Buveurs de vent de Franck Bouysse

Le livre :  Buveurs de vent de Franck Bouysse – Paru le 19 août 2020 chez Albin Michel – collection Thriller –  20.90 € – (400 pages) ; 14 x 20  cm

4ème de couverture :

 

Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Mathieu, qui entend penser les arbres.
Mabel, à la beauté́ sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs. Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

Dans une langue somptueuse et magnétique, Franck Bouysse, l’auteur de Né d’aucune femme, nous emporte au cœur de la légende du Gour Noir, et signe un roman aux allures de parabole sur la puissance de la nature et la promesse de l’insoumission.

L’auteur : Né à : Brive-la-Gaillarde en 1965, Franck Bouysse est un écrivain français, auteur de romans policiers.
Après des études de biologie, il s’installe à Limoges pour enseigner. Professeur dans un lycée technique, il se lance en 2004 dans l’écriture avec la publication du roman, La paix du désespoir, dans lequel il s’attache déjà à la psychologie de ses personnages.
Il récidive quelques années plus tard, en 2007, avec son premier roman noir L’entomologiste qui est publié chez un éditeur limougeaud Lucien Souny.
Dès 2008, paraît Le Mystère H., chez Les Ardents Éditeurs, jeune maison d’éditions de Limoges. Avec ce titre, il entame une trilogie avec un « roman d’aventure qui revisite les grands mythes des romans noirs autour de la figure énigmatique du personnage de H. ». L’intrigue se situe à la fois dans les villes de Limoges et… à Londres, où se déroule plus précisément le second opus paru en mars 2010, Lhondres ou les ruelles sans étoiles.
En 2013, il déniche une maison en Corrèze, à quelques kilomètres des lieux de son enfance. Il achète la maison qu’il passera plus d’une année à restaurer. Un projet romanesque d’ampleur prend forme dans son esprit.
Grossir le ciel paraît en 2014 à La Manufacture de livres et, porté par les libraires, connaît un beau succès. La renommée de ce roman va grandissant : les prix littéraires s’accumulent, notamment le Prix Polar Michel-Lebrun 2015, le Prix Polars Pourpres 2015 et le Prix SNCF du polar 2017. Au total, près de 100 000 exemplaires seront vendus.
Suivront Plateau (2015, Prix Chapel 2016, Prix des lecteurs de la ville de Brive 2016), et puis Glaise (2017), dont les succès confirment l’engouement des lecteurs et des professionnels pour cette œuvre singulière et puissante.
Il a reçu le prix Babelio de Littérature française 2019 pour Né d’aucune femme (La Manufacture de livres), Grand Prix des lectrices Elle – Policiers – 2019.
En 2020, il publie Buveurs de vent.
Extraits :
« Martha, que ses enfants appelaient toujours ainsi, et jamais autrement, ne jurait que par ses bondieuseries apprises dans l’Ancien Testament, qui ne quittait jamais sa table de chevet, hérissé d’innombrables brins de paille faisant office de marque-page. Elle pensait que son dieu était plus puissant et plus légitime qu’un autre, que c’était le sien qui avait mis tout en branle à la création du monde, qu’il siégeait à l’exact centre de l’univers, que les autres divinités n’étaient que des avatars arrivés plus tard dans le seul but de régner eux aussi, comme des coucous voulant s’approprier un nid déjà occupé. Sournoisement, elle imposait ses convictions au reste de la famille, récitant un bénédicité avant chaque repas, reliant les effets aux causes décidées en haut lieu, en très haut lieu. »
« Dans la forêt, la source de la vie était précisément la mort de tout. Elle se nommait humus, un lit dans lequel naissaient d’innombrables racines, s’enfonçant, chevauchant, butant, contournant, perforant ; un lit dans lequel vadrouillaient les formes primales, disparaissant en profondeur, au fur et à mesure que l’oxygène venait à manquer ; un lit dans lequel la méticuleuse et opiniâtre décomposition de la mort conduisait à la vie ; un lit dans lequel se réveiller et s’endormir. »
  

La chronique jubilatoire de Dany

Buveurs de vent de Franck Bouysse

La sortie du Franck Bouysse de l’année est toujours attendue. Un événement pour les amoureux du beau langage, des histoires bien noires et bien sordides, de la belle nature et ses grands espaces. J’avais donc hâte de retrouver cette plume exceptionnelle avec Buveurs de vent, toute disposée à me laisser porter au fil de ces 400 pages. Comme à l’accoutumée j’y ai trouvé des personnages attachants ou répugnants, avec une empathie acquise d’avance.

Tout aurait dû être parfait si ce n’est la fin … non qu’elle déplaise à la lectrice de fiction que je suis, mais tout simplement abrupte, tronquée, sans vraiment solder les comptes des protagonistes comme si le développement de l’épilogue qui s’annonçait grandiose n’aurait rien apporté à l’histoire. Soit, mais une fin plus fouillée, élaborée, aurait permis à nos émotions de s’éteindre autrement que brutalement avec le mot « fin ».

Dans une petite vallée, un barrage, une carrière et une micro-société dominée par un propriétaire entouré de ses sbires qui ne cherchent qu’à en découdre avec les villageois, un bar et ses habitués. Puis une famille, un patriarche amputé, une mère bigote, un père qui a démissionné devant son épouse et une fratrie de quatre jeunes, otages de cette vallée. Leurs destins vont basculer sous nos yeux. Une chronique villageoise, moins intimiste que Né d’aucune femme plus proche dans son esprit des précédents romans de Franck Bouysse, Plateau ou Glaise par exemple.

« On se demande souvent après coup à quel moment la vie s’est transformée en destin incontrôlable, quand la machine s’est emballée, si c’est un enchaînement d’événements passés qui préside au changement ou si le changement lui-même est inscrit dans l’avenir. »

Ne vous méprenez pas, Buveurs de vent est bien un Bouysse pur jus, avec son ambiance, ses jeunesses malmenées, ses ados pleins de promesses, ses nantis méprisants, ses dominants et ses dominés, ses personnes « différentes » pleines de charme, ses familles aux générations mal assumées, sa ruralité … un vrai Bouysse !

A lire malgré ma réserve, j’y ai pris un vrai plaisir de lectrice de noir !

Lu en version numérique. epub 14.99 €.

Autres Extraits 
« Luc repensait souvent à l’école. Ce n’était pourtant pas une bonne expérience. Il n’y était pas allé longtemps. La maîtresse avait dit qu’elle ne pouvait rien pour lui. L’avait accepté quelques semaines au fond de la classe, juste le temps qu’il apprenne par cœur les lettres de l’alphabet, comme un perroquet, mais ensuite, personne n’avait pris le temps de lui enseigner comment s’en servir pour écrire les mots entendus. Les signes qu’il voyait sur les cahiers de ses frères et de sa sœur le fascinaient, ils représentaient des pierres tombales anonymes bien alignées, séparées par des allées destinées à la circulation du silence. D’instinct, Luc se doutait que s’il n’y avait pas ce silence de la même longueur que les rangées de mots, ça n’aurait aucun sens, comme un souffle qui ne serait pas suivi d’une inspiration. Il aurait tant voulu pouvoir déterrer les cadavres sous les pierres tombales, qu’ils lui parlent enfin. Peut-être que Jim Okins pourrait creuser de ce côté-là aussi. »
 
 
« Joyce était assis dans un fauteuil, derrière une table basse où étaient posés un coquetier, des couverts et une serviette d’un blanc immaculé. Snake voulut parler. Joyce leva un bras en l’air pour lui signifier de se taire, saisit le couteau et tapota méticuleusement le pourtour de la coquille à l’aide du tranchant de la lame. Il ressemblait à un chirurgien réalisant une trépanation dans les règles de l’art, opérant en expert, avec une extrême attention. Joyce retira le bout de coquille et le déposa sur le rebord de l’assiette. Puis il plongea deux doigts dans l’ouverture et remonta par le cou un embryon aux yeux globuleux et aveugles, recouvert d’un duvet grossier trempé de mucosités, semblable à une pelote de fins ténias. Le cœur encore gorgé de sang soulevait douloureusement le petit corps difforme. Joyce arracha le sac vitellin sur lequel se déployait une arborescence complexe de vaisseaux sanguins, et les deux petites pattes se détendirent. Il tint un instant la bestiole suspendue au niveau de ses yeux, sa tête se positionna en dessous, et il goba le poussin, comme s’il lui avait fallu tout ce temps pour convaincre l’ensemble inexpressif qu’était son visage d’obéir. Il se mit à mâcher lentement, et on entendait à peine le craquement des os tendres entre ses dents. Quand il eut terminé, il s’essuya la bouche avec la serviette, puis regarda Snake, et l’autre eut alors la sensation d’être la même sorte de bestiole entre ses mains. »

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