Exquis Cadavre exquis saison 2 : Un pacte sinon rien, la récap. livre 4

Exquis Cadavre exquis saison 2 :

Un pacte sinon rien, la récap. livre 4

 

Allez pour vous qui avez loupé un chapitre, voici le quatrième récapitulatif des premiers épisodes de notre nouveau cadavre exquis

Ici retrouvez la première récap, livre 1 les 8 premiers chapitres.

Et là la deuxième, livre 2 chapitres 9 à 18

Ici la troisième, livre 3 chapitre 19 à 31

Un pacte sinon rien, la récap. livre 3 

Épisodes 19 à 31

L’idée avait le mérite d’être simple : liquider son auteur-vedette pour transformer en best seller son dernier manuscrit totalement délirant.

Geneviève V. n’avait plus qu’à trouver le bon tueur. Mais à jouer avec le feu on risque de se cramer les doigts, et tout le reste. L’éditrice n’avait pas prévu de croiser la route de son ancien tortionnaire ni de réveiller le Jaguar. Dans l’ombre un concurrent sadique attend son heure…

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 32

par  Laly Chame

Il s’en faut d’un cheveu

Laly Chame

 

« Fait chier, faut que je me lave les tifs ! »

Noémie avait mis son réveil à sonner une heure plus tôt afin de faire sereinement son footing quotidien. Si elle était contente de sa course, elle l’était bien moins de ses cheveux. Trempés, il faudrait les laver après le petit-déjeuner ! Et ça, elle détestait ! Elle, elle aimait la routine et les choses bien ordonnées, bien carrées. Or on était mercredi. Donc pas du tout le jour du shampoing. En plus, il y avait cet appel de Geneviève, la veille, qui lui trottait dans la tête. Bref, sa journée était chamboulée et elle, perturbée.

Elle n’avait pas bien compris pourquoi son ancienne patronne se déplaçait, d’ailleurs elle ne le lui avait pas vraiment expliqué. L’ayant soumise à un véritable interrogatoire sur les actualités locales, Geneviève avait semblé fort intéressée lorsqu’elle lui avait raconté une histoire de naufrage au large des atolls de Tuamotu. A tel point qu’elle lui avait demandé de lui dégoter un guide, le meilleur de la région. Et c’est Geneviève qui rinçait. Alors Noémie s’était exécutée sans poser de question. Mais à y repenser, elle suspectait que c’était important. Très important même, pour faire déplacer la Geneviève. Un nouveau projet éditorial ? Si tel était le cas, c’était sans doute un best-seller !

Seulement ici, c’était le territoire de Noémie ; son île, bien, bien loin de Paris. Donc s’il y avait un manuscrit en Polynésie, il lui revenait !

Coiffée de cette idée, elle fomentait un plan pour obtenir ce précieux trésor qui la ferait connaître dans le monde entier, lorsqu’elle s’aperçut qu’elle avait coupé sa banane en 13 rondelles au lieu des 12 habituelles.

« Mauvais présage » se dit la jeune femme.

Mais, voyant l’heure tourner, elle n’eut pas le temps de se faire plus de cheveux blancs. Elle engloutit son fruit et fila sous la douche. L’avion de Geneviève atterrissait dans 45 minutes et il lui en fallait bien 20 pour se rendre à l’aéroport. Or, elle avait sa fichue chevelure à shampooiner !

« J’ai plus qu’à prier Saint Ignace pour qu’elle se démêle rapidement ! »

Peigne à grosses dents offert par une scribouillarde chamanique ratée dans une main, sèche-cheveux dans l’autre, elle s’apprêtait à dompter sa crinière lorsque la sonnette de son pavillon retentit.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 33

par Jean Paul Dos Santos Guerreiro

Pan, pan, t’es mort !

Jean-Paul Dos Santos Guerreiro

Quand Noémie reprit connaissance, elle découvrit au-dessus d’elle le visage de Geneviève.

« Surprise ? Tu ne m’attendais pas aussi tôt ! Depuis que tu es partie, je ne t’ai plus jamais fait confiance. J’ai préféré prendre l’avion précédent… et me voilà ! Alors, que cela soit clair entre nous, la Boss ici, c’est moi ! »

……….

Il coupa la communication à son tour.

Il avait mis plusieurs semaines pour se connecter “incognito” au réseau que le King avait mis en place.

“Cela fait des années que j’attends ce moment. pensa Bret Easton Ellis. Je vais enfin pouvoir prendre La Place qui me revient de droit !”

Humilié de ne pas faire parti du KFC, Bret s’était juré de se venger, et à travers le brouillard constant qui régnait dans son esprit, il commençait à entrevoir la petite lueur attendue…

Plus jeune, il avait été influencé par le King, et s’en était largement inspiré lors de ses premiers écrits, se jurant qu’un jour il le détrônerait !

Quelques années plus tôt, lorsqu’il était entré en contact avec Bryan Smith, le plan lui avait paru tellement simple. Tous les jours, dans l’après-midi, le King marchait autour de son domaine, dans le Maine.

En échange d’une livraison de “médicaments” dont il était accro, Bryan avait accepté son “deal”. Samedi 19 Juin 1999, il était arrivé par derrière dans son véhicule et avait percuté de plein fouet le King lors de sa promenade. Malheureusement, il y eut un témoin, Bryan ne put se sauver comme prévu. Qu’importe, le plan avait été conçu à merveille et, sur les consignes de son commanditaire, Smith n’avait pas touché à une goutte d’alcool depuis plusieurs jours. Ce serait donc un accident.

Bret apprit quelques heures plus tard que la mission, pourtant simple, avait échoué. Le King souffrait de plusieurs fractures, de côtes cassées et d’un poumon perforé, il en avait échappé de justesse. Bret contacta Bryan. Oui, il risquait la prison. Non, il ne devait pas s’inquiéter. S’il s’en tenait au plan, tout ce passerait bien… Il n’eut qu’une suspension de permis et 6 mois avec sursis.

Bryan l’appela plusieurs fois. Il voulait des médicaments, toujours plus. Il allait craquer et risquait de le compromettre, en racontant toute l’histoire à la police. Les appels devinrent quotidiens. Bret devait agir et vite.

Le 22 septembre 2000, l’homme qui avait failli tuer le King, lors de l’une de ses promenades, avait été retrouvé chez lui mort d’une overdose.

“La chance était vraiment du coté du King” pensa Bret.

Dorénavant, il s’en occuperait seul !

Qui était donc cette Française, cette Geneviève ? Elle avait l’air d’en affoler plus d’un.

Pourquoi Ellroy voulait-il absolument l’éliminer ? Quel était son lien avec la L.I.S. ?

Bret eut une idée !

Il enfila sa veste à toute vitesse, ouvrit la porte d’entrée et… il se retrouva soudain face au regard qu’il détestait le plus au monde. De petits yeux à peine ouverts, protégés par une paire de lunettes d’un autre temps. À sa gauche, une femme pointait une arme sur lui.

«  Alors ? Pensais-tu que je ne me rendrais pas compte de ton intrusion dans mon réseau ? Tabitha, ma chérie, je t’en prie… »

Elle pressa deux fois la détente, laissant entendre deux “plop” discrets.

Bras dessus, bras dessous, ils s’éloignèrent, tendrement enlacés, comme le vieux couple qu’ils étaient. Derrière eux, Bret Easton Ellis aurait pu paraître endormi si le haut de sa tête n’avait pas littéralement explosé, entraînant un mélange de cervelle, d’os et de sang coulant doucement sur la porte d’entrée légèrement entrouverte…

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 34

par Margot Chaulet

Pas de répit pour les pourris

Margot Chaulet

 

Les deux amies s’embrassèrent en riant, se taquiner de la sorte était devenu naturel pour elles. Geneviève n’était plus la supérieure hiérarchique de Noémie, et une rivalité productive liait à présent ces deux éditrices ambitieuses. Tahiti allait être la scène de leur histoire, à elles et aux différentes organisations tirant les ficelles dans l’ombre : KFC, L.I.S. et ADN étaient sur le coup. Elias Armand était sur le point de rejoindre cette danse macabre à son tour.

En effet, ce pervers fraîchement bâti s’était vu informé de la place prépondérante qu’occupait cette île du Pacifique dans les plans machiavéliques qu’il menait. Il découvrit au dos de la lettre laissée par son supposé neveu un aller simple pour Tahiti ainsi que les papiers d’identité de Francis. Le billet du prochain vol en main, le voilà en route pour la place insulaire qui lui servirait de tombeau. Après un trajet sans encombre malgré sa nouvelle apparence physique, il posa un premier pas en dehors de l’avion. L’envie de se dégourdir les jambes le guida quelques dizaines de mètres. Puis, soudainement, son sang se glaça. L’atmosphère dans laquelle il baignait changea du tout au tout ; au revoir chaleur paradisiaque, au revoir chants des vacanciers festifs, au revoir végétation florissante. Au revoir Elias Armand.

Une détonation lointaine sonna sa mort, ce corps qui n’était plus sien chuta. Les genoux touchèrent le sol avant que cette face percée ne les accompagne. Un corps mort gisant par terre, voilà la fin sanglante que méritait cet être malfaisant. À Tahiti, les règles du jeu n’étaient plus les mêmes. Fini de jouer. Cet imprudent s’était montré visage découvert sous l’apparence du neveu qui n’avait, visiblement, pas que des amis ici. Ce manque de précaution lui avait coûté la vie. Cette dernière chance du destin, Elias Armand n’avait pas su la saisir.

Noémie et Geneviève n’avaient pas encore été témoins de cette tension grandissante. Cet affrontement qui les dépassait allait bientôt leur prouver, à elles aussi, qu’à Tahiti les choses étaient encore plus radicales qu’en France. Ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’elles ne le découvrent. En attendant, les deux camarades se dirigeaient vers une terrasse discrète pour se mettre au jus. Néanmoins, Geneviève avait l’intention d’omettre certains événements récents pour protéger son amie. Il était encore trop tôt pour mêler frontalement Noémie à cette histoire. Mais Geneviève savait qu’elle ne pourrait pas cacher son stratagème bien longtemps à cette équipière si perspicace.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 35

par Valérie Valeix

 

Tout feu, tout miel !

 Valérie Valeix

Quelle ne fut pas la stupeur de Geneviève et Noémie de reconnaître Audrey Astier, une des auteures de Geneviève, assise devant un Monaco, chapeau Panama posé sur ses longs cheveux blonds et Ray-Ban sur les yeux.  En principe, Audrey, apicultrice dans le Sud-Ouest de la France, par ailleurs auteure de polars écologiques, aurait dû se trouver dans sa ferme, devant son Mac, attelée à boucler son T6.

Polar-écologique ? Mais quésaco ? s’était demandé Geneviève en découvrant ce titre inscrit sur la première page du manuscrit d’Audrey envoyé par la poste ? Qu’est-ce qu’une cuillère de miel pouvait bien avoir à raconter ? Certes, depuis un moment, on surfait sur la vague écologique et Geneviève elle-même était fan de miel, de vrai miel, non de ces ersatz de miel vendus en pagaille dans les centres commerciaux.  Intriguée, Geneviève s’était décidée à lire dix pages de cet éco-thriller. Dix pages et pas une de plus avant d’envoyer le manuscrit au feu. Mais c’était sans compter l’intérêt grandissant de l’éditrice pour ce polar gourmand qu’elle avait dévoré d’une traite.  Noémie connaissait aussi Audrey. Elles s’étaient bien entendues tout le temps où Noémie avait fait partie de l’équipe.  Nantie d’un caractère indépendant, l’apicultrice avait toujours clamé n’appartenir à aucun clan. Elle ne s’était d’ailleurs pas rendue à la pseudo croisière littéraire de Claude France, prétextant une conférence sur le crime à l’environnement à Toulouse. Aussi la trouver à plus de quinze mille kilomètres de chez elle intrigua les deux amies au plus haut point. En toute logique, Audrey aurait dû informer Geneviève de ce déplacement lointain nécessitant plusieurs jours d’absence. Qu’avait-elle dit déjà ? Ah oui, qu’elle partait encore donner une de ces fichues conférences vous apprenant, entre autres joyeusetés, que les bijoux en or bon marché provenaient de paillettes d’or extraites au mercure à l’autre bout du monde par des orpailleurs sans scrupule détournant cours d’eaux et rivières pour trouver toujours plus d’or, quitte à reverser tout ce qui ne les intéressait pas dans l’eau, mercure compris, empoisonnant poissons et humains. Quoi, si on ne pouvait se payer une petite bagouze en or à deux balles, où allait-on ?

« C’est curieux, chuchota Geneviève à Noémie, elle aurait dû être au Havre en conférence. »

Noémie désigna du menton la superbe Testarossa blanche stationnée en double-file face aux tables du café. Audrey se leva, tout sourire, et se dirigea vers la Ferrari conduite par un quadragénaire blond au teint bronzé par le soleil de Tahiti.

« Je connais son mari gendarme, ce n’est pas lui. Pas sûr d’ailleurs que sa solde lui permette de se payer ce genre de bagnole, émit Geneviève en voyant Audrey s’installer côté passager.

–– Peut-être que c’est une location, peut-être que c’est son amant… »

Le conducteur abattit ses lunettes de soleil, sourit à Audrey et redémarra dans un bruit de chevaux mécaniques faisant se retourner les promeneurs.

« Peut-être bien qu’elle cache son jeu, cette petite abeille déguisée en guêpe… En tout cas, pas discret Mister Miami Vice ! Allons voir ce que ça cache. »

Geneviève héla un taxi et, en s’engouffrant dans le véhicule, ordonna au chauffeur :

« Suivez la Ferrari blanche. »

Va

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 36

par Ge², double maléfique 

 

Vic entre en scène

Ge², double maléfique 

 

Je venais d’hériter d’un drôle de dossier.

La disparition de deux collègues dans l’exercice de leur fonction.

En effet, on n’avait plus de nouvelles du brigadier Poirot et de son acolyte Dupond depuis qu’ils étaient allés enquêter sur une disparition inquiétante. Il s’agissait d’Elias Armand que son neveu Francis T avait signalé au commissariat du coin.

Francis T disait être son neveu et sa seule famille.

Mais l’affaire s’était corsée car Elias Armand apparaissait depuis dans une obscure affaire de naufrage d’un bateau au large des côtes de la Polynésie française. Un navire qui avait sombré dans les eaux turquoises de l’océan Pacifique. Armand avait visiblement affrété ce rafiot. Ce qui était étrange dans cette affaire, c’était que la police scientifique intervenue en premier lieu avec les sauveteurs avait conclu à un sabotage.

Une bombe avait fait couler le cargo par le fond. Et Elias Armand était maintenant recherché par toutes les polices de France et de Navarre pour terrorisme maritime.

La section Pacifique sud d’Interpol elle aussi était sur le coup.

Plus étrange encore, il n’y avait pas de rescapé mais l’on comptait aussi très peu de victimes. Les seules recensées étaient des auteurs internationaux de roman policier.

Que faisait ces auteurs sur ce genre de navire ? Et pourquoi l’avoir fait sauter ?

Une bombe, un sabotage, un attentat, des romanciers…

Voilà pourquoi ce dossier avait atterri sur mon bureau.

Ah pardon, que je me présente : Vic je suis détective littéraire à l’instar de Thrusday Next. Je bosse à la brigade des affaires étranges et littéraires.

Je suis une amie de Myfanwy Thomas. Comme elle, je fais partie d’une organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles. Et si nous ne travaillons pas pour la même agence gouvernementale, nous avons régulièrement collaboré pour contrer les agissements de la Ligue de l’Imaginaire Sanglante et de la King Fuckin’ Corporation.

Aussi quand le nom de Francis T est apparu dans ce dossier, les alarmes se sont mises au rouge. Eh oui, Francis T est fiché chez nous comme Ange luciférien adepte du culte de Cthulhu.  Alors quand une éditrice de renom apparaît aussi et qu’en plus on retrouve le cadavre éviscéré de Barbara A, la patate chaude me revient.

Barbara A est aussi connue de nos services comme agente spéciale de la L.I.S. et membre du Carcosa.

Cela faisait beaucoup de coïncidences. Trop de coïncidences.

Et dans mon job, on ne peut pas se permettre de croire aux coïncidences.

Car si on n’y prend pas garde, on risque de finir pulvérisée ou exsangue.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2

Épisode 37

par Sylvie Mourcin

La littérature comme religion

 Sylvie Mourcin

 

Dans l’agence secrète de Vic, la littérature fait quasiment office de religion. Aussi quand on a entendu des rumeurs d’attentat contre une libraire en France, toutes les équipes ont été réquisitionnées pour se mettre sur l’affaire. Tous les agents de terrain, tous les analystes, toutes les forces vives se sont mobilisés. Tout le monde devait secouer ses indics, ses contacts pour vérifier cette information émanant de la Checquy, version paranormale du MI5 anglais. Les Britanniques étaient passés maître en la matière : combattre les forces littéraires et surnaturelles.

Aussi notre enquêtrice se retrouvait-elle étrangement seule pour mener à bien son affaire de terrorisme littéraire et maritime. Elle avait besoin de renfort. Il ne lui restait plus qu’à partir sur la piste de l’éditrice et Vic allait aussi devoir faire appel à ses réseaux. Elle savait pouvoir faire confiance aux flingueuses et notamment à celles affiliées à la Ligue du chapitre 22.

Aussi celles-ci allaient devoir abattre un boulot de fourmi, aller discrètement enquêter sur le terrain, interroger les voisins d’Elias A, de Francis T mais aussi ceux de Geneviève V. Elles allaient devoir compiler et analyser les données pour Vic. Bref, se taper le sale boulot. Mais visiblement elles accomplissaient leurs tâches avec plaisir car aucune ne semblait se plaindre. Au contraire, elles en redemandaient. C’était bizarre tout de même cet attachement de ces flingueuses et de cette ligue du chapitre 22 pour Vic. Pourtant tout le monde connaissait son sale caractère, ses foutus coups de gueule et son petit côté tortionnaire. Bon ok quand on avait un job tel que le sien, il valait mieux avoir du caractère et en avoir sous le pied aussi !

Chacune se mit au travail, dans l’ombre, pour mener à bien l’enquête confiée à Vic. Il faut dire que cette intrigue semblait bien complexe.

Vic, elle, était partie renifler la piste Geneviève V. Elle comptait bien la remonter.

Avant toute chose, les flingueuses allaient interroger le poulain de notre éditrice vedette, Claude France. « Impossible, leur avait dit Vic, que celui-ci ne soit pas impliqué dans tout cela. Attention, l’homme est retors, les avait-elle prévenues. Moi je file à l’aéroport, mon service a localisé Geneviève V à Papeete. Et si j’ai besoin de renfort, les filles, je vous ferai venir à Tahiti. »

Depuis, Vic avait atterri à l’Aéroport international Tahiti Fa’a’ā. Elle avait pris contact aussi avec un de ses amis, Patrice G, qui travaillait pour Interpol comme elle à l’époque. Elle l’avait connu quand ils avaient fait équipe pour suivre les enquêtes du commissaire Marcos Fontanillas qui avait créé une brigade expérimentant des méthodes fondées sur les progrès des neurosciences.

C’est ainsi que Patrice G lui apprit que Francis T était lui aussi arrivé à Papeete et qu’il était entre la vie et la mort au Centre hospitalier de la Polynésie française de Pirae.

Son voyage à l’autre bout de la planète commençait fort !

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 38

par Elly Rosemad

Justice, apéro et vérité

 Elly Rosemad

            Antsfryd, les jambes cotonneuses, descendit avec toute la peine du monde la colline. Là-haut, son ami Francky venait de perdre la vie. Sous le choc, le célèbre auteur danois ne parvenait presque plus à se mobiliser. Pourtant, il devait se planquer et vite ! Le ou les assassins de son compatriote ne devaient pas être loin. Il irait chercher son corps plus tard afin de lui offrir un semblant de sépulture et de dignité. Et surtout, il préviendrait les autres. A cet instant, il regrettait d’avoir pris l’habitude de se mettre à l’écart du groupe. Personne ne s’inquiéterait de son absence avant un moment. Quel idiot ! Les effluves de mort encore dans les narines, Antsi rabattait à mesure la végétation de chaque côté pour se frayer un chemin. Tout était démesuré ici : les fleurs, les animaux. Mais pas uniquement. Ce qui venait de se passer donnait à l’horreur ses lettres de noblesse et de grandiloquence. Depuis qu’il avait accepté cette croisière, sa vie s’était transformée en enfer. Il jura intérieurement que l’on ne l’y reprendrait plus. Une fois rentré chez lui, il changerait de vie. Finis les rêves de gloire, son ego démesuré et les trahisons multiples qu’il infligeait à sa femme depuis des années.

            Freja

            Bon sang,

            Si tu savais !

            Il pensait tellement à elle. Les regrets lui bouffaient les tripes, à chaque seconde. Son absence était une torture à elle seule et il lui avait fallu tout ça pour s’en rendre compte. Sa crise de la quarantaine, il la faisait à l’envers. Quel crétin il faisait ! Antsfryd trouva une concentration d’arbres à pain, entourés de plantes au feuillage aussi large que ses épaules massives. Parfait pour se cacher. Accroupi, il déplia le rouleau.

            La ligue de l’Imaginaire

            Danger

            Ces mots résonnaient comme une litanie. Antsfryd découvrit des textes à l’encre effacée par endroits. Pourtant, il lui semblait que tous les « esclaves » dont il avait fait partie avaient rendu leur copie. Une note accompagnait l’ensemble, signée de la main de Francky : « Je fais partie de l’ADN. Avec ces documents tu as la preuve que nos compatriotes ont péri dans de sombres circonstances. La L.I.S. est responsable de cette tragédie. Tu dois faire éclater la vérité, mon frère! ».

Les larmes bardèrent son visage diaphane attaqué par le soleil. Il broya malgré lui les feuilles qu’on lui avait transmises en héritage. « La vérité ! » explosa-t-il dans un rire nerveux et désespéré. « Oui la vérité. Mais aussi la justice et l’apéro, mon Viking chéri ! » trancha une voix connue, teintée de sarcasme. Il leva les yeux. C’était bien elle. Cette fille avec laquelle il avait passé un pacte. Clarence P. Membre de la Ligue du Chapitre 22. Elle pointait le canon de son silencieux dans sa direction. Un seul geste et elle exploserait son passé et son avenir. Elle lui fit signe d’avancer. Il avait oublié le panache de cette nana. Un coup de pied dans les mollets de sa part lui fit ravaler ses hormones. Une centaine de mètres plus loin, Clarence le somma de s’arrêter, tout en continuant de le menacer de son arme. Sur le sol, elle balaya le feuillage recouvrant une grille qu’elle redressa doucement dans un grincement sépulcral. Elle fit signe à son ancien amant de descendre.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 39

par Christel Gesbert

Un lourd secret

 Christel Gesbert

 

J’ai froid, mes membres tremblent. Où suis-je ? Je me raccroche à son parfum suave. Oui, j’essaie de me rappeler ce savoureux moment. Une nuit avec elle, si j’avais su, putain ! En une nuit, elle a su qui j’étais. En une nuit, elle a tout fait basculer, cette salope ! J’ai cru pendant de longues années que j’étais invincible. Oui, je suis le King du polar danois ! Chaque été, je vous ponds un best-seller et vous êtes là, fidèles sur la plage à déguster mes mots, à savourer la glace entre vos mains. Un rendez-vous rituel qui ne vous échappe pas, vous attendez avec impatience ma dernière pépite et vous en redemandez à chaque fois. Et c’est la même rengaine, comment vais-je trouver l’inspiration, celle qui va vous faire frémir, vous donner envie de tourner chaque page ? Une peur de ne plus vous plaire, de ne plus vous satisfaire, de vous perdre. Alors, plus qu’une solution : contacter la ligue des APT (Anonymous Page Turner). Ce numéro, je l’ai utilisé une fois en vingt ans de carrière. Vingt ans de sacrifices, de douleurs et de souffrances pour insuffler la créativité au fond de mon âme. En un coup de fil, j’ai eu le meilleur livre de toute ma carrière. Celui qui s’est le plus vendu, traduit en 24 langues, celui qui a réconcilié tous les lecteurs sur ma plume. À l’unanimité, tous ont reconnu avec ce titre, que j’étais le King danois. Tous sauf un, la Ligue du Chapitre 22. Je me rappelle très bien cette soirée arrosée, elle était la plus proche du bar. Elle me souriait avec son regard ténébreux et sa crinière noire sensuelle. Alors je me suis approché et elle m’a susurré à l’oreille : « Je suis une de vos plus ferventes admiratrices. J’ai adoré Département  V . ».  La tentation était trop grande, j’ai succombé. Elle avait le pouvoir entre ses mains, elle le savait et en quelques minutes, elle a su… On ne s’est plus revu. Bien sûr, j’ai regretté de lui avoir dévoilé mon plus grand secret. À ma grande surprise, aucune divulgation. Je scrutais Instagram, Facebook, mais rien. J’étais rassuré mais pas totalement, je savais que ça allait me tomber sur la gueule, mais jusqu’à quand ? Nous y sommes, je suis sous terre, dans le froid. Il fait sombre, je ne vois rien, juste une voix qui m’attend : « Te voilà enfin ! » J’en frémis, cette voix, je la connais. C’est celle de Claude France.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 40

par Christel Delaunoy

Les tourments de Vic

Christel Delaunoy

 

Avec ce que Patrice G venait de lui apprendre, Vic décida de changer ses plans. Geneviève V attendrait un peu, de toute façon, elle n’allait pas quitter l’île de sitôt.

Avant toute chose, direction le centre hospitalier de la Polynésie française de Pirae où elle avait donné rendez-vous à Patrice G. Il fallait absolument qu’elle comprenne pourquoi Francis T n’était pas mort. Même en tant qu’Ange luciférien, avec 2 balles d’argent dans la tête, il aurait dû mourir. La seule explication possible était que ce n’était pas lui dans ce corps. Qu’en fait, il s’agissait bien de son enveloppe corporelle mais que ce n’était plus l’âme de Francis T qui l’habitait. Soit quelqu’un avait pris possession de son corps, mais connaissant le niveau Angelius de Francis T cela lui paraissait peu probable, soit il avait autorisé quelqu’un à être hébergé dans son corps. Vic restait dubitative devant cette option et se demandait ce qui avait bien pu pousser Francis T à agir de la sorte. Pour avoir eu l’occasion de côtoyer plusieurs Anges lucifériens, Vic savait très bien que si un de ceux-ci laissait son corps à une autre âme, il prenait un direct pour l’enfer et n’en ressortirait pas avant plusieurs années. Ce n’était donc jamais de gaieté de cœur que ceux-ci subissaient le transfert Corpame comme on l’appelait dans le milieu. La personne qui avait pris possession du corps de Francis devait avoir de sérieux pistons dans le monde des ténèbres. Vic avait beau se creuser la tête, elle n’arrivait pas à trouver de qui il pouvait s’agir.

Elle savait avec certitude que Patrice G allait pouvoir lui apporter des réponses à ses nombreuses questions sur cette affaire. C’est pourquoi, après avoir hésité longuement, elle s’était décidée à l’appeler. Elle était bien consciente que revoir Patrice allait rouvrir une vieille blessure et raviver des souvenirs qu’elle pensait enfouis au fond de son cerveau et surtout de son cœur. Mais, au fond d’elle-même, elle savait qu’elle n’avait pas le choix si elle voulait mener sa mission à bien. Elle allait devoir mettre son amour propre de côté. Et, surtout, agir avec lui comme s’il ne lui avait pas volé les plus belles années de sa vie et brisé son cœur en mille morceaux. Le plus surprenant, c’est la façon dont il avait réagi quand elle l’avait appelé. Comme s’ils s’étaient quittés l’avant-veille après un bon repas. Pourtant, ils savaient tous les deux que cela ne s’était vraiment pas passé comme ça. Elle allait devoir faire preuve de sang froid si elle ne voulait pas replonger après toutes ses années.

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 41

par Gaia

Le nouveau monde

Gaia

 

Non, mais quel merdier ! Je me marre. Vous pataugez sec, n’avez encore rien compris. Ça flingue à tout va, ça conspire, ça se tire dans les pattes. Ça monte sur son égo, ça se tire la bourre, ça envisage les pires scénarios. Aux quatre coins de la planète, une vraie tuerie. Et ça se dit des polardeux. Mille pistes et pas un seul coupable. Pas encore !

Ah, ah, ah, je me marre.

Écrivez-moi encore quelques chapitres comme ça et vous serez tous morts.

Le climax arrive.

Moi !

Qui regarde ça de loin, qui tire les ficelles, qui a inoculé le premier germe. Qui vous laisse vous débattre, vous jalouser, vous entretuer.

Allez les maîtres du Noir, montrez-moi encore ce que vous savez faire. Ne soyez pas timides, allez jusqu’au bout. Tuez-vous jusqu’au dernier. Personne ne vous regrettera. La littérature a bien besoin de ça !

Évidemment, je parle de la vraie littérature, la pure, la blanche. Celle que plus personne ne lit. Qui parle d’amour et d’hirondelles, de poésie, de muse et de frissons. Celle que l’âme du monde réclame à corps et à cris. Pour nommer l’amour et la vie, les mille et un petits riens qui en font la joie et la douceur.

Ça y est, vous commencez à comprendre. Moi et les autres contre vous. On va tous vous exterminer. Écrivains, éditeurs, libraires. Qui avez envahi l’humanité de textes souillés par vos parjures, vos arrogances, vos fantasmes de dingues en liberté. Vous, les adulés, on va vous couper les couilles.

Des années que vous nous débitez du papier noirci d’encre barbare. A votre tour de finir en rondelles découpées. Vous pataugerez bientôt, un à un, dans votre sang, vos tripes, vos pires cauchemars. Et quand cette histoire sera terminée, le Verbe créateur reprendra sa juste place.

Le nouveau monde arrive.

Vous pensiez tout contrôler, vous croire dans un jeu et c’est vrai. Mais je n’étais pas encore apparu. Tout ne vous pas encore été révélé. Encore quelques plumes sordides et de vous il ne restera plus rien.

À la toute fin, je ramasse les copies.

Il vous reste une chance, ou pas, de sauver votre peau…

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 42

par Nathalie Jacqmin-Clautier

 

Opération Manook

 Nathalie Jacqmin-Clautier

 

Ah, ces séances de dédicaces au beau milieu de la plus grande libraire de France… Pour l’auteur invité, c’était toujours une heure de gloire ! Seul, il avait au moins la certitude que la foule n’était là que pour lui ! Cela engendrait ce sentiment de plénitude qui, en ce moment même, étirait un sourire satisfait sur les lèvres de Nicolas L. Plus la file s’allongeait, plus son égo prenait ses aises, tandis que sa vigilance faiblissait… L’orgueil était le point faible de cet agent de la L.I.S. Adossée non loin de l’entrée, Paula H. eut un rictus dégoûté.

 « Stupides frenchies… Si tu savais le sort que je réserve à ta petite cour, tu ferais moins le malin ! »

Du coin de l’œil, elle vérifia la position de son homme de main, tout de noir vêtu et coiffé d’un bonnet de marin. Paula regretta cette excentricité qui pouvait sembler incongrue et risquait d’attirer sur lui l’attention. Et effectivement, elle remarqua dans la foule un homme aux allures de savant fou qui fixait intensément son agent, tandis que son épouse le tançait :

 « Minou, ça suffit, cesse donc de fixer ce malheureux !

    – Mais tu vois bien qu’il est bizarre ! Il scrute tout le monde avec ses petits yeux pervers ! Et puis, c’est quoi ce bonnet ? Ça cache quelque chose, c’est sûr !

   – Oh je t’en prie, tu es ridicule ! Tu vois des complots partout ! Et tu crois qu’ils en pensent quoi, les gens, de ta coiffure d’Einstein ? »

La remarque de son épouse moucha le malheureux qui se renfrogna en se demandant ce qui lui avait pris d’accepter de suivre sa femme, lui qui détestait lire.

Rassurée sur l’inoffensivité de l’homme, Paula capta l’attention de son acolyte et hocha brièvement la tête, ce qu’il interpréta immédiatement comme le signe du passage à l’action. Paula embrassa du regard la librairie, pleine à craquer de fans venus seuls, entre amis, en famille… « En famille » songea-t-elle avec fierté, en examinant une jeune mère qui réajustait la chaussette de son nouveau-né, paisiblement endormi dans son landau. « Le King ne sera pas déçu ! Ça va faire mal ! ».

Paula quitta la librairie et dégaina son portable. Grâce à la KFC, il avait été aisé de pirater le compte Facebook de Nicolas L. Il ne lui restait plus qu’à poster le message haineux concocté par le King et qui consternerait la France entière quand elle comprendrait que Nicolas L. était à l’origine de l’attentat qui avait tué ses nombreux lecteurs… À l’intérieur, l’homme de main disposait discrètement ses charges explosives. En quittant la librairie, détonateur à la main, il ne put s’empêcher d’attirer l’attention de l’auteur pour lui adresser un salut moqueur. Effaré, celui-ci reconnut le tueur sanguinaire dont le visage placardait les murs de la L.I.S.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 43

par Samuel Sutra

La tribu de San-A

 Samuel Sutra

 

Agrippé par le poing puissant, levé du sol et secoué comme un prunier, Claude France venait déjà de paumer une chaussure.

« Alexandre-Benoît, arrête de taper ! lui intima son patron, sans pour autant lever ses yeux du baveux du jour.

— Mais… Comment qu’on peut être aussi con ? s’émut presque le violenteur. C’est à cause de scribouillards comme lui qu’on finira jamais dans la Pléiade ! Lui et ses dégénérés, ça fait vingt ans qu’ils jettent l’eau propre sur le polar ! Je vais laver le front, moi ! Je sais pas ce qui me retient de…

— C’est moi qui te retiens, Alexandre. Pose le monsieur ! » ordonna Antoine, repliant méticuleusement le journal.

Claude France, pâle et tremblant, savait qu’il s’exposait à un danger sérieux en venant troubler la quiétude de son porte-plume le plus illustre. C’était pourtant écrit sur le panonceau pendu au palmier qui trônait à l’entrée du domaine : « Ne pas venir faire chier. »

« Monsieur Antoine… J’ai pas voulu vous déranger pour mon dernier manuscrit. Je pensais avoir trouvé une idée géniale, et j’ai voulu faire ça tout seul. Mais là… ça dégénère… »

Antoine, ancien premier flic de France, ayant quitté son pavillon de Neuilly à la disparition de sa maman pour venir s’isoler sur cette île de Polynésie en mettant en scène sa propre mort, œuvrait toujours dans l’ombre, écrivait pour le plaisir, livrait des intrigues à des auteurs en manque d’inspiration, mais tenait à ce que sa tranquillité fût respectée par tous.

D’un mouvement du menton vers le journal plié en quatre, Antoine ne put qu’approuver :

« Pour sûr. Ça a bien dégénéré. Un attentat, rien que ça ! La L.I.S., y a vingt ans, c’était des gars sérieux. J’avais monté cette organisation pour pouvoir disparaître. J’avais fait un recrutement aux petits oignons. Mais aujourd’hui, c’est un orchestre de jazz. Ça barre dans tous les sens. Je m’en occupe pas assez. »

Antoine claqua des doigts à l’attention d’Alexandre-Benoît. Il lui indiqua la cabane fermée d’un cadenas :

« Va nous chercher une Mendy’s. Et une carte. »

Alexandre ouvrit des yeux tout ronds :

« Une Mendy’s ? Pour ce gougnafier ? Tonio, tu déconnes, là ! Un brandy hors de prix pour ce peigne-cul qu’écrit même pas ses books et que c’est toi qui les lui ponds? Franchement, je trouve que…

— Trouve pas ! Va plutôt chercher, je te dis ! »

Puis, se tournant vers Claude, Antoine se fit plus clair :

« Mon petit Claude, t’es un auteur mauvais. Tu vends beaucoup de livres que tu n’écris même pas. C’est un signe que ce milieu barre en couille. Alors on va régler ça. Mais je le fais pour le polar. Pas pour toi. »

Alexandre-Benoît revint, une bouteille gris-perle dans une main, trois verres à pied dans l’autre et une carte de visite entre les dents.

« Donc, tu prends ça, continua Antoine, en lui tendant la carte de visite qu’il cueillit avec prudence. Tu appelles ce numéro, c’est la L.I.S. Tu donnes mon mot de passe : « Mets ton doigt où j’ai mon doigt ». Mot de passe du patron, le service sera gratuit. Tu leur dis qu’ils fassent le ménage en grand. Qu’Élias, la Geneviève, les Amerloques et les Suédois, que tout le monde y passe. J’en veux plus un seul debout. Un peu de ménage dans le polar, ça fera pas de mal. On y verra plus clair. »

Puis se tournant vers Alexandre-Benoît, le grand Antoine précisa sa demande :

« Deux verres, pas trois ! Le Mendy’s, c’est pour nous, mon bonhomme. Claude nous quitte. Il n’a plus rien à faire ici. »

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 44

par Emmanuelle Rossi

 

BOOM !

 Emmanuelle Rossi

 

« Je faisais la queue à la libraire parmi une foule de gens seuls, des couples, des femmes avec un bébé. Quelle idée ! Un bébé se moque de rencontrer un célèbre auteur, non ? Il y avait un type bizarre avec un bonnet marin pourtant pas de saison, hein ? Mais bon je n’avais d’yeux que pour lui, cet auteur …

Et puis soudain une explosion, des cris, de la fumée, du sang, des corps et lui déchiqueté, recouvert des pages de son dernier roman !

J’ai été éjecté de la boutique et je me suis retrouvée hagarde, sonnée, ébahie…

Vous comprenez, monsieur le policier ? C’est littéralement impossible, ce qui est arrivé. Un attentat dans une librairie, à une signature ! Ce n’est pas réel, n’est ce pas ? Pourquoi ? Vous y comprenez quelque chose, vous ? »

Le policier regardait cette jeune femme, les cheveux courts, le visage couvert de traces de larmes, de poussière, de cendres. Elle portait un jean, déchiqueté maintenant et pas pour un effet de mode, un tee-shirt de baseball américain, une paire de ballerines, enfin il en manquait une, à ses pieds. Elle serrait dans ses bras le fameux roman qui attendrait sa signature fort longtemps maintenant ! Mais pourquoi faisait-elle allusion à un attentat ? Cela ressemblait à s’y méprendre à une fuite de gaz ! À Paris ça arrivait. L’an passé encore. Et les attentats, ça visaient plutôt les lieux religieux, parfois les cafés aussi mais bon…

La jeune femme étreignait ce maudit bouquin, et le policier se disait que si elle n’avait pas été fan de ce stupide auteur, elle n’aurait pas vécu cela. Ces écrivains qui jouent aux policiers, ça l’agaçait ! Comme si la vie, son travail n’étaient que des histoires pour faire peur, alors que la réalité était bien plus affreuse. Que des prétentieux !

La jeune femme, soudain, lui tendit le livre, les yeux écarquillés par l’horreur. Il lut la dédicace, finalement elle avait eu le temps de le faire signer, et leva les yeux vers le ciel en souriant discrètement : « En finir avec ces polardeux et leurs fans »

Elle hurla : « Vous voyez que c’est un attentat, il me l’a écrit ! »

Le policier la prit dans ses bras pour la calmer et le regard de Paula dans son dos souriait. Le King serait content du lancement…

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 45

par Cécile Michel

APOCALYPSE, QUAND TU NOUS TIENS.

Cécile Michel

 

La notion de décalage horaire pour les flingueuses était assez désespérante pour une équipe formée à travailler à l’international. Vic avait beau faire des mémos, des sheers, les inviter, leur ordonner d’utiliser une appli pour le leur faire comprendre, il y en avait toujours une pour la réveiller au milieu de la nuit. Cette fois-ci, cela avait été Sylvie K, plus connue sous le surnom de la femme au Baygon vert depuis une danse qui avait créé le buzz sur Facebook. Son déhanchement devenu célèbre aurait pu devenir un handicap pour une agente censée être secrète.  Étrangement sa notoriété couvrait à la fois son comportement, qui aurait pu paraître étrange pour le quidam, et ses activités d’espionnage et de recueil d’informations.

« Cheffe, je vous dérange ?

— Juste 4 heures du mat’, bordel !

 – Oups ! Bon, maintenant que je vous ai… On est arrivé trop tard pour la librairie ! Un bordel monstre, des corps, les médias…

 – Putain !

— Oui, enfin, j’espère que vous ne parlez pas de moi, hein ?!

 – Envoie-moi tout le dossier, maintenant !

— Une petite berceuse pour vous rendormir ?

 – Putain ! »

Vic avait à peine raccroché que ce fut le tour d’Isabelle B. Empêtrée dans ses explications sur le dernier tournage de sa nouvelle émission culinaire et scientifique pour excuser de ne pas avoir utilisé l’appli pour le décalage horaire, elle en oubliait l’essentiel. Vic coupa court aux excuses de la star du petit écran et exigea l’objet de l’appel qui ne pouvait pas être les contorsions d’un caméraman dans une cuisine de deux mètres carrés. Et effectivement, un malheur n’arrivant jamais seul, elles avaient aussi paumé la trace de Claude France. Une équipe de flingues cassés, Vic bouillait littéralement de la petite culotte sous les Tropiques et pas seulement à cause de la température nocturne sans clim’. Elle allait avoir une discussion sérieuse avec  l’éditrice tortionnaire la plus célèbre de Paris. Elle avait foutu un bordel sans nom. Tout cela parce que son poulain n’avait pas pondu le best-seller annuel comme convenu,  elle avait décidé de l’éliminer. Et aujourd’hui, on était à la veille d’une guerre nucléaire dans les milieux littéraires. Toutes les forces obscures du Polar et du reste s’agitaient dans tous les sens. Son agence avait jusqu’à maintenant réussi avec un savant rééquilibrage des puissances en présence pour l’éviter. Pour ce faire, ils n’avaient pas été avares en contre-attentats, assassinats, disparitions et extorsions en tout genre. Mais la Kim Jong-un de l’édition française avait mis un bordel sans nom, Vic ne savait même plus comment arrêter cet effet domino dans les catastrophes. À moins qu’une tactique à la terre brûlée soit ce dont avait besoin le milieu du Polar… Avant les laisser s’entretuer, Vic devait avoir une conversation sérieuse avec l’éditrice de toutes les apocalypses, Geneviève V.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 46

par Sandrine Durochat

Clic et déclic

Sandrine Durochat

Un voile assombrit le regard de Ge lorsqu’elle entendit la nouvelle à la radio. Une explosion à la librairie. Des dizaines de morts. Essentiellement des femmes et des enfants. Des auteurs aussi, en pleine séance de dédicace. La journaliste parlait de boucherie ou de carnage. Des victimes innocentes, dégâts collatéraux de la guerre littéraire qu’elle avait initiée et qu’elle ne maîtrisait plus. Prise d’un vertige, Ge chancela et attrapa in extremis une chaise pour éviter de s’écrouler. Sonnée par cette déflagration, elle aurait aimé pleurer mais les larmes ne vinrent pas. Seule une boule de feu lui irradiait le bide. Elle posa ses coudes sur la table, prit sa tête pour faire cesser les cris et ferma les paupières pour oublier quelques secondes cet enfer. Tous ces morts par sa faute. Elle serait la prochaine. La L.I.S. semblait déterminée à faire le grand ménage. Ces enfoirés dézinguaient tous les témoins gênants afin d’effacer la trace de leur passage. L’argent n’était plus l’enjeu de cette mécanique sanglante qui s’emballait comme un cheval fou. Un nœud se forma sa gorge et un goût d’amertume lui envahit la bouche. Il lui fallait agir. Depuis le début, elle subissait ou encaissait les événements sans pouvoir les stopper et avait le sentiment d’avoir en permanence la tête sur le billot. Qui aurait sa peau en premier ? La L.I.S., Elias, Claude ? Sans parler des flics qui reniflaient quelque chose de louche et qui ne la lâchaient plus d’une semelle. Ils avaient beau être cons, il ne fallait pas les sous-estimer et elle n’était pas à l’abri de tomber sur un fonctionnaire de police plus perspicace que la moyenne nationale. Elle demeura figée, comme perdue entre deux mondes pendant plusieurs minutes avant que le déclic n’opère et s’impose à elle. La proie devait se transformer en chasseur. Elle ne devait compter que sur elle et se chargerait de la sale besogne en éliminant tous ses ennemis. Geneviève frotta ses mains sur son visage grave comme pour imprimer cette nouvelle vérité. Fini la Ge victime ! Elle serait la Ge flingueuse ! Habitée par cette évidence, elle se redressa avec le regard déterminé et froid d’une Sarah Connor et enfila sa veste avant de s’engouffrer dans sa voiture en direction d’un quartier interlope et malfamé pour trouver la réponse à ses problèmes.

« Vous avez déjà tiré ? » s’enquit l’armurier d’un air circonspect.

Geneviève ne l’entendait pas, déjà hypnotisée par le contact froid et massif du Beretta dans ses mains. Un sentiment confus de puissance la grisait délicieusement. Le petit bonhomme aux tempes grisonnantes haussa des épaules face à son silence. « Encore une femme trompée » songea-t-il. Il lui précisa que le Beretta 87 Target demeurait parfait pour l’entraînement au tir. Pas trop lourd, maniable et avec une détente facile. Ge pressa sur la gâchette. « Clic, clic, clic ». Le son sec du percuteur sur le métal lui murmurait des promesses de vengeances et de paix intérieure.

« Je vais prendre plusieurs chargeurs, mes cibles sont nombreuses » dit-elle en caressant le canon lisse de son nouveau joujou.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 47

par Nathalie Berquet

 

QUE LA GUERRE COMMENCE !

Nathalie Berquet

 

Geneviève sortit de l’armurerie pleine d’espoir et de vengeance, sûre d’elle. Elle pensa tout bas : « que la guerre commence ! Ils ne méritent de mes mains que la mort. Personne, non, personne ne restera debout après mon passage. Non, personne. »

Elle ne se sentait plus victime, mais un soldat, une mercenaire sans pitié.

Tous y passeraient sans exception, tous sur son passage. Même son ex-stagiaire.

« Elle m’agace à se prendre pour la meilleure et je suis sûre qu’elle veut en tirer profit !

Une bastos dans leur caboche à chacun, ça leur apprendra à réfléchir avant de venir me faire chier. Le premier sur ma liste sera cet incompétent d’alcoolique Claude France puisque Elias Armand doit être mort à l’heure qu’il est. Le pire, c’est que cela s’est passé dans mon fauteuil… Merde ! »

Le téléphone sonna, c’était Vic qui demandait à la voir pour discuter devant un verre.

« Et merde, faut vraiment que tous viennent me faire chier aujourd’hui. Que me veut-elle, celle-ci ? »

Elle lui donna rendez-vous à son hôtel Fare Suisse, là où elle était descendue.

Vic accepta de venir en fin de journée vers 19 heures. Sûre d’elle, elle lui dirait les choses clairement, sans ménagement. Ce n’était pas la reine d’Angleterre, pour ce qu’elle en savait ! Elle n’avait pas peur de cette folle dingue ! Geneviève pensait qu’elle devait en finir avec elle aussi. Elle vérifia que son arme était bien chargée et s’amusa à dégainer à plusieurs reprises vers la porte pour tester ses réflexes. Un vrai cow-boy ! Mais elle devait trouver un magasin de bricolage pour acheter une bâche plastique ou une pelle.

« Soit je la tue ici, mais le coup de feu pourrait attirer les flics, soit sur la plage de Punaaiva. Je pense que cela serait préférable à cette heure de début de soirée. Il n’y aura personne et pas de trace. Juste un trou et hop, fini ! Ni vu ni connu je t’embrouille.

Personne, non, personne ne pourra m’arrêter. Je vais aller jusqu’au bout et je deviendrai l’éditrice la plus riche, la plus renommée. Je le mérite entièrement ! ».

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 48

par Jess Kaan

BRICO MURDER

Jess Kaan

 

Geneviève progressait entre les rayons bondés du magasin de bricolage. Avec son caddie à la roue avant gauche qui se bloquait tous les trois tours et demi, cela tenait de la compétition sportive ! Et puis il y avait cette populace. Des vieux, des jeunes, des tatoués et des loulous, comme dans le mirador de Johnny. Et les gosses, qui couraient partout, et les mères au langage si châtié qu’on aurait pu se croire dans un roman de Claude… Emportée par la foule, Geneviève avait l’impression d’être sur le point d’exploser.

Bon sang ! Elle qui détestait les grandes surfaces, voilà qu’elle était servie. Tout ça pour une saleté de bâche, une pelle et un peu d’acide ou de chaux, selon arrivage. On n’a pas idée de l’intendance en matière de crime.

Elle, son truc, c’étaient les intrigues, les mises en scène macabres, les psychologies tourmentées, la traque des virgules, des répétitions… Elle en avait lu des pages où l’on éviscérait, massacrait… Où les serial killer rivalisaient d’idées plus géniales les unes que les autres pour torturer leurs victimes… Le corollaire de tout ça, c’était qu’elle avait dû supporter leurs auteurs.

Au restau, en dédicace, lors des remises de prix… Des années et des années, elle s’était dévouée pour ces monstres de plume persuadés d’être le maître du polar français ! Des ingrats qui finissaient toujours par lui demander si elle n’avait pas de contacts dans le cinéma, en fait !

Après avoir sollicité un vendeur, Geneviève parvint au rayon des bâches.  Il y en avait des bleues, des vertes, des compostables, des couleurs camouflage ; idéal pour chasser la galinette cendrée. 26, 99 €, ce n’était pas abusé et puis il fallait ce qu’il fallait.

Elle tendit la main vers l’objet de son désir et c’est à cet instant qu’on l’interpella.

« Vous êtes Geneviève V, la célèbre éditrice parisienne ? »

Geneviève se raidit. Et d’une, elle n’aimait pas qu’on l’apostrophe, qui plus est en pleines courses. Et de deux, elle imaginait déjà une paire d’yeux scrutant son caddie, le détaillant, risquant la plaisanterie. La pelle, la bâche… Cela lui rappela une anecdote racontée par un certain Jess. Quand il bossait comme prof, une de ses élèves l’avait surpris en pleines courses et elle avait hurlé « Mamy ! Monsieur, il achète aussi du papier toilette. »

Pour la discrétion, on repasserait…

Geneviève hésita. Mentir ? Supporter une apprentie écrivaine ? Avec 80 % de la population noircissant le papier, c’était probablement le cas. Il suffirait de lui refiler une carte et hop la fille se pâmerait.

Finalement elle avoua :

« C’est moi !

  • Enchantée, je suis Claire Lovecraft, et je suis sensitivity reader… »

Pulsation au niveau des tempes. Goutte de sueur roulant sur le front jusqu’à tomber dans l’œil gauche.

« Tiens donc… Comme c’est cocasse ! »

Geneviève prit une seconde bâche. Puis elle demanda :

« Savez-vous où est le rayon des pistolets à clous ? »

 

Et voilà, le prochain épisode dans 2 jours

Sachez que nous sommes à la moitié de notre histoire alors belle lecture à vous et à très vite

3 réflexions sur “Exquis Cadavre exquis saison 2 : Un pacte sinon rien, la récap. livre 4

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