Exquis Cadavre exquis saison 2 : Un pacte sinon rien, la récap. livre6

Exquis Cadavre exquis saison 2

Un pacte sinon rien, la récap. livre 6

Allez pour vous qui avez loupé un chapitre, voici le cinquième récapitulatif des premiers épisodes de notre nouveau cadavre exquis

L’idée avait le mérite d’être simple : liquider son auteur-vedette pour transformer en best seller son dernier manuscrit totalement délirant.
Geneviève V. n’avait plus qu’à trouver le bon tueur. Mais à jouer avec le feu on risque de se cramer les doigts, et tout le reste. L’éditrice n’avait pas prévu de croiser la route de son ancien tortionnaire ni de réveiller le Jaguar. Dans l’ombre un concurrent sadique attend son heure…

 

Ici retrouvez la première récap, livre 1 les 8 premiers chapitres.

Et là la deuxième, livre 2 chapitres 9 à 18

Ici la troisième, livre 3 chapitre 19 à 31

 la quatrième, livre 4 chapitre 32 à 48

Et le livre 5 de 49 à 60 ICI

 Que les épisodes commencent !

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 61
par Caroline Noël

 

Quand le fruit est mûr, il se détache

Caroline Noel

 

« Si dans une heure je ne suis pas de retour, rentre seule. Je me ferai raccompagner à mon hôtel. Ne sois pas inquiète pour moi, mon chou », lui avait dit Geneviève.

Vexée, mais néanmoins maître de ses émotions, Noémie n’avait rien laissé paraître. Obéissante par principe, elle était retournée à la voiture.

13 h 12

Seule avec ses pensées, la jeune femme a eu le temps de réfléchir. Elle a toujours eu cette capacité à « voir » les choses. Mieux, à les ressentir. Certains parlent d’un 6ème sens typiquement féminin. Noémie croit plutôt qu’elle a un don. Lorsqu’elle se concentre bien, des flashs lui viennent en flèche et des connections invisibles à l’œil nu lui apparaissent dans une logique implacable.

13 h 27… 13 h 42… 13 h 59… 14 h 11

Alors qu’elle attend patiemment en ayant toujours un œil sur sa boss qui échange au loin avec l’autre, un visage l’obsède. Or, s’il y a bien une chose qu’elle sait, c’est qu’elle doit se faire confiance.

14 h 12

Alors qu’elle essaie de mettre de l’ordre dans ses idées, elle fait un tour d’horizon et scanne les alentours. Le parking n’est pas encombré, mais elle aperçoit un homme ayant tout l’air d’un touriste récupérant, après une longue balade, dans sa voiture. Devant témoin, Geneviève ne craint rien. Alors, comme elle le lui a ordonné, Noémie insère la clé de voiture, démarre et quitte à folle vitesse la plage des Trépassés.

2 heures plus tard.

Si on lui avait dit qu’elle avait autant d’influence, elle aurait pris ses responsabilités plus tôt. Car désormais, c’est avec elle qu’il va falloir compter !

Là, sur le chemin escarpé qui mène au point de départ des célèbres Lavatubes d’Hitiaa (ces tunnels de lave dont les touristes raffolent pour faire le plein de sensations extrêmes), à l’image des eaux vives qui descendent la montagne, Noémie se sent investie d’une force.

« Audrey, comme moi, vous la sentez ? »

Dubitative, la célèbre romancière de polars écolos qui se demande encore comment la jeune stagiaire a retrouvé sa trace, fait non de la tête.

« Soyez attentive… fermez les yeux et inspirez. Vous la sentez, là ?

 – Toujours pas, non » répond Audrey sceptique. La meilleure défense étant l’attaque, elle enchaine : « Mais de quoi parlez-vous, Noémie ? Je vous ai connue plus directe. Arrêtez de tourner autour du pot, vous me faites peur. »

Son rictus est incontrôlable. À sa réaction, Noémie sait qu’elle vient de faire mouche.

« L’angoisse, Audrey. Elle flotte dans l’air de façon épouvantable. Et vous le savez, car vous avez le nez fin. »

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 62
par Chloé Tomasini- Nicanoto

Sept fois à terre, huit fois debout

 Chloé Tomasini- Nicanoto

Ébranlée, Audrey semble prise de tremblements incontrôlables. Réelle peur ou manipulatrice hors pair ? Difficile de trancher. Mais Noémie s’adresse à une écrivaine, pas à une comédienne. Alors, elle laisse passer un temps pour accentuer l’angoisse, puis reprend :

« Comment pourrait-il en être autrement ? Vous, les auteurs de la grande famille du Noir, vous passez votre temps à imaginer des histoires pour effrayer vos lecteurs, les angoisser, leur faire vivre des émotions qui les bouleversent. Mais, arrêtons la comédie deux minutes, vous voulez bien ? C’est VOUS qu’on prend à la gorge, les auteurs qu’on oblige à travailler à outrance, produire, toujours produire, produire plus ! On ne vous laisse plus le temps d’ouvrir votre esprit et de laisser venir à vous cette satanée imagination. On vous impose des délais intenables qui vous accablent, vous pervertissent et vous usent. Mais jusqu’où ira-t-on ? Jusqu’à quand allez-vous vous laisser faire ? »

La question ne nécessite pas de réponse. Noémie sait que la célèbre romancière a invoqué une conférence sur le crime à Toulouse pour échapper à la croisière littéraire de Claude France. La goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase ?

Au bluff, elle décide d’abattre sa dernière carte :

« Je sais que vous avez menti, Audrey. Ce que je ne sais pas, c’est pourquoi. »

Audrey réalise qu’elle a terriblement sous-estimé la jeune femme. Le parcours qu’elle avait prévu est semé d’embuches, mais une chose est certaine, elles ont des valeurs communes : le mérite et la persévérance.

Alors qu’elle récapitule les événements de ces derniers jours, un célèbre haïku japonais lui revient en tête : Sept fois à terre, huit fois debout. Tomber n’étant pas une fin en soi puisqu’on se relève toujours, Audrey a une idée. Et elle a bien l’intention de la mettre en œuvre. Pour commencer, elle va prendre les choses en main.

« Donnez-moi vos clés de voiture. Et suivez-moi ! »

Noémie hésite. C’est trop facile. Peut-elle réellement lui faire confiance ?

Pour couvrir le bruit assourdissant du torrent à côté d’elles, elle parle plus fort :

« Si vous êtes celle que je pense, suivez-moi, répète Audrey. Si vous voulez comprendre qui est derrière tout ça, venez, j’ai quelque chose à vous montrer. »

Ne voyant aucune réaction de la part de Noémie, Audrey lui assène :

« Et ne me faites pas perdre mon temps ! »

Piquée au vif, Noémie se met en mouvement et lance les clés à Audrey qui, surprise par la vivacité du geste, s’élance pour les rattraper. Mais, dans la précipitation, les clés tombent à l’eau. Elles sont maintenant coincées au milieu de nulle part.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 63
par Jérémy Bouquin

3 M

Jérémy Bouquin

 

« Geneviève, faut confiner ! Tous les confiner ! »

3 M est fou devant son écran plat, son visage déformé par la focale, les lunettes miroir rondes qui barrent son visage blême.

« Ils vont tous y passer, pire qu’une pandémie ! »

Ce taré appelle Geneviève du fond des sous-sols oubliés de la BilideNopo – la Bibliothèque des Littératures déviantes, Noires et Policières.

Maurice Marcal Maiplaid, dit « 3 M ». Un blase qui cache surtout un pseudo foireux pour un chat échangiste.

Le mec est encyclopédiste. Depuis des années, il se donne pour mission hallucinante et monastique d’archiver la moindre information concernant un auteur du noir. Agoraphobe, hypocondriaque, complètement nu, cadavérique, il ne porte que ces lunettes, fume sa pipe à crack et avale des chocapics.

Son unique lien avec l’humanité reste Geneviève. Il visiophone uniquement pour la bonne année. Alors quand il se décide à l’appeler le 1er juillet, c’est que l’heure est grave.

« Trop d’auteurs de polar qui meurent ! Disparaissent ! Impossible de mettre à jour son grand livre. »

Le grand Wiki sature, à la limite du bug :

« La fiction est en train de flinguer la réalité ! »

Geneviève n’a même pas terminé son café du matin que 3 M lui sort un gros délire quantique.

« La vie vire au récit sous amphétamine, il faut ralentir l’ensemble ! Faut confiner les derniers vivants !

Geneviève voudrait le rassurer, lui expliquer que l’affaire avance, mais voilà que 3 M en remet une couche :

« Un cadavre exquis ! Cela vire au génocide sublittéraire. Faut appeler Bourgoin !

– Hein ?

– C’est comme une signature ! Le polar n’est pas un genre comme les autres : c’est la littérature du réel avec plomb. Un bisphénol d’actualité. Une centrifugeuse verbale… » Il cherche une autre métaphore tarabiscotée, mais plante. « Il colle à l’actualité, dénonce les problèmes sociétaux. »

3 M reprend son souffle :

« Un cadavre exquis ! David L, Nicolas L, les autres… Ils sont victimes d’un Serial Exquis Killer ! Un tueur de réalité. Il faut arrêter cette folie ! »

Geneviève aurait mieux fait de ne pas décrocher. Elle en a les tympans qui claquent, l’impression d’une gueule de bois qui monte. Elle hésite entre sourire et faire le 115.

« Tu comprends, Geneviève ? »

Non ! Évidement qu’elle ne calcule pas. L’autre est en plein bad trip. Elle a perdu le fil dès le mot confinement.

« Maurice, tu dois arrêter la fumette… »

Abasourdi, il la regarde un long moment. Une larme roule sur son visage.

« Je vais devoir te laisser…. La connexion est mauvaise. »

Geneviève profite du silence pour rapidement claquer l’écran de son notebook.

Triste moment, qu’elle pense amer. C’est compliqué de voir les amis sombrer. Elle trouve son mug de café au lait, pictographié d’un Batman golden âge. Il est maintenant tiède. L’aromatise d’un doigt de scotch, cela sera toujours plus efficace qu’un Efferalgan 1000.

Une pandémie littéraire ? Elle ne les a pas rêvés, tous ces auteurs morts !  « Non Geneviève, reprends-toi ! » Elle avale cul sec le noir. Tout cela est bien réel.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 64
par Philippe Hauret

Mer nature

 Philippe Hauret

 

L’événement débuta par une sorte d’étrangeté visuelle barrant la ligne d’horizon. Mais les clients du Procope étaient trop préoccupés par le contenu de leur assiette pour imaginer un seul instant l’imminence d’une catastrophe. Geneviève avait été séduite par l’endroit et y était revenue. Elle venait de liquider son troisième rhum arrangé et commençait à bien aimer la vie. C’est alors qu’une sirène se déclencha et la fit bondir de sa chaise. Durant quelques secondes, la sidération l’emporta, chacun cherchant à comprendre le motif de cette alerte. Puis les regards se tournèrent vers l’immensité bleue de l’océan et découvrirent avec effroi la montagne d’eau qui se dirigeait droit sur eux.

Geneviève se leva. Sans un mot, uniquement mue par son instinct de survie, elle traversa la salle en courant. Dès qu’elle fut dehors, ses foulées s’allongèrent, son rythme s’accéléra. La peur lui donnait des ailes, même si elle ne savait pas dans quelle direction fuir. Derrière elle, le ciel virait au noir, on entendait les premiers cris de terreur, et le grondement annonciateur du désastre. Sous la chaleur écrasante, Geneviève continuait de courir, essayant de gérer au mieux des remontées de rhum banane. La panique gagnait la ville, les voitures étaient abandonnées sur place, les gens fuyaient en hurlant, certains chutaient, d’autres, incapables de réagir, restaient prostrés et se mettaient à prier. La vague tueuse se rapprochait, elle allait bientôt semer le chaos et imposer son silence mortel à toute forme de vie. Juste devant Geneviève, un jeune homme perdit le contrôle de son scooter avant d’aller s’éclater le crâne contre un trottoir. Le moteur de la machine tournait encore. Geneviève n’hésita pas une seconde. Elle enfourcha l’engin et tenta de s’éloigner le plus vite possible de la côte. Tout son être se mobilisait pour garder l’équilibre et éviter la horde d’estivants mélangée aux locaux qui déboulaient de chaque rue. Mais une estafette surgit et la percuta durement, l’envoyant valdinguer sur le bitume chauffé à blanc. Sonnée, elle se releva. Son genou droit pissait le sang. Pire encore, face à elle, le monstre sombre et liquide se dressait, détruisant d’un coup de langue les maisons les plus fragiles, charriant les arbres, les voitures et le mobilier urbain, avalant sans distinction femmes, hommes et enfants…

À cet instant, Geneviève sut qu’elle allait mourir. C’était donc maintenant à son tour de rejoindre le grand tout, à moins qu’il ne s’agisse plutôt d’un grand rien…

C’est alors qu’elle vit un échafaudage accolé à un immeuble dont on ravalait la façade…

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 65
par  Sylvain Forge

Caïpirinha sur front de mer

 Sylvain Forge

 

Hagarde au milieu de la foule hystérique, des contusions sur tout le corps après sa chute, Geneviève entendit dans son dos le tumulte de la catastrophe qui se pressait. Sans se retourner, elle fonça vers les échafaudages, courant à perdre haleine.

Hissée au niveau du premier plateau, elle opta pour une échelle de bambou pour s’élever plus encore. Arrivée à hauteur d’une terrasse, elle l’enjamba. Au même instant, un vacarme éclata en contrebas.

L’échafaudage venait de céder, emporté par la masse torrentielle où tout était mélangé : les immondices, les touristes en short, les bêtes, des débris de toutes sortes et des morceaux de maisons.

Elle crut même apercevoir le 4×4 blanc de David Longneck, brinquebalé par une vague d’une violence extraordinaire.

L’immeuble où elle avait trouvé refuge vibrait comme une attraction de Disneyland ; la terrasse donnait sur un studio en construction. Elle entra et rejoignit un couloir élégant qui menait vers un ascenseur (hors d’usage) puis vers l’escalier de service.

Le bâtiment était luxueux, mais abandonné. Ne sachant que faire, elle décida de gagner le toit-terrasse.

Arrivée au dernier étage, elle réalisa toutefois le risque qu’elle prenait. Ainsi à découvert, elle ferait une cible parfaite pour les satellites espions et autres drones de ses ennemis. Elle avait lu sur internet que ces cinglés n’hésitaient pas à se servir de technologies chinoises particulièrement éprouvées comme ces drones qui imitaient le battement des ailes d’un oiseau à l’aide d’une paire de manivelles entraînées par un moteur électrique. Chaque modèle possédait une caméra haute définition, une antenne GPS et le dernier cri de la détection thermique.

Que faire ?

Un des appartements, dont la porte était restée ouverte, donnait sur une autre terrasse équipée de jardinières. Depuis que la vague avait emporté le Procope Exotique et tout le quartier autour, l’eau était coupée partout. L’immeuble ne faisait pas exception. Mais Geneviève avait plus d’un tour dans son sac. Elle n’avait pas traversé tous ces périls pour se faire bêtement abattre par un automate à plumes.

Réfrénant son dégoût, elle s’agenouilla devant la cuvette des toilettes et utilisa l’eau au fond pour s’asperger copieusement avant de se diriger, ruisselante, vers le bac à fleurs. Elle prit de la terre par poignées et s’en macula le corps jusqu’à faire disparaître le plus petit reliquat de peau blanche. Après dix bonnes minutes de ce labeur, elle se dirigea vers le miroir de la salle de bain et jugea qu’elle était méconnaissable.

Les détecteurs thermiques l’auront dans le baba, songea-t-elle.

Elle prit la direction du toit et tomba… en plein cocktail.

Des officiers de marine, impeccables dans leur tenue blanche, devisaient aux côtés de leurs épouses en robes de soirée. Tout ce beau monde était aux premières loges pour observer la furie des eaux qui se déchaînait, une dizaine d’étages en contrebas.

Nue et couverte de boue de la tête aux pieds, Geneviève pouvait passer pour une rescapée du tsunami. Aussi, on ne lui prêta guère attention.

Au bout de quelques minutes, la surprenant en train de chiper une poignée d’amuse-gueules, un serveur en livret s’approcha d’elle.

Il tenait un plateau en argent sur lequel se trouvait un téléphone.

« Un appel pour vous, madame. »

Interloquée, Geneviève prit le mobile.

« Geneviève, tu es là ? »

Elle frémit.

C’était la voix de Claude France.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 66
par La grosse Dame

66

 

L’heure de vérité

 

La grosse dame

Voyant le malaise de Geneviève, Vic lui demanda de quitter l’hôpital, de prendre un taxi et de regagner son hôtel afin de se préparer pour le rendez-vous du début de soirée au Procope.

 « Je te rejoindrai plus tard, pour l’instant nous avons un vrai problème à régler, là. Il va falloir que je fasse appel à quelques amis que j’ai sur l’île car là, une magie noire puissante est à l’œuvre. Il faut que je fasse parler cette chose qui semble être Elias Armand. Il va falloir que je l’extrade et l’emmène vers les terres du milieu, là où les esprits de cette île opèrent, et je ne peux pas te prendre avec nous. »

Sur ces paroles, notre éditrice ne se fit pas prier et gagna la sortie de l’hôpital. À peine fut-elle sur le parking qu’elle entendit un bruit de rotor au-dessus de sa tête.

Un hélicoptère se posait sur le toit de l’hôpital

Geneviève ne sut pas que le pilote n’était autre que Patrice G, l’ancien collègue de Vic qui venait lui prêter main forte. Ainsi ils purent embarquer le corps de Francis T, direction la vallée de la Papenoo jusqu’à « Fare Hape ».

Sur ce Marae, lieu sacré qui servait aux activités sociales, religieuses et politiques des Polynésiens, il faudrait faire appel aux ancêtres et peut-être avoir recours à un sacrifice pour faire parler l’esprit d’Elias enfermé dans le corps de son ange gardien luciférien.

Patrice avait emporté avec lui quelques tiki. Lui-même, comme ses statues de bois, était porteur du mana. Patrice était un tiki vivant, il portait en lui la puissance et la force des ancêtres. Il faisait aussi office de tahua, il était un prêtre et appartenait au clan des sorciers guérisseurs.

Aussi, quand l’hélicoptère arriva avec le corps inerte de Francis T, les officiants étaient déjà à l’œuvre. Les incantations allaient bon train. L’air était saturé d’énergie. La terre grondait, quelque chose de puissant était à l’œuvre. Des forces telluriques s’affrontaient. Patrice sentit une catastrophe imminente, la nature était en marche.

Il y aurait un sacrifice ce jour sur ce lieu sacré, Francis-Elias allait mourir, mais ça ne suffirait pas à contrer la colère de dame nature.

Puis, sur le manae, la magie opéra. Elias eut un sursaut, celui du condamné. Il se réveilla avant de rejoindre les limbes. Il se confessa et avoua le plan machiavélique qui était le sien, mais surtout celui de son mécène, cet être intrigant, ce mystérieux éditeur-diffuseur qui projetait d’en faire le plus grand et l’unique représentant de la caste des polardeux.

Aussi, tel un film en noir et blanc, l’avenir de Francis-Elias se dévoila. Voici ce que Vic et Patrice virent et entendirent…

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 67
par Marek Corbel


67

 

L’Imaginaire de Lucifer

 Marek Corbel

Elias Armand plastronne tout en se rapprochant du pupitre. Il savoure plus que l’instant. Ce stratagème, il le tient depuis tant de décennies. Il considère que la carapace de son avatar de neveu, Francis T, se trouve bien mieux à sa place ici que dans un hôpital glauque des tropiques.

Il essaye tant bien que mal de se frayer une voie au milieu de la cohue de ce Tout-Paris littéraire de moins en moins polardier. Et pour cause… Oui, Elias Armand est sur le point d’aboutir à la conclusion de son funeste projet. Une journaliste au tailleur un peu trop cintré s’accroche au revers de son costume.

« Monsieur A, une déclaration peut-être sur les étranges évènements qui endeuillent depuis quelques semaines le monde du roman policier ? Cela remet-il en cause la parution de votre roman ? »

Le garde du corps en blazer rouge repousse l’impudente sans trop de ménagement. Elias Armand goûte assez peu la rudesse des molosses de la société de sécurité que lui a imposée l’éditeur-diffuseur. De ce qu’il en a compris, le patron de ladite société est un major retraité de la police nationale. Un certain Éric D, spécialisé dans le génital, comme il l’assène de sa voix grasseyante.

Voilà que ce dernier écarte sèchement deux curieux qui bloquent l’accès d’Elias à l’estrade où est disposé le pupitre. L’écrivain en devenir n’en peut plus de la chaleur suffocante de cette immense salle carrelée du 6ème arrondissement. Les larges baies vitrées ouvertes n’y changent rien.

Le mystérieux éditeur-diffuseur, à l’origine de la manifestation du jour, a vu les choses en imposant. Tandis que les coupettes en plastique s’entrechoquent, un Francis-Elias en sueur teste le micro. Il considère l’assistance non sans une certaine délectation. Ils sont venus, ils sont tous là, y a même Naulleau le critique maudit. Ce qui reste de chroniqueuses du noir a fait le déplacement malgré les circonstances. Il reconnait ainsi cette Ophélie C, une des flingueuses de la bibliothèque parisienne où Geneviève V avait pour habitude de zoner.

Francis-Elias prend son souffle avant de se lancer dans le soliloque transmis dans une enveloppe anonyme par son intrigant éditeur-diffuseur. Il se raisonne une énième fois. Les desseins de cet énigmatique bienfaiteur confortent son projet : organiser la Saint-Barthélemy du roman policier hexagonal. Entre les guerres intestines des ligues d’auteurs, la vénalité de Claude France, les naufrages polynésiens, de ce côté-là effectivement la voie est libre.

L’enveloppe physique de Francis T. confère au seul auteur de polar autoproclamé debout une épaisseur inédite. Il avale d’une traite le fond du gobelet posé sur le pupitre. Il attaque, déterminé.

« Il m’incombait en dépit des réserves que certains d’entre vous nourrissent sur ma personne de maintenir le flambeau du roman de genre… »

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 68
par Aurore Gautry

 

68

 

Alliance

 

Aurore Gautry

 

Un an plus tôt

Plip plop

L’utilisateur reconnut le bruit caractéristique de la messagerie sécurisée indiquant la connexion de son interlocuteur. Sans perdre une seconde, il l’interpella.

« Je dois te parler. »

La personne de l’autre côté de l’écran répondit aussitôt, usant du même ton franc et direct, ce qui lui convenait ayant toujours été avare de ses mots. Ennemis littéraires, ils alliaient leurs forces depuis toujours pour maintenir le fragile équilibre de celui-ci et en assurer la qualité.

« Dis-moi.

— La littérature noire est en danger. La quantité de textes ne cesse d’augmenter au détriment de la qualité de ceux-ci. Les lecteurs peinent à venir à bout de leurs PAL. Du coup, ils enchaînent les romans sans prendre le temps de les savourer. À ce rythme notre créneau va devenir la malbouffe de la littérature !

— Oui. Pareil ici. D’après toi ?

— D’un côté nous avons ces arrivistes qui, s’ils arrivent à aligner cinq phrases et construire une intrigue bancale, s’autoproclament auteurs et arrosent les maisons d’édition de leurs manuscrits. Si les ME les refusent, ils crient au scandale, au complot, au lobby et au lieu de revoir leur copie, ils s’autoéditent, diffusant leur bouillie à grand renfort de communication sur les réseaux sociaux.

— Oui. Je vois. De l’autre nous avons les vieux de la vieille qui restent assis sur leurs lauriers, envoyant leurs manuscrits à peine travaillés aux ME qui les éditent les yeux fermés. Leur nom seul assurant les ventes. Et ces auteurs pourtant prometteurs à leurs débuts s’enclavent dans des intrigues réchauffées, suivant des schémas cousus de fils blanc.

— Exactement ! Il est loin le temps où les auteurs se remettaient en question, reprenaient leurs manuscrits cinq fois, dix fois et innovaient dans leurs intrigues. Et au milieu de cette mauvaise herbe, les jeunes pousses prometteuses ne peuvent pas croître.

— Tu penses à quoi ?

— Une épuration. Nous instillons l’impulsion et la nature humaine fera le reste.

— Parfait ! J’ai les individus idéaux pour initier notre purge : un auteur imposteur, une éditrice en mal de reconnaissance et un jeune arriviste prêt à tout. »

Aujourd’hui

En repensant à cette discussion, le visage de son instigateur s’élargit d’un sourire digne d’un croque-mitaine. Les résultats avaient été au-delà de leurs espérances. La note fantastique qui s’était greffée à cette histoire était la cerise sur le gâteau. Loin de lui déplaire, il en usait fréquemment, cette touche donnait un côté irréel à cette intrigue. Si cela n’était pas en train de se jouer, on aurait pu croire qu’il s’agissait de l’un de ses romans.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 69
par Marc Falvo

69

 

Interlude sexuel (peut-être)

 

Marc Falvo

« Sauf que, vois-tu, dans tout roman qui se respecte, le chapitre 69 est une parenthèse. La décontraction entre le chapitre 68, où il a dû se passer une montagne de trucs dingues, et le suivant, 70, où l’intrigue reprendra en fanfare…

Docte, Premier alluma sa clope.

— T’es sûr ? lui demanda son vis-à-vis.

— Sûr ?

Il rumina.

— De quoi tu peux être sûr, avec un cadavre exquis ?

Ce qui constituait une évidence.

— Ok, concéda Second. Et une parenthèse de quoi ?

Silence.

— De cul.

— Sérieux ?

— Sérieux.

— Parenthèse de cul ? Avec la censure ambiante ?

Silence bis. Premier ouvrit des yeux ronds.

— Censure ? De quoi tu causes ?

— Ben, la censure, quoi, tous ces flics de la Pensée en maraude sur les réseaux sociaux, les forums, les médias, partout… Ceux qui jugent ce qui est bon et ce qui couille. Ce qu’on lit chez les apôtres du Bon Goût et ce qui refoule du bec.

— Ah ouais.

Moue dubitative de l’intéressé.

— Vu comme ça…

Pause.

— Et le cul, donc, on peut pas ?

— Non.

— Eh merde.

Il fit mine de réfléchir.

— Même avec une capote ?

— Tu peux toujours tenter le coup, concéda enfin le second, tu sais ce qu’on dit… Qui ne tente rien n’a que ce qu’il mérite. Sauf que tu risques gros. »

BAM.

La chape, quoi.

Les nerfs créatifs qui se contractent. Les sphincters recroquevillés. Bon Dieu de saloperie, qu’est-ce qu’il allait bien raconter dans son foutu chapitre 69, celui qu’il réservait par jeu et subtilité extrême aux parties de jambes en l’air, aux scènes de bêtes à deux dos, aux assauts endiablés du zizi-panpan, enfin quoi, bon sang, qu’allait-il donc tartiner ?

« Même pas une pipe ?

— Non, catégorisa Second. En plus, ça incite à fumer.

— Missionnaire ?

— Prosélytisme.

— Branlette espagnole ?

— T’as pensé aux Catalans susceptibles ?

— Bordel…

Après un soupir, Premier s’avoua vaincu.

— En plus, ajouta l’autre, ils se nomment eux-mêmes des Lecteurs Sensibles… Alors qu’il y a autant de sensibilité dans leur mission que de poètes chez les plombiers-zingueurs.

— Gare. Tu risques de heurter cette belle corporation.

— Ah ouais.

Nouveau soupir.

— T’as raison. Eh merde.

— Surtout que t’es déjà à 400 mots pile, mec, donc faut stopper. »

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 70
par Alexandra Guerreiro


70

 

Une affaire de famille

Alexandra Guerreiro

Noémie et Audrey avaient fini par rentrer à l’hôtel à pieds. Ambiance tendue et silencieuse. Noémie ne souhaitait pas abattre ses cartes tout de suite. Même si elle avait une vague idée du rôle d’Audrey dans tout ce merdier, elle devait garder l’avantage et prendre son temps.

À peine arrivées, un attroupement devant l’entrée de l’hôtel attira leur attention. Attroupement formé autour d’une ambulance. Alors que Noémie tendait le cou pour tenter d’apercevoir la cause de tout ce bordel, elle eut juste le temps de reconnaitre la silhouette de Vic devant les portes de l’ambulance.

Étonnée, elle demanda à la personne devant elle ce qui s’était passé. La touriste lui sortit alors une histoire délirante de bonne femme nue couverte de boue qui se croyait victime d’un tsunami et qui hurlait comme une hystérique…

Les deux femmes se regardèrent avec stupeur ; la même pensée leur avait traversé l’esprit. Si Vic était là, la femme boueuse ne pouvait être que Gé…

Aussitôt Noémie attrapa Audrey par le bras et la força à la suivre.

« Tu me suis et tu dis rien !

— Mais… Gé…

— … Gé se démerde ! Qu’elle finisse à l’asile j’en ai rien à faire ! Vic est avec elle de toute façon.

— Et si elle était victime elle aussi de tout…

— … Rien à foutre ! Tu comprends ce que ça veut dire  ? Rien. A. Foutre ! »

 La voix de Noémie était chargée de colère. Elle entraînait Audrey vers l’arrière de l’hôtel près d’une entrée de service.

« Gé m’a traitée comme une merde toutes ces années ! Stagiaire, tu parles ! Larbin ou esclave plutôt ! Devant les autres elle pavanait ; il paraît que j’étais la meilleure. Drôle et efficace, elle leur disait…

— Je ne comprends pas…

— Gé est une égocentrique égoïste qui ne pense qu’à tirer le max de pognons de ces andouilles analphabètes qu’elle appelle auteurs ! Elle n’a jamais compris que Claude France faisait appel à un ghostwriter ! Ce toquard qu’est jamais allé plus loin que la 3eme et qui avait 2 de moyenne en orthographe… Elle ne s’intéressait pas aux gens, encore moins aux lecteurs ou aux auteurs en tant qu’être humain intelligent…

— Mais comment tu peux dire ça ? Elle a toujours été correcte avec moi ! Audrey semblait abasourdie par le changement d’attitude de Noémie.

— Ah oui ! ricana Noémie, Jamais elle n’a essayé de te faire ajouter une scène de cul au milieu de tes intrigues juste parce que le cul, ça fait vendre ? 50 shades of grey c’est du polar, peut-être ?

— … Maintenant que tu le dis… » Audrey baissa la tête, comme prise en faute. « Mais d’où tu sors ça ?

— T’as pas compris qui je suis alors ?

— Comment ça, qui tu es ?

— Je suis la petite fille de Monsieur Antoine. J’ai accepté de bosser pour Gé et faire la stagiaire idiote et consciencieuse uniquement pour aider mon grand-père à piéger Gé.

— Pigé… Piégé Gé… Mais pourquoi ?

— Monsieur Antoine est un ex-flic, le meilleur… Et lorsqu’il a présenté un manuscrit à Gé, un polar, il a été refusé sous prétexte qu’il n’était pas réaliste ! Que l’auteur n’avait probablement jamais mis les pieds dans un commissariat ! Que ça manquait de sexe pour attirer le lecteur ! Tu aurais vu sa colère ! Il a alors décidé de devenir ghostwriter et de proposer des manuscrits bourrés de conneries aux apprentis auteurs de polars. Et moi je faisais en sorte que ces manuscrits arrivent sur le haut de la pile…

— Mais c’est…

— … Quoi ? Malhonnête ? Parfaitement. Mais as-tu déjà entendu des lecteurs se plaindre de livres dont le héros est inspecteur ?

— … Non, mais…

— … Voilà ! Alors maintenant que tu es avec moi, tu vas m’aider… On doit appeler Bernard M. au plus vite. »

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 71
par Eric Dupuis


71

Loi des séries…

 

Éric Dupuis

 

Geneviève se remettait difficilement de sa soirée catastrophe. Elle revenait de loin… Encore un peu et la maîtresse du jeu passait l’arme à gauche dans ce supposé tsunami.

Stop ! décréta l’éditrice. Avec ce que Vic venait de lui apprendre après la confession d’Elias, il était temps de reprendre les rênes du jeu.

Pendant le confinement, son boss, dont Vic ignore toujours le nom, avait eu l’idée de changer la donne, de bousculer les codes et de redorer le blason des auteurs de polars. Face à cette haine viscérale de la L.I.S., du KFC, et de tous ses confrères éditeurs en mal de réussite, il avait décidé de frapper un grand coup. Un coup magistral, capable de lui apporter le Graal et par la même occasion de le débarrasser de tous ses concurrents. Et, cerise sur le gâteau, de démasquer l’imposture flairée de son auteur Claude France.

L’enfermement lui ayant rappelé Loft Story, l’émission télévisuelle à succès, et Lost, la série événement qui avait enflammé les esprits, il imagina une série policière sur le même principe. Des auteurs de polars, censés se rendre à un salon à bord d’un paquebot, s’échouaient sur une île du Pacifique. Pour le côté dramatique, une bombe exploserait dans la soute, histoire qu’ils se retrouvent seuls au monde !

Bien que… Il fallait encore trouver un angle susceptible d’intéresser les téléspectateurs. Rien de tel qu’une intrigue ciselée écrite par les personnages, eux-mêmes confrontés à la dure réalité de la vie. Alors, derrière cette machination, il nomma Elias le scénariste en chef, terrorisant les auteurs en les obligeant à rédiger des nouvelles chaque jour, en échange de leur survie. Ainsi, les épisodes criants de vérité s’enchaînaient à la perfection.

On sentait à travers l’écriture le stress des uns, les gorges nouées, l’odeur du sang dans la bouche des autres, avec l’envie de chair fraîche, tiraillés par la faim. Ou encore les noirs désirs de certains avec les complots et les guerres intestines… La mort, présente derrière chaque palmier, retournerait à coup sûr les âmes sensibles. ABC Studios, aux USA, signa de suite le concept. Le rêve inavoué de ce cinglé se concrétisait ; battre King sur son propre terrain, avec une série diffusée dans le monde entier !

Mais hélas, des fuites dans la sphère médiatique avaient transpiré. Et le lancement de la série, initialement prévu avec un faux attentat à la librairie, lors de la dédicace de Nicolas L., fut une vraie tragédie… provoquant l’arrivée dans le paysage des flics, des détectives, en chamboulant tous ses plans.

Vic avait dès lors du pain sur la planche. D’abord, découvrir au plus vite qui était ce grand malade. Et, suite aux révélations d’Elias, démasquer la taupe immiscée au sein de la team, car Geneviève ne laisserait pas passer une telle ignominie !

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 72
par Guy Rechenmann

72

Où sont les morts ?

 Guy Rechenmann

Et puis survient la tuile !

Au début, personne ne voulut y croire, mais il fallut se rendre à l’évidence. Geneviève, Lulu sur les genoux, a beau lire et relire toute la presse internationale, nationale, régionale, départementale et même locale, un phénomène extraordinaire s’invite dans le paysage économico/sociétal de notre Terre, éloignant pour le coup l’hypothèse d’une élimination physique de Claude France et de beaucoup d’autres par voie de conséquence. L’état de nerfs de l’éditrice n’a de pendant que la sérénité et la placidité du petit York roulé en boule, son doudou en peluche qu’elle n’a pu se résoudre à laisser en métropole.

Comment cela est-il possible ?

« Allo Vic, tu as lu les journaux ? C’est dingue, non ? Toi qui bosses à la brigade des affaires étranges et littéraires, ça doit t’interpeller pour le moins ?

 – C’est un complot d’une magnitude jamais atteinte, je ne vois que ça, répond la détective littéraire d’une voix étouffée, comme si l’air avait du mal à se frayer un chemin à travers sa trachée.

 – C’est d’un autre monde, cette histoire » rebondit l’éditrice avec détermination. Et de poursuivre, interrogative : « Mais avec ta copine Myfanwy Thomas, vous ne faites pas partie d’une organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles ? Parce que là, ma poulette, on est en plein dedans. Et si ma mémoire est bonne, cette organisation a été mise en place pour lutter contre les agissements de la Ligue de l’Imaginaire Sanglante et de la King Fuckin’ Corporation ? Ou je me trompe ?

 – En effet, mais là j’avoue que je suis dans la semoule, je ne vois pas ce que le King Fuckin’ vient foutre dans cette histoire et je pèse mes mots. J’ai essayé de joindre Myfanwy, elle est toujours sur répondeur, je lui ai laissé vingt-cinq messages. Je suis inquiète, pour ne pas dire plus, surtout qu’elle est en première ligne avec sa nouvelle société de crémation à distance.

 Ses propos sont à peine audibles, à la limite du sanglot. À peine le portable éteint, Geneviève prend une grande respiration comme on lui apprend pendant ses cours de Pilates, elle recommence plusieurs fois l’opération jusqu’à une retombée relative d’adrénaline laissant envisager à son cerveau quelques possibilités de raisonnement.

Comment peut-on expliquer qu’à travers le monde soient uniquement répertoriés les décès de sexe féminin avec dates d’inhumation, remerciements et tout le tintouin et plus un seul masculin, comme si la mort avait fait disparaître de ses registres tous les hommes dans son sens restrictif ?

Corps envolés, évaporés, perdus, au choix.

Et pas de corps, pas de morts.

Bienvenue chez les fous.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 73
par Oriana Merlin

73

Le désarroi de Vic

 Oriana Merlin

 

Vic était toute retournée, c’était bien la première fois qu’une situation délicate lui échappait.

Elle s’inquiétait non seulement parce que Myfanwy Thomas ne répondait pas à ses appels, ce qui voulait vraisemblablement dire que le complot était mondial, mais elle avait aussi une agente sur le terrain au plus près des opérations, qui ne donnait plus signe de vie.

En effet, l’intrépide Clarence P se l’était joué un peu solo, comme à son habitude. Elle avait infiltré la croisière et elle s’était retrouvée esseulée sur l’île aux auteurs avec potentiellement quelques psychopathes. Et, allez savoir, peut-être aussi quelques tordus. Car, avouez-le, il fallait être sacrément dérangé pour écrire des horreurs pareilles. Oui OK, notre monde allait mal, mais tout de même, écrire sur les maux de nos sociétés et rajouter des mots au mal, c’était drôlement cynique et pervers, voire vicieux.

Bon, pour revenir à Clarence, c’est vrai qu’anticiper était primordial dans leur job, mais là, ne s’était-elle pas foutue dans la gueule du loup ? Surtout que Clarence avait son quant-à-soi et avait éconduit pas mal d’auteurs de polar de toutes nationalités.

Aussi l’inquiétude de Vic s’était transformée en désarroi.

Que pouvait-elle faire ? Que devait-elle faire pour démasquer le grand manitou de ce bordel sans nom ?

Qui était assez barré pour avoir imaginé une histoire pareille ? Qui avait le pouvoir de défier à la fois La L.I.S, La KFC et autres ligues de timbrés réunis ?

Il fallait qu’elle réfléchisse vite.

Mettre Geneviève dans sa poche avait été une première réussite, mais cela ne suffirait pas à déjouer les plans machiavéliques du boss d’Elias et de Francis. Si notre éditrice avait de la ressource, si elle comptait faire le ménage personnellement dans ses rangs, il allait aussi falloir la surveiller de près. Visiblement, notre cinglé en chef en avait aussi après GV et elle était une pièce maîtresse de ce jeu de dupes.

Bon, d’abord vérifier les forces en présence. Qui pour la seconder ?

Il y avait là Claire Lovecraft, notre sensitive reader qui s’occupait fort bien de toute la partie technique et technologique de l’affaire, c’était elle ici les yeux de Vic. Elle dirigeait les satellites et autres drones qui surveillaient ses arrières. Elle fournissait aussi les gadgets dont notre détective littéraire avait besoin en cas de coup fourré.

Bien sûr, Patrice P était là à ces cotés avec ses connexions extérieures comme les ressources d’Interpol mais aussi avec ses appuis de l’intérieur car, elle le savait, il était connecté à ces îles du vent et ces îles sous le vent.

Il y avait aussi David Longneck avait qui elle avait passé un accord, mais était-il fiable et que lui était-il arrivé ?

Ce qui était certain c’est qu’il fallait du renfort à Vic car, elle le pressentait, l’avenir des littératures noires et policières se jouait dans cette partie du monde. L’agence allait devoir lui donner des moyens illimités, là ! Et faire venir les Flingueuses à Tahiti pour résoudre ce merdier ne serait pas un luxe.

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 74
par Sylvie Kowalski

74

Les soldats du noir

Sylvie Kowalski

Fanny grogna, ses réveils étaient difficiles. Elle regarda le ciel gris à travers son rideau et se surprit à rêver de soleil. Et mince, elle allait être en retard… En même temps, Sofia H. mettait la table du déjeuner en soupirant. Quand elle entendit une pub à la radio pour une promo sur les voyages.

Bah oui, pensa-t-elle. Y’en a qui peuvent se dorer au soleil comme Ge. Elle finit de couper une part de gâteau pour son fils. Dany déjeunait tranquillement sur sa terrasse. Il faisait doux dans le Sud, qu’allait-elle faire à déjeuner ? Elle sourit à son mari. Encore une journée pépère, se dit-elle.

Ces trois femmes avaient en commun l’amour du polar et de leurs auteurs. Elles étaient des flingueuses, des vraies, des dures, des filles de salons, des dénicheuses d’auteurs, de romans, de pépites cachées. Elles suivaient la cheffe dans ses délires, se prêtant volontiers à ses demandes en conciliant vie de famille et famille polardeuse. Elles reçurent le même message, chacune le recevant avec une émotion différente : colère, étonnement, stupéfaction ! Puis vint la question : comment faire pour se libérer ? Aller à Tahiti… de la folie, mais pour démêler cet imbroglio, ce complot, démasquer le padischah, elles se devaient d’y aller. Oh yeah, de l’action dans leurs vies ! Elles avaient eu écho de l’affaire Claude France, avait pleuré Nicolas L. et la gentille Cécile P., une des flingueuses, lors de l’attentat à la librairie et de certains événements. Alors pas question de rester les bras croisés. Audrey était pote avec Dany et Noémie avec Fanny. Les discussions en off allaient bon train. À minuit pile heure tahitienne, les visages derrière les écrans se firent graves. Claire Lovecraft, la porte-parole de Vic, était en relation avec les flingueuses… et elles étaient remontées comme des coucous.

Od choisit la roulotte à Punaaiva pour son dîner. Elle y serait tranquille. L’envoyée de Bernard M. serait ses yeux et ses oreilles. Elle savait que Servaz et ses acolytes seraient peut-être là, mais elle ne savait ni où, ni quand. Pour elle, tout ce qui comptait dans le monde du polar allait se retrouver ici. Elle le devinait et voulait être en première ligne. Ce matin, à la Pointe Vénus, les pieds dans le sable noir, elle avait écouté Noémie. La bataille pour le Noir allait commencer au bout du monde, en Polynésie.

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 75
par Simone Gélin

75

L’année de la femme

Simone Gélin

75 ! merde !

C’était comme si ses yeux se décillaient d’un coup.

75, l’année de la femme.

Cela ne pouvait être une coïncidence.

Elle avait vaguement suivi ces événements horribles survenus à Tahiti. De loin seulement. Et ce matin, à cause de ce chiffre, 75 (nom de code de l’AFP, Auteurs Féminins de Polars), elle se sentait brusquement concernée.

Tous ces morts.

Oui, mais.

Des hommes, principalement.

Et si…

Une deuxième fois, elle dit merde.

Renversant toutes les certitudes préalables, l’idée était là, elle traçait sa route, écrasante comme un bulldozer.

Avec ça, le nombre de personnes susceptibles d’avoir participé à ces cruautés venait de grimper en flèche.

Oh la la, elle se prit la tête à deux mains. L’étendue du problème avait de quoi lui faire peur. Il faudrait appliquer une méthode rigoureuse pour examiner un par un les noms des suspects, des complices, des coupables potentiels — enfin, potentielles, devrait-elle dire, pour être exacte. D’un autre côté, le mobile était évident et la perspective de se jeter sur cette piste la faisait vibrer d’impatience.

De plus, elle avait quelques prénoms en tête, Danielle, Sonja, Céline, Karine, Marion, bref, la liste était longue !

Le problème était de ne pouvoir faire confiance à personne. Elle allait devoir agir seule.

Elle réfléchit : à part… Lui, peut-être, après tout, c’était envisageable.

Elle estimait en savoir assez sur son compte pour tenter de solliciter son aide.

Elle ne le connaissait pas intimement, mais elle l’avait côtoyé dans des salons, et elle avait pressenti quel genre d’homme il était.

Le King.

Beau comme un diable, en plus.

Il l’aurait eue, en moins d’un quart d’heure et sans baratin, même, s’il avait voulu.

Hélas, il ne lui avait accordé qu’une cordialité polie, aimable, c’est tout.

Pas intéressé, le mec.

Mais il n’est jamais trop tard. Finalement, ces crimes se présentaient comme une aubaine lui permettant de rattraper le coup (cas de le dire !).

Elle se prit à fantasmer. Elle le voyait penché sur elle, nu, éperdu de désir.

Elle saisit son téléphone.

Avant de lui faire part de ce qu’elle venait de découvrir, elle voulut se présenter.

« Mais qui êtes-vous ? » dit le King, visiblement agacé.

Il n’avait donc pas gardé le moindre souvenir d’elle.

Quelle gourde !

Il la renvoyait à sa place comme une vulgaire inconnue, à sa condition de scribouillarde, de petite auteur(e) anonyme.

Ha ha ! Puisqu’il en était ainsi, elle décida que personne ne saurait.

Elle la bouclerait.

Pas question de contrarier le destin !

Et s’il faisait la prochaine victime, tant pis ! Ou tant mieux !

Que le crime se perpétue !

Ainsi soit-il !

 

Exquis Cadavre exquis Saison 2 Episode 76
par Danièle Chevalier-Ortéga

 

76

Mais que fait la police ?

Danièle Chevalier-Ortega

C’était la première fois qu’il franchissait les grilles de la place Beauvau. Il se doutait bien que la convocation n’avait pas pour objet une breloque. Une bonne trentaine autour de la table, dans une salle saturée de testostérone. Ils se levèrent tous, comme à l’école quand le Ministre fit son entrée, flanqué de ses esclaves « costards-cravates ».

« Mesdames, messieurs, je serai rapide. Vous êtes toutes et tous concernés par des enquêtes qui piétinent et qui m’apparaissent liées de près ou de loin. Alors, soyons pragmatiques, je vous ai réunis pour vous… ordonner de collaborer, d’échanger en temps réel vos informations et d’unir vos compétences. Vous serez sous la coordination de mon directeur de cabinet, un des vôtres comme vous le savez, lui-même en binôme avec le directeur de la DGSI. Nous segmenterons les investigations pour que les médias ne crient pas au complot planétaire. Déjà que les deux drilles du PAF, François B et Augustin T ont décidé de lancer des appels à témoins dans leurs prochaines émissions. Nous avons sur les bras les associations de familles en recherche de leurs disparus, sans parler du syndicat des éditeurs… Alors non, ne me parlez ni d’heures sup, ni de notes de frais. D’ailleurs vous n’aurez pas le temps d’aller au restau. Je n’ouvre pas non plus une agence de voyages pour Papeete, il y a suffisamment de monde sur place pour nous remonter les infos !

Formez tout de suite des binômes entre vos cadors ! Affectez-les aux différentes investigations. Je désigne pour ma part des membres de mon cabinet pour assurer le lien en permanence. Plusieurs salles seront mises à disposition ici et dans les locaux de la DGSI, pour vos briefings.

Pour l’attentat de la librairie, nous avons choisi (je ne sais pas pourquoi se dit-il en lançant un regard interrogateur à son esclave) le nom de code : Rouquin

Pour le naufrage du navire de croisière et ses suites : Koh Lanta.

Et n’oubliez pas que notre environnement est bourré de psychopathes !

L’organigramme précis sera sous peu dans votre courrier électronique.

Pas un mot aux médias, c’est mon cabinet qui s’en charge, comme pour l’international !

Je vous laisse, je dois rencontrer dans un quart d’heure les ministres concernés.

Briefing ici, demain à 12 h. »

De retour au Bastion, il s’empressa de constituer son équipe « Mission Polardeux ». Sa consigne, suivant sa maxime, ou plutôt celle que lui avait enseignée son mentor : revenons aux fondamentaux, les faits, rien que les faits ! C’est alors qu’il sentit monter la pression et le retour de son TOC, il devait trouver un aspirateur de toute urgence.

2 réflexions sur “Exquis Cadavre exquis saison 2 : Un pacte sinon rien, la récap. livre6

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