L’affaire Clara Miller d’Olivier Bal

Le livre : L’affaire Clara Miller d’Olivier Bal. Paru le 12 mars 2020 chez XO. 19€90. (493 p.) ; 24 x 16 cm

4e de couv :

Son cadavre est remonté, comme celui d’autres femmes, à la surface de l’eau. Six au total… Là-bas, dans les forêts du New Hampshire, le lieu maudit porte un nom : le lac aux Suicidées.

Clara Miller était journaliste. Comme Paul Green, le reporter du Globe qui débarque sur l’affaire. Il avait connu Clara étudiante, et ne croit pas un instant à la thèse du suicide.

Un homme l’intrigue : Mike Stilth, l’immense rock star retranchée à quelques kilomètres de là, à Lost Lakes, dans un manoir transformé en forteresse.

L’artiste y vit entouré d’une poignée de fidèles, dont Joan Harlow, redoutable attachée de presse qui veille sur son intimité et se bat comme une lionne dès que l’empire Stilth est attaqué.

Mais Paul, lui, a tout son temps. Dans sa vieille Ford déglinguée, il tourne inlassablement autour du domaine. Avec cette question : et si, du manoir, la route menait directement au lac ?

 

L’auteur :Olivier Bal est né en 1979. Romancier, il est l’auteur des Limbes et du Maître des Limbes, diptyque salué par la critique

 

 

 

 

Extrait : 

Prologue

Paul

19 novembre 1995 Washington

Un bruit dans l’allée. Une silhouette apparaît sur ma gauche, au-dessus de la voiture. Un seul mot prononcé : « Green. »
Je tourne la tête. J’entends à peine l’étrange bruit étouffé de la première balle. Un « plop » sec. Je sursaute.
Alors, c’est comme ça que vous voulez m’avoir ? Vous ne vous emmerdez même pas à maquiller ma mort ? Ça prouve la valeur que j’ai à vos yeux. Une nouvelle douleur me traverse la poitrine, puis une dernière, plus bas, dans le ventre. Je dois avoir l’air con, là, avec ma bouche entrouverte à regarder le sang commencer à s’étaler sur ma chemise.
Je tombe de mon siège et m’écroule par terre, sur le bitume trempé.
C’est drôle. Se faire flinguer ici, dans notre bonne vieille capitale, à deux pas de la Cour suprême, du Capitole, de la Maison-Blanche… Pas certain qu’on m’érige une statue pour autant.
Une… Deux… Trois… Le compte est bon. Je regarde mon torse et les trous noirs circulaires dont s’échappe 10un liquide vermillon. Le sang, vorace, s’écoule sur ma chemise à carreaux.
C’est bizarre… Ma main est toujours accrochée à la portière intérieure de ma voiture. Ça doit me donner une posture improbable, à moitié affalé par terre avec le bras tendu en l’air. Même dans la mort, je serai donc ridicule.
Je relâche ma main et m’effondre au sol.
Je meurs…
Mon assassin, après avoir vérifié au bout de la ruelle que personne ne nous avait entendus, revient vers moi. Il s’arrête au-dessus de mon corps agonisant. Il me regarde d’un air détaché, limite un peu dégoûté, puis me crache sur le torse.
— Va rôtir en enfer, enculé.
Une balle.
Deux balles.
Trois balles.
L’homme, méthodiquement, retire le silencieux de son pistolet et range son arme dans son holster. Il prend son temps. Il aime ça. Enfin, il s’allume une cigarette et s’éloigne comme si de rien n’était.
Je remarque l’allumette qu’il a laissée choir au sol, qui se consume lentement, à quelques centimètres de ma tête. À petit feu… comme la vie qui m’abandonne.
J’ai de plus en plus de mal à respirer.
À l’autoradio, quelques notes de congas se laissent entendre, puis des cris, des accords de piano et cette voix, putain, cette voix… La basse rejoint enfin la farandole. Un couplet passe. Un refrain. Les chœurs. Le temps s’efface. Enfin, la guitare de Richards déchire la nuit.
Sympathy for the Devil…
J’esquisse un sourire. Évidemment… ça ne pouvait que se terminer comme ça. Toute bonne histoire doit 11toujours débuter, ou, dans mon cas, s’achever, par un morceau des Stones.
« Please allow me to introduce myself… »

Chronique de Flingueuse, L’avis d’Isa V

Chronique « L’affaire Clara Miller » d’Olivier Bal

 

Please allow me to introduce myself… Le prologue démarre fort sur une musique des Stones. Me voilà donc embarquée dans le troisième roman d’Olivier Bal, le premier que je lis de cet auteur.

Dans une ambiance troublante, angoissante et oppressante, ce roman oscille entre deux époques (1995 et 2006) où l’expression « drogue, sexe et Rock and roll » prend tout son sens.

Ce roman n’est pour moi ni un polar (l’enquête menée par le journaliste Paul Green sur les filles retrouvées noyées dans le lac des suicidées est anecdotique) ni un thriller, mais bien un roman noir. Très noir. Un roman psychologique qui dépeint avec une extrême justesse le milieu du show-biz américain des années 90. Six destins sont analysés par l’auteur à la première personne du singulier un peu à la manière d’un journal intime. Olivier Bal prend le temps (500 pages) d’installer cette galerie de personnages pour lesquels nous éprouvons au fil de la lecture de nombreux sentiments : dégoût, empathie, colère, compassion. Ici point de gentils héros et de méchants criminels. Juste des hommes et des femmes avec leurs blessures, leurs souffrances, leurs émotions. Et malgré les différents lieux, les différentes époques et le destin de ces six personnages, l’auteur parvient à nous balader sans jamais nous perdre.

J’ai tout de même un bémol que je tenais à expliquer même si j’ai obtenu par l’auteur la réponse à mes interrogations. Je trouve la couverture trompeuse. Le bandeau rouge (je sais ne jamais se fier aux bandeaux…) engageant le lecteur à croire qu’il va lire un polar. Or ici point de rebondissements et de fausses pistes. Le titre nommant Clara Miller ainsi que la photo nous incitent à penser que l’histoire de Clara va être omniprésente. Qu’elle est la clé de tout. Et ce n’est pas le cas. J’ai donc attendu pendant toute ma lecture quelque chose qui n’est jamais arrivé.

Malgré cette petite déception qui est toute personnelle, j’ai passé sincèrement un excellent moment de lecture. J’ai adoré ce voyage dans l’Amérique des années 90 (Amérique et période dont je suis un peu nostalgique). J’ai adoré le style et la façon de décrire tous ces personnages et ces émotions. Une prouesse, car cela faisait bien longtemps que je n’avais pas dévoré un pavé aussi rapidement. Merci Olivier.

13 réflexions sur “L’affaire Clara Miller d’Olivier Bal

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