Thème lire ? Premier épisode « Les trilogies »

Thème lire ? Premier épisode « Les trilogies »

Par Marc Schaub

Dans cette nouvelle chronique qui deviendra régulière sur le collectif polar, nous allons parler à chaque épisode de vos livres préférés, en abordant un thème précis. Les polars et thrillers sont tellement diversifiés et abordent des sujets si variés qu’on peut en parler des heures et des heures.

Pour ce premier opus de « thème lire », je vais vous entraîner vers des histoires qui comportent plusieurs tomes. Le format qu’on trouve le plus souvent est la trilogie. Le petit Larousse donne la définition suivante : série de trois œuvres dont les sujets sont liés.

 

Il y a des dizaines de trilogies passionnantes, je ne vais bien entendu pas pouvoir évoquer toutes celles qui existent, je vais donc aborder ce thème avec celles que j’ai lues.

Je suis un grand passionné d’histoires courtes au format « nouvelle », mais j’aime tout autant les trilogies. L’auteur prend plus de temps pour élaborer une histoire précise, poser les personnages dans leur environnement et faire découvrir l’univers dans lequel l’intrigue se déroule. Deux exemples me viennent en tête immédiatement quand on parle d’immersion : la trilogie mongole de Ian Manook et la trilogie écossaise de Peter May. Au-delà des histoires passionnantes que nous narrent les deux auteurs, ils sont aussi guides touristiques de luxe. En Mongolie, vous allez découvrir des coutumes ancestrales qui sont encore aujourd’hui respectées par les nomades des grandes steppes. Le grand air qui vous fouette le visage comme si vous étiez à dos d’un cheval au galop. Les pages du livre tournent, et laisse la sérénité des grandes plaines vous envahir. Au nord de l’Ecosse, sur l’île de Lewis, vous pourrez sentir l’odeur de tourbe venir chatouiller vos narines chapitre après chapitre. Le dépaysement est total et il a été un atout maître pour faire de ces trilogies un coup de cœur énorme.

Certains auteurs vous plongent dans leurs univers de manière différente : quand l’intrigue se passe dans un hôpital psychiatrique ou à Paris pendant l’occupation, ce n’est pas avec des paysages bucoliques qu’on entre dans l’histoire. La trilogie psychiatrique de James Osmont donne un exemple type d’atmosphère oppressante où l’on est plongé dans la psychose des personnages. La folie s’immisce en vous et à la fin de cette trilogie vous avez perdu quelques repères qui mettent du temps à se remettre en place. Non, je n’exagère pas.

Romain Slocombe avec sa trilogie Léon Sadorski vous parle de l’ambiance parisienne nauséabonde qui est le quotidien de la capitale française pendant l’occupation. On sent parfaitement la peur des parisiens, surveillés et harcelés à longueur de temps, et qui ne savaient jamais s’ils allaient pouvoir retrouver leur famille le soir venu.  En parallèle on peut aussi lire la merveilleuse trilogie berlinoise de Philip Kerr qui fonctionne exactement de la même manière, mais cette fois-ci à Berlin en 1936 pendant la montée du nazisme ; quand chaque instant de votre vie peut être le dernier juste parce que vous pensez différemment. En avançant dans ces romans vous sentirez l’angoisse vous prendre, vous aurez peur pour les personnages que vous croiserez.

L’immersion est probablement le moyen le plus efficace pour faire ressentir une ambiance au lecteur, mais une histoire ne tiendra jamais juste avec de l’air frais au visage et des odeurs de pâquerettes imaginaires. L’épaisseur d’une bonne histoire, c’est ses personnages. Quand on a mille pages pour en parler il y a de quoi donner une vraie vie avec un passé et un présent aux protagonistes. Dresser le bilan psychologique des personnages est la spécialité incontestée de Stephen King. Sa trilogie Bill Hodges ne déroge pas à la règle : chaque personnage est décortiqué avec une précision incroyable, vous avez le sentiment de pouvoir lire leurs pensées, sentir leurs angoisses ou leurs névroses ; les personnages de King sont comme des bijoux taillés sur mesure. La trilogie Millénium de Stieg Larsson fonctionne sur les mêmes bases ; il suffit de suivre Lisbeth Salander pour être convaincu. L’histoire ne manque certes pas de consistance, mais c’est bien elle qui apporte l’essentiel de cette consistance. Il serait toutefois injuste de ne pas accorder du crédit à Mickael Blomkvist, qui est lui aussi un personnage particulièrement bien travaillé par l’auteur.

Et si certains personnages ne sont pas disséqués aussi profondément, ils ne manquent pourtant pas de rester gravés dans nos mémoires de lecteurs, et ils sont aussi là pour faire tenir l’édifice en place et rendre une trilogie palpitante. Ainsi la trilogie Sarah Gueringen de Nicolas Beuglet repose sur de superbes intrigues bien ficelées, des questions pertinentes et des rebondissements spectaculaires ; mais quand je parle de ce livre à quelqu’un, je parle de Sarah. Elle est comme Joshua Brolin de l’exceptionnelle trilogie du mal de Maxime Chattam : si vous risquez un jour d’oublier la trame des trois différents opus, aucune chance que vous puissiez oublier Joshua.

En vrac, des trilogies coups de cœur, que j’aime sans forcément vouloir en trouver la raison essentielle. Sans souci d’exhaustivité, et évidemment de manière très superficielle, car elles mériteraient probablement toutes plusieurs pages tant elles sont réussies : la trilogie anglaise de Michael Mention (des personnages exceptionnels dans le Royaume-Uni très gris des années 70…) ; un véritable coup de poing avec Ghislain Gilberti et la trilogie des ombres, qui vous laissera KO un long moment ; la trilogie Lloyd Hopkins de l’un des plus grands auteurs de romans noirs James Ellroy ; la trilogie américaine de Ian Manook (écrite sous le pseudo Roy Braverman) qui vous fait découvrir des personnages hauts en couleurs (« l’arménien » est fascinant) dans des paysages pittoresques (les Appalaches, les bayous de la Nouvelle Orleans) ; la trilogie Joe Coughlin de Denis Lahane, écrivain que j’adore, qui constitue une pièce maîtresse de son œuvre.

Je vais terminer par deux trilogies qui ne sont pas du tout des polars, mais dont je tiens à vous parler. La trilogie des fourmis de Bernard Werber, son œuvre la plus aboutie pour moi, se dévore en quelques jours : c’est le livre qu’il faut avoir lu dans sa vie ! Enfin, la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson propose presque 1700 pages d’anticipation, qui pourraient bien devenir réalité très vite…

J’espère que ce thème sur les trilogies vous a donné envie de lire celles que vous ne connaissez pas encore : foncez, prenez du plaisir, et à bientôt pour un nouveau thème !

15 réflexions sur “Thème lire ? Premier épisode « Les trilogies »

  1. J’ajouterais la trilogie d’Olivier Norek : Code 93, Territoires et Surtensions
    J’en ai lu pas mal dans celles qui sont citées et maintenant j’en ai d’autres à découvrir
    Je vais suivre cette nouvelle rubrique …

    Aimé par 2 personnes

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