Trois guerres pour Emma de François Darnaudet

Le livre : Trois guerres pour Emma de François Darnaudet.  Paru le 31 décembre 2010 aux éditions Black Coat Press dans la collection Rivière blanche 17€. (240p) ; 20 x 13 cm

et réédité aux éditions ActuSF en format numérique (2012) epub  3.€99

Résumé :

En 1870, les Prussiens font le siège de Paris. A l’intérieur de la ville, un tueur fou du nom de Gueule de Chien affronte un sergent de police tout aussi dément, surnommé Passe-Mur. A quelques pâtés de maisons, le jeune étudiant lorientais, Jean-Baptiste Gallenne, réquisitionné dans la garde bretonne du général Trochu s’initie à l’amour et à la politique avec Emma, la belle institutrice socialiste. Il a pour rival le charismatique Joseph Monroe, ouvrier lorrain engagé dans les moblots, ami et confident de Paul Verlaine. Les deux hommes affronteront Gueule de Chien, Passe-Mur, les Prussiens, les Versaillais… Leur lutte s’achèvera en 1876, à Little Bighorn, aux côtés du lieutenant-colonel George-Armstrong Custer. Sitting Bull et Crazy Horse arbitreront le dénouement de ces TROIS GUERRES POUR EMMA

 

L’auteur : François Darnaudet est né en 1959 dans le Gers. Il vit actuellement entre Collioure et Andernos. Auteur d’une trentaine de romans, dont certains au Fleuve Noir François Darnaudet exprime également son talent dans la forme courte : il a publié de nombreuses nouvelles dans des revues comme Hara-Kiri, Fluide Glacial, Hitchcock mpagazine… François Darnaudet aime écrire dans tous les styles : le policier et le fantastique, qui sont ses genres de prédilection bien sûr, mais aussi la bande dessinée et plus récemment la fantasy. Il a également collaboré à trois ouvrages sur l’art du XXe siècle en Rousillon. Ecrivain français de fantastique et de roman policier, il est lauréat du Prix Masterton 2006 dans la catégorie « roman français », du Prix Virtuel du roman policier 2008, du Prix de l’Académie du Bassin d’Arcachon 2016 et du Prix Tangente lycéens en 2017.

 

Extrait 1 : Gueule de Chien et le château des Brouillards.
« La nuit tombait sur la butte Montmartre. Le sergent Gérodeau dévalait la rue de l’Abreuvoir en regardant fréquemment derrière lui pour voir s’il n’était pas suivi. La vapeur d’eau des sources environnantes créait au contact de l’air ambiant un brouillard quasi-permanent à partir de l’abreuvoir.
Gérodeau poussa un vieux portail mal entretenu et, avec appréhension, pénétra dans les brumes qui cernaient une grande bâtisse délabrée, le château des Brouillards. D’après la rumeur colportée par les gens de la Butte, un poète du nom de Nerval avait longtemps habité dans cette ancienne maison de noble avant de sombrer dans la folie. Le brouillard maléfique l’aurait poussé au suicide…
Sans rien y voir, Gérodeau marcha droit devant lui à travers le parc abandonné. Comme d’habitude, la porte entrouverte surgit entre les volutes blanches au moment où il s’y attendait le moins.
Il la poussa. Marcha à travers un dédale de couloirs et de pièces vides. Puis il vit la flamme qui vacillait dans l’âtre.
La voix venant du grand fauteuil en osier s’éleva :
– Je vous attends depuis plusieurs jours, sergent !
Gérodeau scrutait la pénombre en quête de son interlocuteur.
Il n’avait pas changé de position depuis la dernière fois, un soir de janvier. Assis, face à un petit feu de cheminée qui éclairait chichement la pièce, il lui tournait le dos aux trois-quarts.
– Passe-Mur et son assistant se rapprochent de nous, Monsieur ! Ils ont tué Albert. Un soir, j’ai aperçu Passe-Mur qui me suivait. Il a fallu que je le sème. J’ai changé de logement, de compagnie. Je crains qu’il ne soit sur mes traces…
– Alors, un jour ou l’autre, il viendra jusqu’ici ! répondit Gueule de Chien.
Et la fille dont vous m’avez parlé ?
– C’est de plus en plus délicat suite à ce que je vous ai dit…
Soudainement, Gueule de Chien se mit debout avec une extraordinaire souplesse. La lumière changeante des flammes éclairait un visage atroce ravagé par de multiples blessures de machettes. La lèvre supérieure avait été découpée au couteau, figeant les traits en un éternel rictus agressif de molosse enragé
– Sergent, vous devriez envisager de me ramener la fille, Passe-Mur et son assistant, en même temps, la même nuit, dans mon château des Brouillards…
Le sergent Gérodeau, terrifié, acquiesça, tout en soupesant la difficulté de l’entreprise à venir. »

🕵️‍♂️Coup de ❤️ de Cat 😻

Mon avis 5/5

Que j’ai aimé accompagner cette femme rebelle et moderne à une époque où ce n’était pas de mise . Petite institutrice passionnante et passionnée n’ayant pas froid aux yeux en pleine commune de Paris à l’aube du mouvement socialiste ! En parallèle se déroule une sombre enquête sur des meurtres de femmes particulièrement odieux … On ne lâche pas cette histoire dans la grande histoire

L’écriture  y est incisive et directe,  parfaitement en accord avec les événements , quant aux données historiques elles sont fort bien relatées et nous instruisent sur ces périodes sombres.  Les livres de François Darnaudet sont toujours bien documentés

Trois guerres pour Emma est un hommage fort réussi à la littérature populaire française sous la forme d’un roman historique situé entre la Commune de Paris et le massacre de Custer à Little Bighorn

 

Extrait 2 : Emma
« CHAPITRE VII
Sur les remparts
14 octobre 1870
Les badauds qui croisaient l’étrange couple se retournaient sur son passage. Les bourgeoises engoncées dans leurs vêtements persiflaient et décochaient leurs flèches aigres : “Quelle vulgarité !”, “Regardez-la, celle-là avec ses vêtements, elle se prend pour un homme !”, “C’est une catin qui racole les militaires !”. Les bourgeois ricanaient eux aussi, mais leurs yeux gourmands dévoraient, de désir frustré, les opulentes formes d’Emma. Son corps était impudiquement moulé par une veste d’ouvrier de Joseph et un pantalon qui choquait les braves gens. Cependant, les quolibets et les remarques acerbes ne touchaient plus Joseph et Emma depuis longtemps. À cette époque, leur amour était entier. Ils ne songeaient qu’à défendre Paris et à s’aimer, ivres du climat révolutionnaire qui flottait déjà dans l’air de Belleville et de Ménilmontant.
– Il faut que j’y aille maintenant, dit Emma en enlaçant Joseph. Embrasse-moi !
– Je n’aime pas te laisser seule aussi longtemps.
– Ne t’inquiète pas, j’ai de quoi m’occuper entre l’école et mes activités politiques. Là, j’ai rendez-vous avec les Amazones de la Seine. On va demander, nous aussi, à servir à vos côtés avec des Chassepot et de la poudre… Embrasse-moi !
Ils s’embrassèrent comme si c’était la dernière fois. Puis Emma virevolta et s’enfuit en courant.
Elle cria :
– À bientôt, mon amour !
Les bourgeoises ne purent réprimer des “Oh !” de protestation.
Joseph regarda la petite silhouette de sa maîtresse qui s’amenuisait sur la rue de Charonne avant de disparaître dans une voie perpendiculaire. Alors, il essaya de l’oublier et rejoignit à grandes enjambées la portion de remparts à laquelle il avait été affecté en tant que garde national.
Une cinquantaine d’hommes piétinaient au point de ralliement à Charonne. Joseph prit sa place dans une file qui attendait la distribution de fusils et de munitions que régulaient un sergent et un lieutenant de l’armée d’active. Le type devant lui, petit mais taillé en Hercule, avait un grand pansement maculé de sang qui lui faisait le tour de la tête, donnant à son képi de mobile une inclinaison comique. Sentant le regard inquisiteur de Joseph, le soldat se retourna. Il avait un faciès aux yeux porcins. Un grand sourire dévoila une grosse bouche pleine de chicots.
– T’as une sacrée belle poulette, toi, t’es un veinard ! Je vous ai vus…
Joseph lissa sa moustache, essayant de comprendre la psychologie du bonhomme.
– Oui, je sais que j’ai de la chance. Je m’appelle Joseph Monroe, né en Lorraine. Et toi, citoyen ?
– Albert Cayrel de Ménilmontant !
Cayrel lui tendit une énorme main qui broya celle de Joseph.
Par réflexe, Joseph détourna la tête et grimaça de douleur. Il vit que le garde qui le suivait avait écouté toute la discussion. Un petit gars qui était presque le contraire de Cayrel, frêle et aux yeux bridés surmontés par d’énormes sourcils.
– Moi, c’est Paul Verlaine, j’habite rue du Cardinal Lemoine avec ma jeune femme. Moi aussi, je suis né en Lorraine, à Metz. J’en suis parti enfant pour Paris.
– Je suis venu à Paris à seize ans, il y a déjà trois ans, pour trouver du travail.
Ils se serrèrent la main.
La voix forte du lieutenant les interrompit.
– Vous ne le savez peut-être pas, mais pour garder l’intégralité des fortifications de Paris, il faut qu’il y ait en permanence 60 000 soldats en poste. Votre rôle de gardes nationaux consistera à surveiller les Prussiens. Ils peuvent décider de nous attaquer à tous moments. Nous risquons également d’essuyer des bombardements quand ils auront installé leurs batteries… Dès que vous serez équipés, vous suivrez le sergent Gérodeau qui vous montrera votre cantonnement.
Au bout d’une heure, le petit groupe de la garde nationale guidé par le sergent d’active monta aux remparts. Ils débouchèrent sur un bastion spacieux et bien armé. Cinq tentes destinées aux hommes se dressaient sur le terre-plein.
– Je veux dix volontaires pour le premier tour de garde ! gueula Gérodeau. »

 

4 réflexions sur “Trois guerres pour Emma de François Darnaudet

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