Assignation à résidence : L’interview bracelet électronique 14 : Sylvain Forge chapitre 1

Assignation à résidence : L’interview bracelet électronique 14 :

Sylvain Forge

chapitre 1

L’interview « bracelet électronique »,  vous connaissez maintenant, non ?

C’est une mesure d’aménagement de peine permettant de réaliser une interview de longue haleine sans obliger l’auteur à être incarcéré. Juste  » Assigné à résidence »

Contrairement à la GAV qui est bien délimitée dans le temps, l’interview bracelet électronique est plus « libre ». Elle peut se dérouler sur plusieurs jours.

Le quatorzième auteur ayant dû vivre son quotidien avec le bracelet électronique est…

Sylvain Forge

—————début de l’audition de Sylvain Forge –

dimanche 06h52———-

 

Geneviève : Bonjour à vous tous et toutes. Bonjour Sylvain. Il semblerait que ce soit moi qui ait été désignée pour être la première à te passer à la question.
Voilà une tâche que je vais tenter de mener à bien puisque tu es assigné à résidence par le Collectif Polar pour la plus grande joie de ses lecteurs et ses lectrices. Aussi pour commencer cette audition, je viendrais t’interroger sur tes motivations de lecteur et ton rapport aux livres et à la lecture.
De simples questions de bibliothécaire curieuse comme il se doit.

Dimanche 08:41

Sylvain Forge : Avec plaisir. A bientôt.

Ge : Je te laisse les premières questions, tu auras tout loisir pour y répondre. Mais avant celles-ci j’aimerai que tu te présentes à nos lecteurs.
Qui es tu ? Quel est ton parcours ? Bref j’aimerai que tu te dévoile un peu et que tu nous dévoiles ton pedigree. 
. 😉

Sylvain : Bonjour, j’ai 49 ans. J’habite Nantes depuis une quinzaine d’années mais suis originaire de Vichy en Auvergne, où habitent mes parents et plusieurs amis d’enfance. Je suis papa de trois enfants dont deux petits jumeaux (bientôt 4 ans).  Ma vie professionnelle se réparti entre mon travail dans la cybersécurité des entreprises et des laboratoires de recherche publique et mon métier d’écrivain que j’exerce à temps partiel, depuis une dizaine d’années, bientôt.
Je travaille actuellement sur 10eme roman, la suite de Tension extrême (Fayard).

Le 9eme sortira chez Michel Lafon début 2021
(il a été repoussé de quelques mois du fait de la crise du covid) et …

le 8eme le 24 juin 2020, très bientôt, dans la collection FAYARD NOIR.
On aura l’occasion d’en reparler, j’imagine 
😉

 

Ge : Oui il y a des chances que ces prochains romans soit analysés dans nos pages.

Dis-moi la cyber sécurité. Tu dois avoir beaucoup plus de boulot depuis le début de la crise ?

Sylvain : Pas tellement plus, mais pas moins non plus. Il y a trois série de problèmes que nous devons affronter actuellement avec la cybermalveillance : la recrudescence d’arnaques ayant pour thème le civid-19, les attaques par crypto logiciels contre les laboratoires qui développent des solutions thérapeutiques
contre le virus et enfin, les problèmes de télétravail avec des logiciels parfois vulnérables. On a beaucoup parlé des problèmes liés à ZOOM, notamment…

https://www.zdnet.fr/actualites/des-pirates-informatiques-ciblent-les-teletravailleurs-qui-souhaitent-telecharger-zoom-39903191.htm

 

Outre mes livres, je travaille sur une conférence consacrée à la dramaturgie que je présente depuis quelques années dans les médiathèques mais aussi
dans les établissements du secondaire (lycées). Les principaux chapitres de cette conférence existent depuis peu sur Youtube,


on les trouve ici :

https://sylvainforge.webnode.fr/conferences-polar-et-dramaturgie/

 

Ge : Ah chouette ça.  Des conférences en bibliothèque, ça me plait. Mais sinon revenons à notre propos. J’aimerai que tu me parles de ton rapport au livre.
Dis-moi Sylvain as-tu été entouré de livre quand tu étais un petit garçon ?

Sylvain : J’ai beaucoup lu enfant, énormément. La lecture était une forme de refuge, j’imagine. Je fréquentais assidûment la bibliothèque Valery Larbaud de Vichy où, il y a quelques années, je suis retourné voir les dames qui m’avaient accueilli à l’époque. Un moment émouvant.

J’adorais le Club des Cinq et la collection folio jeunesse. Mon plus beau souvenir de lecture, c’est le roman de Pierre Gripari, histoire du prince Pipo.

Ge : 👍

Sylvain : Les livres ont toujours été importants dans ma vie.

 

Ge : Aujourd’hui quelles sont tes lectures ?
Tu es plutôt fiction ou documentaires, essais ou autres… ?

Sylvain : Beaucoup de lectures qui concernent la documentation de mes livres : presse, revues spécialisées, mais aussi lecture de scénarios pour améliorer mes conférences sur la dramaturgie. Un peu de polar, je vais attaquer Les retournants de Michel MOATTI (un copain) et j’ai terminé La fille du train
de Paula Hawkins. Sur ma table de chevet, je termine aussi un James Bond : Le diable l’emporte (Devil May Care) de Faulks. Plaisant. Bond affronte un méchant sur un terrain de tennis parisien.

Ge : 😮

S

Sylvain : Dernier coup de coeur : La lettre à Helga  de Birgisson. Un roman d’amour superbe.

Ge : ❤

Sylvain : J’ajoute que je me replonge dans l’univers de l’héroîc Fantasy pour nourrir l’univers de mes romans chez Michel Lafon.

 


Ge :  👍

Ge : Oui avec cette crise sanitaire nos lectures ont changé. C’est ton cas ?

Sylvain : Mes lectures n’ont pas changé avec la crise, j’avais plein de bouquins en attente dans ma PAL.

Ge : Lire des contemporains n’est-ce pas le risque de perdre son propre style, sa propre créativité ?

Sylvain : Peux-tu préciser ta remarque ?

Ge : C’est une remarque de lectrice. Je me suis aperçue qu’après avoir lu un auteur, ma façon d’écrire ensuite changeait sensiblement, j’avais tendance à vouloir inconsciemment reproduire le style de l’auteur. Est-ce pareil pour vous les auteurs ou du moins pour toi ? Est-ce que ton écriture change sensiblement en t’inspirant de certains textes, certaines histoires, certains auteurs ?

Dimanche 10:24

Sylvain : Je pense tout d’abord que trouver son propre style prend du temps et que durant ce long chemin, on part à la recherche d’influences extérieures pour s’aider à définir la façon dont on va écrire. Je pense à peine avoir trouver mon propre style, quelque chose de sobre et de fonctionnel dont l’ambition
est d’être au service de mon histoire. Mais je peux encore largement me perfectionner, notamment au niveau du champs lexical : le polar c’est le genre où règne le mot juste, pour décrie une ambiance. Bannir les mots faibles comme « très » au bénéfice de mots précis. Ne pas dire : « elle était très fatiguée » mais
« L’épuisement la gagnait » par exemple… Dans ma bibliothèque, les livres sont rangés par thème. Pour décrire une nostalgie amoureuse, je vais me replonger dans le liseur de Bernhard Schlink et pour décrire une ambiance glauque, plutôt du Lovecratf. Pour un combat à mains nues, Robert E HOWARD,
c’est parfait.

Ge : Ce que tu dis c’est que ton style peut encore évoluer m^me après une dizaine de bouquin écrit.

Sylvain : Oui, tout à fait. C’est l’avantage de travailler avec un vrai éditeur qui vous fait retravailler vos textes, plusieurs fois, pour vous améliorer.
On s’améliore toujours !

Ge : 👍

 

Ge : Au vu de ta situation pro dans la cybercriminalité, en tant qu’auteur pense-tu avoir un devoir de lanceur d’alerte ?

Sylvain : Après le succès de Tension extrême, j’ai été invité à rencontrer les agents de l’ANSSI à l’École de guerre. L’agence de cybersécurité du gouvernement avait commandé 600 exemplaires de mon livre pour en offrir un à chacun de ses fonctionnaires ! Leur directeur, qui conseille Macron sur les cyber menaces, m’a adressé une lettre dans laquelle il disait que la fiction avait toute sa place dans la guerre que la France mène contre les cybermenaces et qu’à ce titre, Tension extrême était un excellent moyen pour sensibiliser le grand public. Par la suite, l’Usine nouvelle, une revue très importante dans le secteur industriel, m’a fait l’honneur de me citer dans le top 100 des Français qui font la cybersécurité.
Alors, pour répondre à la question, mon métier d’écrivain est de distraire avant tout, mais j’essaye toujours d’apporter du fond à mes histoires.
Ce sera le cas pour Sauve-la  (Fayard), à paraître en juin prochain.

« Dans la salle de conférences de l’hôtel des Invalides, Guillaume Poupard dégaine un livre de poche. Tension extrême, par Sylvain Fore, une histoire de
cyberattaques qui transforme les objets connectés en armes mortelles. « Je n’avais pas lu de polar depuis vingt ans, mais là, sincèrement, ça vaut le coup,
insiste le patron de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Ce n’est pas un bouquin d’anticipation ou de science-fiction.
C’est ce qui va nous tomber dessus dans les mois et les années à venir ! » (article tiré de Challenges)

————————–

Sylvain : Je vous propose de vous répondre au fil de cette journée, sans vous proposer d’horaires précis, eu égard à mes contraintes familiales. 

Ge : 👍

Ge : C’est comme cela que c’est prévu Sylvain.
On te soumet nos questions tu y réponds quand tu as un peu de temps à nous consacrer.

Sylvain : Parfait

————————–

Ge : C’est un très bel avis que donne Guillaume Poupard de Tension xterême, c’est exactement ça ! Et tu as aussi réussi à nous divertir intelligemment
donc défi réussi.  
🙂. 

Sylvain : Merci. Autre défi, faire aussi bien voir mieux avec la suite 🙂Mais j’ai de bonnes idées sous le coude, ayez confiance  🙂

 

Ge : Perso je te fais confiance. D’ailleurs j’ai eu la chance de te découvrir avec La ligne des rats là aussi déjà tu nous proposais une intrigue qui nous dépaysait et nous interrogeait et où les enjeux économiques passaient avant les intentions écologiques et sanitaires. Je te repose donc ma question :
penses-tu qu’un auteur du noir ait le devoir de monter les dysfonctionnements de notre monde ?

Sylvain : Le mot « devoir » est un peu solennel, mais je pense que quand on a la chance d’être publié et lu par un peu de monde, il faut faire correctement son travail. Alors de mon côté, j’essaye refaire passer des messages, en effet. Mais la priorité, c’est toujours de distraire le lecteur.
L’alerte ou le fond, c’est un bonus.
Le polar est un genre particulier, un miroir tendu vers la société. C’est le parfait vecteur pour décrire des dysfonctionnements.

Ge : 👍

Ge : Et pourquoi, Sylvain, avoir choisi ce genre pour t’exprimer ? Pourquoi pas la romance, le feel-good  ou encore la SFFF, un genre que tu as l’air
d’affectionner aussi, même si tu es plutôt dans l’hyperréalisme.

Sylvain : J’ai toujours aimé les intrigues, le mystère, la quête de la vérité. L’univers du roman policier, en somme. La SF m’attire mais il faut bien avouer que c’est un marché de niche avec peu d’éditeurs. le genre est exigeant et je préfère l’hyperréalisme, en effet. Approcher les frontières de l’anticipation en gardant les pieds dans notre monde. Ça m’a permis d’évoquer des évènements qui se sont réalisés depuis (le moustique tigre en France dans Pire que le mal par exemple).

Ge : Tu t’es aussi essayé au polar historique.
Là aussi le factuel est important ?

Sylvain : Ah oui, complètement. Avec Le vallon des Parques (Toucan poche) et Sous la ville (Toucan poche) tout particulièrement.
Je me passionne pour l’Histoire mais c’est beaucoup de travail de recherche et je pense que pour s’adonner pleinement au genre il faut vraiment ne faire qu’écrire, ce qui n’est pas mon cas,  malheureusement. Les recherches c’est très chronophages.

Ge : 👍

Ge : Dis-moi je reviens sur ta réponse précédente : « J’ai toujours aimé les intrigues, le mystère… », du coup qui sont tes maîtres en la matière ?

Sylvain : Conan Doyle, Poe, Lovecraft, King… du classique en somme. Côté série, Black Miror me plait beaucoup, évidemment…
Hitchcock, naturellement.

Ge : A la fois livres mais aussi cinéma et audiovisuel ?

Sylvain : La bible, pour tous ceux qui ont compris qu’écrire du suspense, ça s’apprend. C’est le livre de chevet de l’éditeur de Norek. Il me l’a chaudement recommandé.

Ce livre, paru pour la première fois en 1966, s’arrêtait au Rideau déchiré, le cinquantième film d’Hitchcock. Les relations entre les deux cinéastes s’étant maintenues et renforcées par la suite, leurs échanges de propos et de lettres ont permis la mise au point de cette édition définitive.

En 1955, François Truffaut rencontre Alfred Hitchcock pour les Cahiers du cinéma. En 1962, Jules et Jim vient consacrer son talent de cinéaste et il prépare La peau douce (1964), de son aveu même le plus hitchcockien de ses films. Aux Etats-Unis, Hitchcock, avec Frenzy (1962), est au faîte de sa créativité et de son succès. Mais les critiques restent réticents. Naît alors l’idée du «Hitchbook» : un livre dont Truffaut serait l’initiateur, le «provocateur» même, et qui révèlerait la vraie nature de l’homme, vulnérable, sensible, et aussi les secrets perdus que détiennent les grands cinéastes qui ont commencé à l’époque du muet. Hitchcock accepte le principe de répondre à 500 questions portant exclusivement sur sa carrière. Pendant cet entretien qui va durer 4 ans, Truffaut va l’interroger à la façon dont Odipe allait consulter l’Oracle. Il tentera d’élucider à travers toute l’ouvre de Hitchcock les mécanismes de ce «langage d’émotion» qui est le ressort de son style inimitable et le classe dans la catégorie des «artistes inquiets comme Kafka, Dostoïevski ou Poe».

Ge : Lovencraft est un auteur à découvrir, beaucoup de lecteurs et lectrices ne le connaissent malheureusement pas .

Sylvain : Pourtant ses fans sont nombreux. C’est vraiment de la littérature de genre, au sens noble du terme.
« Dans les sentiers étroits et sinueux, qui grimpent en haut des pentes et des crêtes, on peut encore trouver la magie des jours oubliés  » (HP Lovecraft)

L’archétype de l’auteur névrosé mort dans la misère, dont le génie fut posthume.
Ils étaient trois à écrire pour WEIRD TALES : Robert E Howard (créateur de Conan), LOVECRAFT et Clark Ashton Smith.
Les 3 mousquetaires. Si pauvres qu’ils ne purent jamais se payer un billet d’avion pour se retrouver.
Howard s’est suicidé

Ge : Tiens moi aussi j’y vais de mon conseil 😉

Epouvante et surnaturel en littérature

Essai

Comment, expliquer l’attrait exercé par l’épouvante et le surnaturel ? Peur, sentiment du mal, étonnement se mêlent au désir éternel de l’homme de sonder le mystère.

Howard Phillips Lovecraft, maître incontesté du genre, analyse ici ces motivations qui ont leur source dans l’angoisse atavique de l’homme devant la nature et qui assurent à ce genre littéraire sa pérennité.

Mais il donne aussi ses sources d’inspiration en évoquant ceux qui, d’Edgar Allan Poe en passant par Lord Dunsany ou William Hope Hodgson, l’ont marqué par leur puissance de suggestion et la force de leur imaginaire.

Un tour d’horizon incontournable au coeur de la littérature fantastique…

 

Sylvain : Je note. Sinon, incontournable :

Dur à trouver, toutefois. Comme tout ce qui est précieux dans la vie.

Ge : 👍

Ge : Pour rester dans les « maîtres » : quelles ont été les lectures mais aussi les auteurs qui ont formé le jeune Sylvain ?

Sylvain : Serge Brussolo m’a beaucoup influencé. Notament La moisson d’hiver, son chef d’œuvre. Un thriller paysan à la fin des années 40.
Mystère, secrets de famille, folie  des hommes…
J’adore Laurent Dubois pour sa maîtrise des personnages, son humour, son sens du tragique… et Jules Verne : bâtir des romans de légende grâce à la documentation.

Ge : Le sens de ma question c’était plutôt, pardon ceux qui t’ont forgé toi en tant qu’homme, pas tant en tant qu’auteur. Quoique c’est sympa de voir aussi tes influences.

DIM 13:28

Sylvain : Question difficile. La réponse ne me vient pas spontanément.

DIM 15:29

Dany : Puisque la réponse ne vient visiblement pas … plus tard peut-être alors je me lance !
Bonjour Sylvain. J’aimerai que tu nous parles des lieux dans lesquels tu situes les actions de tes romans … Est-ce le lieu ou le personnage qui te vient en premier quand tu as trouvé le sujet ?

Sylvain : Je choisis des lieux familiers par commodité : Pays ou j’ai voyagé, ville ou j’ai habité. Je commence mes histoires en choisissant un personnage,
puis un thème. Le contexte vient après. Au début je caractérise mes personnages puis je définis l’intrigue avec ses obstacles . L’arène, c’est à dire le cadre est pour moi un sujet subsidiaire, sauf en cas de roman historique, bien sûr.  Ce qui compte c’est le pitch : l’idée originale que personne n’avait abordée jusqu’alors. J’en ai fait une sorte de marque de fabrique. Le lecteur qui achète un de mes livres sait qu’on va le conduire sur des routes inhabituelles 🙂

Dany : Tu veux dire que Tension extrême par exemple, aurait pu se dérouler dans un tout autre lieu du moment que tu connaissais son environnement ?

Sylvain : Oui, absolument. J’ai écrit ce livre dans l’urgence et connaître un lieu familier était plus commode. Mais c’était surtout la suite d’Un parfum de soufre, Polar déjà nantais.

Dany : Et lorsque tu parles des sous-sols de Clermont-Ferrand, tu les connaissais depuis longtemps ?

Sylvain : Sous la ville ne pouvait se dérouler qu’a Clermont-Ferrand, pour le coup. Je connaissais vaguement mais un ami caviste m’a parlé du dédale qui existait sur plusieurs niveaux. J’ai fait des découvertes, avec une équipe de France 3 Auvergne d’ailleurs.

Dany : Et l’exploration des friches urbaines, c’est une pratique habituelle chez toi ?

Sylvain : Non, pas du tout. Mais cette activité me fascine et elle suscite en moi des tas d’histoires. Ce doit être mon côté Donjons et dragons 🙂

Dany : C’est la carte des sous-sols de Clermont-Ferrand ?

Sylvain : Non 🙂 C’est une partie du donjon du mage dément, un scenario de D&D
Il n’existe pas de plan à jour, à ma connaissance.

Trop de parcelles traversent des propriétés privées.

NDLR :  D&D, Donjon et dragon :

Donjons et Dragons (en anglais Dungeons & Dragons), souvent abrégé en D&D, DnD ou AD&D, est l’un des tout premiers jeux de rôle sur table de genre médiéval-fantastique.

Le jeu a été créé dans les années 1970 par les Américains Gary Gygax et Dave Arneson

 Donjons et Dragons, le plus célèbre et le plus ancien des jeux de rôle, proposant aux joueurs d’évoluer dans un monde merveilleux héroïque à la Tolkien en explorant les souterrains du sinistre Donjon de Blackmoor. Ils créent le concept de jeu de rôle en voulant faire vivre leurs soldats en dehors des champs de bataille. 

 

Dany : J’ai cru que c’était le plan de ton roman en cours …

Sylvain : Pas folle la guêpe 🐝

Dany : Les sous-sols sont incontestablement un élément essentiels de l’intrigue …
Je reviens sur les étapes de construction de ton intrigue.
Tu dis :
1 – le personnage
2 – le thème
3 – le contexte
Parlons de tes personnages. Les femmes sont généralement très présentes : choix ou hasard ?

Sylvain : Je choisis des personnages féminins car, d’une part ils sont moins présents dans le genre et aussi parce qu’ils offrent une plus grande  palette d’actions et de comportements : une femme peut séduire, faire jouer son intuition ou sa capacité de travail de façon plus importante qu’un policier. Elle se déplace d’une façon différente dans une ville (plus sur ses gardes) et peut se montrer plus fragile dans les scènes d’action.
La maternité, son rapport au corps offrent plus de situations intéressantes qu’avec un homme. Une femme abordera la disparition d’un enfant d’une certaine façon. Elle est en général moins carriériste, sauf si elle a consacrée sa vie au travail : c’est alors une situation intéressante à explorer, d’un point de vue  dramaturgique.

Dany : Et le choix des personnages récurrents, on en a déjà parlé il y a quelques temps et tu disais que c’était une demande des éditeurs … c’est toujours le cas ou un choix délibéré ?

Sylvain : C’est une demande très forte des lecteurs et tout auteur doit être à l’écoute. J’ai donc décidé de reprendre le personnage d’Isabelle pour… une nouvelle trilogie qui l’emmènera très loin.
Je ne m’interdirai pas des one-shot, bien sûr.

Dany : Est-ce que c’est facile pour toi de te mettre dans la peau d’une femme ? Ou as-tu recours à des expertes de ton entourage ?

Sylvain : Je prends des conseils, il existe une « vraie » Isabelle qui m’a beaucoup conseillé et mon épouse veille au grain.
Je ne pense pas qu’il soit facile pour un homme de penser comme une femme, sinon il y aurait sans doute moins de disputes dans les couples 🙂

Dany : 😆

Dany : Avoir des héros (ou héroïnes) récurrent(e)s, est-ce que ce n’est pas piégeant ? Le lecteur s’attend à ce qu’ils s’en sortent

Sylvain : Ah oui, c’est un point de vue. Mais les héros récurrents ont beaucoup de succès dont le plaisir du lecteur est peut-être ailleurs. Et puis, le personnage peut y laisser des plumes. Dans un polar, la grande question c’est : « Qui a fait le coup ? » plus que « le flic va-t-il s’en sortir ?
Dans Sauve-là, c’est un thriller « one shot »… donc le suspense est maximum 😉

Dany : Hâte de voir ça !

Sylvain : On a bossé comme des dingues avec Fayard. Une histoire profonde et terriblement troublante, un sujet dont on a pas fini de parler dans un proche avenir.
Mon roman le plus personnel. le meilleur selon moi.
Juste mon avis

Dany : On reviendra sur cette actualité un peu plus tard … Revenons à la construction de tes romans.
L’époque dans laquelle se situe ton action … généralement elle fait écho à la petite ou la grande histoire il me semble.

Sylvain : Plus les années passent et plus je travaille en amont. Le boulot accompli avant la première ligne est autant de temps de gagné au
moment des corrections.

Dany : Tu as un goût particulier pour l’histoire ?

Sylvain : Oui, souvent. Le thème du passé qui ne passe pas ou de la grande histoire qui vient hanter les vivants me fascine
L’histoire est passionnante. Comment aimer raconter des histoires et ne pas aimer l’histoire. Game of throne c’est super mais un bon bouquin
sur la guerre de 100 ans c’est aussi captivant :la peste, les mercenaires, l’inquisition…

Dany : Ça tu ne nous l’as pas encore proposée …
Un projet moyenâgeux ?

Sylvain : Mon roman young adult s’inscrit dans un futur éloigné devenu un « nouveau » moyen-âge qui fait très guerre de cent ans.

 

Dany : Je te sens assez intéressé par la seconde guerre mondiale. Est-ce le fait d’avoir grandi à Vichy ?

Sylvain : Oui, sûrement, cette ville transpire encore l’histoire. Cette période est tellement dramatique, c’est une taille de fond rêvée pour la dramaturgie.
Je suis très attaché au devoir de mémoire. Ça me rend dingue de voir les gens parler d’Hitler ou des nazis en citant des politiques d’un bord ou d’un autre, quelle ignorance…

 

Dany : Comment est-ce que tu t’es documenté pour écrire Le vallon des Parques ?

Sylvain : Gros boulot. Visite du fonds historique à la bibliothèque de la ville. J’ai lu tous ses bouquins qui parlaient de cette période, à Vichy.
5 ou 6 livres de références. C’est peu finalement.
Beaucoup de livres parlent de cette période, très peu sont précis et détaillés sur la vie quotidienne à Vichy

 

Dany : Tu as rencontré des témoins de l’époque ?

Sylvain : Des témoignages ont été transis à mes parents. Recettes de l’époque, menus des restaurants etc, témoignage de gens qui habitent dans des lieux datant de cette époque (salle d’interrogatoire de la Milice sous le Majestic, prêté aux scouts de France dans les années 80 etc.

 

Dany : C’est précieux … tu avais une mission de rétablir une vérité …

Sylvain : J’ai une autre mission qui m’attend, du même ordre, mais je ne souhaite pas en parler maintenant

😉  Trop tôt.

Dany : Historien, c’est une vocation contrariée ?

Sylvain : Non, juste le hasard. J’aime bien la cybersécurité aussi 😉

Dany : C’est donc la précision et l’exigence scientifique appliquées à la littérature noire ?  Je pense que tes romans sont autant d’enquêtes
journalistiques, d’investigation ? Qu’en penses-tu ?

Sylvain : J’aurais pas dit mieux, chère Dany !

 

Dany : Justement est-ce que « ta profession » est un atout pour « ton métier d’écrivain » ?  

— quelques minutes plus tard Aline rejoint la salle d’interrogatoire …

 


DIM 22:59

 

Miss Aline : Bonsoir Sylvain et bonsoir Mesdames. Alors Sylvain,
J’aimerais revenir sur la « caractérisation » du personnage. Qu’est-ce que cela induit et comment tu procèdes (est-ce toujours le même « protocole » ?) ? Peut-il arriver que tu modifies cette caractérisation pour mieux servir l’histoire ?

 

LUN 05:36

Sylvain : La caractérisation des personnages en général et celle du protagoniste et de l’antagoniste, en particulier, est un point essentiel auquel j’ai consacré une émission entière.

Un truc très important que j’ai appris sur le tas : il faut soigneusement caractériser ses personnages, surtout le héros car sinon, ça se payera cash sur les dialogues et les scènes du milieu du livre, quand on se retrouve en rase campagne, sans idées, à court d’essence, avec des personnages creux ou stéréotypés. Donc il faut soigner ses profils de personnages, en répondant à beaucoup de questions concernant leur
entourage, leur rapport au monde etc. Des questions simples : que fait-il le dimanche, comment aime-t-il s’habiller, a-t-il des enfants, un hobby,
quelles sont ses relations avec ses parents, ses voisins ? A-t-il une croyance, est-il un parent épanoui etc. A quoi ressemble sa cuisine et que disent ses collègues, ses amis de lui… quand il n’est pas là. etc. etc.

Pour caractériser un personnage secondaire, en général, je lui donne un trait dominant (par exemple l’égocentrisme si je parle d’une belle-mère) et je la laisse vivre avec ça pendant une partie du livre. Puis je le dote d’une nuance qui va permettre à ce personnage de réagir différemment, de le rendre plus touchant. Par exemple la belle mère va donner un coup de main inattendu à l’héroïne en gardant son bébé etc. et du coup, si en plus dans un dialogue je motive ce geste inattendu de la belle mère, genre « je sais que je ne suis pas une belle-mère idéale, c’est surement parce que ma mère ne m’a jamais dit qu’elle m’aimait… » et là le lecteur peut trouver ce personnage plus touchant qu’il n’était apparu au demeurant.

Miss Aline : Peut-il arriver que tu modifies cette caractérisation pour mieux servir l’histoire ?

Sylvain : En général non, car toute l’histoire va tourner autour des personnages, dans un second temps mais… il y a des exceptions. En ce moment je gère un problème sur mon prochain roman (2021)  car je me suis rendu compte qu’un personnage secondaire était mieux caractérisé que mon héroïne (Isabelle) et qu’il vivait plus de conflits, plus de dilemmes qu’elle. Du coup, selon le principe que le héros d’une histoire est
celui qui a le plus à gagner ou / et le pus à perdre, j’avais un problème.
Donc, je l’ai résolu comme suit : j’ai transféré des conflits et des épreuves du personnage secondaire vers Isabelle pour que cette dernière reste bien au centre de l’attention.

Ge  :👍

 

Sylvain : Un truc fondamental pour apprendre à caractériser un personnage, principal ou pas, c’est de se le représenter visuellement ou de regarder une photo de lui qu’on a découpée dans un magazine (pour moi c’est souvent TELERAMA ou l’Obs) et de le fixer en luisant : « qu’est-ce qu’il te manque dans la vie ? » Or il nous manque toujours quelque chose, à tous. Et en général, les idées viennent assez vite.

 

Miss Aline : Peux-tu nous dire à quel moment tu écris, à quelle fréquence ? Dans quelle ambiance (le silence, en musique…)  laisses tu les mots courir sur ta page ? »

Sylvain : J’écris quand je trouve le temps. Etant salarié et papa, je n’ai pas ce luxe de consacrer toutes mes journées à l’écriture avec des « rituels » etc. J’écris quand je peux : tôt le matin avant d’aller au boulot, le soir, pendant ma journée réservée à l’écriture dans la semaine (le vendredi) et bien sûr pendant les siestes des enfants, durant les vacances.
J’ai besoin de silence pour écrire, aussi je mets souvent des bouchons.
Je laisse venir les idées sur un carnet avant de les rassembler dans un tableau pour ébaucher le squelette de l’histoire. Comme je l’ai dit déjà je crois, je travaille beaucoup en amont, c’est lié au caractère de mes histoires (rebondissements etc.)

 

Miss Aline : Pourquoi le héros a-y-il souvent des failles assez conséquentes : alcoolisme, difficulté dans son couple, borderline…?
Ne peut avoir un héros « normal » avec des problèmes courants ?
Quel est le degré d’attachement au héros : le lecteur « l’aime bien » parce qu’il a plus de problème que lui ? Ça le rassure sur sa situation ?
Si on regarde Hercule Poirot, hormis ses petites manies, il est plutôt dans la norme !

Ge : 👍

LUN 12:46

 

Ge : Bonjour Sylvain, dis-moi as-tu eu le temps de réfléchir à ma question ?
– Tu sais quels sont les livres et les auteurs qui t’ont forgé toi Sylvain Forge,  en tant qu’homme. Les écrivains et leur écrits qui t’ont marqué au point de faire de toi l’homme que tu es aujourd’hui ?????? –

 

Sylvain : Bonjour Geneviève

Ge : Oui je sais je suis une inquisitrice tortionnaire, curieuse et parfois têtue. 😉

 

Sylvain : je ne crois pas qu’un livre m’ait particulièrement forgé en tant qu’homme, c’est plutôt la vie et des épreuves qui s’en sont chargé. En revanche la lecture a été un vrai refuge durant mon enfance

Ge : 👍

Ge : La lecture comme refuge et l’écriture du coup ? Cathartique ?

Sylvain : On écrit parce que la vie ne suffit pas, comme on dit parfois. C’est assez juste. Le besoin de questionner le monde, de se l’approprier en l’interprétant

Ge : ❤

Miss Aline : Bonjour à tous, merci Sylvain pour ces réponses.
Pourquoi le héros a-t-il souvent des failles assez conséquentes : alcoolisme, difficulté dans son couple, borderline…?
Ne peut avoir un héros « normal » avec des problèmes courants ?
Quel est le degré d’attachement au héros : le lecteur « l’aime bien » parce qu’il a plus de problèmes que lui ? Ça le rassure sur sa situation ?
Si on regarde Hercule Poirot, hormis ses petites manies, il est plutôt dans la norme

Ge : Question pas facile ça Aline, Sylvain  a sans doute une idée sur la question. Perso je ne sais pas pourquoi j’aime ou je m’attache plus à un personnage qu’à un autre. Il m’est arrivé d’apprécier de vrais salauds !

Sylvain : les goûts et les couleurs, j’imagine 🙂
Un salaud peut être attachant si ses choix sont justifiés, eu égard à son passé, son enfance. Surtout s’il y a de la nuance. Les anti-héros sont très populaires dans les séries, actuellement.
Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dans le sens où un récit sans conflit est parfaitement ennuyeux. Qui a envie de lire une histoire d’amour sans nuages, sans drame ? Sur la route de Madisson, Roméo et Juliette, Cyrano de Bergerac : les grandes histoires d’amour sont contrariées.
De plus, le conflit, le drame font ressortir les vrais personnalités des personnages. C’est durant l’Occupation que les Français se sont découverts des collabos, des salauds ou des héros. Un protagoniste sans faille est une sorte de super-héros fadasse. Mais même Superman a peur de la kryptonite.
Pas sur que les romans d’Agatha Christie (bien datés) marcheraient aujourd’hui. Nous trainons tous des valises dans nos vies, il y a quelque chose qui n’a pas fonctionné, nous avons une cicatrice, une vieille douleur qui parfois se rappelle à nous : pourquoi n’en serait-il pas pareil
dans les romans ? De la à charger la mule en créant des enquêteurs divorcés, alcooliques et tant et plus : il faut savoir doser.
Regardons-nous dans la glace comme nous le faisons en fixant les visages découpés dans les magazines et posons-nous la question :
« Que te manque-t-il ? »

Dany : Est-ce que « ta profession » est un atout pour « ton métier d’écrivain » ?

Sylvain : Elle le restera tant que je n’oublierais pas la dramaturgie. La priorité c’est d’abord une bonne histoire, le savoir technique c’est la cerise
sur le gâteau.

Dany : Sylvain, lors de la sortie de Parasite, tu avais évoqué une adaptation pour l’écran (petit ou grand) de Tension extrême. Où en est ce projet ?

Sylvain : Le producteur fait le tour des chaînes TV : le projet est toujours en phase active. C’est long comme toujours. Le contexte n’arrange  rien

Dany : Es-tu amateur d’images : films, séries …

Sylvain : Oui comme beaucoup de monde
L’univers des séries présente une incroyable créativité ; la télévision est le media où se nouent les très bonnes histoires aujourd’hui. C’est undéfit pour nous les auteurs car NETFLIX est très chronophage  et ce temps de cerveau est pris sur la lecture, fatalement. Je ne suis pas abonné à ce genre de plate-forme, malgré l’envie que j’aurais car si je cédais, je n’aurais plus le temps d’écrire. Tout simplement. je me contente de voir quelques bonnes séries triées sur le volet, en DVD.

Dany : Tu es sensible aux ambiances proches de tes romans ou tu fais des choix opposés ?

Sylvain : J’ai besoin d’éprouver quelque chose pour les ambiances que je décris. J’aime beaucoup la nature et le nature-writting par exemple.

Dany : Tu aimes la nature mais au contraire est-ce que tu as pratiqué l’urbex puisque tu décris cette pratique dans un roman et que par ailleurs tu nous as dit que tes « voyages » t’inspiraient les lieux ?

Sylvain : Non comme je l’ai dis plus haut, jamais pratiqué. L’ambiance fait très Polar et à ce titre elle me plait. Comme les casses de voitures, les motels miteux etc.

A suivre…..

3 réflexions sur “Assignation à résidence : L’interview bracelet électronique 14 : Sylvain Forge chapitre 1

  1. Quel interview intéressant. Nous apprenons des tas de choses grâce à Sylvain Forge dont je suis fan. J’aime lire les coulisses d’une écriture, et comment un.e auteur.e s’implique pour organiser son ouvrage. J’intitulerais cela « Les coulisses de l’exploit » 😀 😉
    Merci Monsieur Forge pour tous ces détails d’écritures et votre monde du livre si bien expliqué. Vos sources sont multiples. Le parallèle entre Truffaut et Hitchcock dans le cadre de ces questions sur 4 années doit être passionnant à découvrir. J’attends la suite….avec impatience car vous nous permettrez en vous dévoilant aussi simplement, l’écrivain derrière la construction d’un livre. Je suis fan 😀🍫

    Aimé par 2 personnes

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