L’injustice des hommes de André Fortin

le livre : L’injustice des hommes de André Fortin. Paru le 1er février 2019 chez Lajouanie dans la collection Roman pas policier mais presque. 19€. ( 312 pages) ; 19 x 13 cm

4e de couv :

Toulon, port de guerre, dans les années 80 : la Royale, l’Arsenal, la pègre.

Dans ce cadre bouillonnant, Jérôme Bonnefonds, fils mal-aimé d’un amiral, se laisse attirer par les sirènes du banditisme tandis que Maxime Garon, ambitieux juge d’instruction, rêve d’inculper le parrain local.
Gravitent autour des deux hommes une magistrate entreprenante et une audacieuse policière. Un implacable enchaînement va entremêler les destins de cet improbable quatuor.

André Fortin signe ici un roman foisonnant. L’injustice des hommes est à la fois une chronique familiale, un drame psychologique et une enquête à suspense sur le milieu toulonnais.

L’auteur :André Fortin est né en 1946 à Aïn-Taya en Algérie.
Son père était un « honorable correspondant » de ce que l’on nommait alors « la Piscine »…
Plus tard, il sera juge d’instruction, ce qui lui permettra de peaufiner les scénarios de ses futurs polars, nourris d’un vécu riche et de rencontres hautes en couleur ! André  Fortin a  donc été juge d’instruction, mais aussi juge des enfants à Toulon et premier vice-président du tribunal de grande instance de Marseille. Il a terminé sa carrière à la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Il a également enseigné le droit pénal à l’université.
L’injustice des hommes est son dixième roman.
Extrait :
Toulon, Brest, Paris, c’était à cette époque le triangle d’or d’une bonne carrière de navalais. Rien ne semblait devoir changer cette tradition, pas même l’arrivée au pouvoir d’un président qui s’apprêtait à gouverner avec des communistes, le parti de l’étranger. La marine, la Royale, n’avait pas sabordé la flotte malgré la crainte diffuse et entretenue de l’arrivée des chars russes à Paris. Et, ce qui aurait pu être plus probable, la haute hiérarchie n’avait fait l’objet d’aucune épuration. Aucune des prévisions catastrophistes et des menaces brandies jusqu’à la veille de l’élection ne s’étaient réalisées. Ainsi était-on fondé à croire que, comme par le passé, si l’on obéissait aux ordres – ce qui est somme toute la moindre des choses pour un militaire – et à condition de laisser voir une vie privée si ce n’est irréprochable, tout du moins conforme à la tradition, on avait toujours l’assurance de finir amiral. Toulon et Brest, ports de guerre, et Paris, état-major, ministère, cela demeurerait, pour ces officiers de marine sortis du moule de Lanvéoc, mais aussi pour leurs femmes et leurs enfants, surtout pour les enfants qui n’avaient pas le choix, des va-et-vient incessants et au fond insupportables. Exils, déchirements, séparations à perte de vue aussi douloureuses sinon plus que des ruptures d’amour.

 

La Kronik D’Eppy

L’INJUSTICE DES HOMMES – André FORTIN

Éditions LAJOUANIE – ISBN 978-2-37047-0966

 

L’histoire : Une famille de navalais, les Bonnefonds. Le père Geoffroy, Amiral de son état, le patriarcat dans toute sa splendeur. Son épouse, Clotilde, parfaite mère et maîtresse de maison, mais surtout et avant tout soumise au père, et qui veille sans férir au bien-être du maître. Ce couple a trois enfants. Deux filles, l’aînée Marie, qui a suivi la voie toute tracée de son milieu, la seconde, Cécile, la rebelle. Puis le fils, Jérôme. Le mal-aimé que seule Cécile ose défendre.

Cette famille cache ses secrets, ses blessures.

Mais jamais de remise en question de la part du patriarche. Il estime être une victime. LA victime. Comme il se complaît dans ce rôle ! De toute façon le seul coupable c’est son fils.

Un jeune homme de bonne famille, différent, provocateur, malsain (?). Qui ne trouve pas sa place dans cette famille si formatée. Et qui comprend vite que sa mère ne lui sera d’aucun soutien, elle qui acquiesce à chaque avis du père. Jérôme, fils mal-aimé, va quitter sa famille et son milieu, pour celui de la pègre.

Extrait page 19 : « Ainsi vivait ce qui restait de cette famille qui donnait l’apparence d’une parfaite cohésion depuis qu’elle avait tranché le rameau putride. Les filles avaient toutes deux faits des mariages « bleu marine », l’une avec un navalais, comme son père, l’autre avec un ingénieur du génie maritime. »

Un jeune homme qui va courir toute sa vie après l’amour de ce père insensible, et qui ne l’obtenant pas, ne vivra que pour se venger.

Cet amour, qu’il sait pourtant factice, il va le recevoir du roi de la pègre locale pour qui il travaille, Louis Moser, qui lui donne du « fils » long comme le bras. Il faut dire que séducteur il sait l’être Louis ; tant qu’il a besoin des compétences de ses interlocuteurs. Sinon tu finis raide mort, surtout si tu deviens un risque ou pire, si tu oses le trahir.

Extrait partiel page 185 : « Il était comme un animal affamé à qui l’on donne délicatement des aliments sans qu’il ignore que c’est dans le seul but de l’engraisser pour en tirer profit… Parfois, l’esprit vous pousse à croire en une chose dont on sait qu’elle n’est pas crédible. »

Moser intéresse un jeune juge aux dents longues : Maxime Garon. Un de ces jeunes juges dit « rouges ».

Maxime n’a qu’une faille, les femmes. Même s’il est plus dans le fantasme, de peur de perdre le pouvoir.

C’est que ces années 80 révèlent des femmes qui épousent des métiers jusqu’alors réservés aux hommes, et les voilà policières (Marion Tardeau) et même juges (Violaine Duperreux). Des femmes que leurs collègues masculins rabaissent, et pourtant, compétentes elles le sont. Diablement.

Cette époque, c’est aussi celle des hommes politiques véreux qui ont des accointances avec la pègre, celles des banquiers pas trop regardants sur la provenance des fonds confiés. Une époque bénie où le délit de blanchiment, les brigades financières spécialisées et TRACFIN n’existaient pas.

Extrait partiel page 189 : « – Tu vois Ménardo était foutu ; sa carrière politique, ses affaires, tout ça sentait le sapin… Quant au député-maire, cette disparition lui rend bien service. Ménardo était trop mouillé, un scandale allait éclater et risquait d’emporter toute la droite de la ville et du département. Moi, je m’en fous, l’extrême-droite me déplaît pas et ici elle viendra forcément un jour. »

Jérôme gère avec brio les finances de son patron, mais il est mal dans sa peau, laid, dépressif, seul son but ultime, sa vengeance, le porte.

Extrait page 75 : « Ce jeune homme au visage sans grâce, aux cheveux blonds filasses déjà rares qu’il laissait pousser dans le cou, aux yeux bleus sans éclats, au menton fuyant un visage allongé, à la bouche prématurément amère, n’était autre que le descendant de quatre générations de marins, le rejeton d’une famille de militaires orgueilleuse de son passé. »

La ténacité et le professionnalisme de deux femmes, Marion et Violaine, vont faire des envieux, révolutionner le petit monde de la pègre locale, et Jérôme sera doublement vengé.

Deux femmes libres qui vont également convoiter le même homme et assumer leur envie. Avec comme un goût de revanche pour l’une d’entre elle. Mais quel bonheur de voir ainsi remettre en cause ce machisme insupportable.

En conclusion :

Un roman foisonnant et riche. Trop peut-être par moment.

Une peinture fidèle d’une époque : celle des années 80, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, et la majorité des gens de droite qui prédisaient la fin du monde.  Pour le moins la fin du leur.

La peinture de plusieurs castes, avec leurs codes, et qui ont en commun leur vision sur la condition de la femme et la place qui lui est réservée. Puis un vent  de liberté nouveau, celui qui soufflait dans ces années, prémices de nombreux changements à venir. Changements qui font grincer des dents. Il n’est jamais agréable de perdre le pouvoir pour ceux qui le possèdent depuis des générations. Avec en toile de fond, la ville de Toulon, port de guerre, la Royale, l’arsenal et la pègre. Une ville où les castes, les classes ne se mélangeaient pas. Une ville où déjà le FN pointait son nez.

Un livre à découvrir. Surtout si comme moi vous avez connu les années 80. Les références que l’on retrouve à la lecture vous parleront.

3 réflexions sur “L’injustice des hommes de André Fortin

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