Le rendez-vous des anges de Myriam et Joseph Gemayel 

Le livre : Le rendez-vous des anges de Myriam et Joseph Gemayel; Paru le 6 juin 2019 chez Michel Lafon poche. 7€20. (331 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Le rendez-vous des anges

Hantée par la découverte du cadavre d’un jeune garçon anonyme, mort dans des circonstances troublantes, Myriam Gemayel n’hésite pas une seconde lorsqu’un infime détail sur une scène d’incendie criminel lui donne l’espoir de découvrir la vérité. Elle décide, quoi qu’il lui en coûte, de mener l’enquête.

Avec l’appui de son mari, le médecin légiste Joseph Gemayel, elle remonte la piste d’un trafic de drogue aux ramifications aussi sordides que tentaculaires… Pour mener à bien cette enquête éprouvante et rester solides face à l’horreur de ce qu’ils mettent au jour, Myriam et Joseph devront compter sur leur ténacité et la force de leur couple.

 

Les auteurs : Myriam et Joseph Gemayel partagent leur vie depuis près de vingt ans et sont parents de trois enfants. Lui est médecin légiste ; elle, ancien capitaine de police, est restée dix-sept ans dans les forces de police, dont quatre à la brigade des mineurs. L’inhumanité, ils connaissent, la misère sociale, aussi ; leurs fictions sont un exutoire et trouvent leur inspiration dans leurs dossiers les plus sensibles.

 

 

Extrait (p 12-13)  :
Dans le commissariat, les moyens manquent, en fin d’année budgétaire, avoir simplement du papier pour les imprimantes relève du système D…   
« Myriam taisait sa colère. Tous savaient que leurs moyens diminuaient d’année en année. En théorie, ça avait l’air d’aller dans le sens du contribuable., dans les faits, sur le terrain, ça se traduisait simplement par moins d’agents, moins d’officiers, et moins de matériel pour assurer la sécurité du même contribuable. A force d’acheter des T-shirts à cinq euros, la plupart des gens étaient convaincus que tout pouvait et devait coûter moins cher : l’enseignement, la médecine, le maintien de l’ordre. Pour l’instant, il n’y avait pas encore eu de ministre suffisamment fou pour imaginer qu’une enseignante puisse faire la classe à soixante enfants au lieu de vingt-huit. Mais de plus en plus d’urgentistes, totalement seuls dans des services désertés, devaient se justifier d’avoir laissé mourir un patient pendant qu’ils en sauvaient soixante autres. Et le commissariat de La Grande-Roque, qui avait perdu quatre postes de brigadiers en quatre ans, devait assurer la sécurité de toujours plus d’habitants.
Pendant ce temps, les politiques martelaient le discours de la réduction des coûts, et les Français y croyaient. Jusqu’au jour où ils retrouvaient Mamie sale et visiblement affamée dans son lit d’EPAHD, parce qu’aucun soignant n’était disponible pour s’occuper d’elle dignement. »

 

La Chronique Fantôme de Marianne

Myriam et Joseph Gemayel. Le rendez-vous des anges.  

 

Étrange. C’est le terme qui s’impose pour ce « rendez-vous des anges » , roman policier à la frontière de la non-fiction, dont les personnages principaux sont aussi ses deux auteurs nommés et racontés tels qu’ils sont et ont pu être dans « la  vraie vie » :  Myriam et Joseph Gemayel, la première, capitaine de police pendant vingt ans, dont quatre ans à la brigade des mineurs et aujourd’hui avocate, le second, toujours médecin légiste à Paris.

Après un temps de trouble, la pertinence de la forme romanesque s’impose cependant au fil des pages. Les auteurs ont choisi de donner la parole à des personnes de l’histoire qui, si elles ont existé, n’ont pas pu s’exprimer au cours de l’enquête, n’ont rien pu expliquer, ou raconter de leur vie, de leurs parcours, de leurs sentiments ou de leurs désirs , les victimes d’abord, Gavrilo, Aya, Aimé, gamins et adolescents sans noms, exploités et martyrisés  … mais aussi aux criminels qui ont pu s’enfuir – ou pas.  Dans ce cas c’est un moyen aussi de les désigner, de mettre à jour leur ignominie quand bien même ils pourraient passer les frontières, utiliser leur argent sale pour se cacher et développer leurs activités ailleurs.  Le roman devient à la fois « tombeau » hommage aux victimes disparues et acte d’accusation, peinture des turpitudes et des arcanes du crime organisé, plongée asphyxiante dans les préoccupations de ses chefs comme de ses sbires. La fiction est utilisée ici comme un moyen de rendre justice à des vies fauchées par le malheur, dévastées par l’égoïsme et la cruauté de certains adultes, de « redonner vie » littéralement aux victimes que personne n’a entendues.

Le livre en lui-même n’est pas gros, il raconte une enquête, une seule, menée dans la banlieue parisienne, une banlieue pas tout à fait localisée. La Grande Roque où est situé le commissariat n’existe pas, mais Aubervilliers, Bondy, des rues et des quartiers de Paris sont cités … Le temps est resserré, tout se déroule en une semaine, entre le mardi et le lundi suivant, avec juste un épilogue pour dire ce que sont devenus les survivants. Pour le lecteur, pas d’information plus  « précise », juste la certitude que ce qui est raconté s’est ancré à un moment dans la réalité, concerne de vrais endroits, des personnes qui ont existé ou existent encore, jamais nous ne saurons dans le livre s’il s’agit d’une ou de plusieurs histoires regroupées, de bribes de vies réunies pour témoigner de façon ou d’une autre de réalités approchées, découvertes mais de façon souvent trop fragmentée.

« C’est arrivé près de chez vous … » : une petite phrase en 4eme de couverture et un hurlement de la réalité. Quelques mots qui nous pourraient presque nous dissuader d’ouvrir le livre pour ne pas savoir… mais une fois dedans, difficile de s’échapper ! On suit l’enquête pas à pas et de courts chapitres nous font découvrir un eu en avance des personnages qui d’une manière ou d’une autre, sont liés aux crimes qu’il s’agit d’élucider.

Les premières pages nous placent avec une victime potentielle, un enfant. Il fuit et cela ne se passe pas comme il l’espérait. Puis nous découvrons le commissariat et ses occupants, l’agent de police Myriam Gemayel, et bientôt le couple qu’elle forme avec Joseph Gemayel depuis peu.   Cela commence tranquillement – la routine, les problèmes avec la hiérarchie, le récit de leur rencontre – puis Myriam et son partenaire, le lieutenant Aziz Samih, sont appelés sur les lieux d’une tragédie :  un incendie dans une cité, trois cadavres. C’est le début d’une vraie descente aux enfers : trafic de stupéfiants, d’armes, proxénétisme, trafic d’enfants, exploitation, esclavage sexuel, pédophilie, enlèvements, meurtres, trafic d’influence …Un chapelet d’horreurs qui prend ses aises dans la misère des cités, la faiblesse des jeunes fugueurs ou migrants d’un côté, et de l’autre, le désœuvrement, l’absence de scrupules et l’appât du gain, les vices de ceux qui peuvent payer. Les enquêteurs réussissent tant bien que mal à mettre à jour certaines de leurs activités clandestines et mortifères, découvrent le pire d’une société gangrénée à tous les niveaux Les organisations de malfaiteurs se révèlent de plus en plus diversifiées dans leurs activités, vraies multinationales du crime, et même s’ils réussissent à faire tomber un certain nombre de malfrats et de psychopathes, certains arrivent passer entre les mailles du filet… L’exploration de cette économie souterraine où les frontières du mal et du bien s’abolissent devant l’argent comme la violence, et dont les enfants restent les premières victimes est éprouvante. Cela peut nous rappeler aussi bien le XIXème siècle de Dickens et d’Oliver Twist, le Rémi Sans famille de d’Hector Malot, que des récits contemporains comme Invisibles de Lucia Puenzo (paru en 2019, dans la collection « La Cosmopolite » chez Stock) qui raconte le destin tragique d’enfants perdus de Buenos Aires, petits voleurs des rues, victimes d’adultes sans scrupules et d’une société aveugle. Un monde où des êtres humains comptent pour rien. Littéralement terrifiant.

Le livre de Myriam et Joseph Gemayel s’avère remarquable par sa densité et la diversité des points de vue présentés – que ce que soit ceux des petites frappes, du patron du crime, d’un aristocrate dévoyé, d’une psychopathe dormante ou les points de vue des gosses désespérés, abandonnés par leurs parents, sans avenir, devenus des proies faciles pour la lie de l’humanité.  Le duo formé par l’enquêtrice et le médecin légiste, amoureux, rigoureux, compétent, courageux et honnête, représente un contrepoids bienvenu à la folie du monde qu’ils affrontent. L’un comme l’autre regardent les méchants droit dans les yeux, démontent les indices, font des liens, n’hésitent pas à en coller une si on les agresse et contribuent à rétablir un semblant d’ordre en dévoilant ce qui aurait pu rester caché ou impuni. De beaux personnages, fort attachants. S’ils sont comme cela dans la vie, eh bien… nous n’avons qu’à leur tirer notre chapeau  d’autant plus que l’exercice de se raconter tout en restant « romanesque » était difficile ! Or c’est une vrai réussite, avec des personnages fort bien campés et tout à fait crédibles, un récit très bien mené, des découvertes progressives qui donnent sens aux chapitres dédiés aux différents protagonistes, des péripéties qui font monter le suspense et poussent à tourner la page pour savoir comment ils vont s’en sortir et réussir à contrer un réseau criminel bien plus développé et dangereux que tout ce qu’ils pouvaient imaginer.

A retrouver sur France inter : une interview des auteurs par Laurent Goumarre : Myriam et Joseph Gemayel y expliquent très clairement comment ce livre qui est leur premier roman, ne s’appuie que sur des faits réels et répond à une volonté de témoigner des horreurs qu’ils ont pu découvrir dans l’exercice de leurs métiers, ainsi qu’au désir de montrer une enquête de police dans sa réalité, ses contraintes et ses limites.
https://www.franceinter.fr/emissions/le-nouveau-rendez-vous/le-nouveau-rendez-vous-29-mai-2018

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