge célèbre dont à peu près personne ne comprenait les propos, remplacé par un agrégé d’histoire qui venait de la Bibliothèque nationale et placé sous la férule d’un ancien pourfendeur de la censure propulsé ministre de l’Information, tout ça avait des allures de foutoir mondain et exerçait un énorme pouvoir d’attraction sur les intellectuels, les femmes, les planqués, les étudiants. Et les aventuriers. »

 

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Miroir de nos peines de Pierre Lemaître

Tome 3 de la trilogie historique de Pierre Lemaître. Après le grandiose Au revoir là-haut  et le magistral Les couleurs de l’incendie , deux chroniques d’arnaques monstrueusement éblouissantes, l’auteur nous livre un suspense d’un tout au genre avec ce roman « choral ». Les lecteurs seront heureux de retrouver la petite Louise (Au revoir là-haut)  qui a bien grandi puisque l’action se situe en juin 1940, quelques jours avant que Pétain ne livre le pays à l’Allemagne dont les troupes approchent dangereusement de la capitale.

Ce tome 3, par son genre, fait que les lecteurs s’attendent à ce que les personnages hauts en couleurs, se croisent avant l’épilogue. Cependant le suspense est là. La peinture de cette société, où les nantis mènent le jeu et où l’exode semble la réponse à l’oppression, troublant parallèle avec les vagues migratoires de notre monde actuel et le rôle réservé aux femmes.

Deux personnages secondaires retiennent tout particulièrement ma sympathie : Monsieur Jules, sorte de Jean Valjean du siècle dernier et le mystificateur génial qu’est Désiré dans la lignée d’un Edouard Péricourt, inoubliable personnage du premier tome. Désiré est celui par lequel les scandales de l’époque se révèlent au lecteur actuel, tant sur la désinformation que sur les camps de transit pour victimes de l’exode, qui va bien au-delà du bouffon du roi pour secouer les consciences.

Ce tome 3 clôture à merveille cette épopée du XXème siècle, du moins de sa première moitié, confirmant le talent de conteur de l’auteur pour les fresques romanesques, émaillées de faits historiques.

  

Lu en version numérique. epub  15.99 € …

 Autres Extraits
« Déjà, le premier bus venait de démarrer et roulait lentement dans leur direction, précédé par deux uniformes qui marchaient au pas de gymnastique. À leur approche, les femmes tentèrent de se masser au milieu de la rue, mais les barrières furent brutalement rejetées vers les trottoirs, le bus accéléra, il fallut s’écarter. On ne pouvait rien distinguer de ce qui se passait à l’intérieur. Puis le deuxième arriva et les visiteuses, les bras ballants, virent défiler un à un les véhicules emportant les détenus. Leur impuissance faisait peine à voir. Plus personne ne criait, les voix auraient été couvertes par le bruit des moteurs.
La rue fut soudain déserte.
Les femmes se regardèrent.
Serrant son sac contre sa poitrine, chacune y alla de son commentaire, qui s’achevait sur la même question lancinante : « Où est-ce qu’on les emmène ? »
 « Le paysan était un homme fier de son ventre, de sa vaste ferme, de ses bêtes, de la soumission de sa femme et de certitudes qui n’avaient pas varié d’un pouce depuis qu’elles lui avaient été transmises soixante ans plus tôt, héritage intact depuis quatre générations. »
« Après quoi, fini la lumière dorée de fin de journée, retour sur la grande route qui sortait d’Orléans, pleine de charrettes chargées de meubles passant le long de champs où des chevaux assoiffés sautaient les barrières. L’exode des riches était terminé depuis plusieurs jours, maintenant c’étaient les autres qui peinaient à marcher dans une cohue d’uniformes mélangés aux paysans, aux civils, aux invalides, tout un peuple sur la route, les pensionnaires d’un bordel dans une voiture municipale, un berger avec trois moutons. »
« La voiture cahotait lentement dans le flot des fuyards qui était à l’image de ce pays déchiré, abandonné. C’était partout des visages et des visages. Un immense cortège funèbre, pensa Louise, devenu l’accablant miroir de nos peines et de nos défaites. »

 

8 réflexions sur “Miroir de nos peines de Pierre Lemaître

  1. Je ne sais plus dire celui qui me plaît le mieux. Mais, là, Pierre Lemaitre signe avec Miroirs de nos peines un roman si réussi malgré l’époque terrible décrite que je crois bien que c’est de l’apothéose. Quel talent !

    Aimé par 2 personnes

  2. En train de déguster ce Miroir je m’étonne toujours de l’imagination débridée du Maître comme de son habileté à restituer ces circonstances exceptionnelles qu’ont été la débâcle et l’exode…
    Et merci au Collectif Polar pour son travil toujours intéressant !

    Aimé par 1 personne

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