Entre fauves de Colin Niel

Le livre : Entre fauves de Colin Niel – Paru le 02 septembre 2020 chez Rouergue éditeur  – 21 € (352 pages) ; 14 x 20 cm

4ème de couverture :

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

 

L’auteur : Né en 1976, Colin Niel est un romancier français, auteur de romans noirs.
Ingénieur agronome, ingénieur du génie rural et des eaux et forêts, diplômé d’études approfondies en biologie de l’évolution et écologie, il a travaillé pendant 12 ans dans la préservation de la biodiversité.
Il a vécu plusieurs années en Guyane française, où il a notamment été chef de mission pour la création du parc amazonien de Guyane, mais aussi à Paris, à Lille, à Montpellier, en Guadeloupe où il fut directeur adjoint du parc national de la Guadeloupe.
Il commence à écrire à son retour de Guyane et donne vie au capitaine André Anato, un gendarme noir-marron à la recherche de ses origines, et à ses enquêtes en Amazonie française.
Sa série guyanaise comprend: Les hamacs de carton (2012, prix Ancres noires 2014), son premier roman, Ce qui reste en forêt (2013, prix Sang pour Sang Polar 2014), « Obia » (2015, prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes 2016, prix Polar Michel Lebrun 2016) et Sur le ciel effondré (2018, Trophée 813 du meilleur roman francophone 2019).
En 2017, il publie Seules les bêtes (qui ne fait pas partie de sa série guyanaise), pour lequel il reçoit notamment le prix Landerneau Polar 2017 ainsi que le prix Polar en Séries de Quais du Polar 2017. Ce roman est adapté au cinéma par Dominik Moll en 2019, avec Denis Ménochet.
En 2019, en collaboration avec le photographe Karl Joseph, paraît un album : La Guyane du capitaine Anato.
Colin Niel vit à Marseille, où il se consacre à l’écriture.
Extraits :
« On le sait maintenant : chaque fois que nos foutus aïeux ont posé le pied quelque part, ça a été l’hécatombe. La seule différence entre eux et nous, c’est la vitesse à laquelle, aujourd’hui, on est capable de faire disparaître ce qui nous entoure. Pour ça, c’est certain, on est imbattables : deux cents espèces de vertébrés éteintes en moins d’un siècle, aucun autre animal ne peut se vanter d’un tel record. »
« Je suis consciente que chasser le lion à vingt ans, ça n’arrive pas à beaucoup de monde : je suis partie pour griller toutes les étapes du parcours normal des amateurs de grande chasse africaine. En général, les gens commencent par chasser le petit gibier en Afrique de l’Ouest, puis un premier phacochère, puis des antilopes. Ce n’est qu’au cinquième ou sixième safari qu’ils se mettent à parler buffle, et seulement après que s’envisage le lion ou le léopard. Tout ça avant de passer à l’éléphant, l’étape d’encore après, même si pour le moment, prélever un éléphant, j’avoue ça ne me tente pas vraiment. Mais voilà, papa me prend pour une petite surdouée, prodige du tir à l’arc, capable de deviner ce que le gibier a dans la tête. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Entre fauves de Colin Niel

L’action se déroule sur deux mois entre la Namibie et les Pyrénées. C’est dire que notre auteur, humaniste et défenseur de la planète, nous offre des horizons dignes du grand écran. Protecteur, je pense qu’il aimerait l’être mais c’est faire fi de l’ambivalence de tous prédateurs qui nous entourent et qui peuvent aussi devenir les proies au gré des circonstances.

Dans ce thriller, la Namibie est menacée par une sècheresse atypique, comme les Pyrénées le sont par un retour du froid au printemps …un décor digne du grand écran que nous offre là l’auteur.

Charles, notre lion solitaire… à titre individuel est victime de la sècheresse, résultat : il menace les troupeaux … dès lors les paysans souhaitent supprimer l’individu au détriment de l’espèce.

Il va être traqué par Appoline et Kondjima pour des mobiles bien éloignés.

Martin, garde du parc naturel régional des Pyrénées traque les chasseurs de trophées sur le net et pourquoi pas dans la vraie vie ?

Quatre personnages vont ainsi se partager la narration à la première personne et déranger le lecteur en l’impliquant.

J’ai éprouvé de l’empathie pour Martin, les paysans namibiens qui luttent pour leur survie, les espèces animales menacées. Je n’ai eu aucune sympathie pour les chasseurs de trophées même s’ils soutiennent l’économie des petits pays africains. Bref Colin Niel a réussi à m’entraîner dans cette aventure chaotique, très bien construite au demeurant puisque le chaos ébranle nos consciences au fil de ces 352 pages, denses, documentées, militantes et exotiques, mêlant modernisme et coutume.

Après la série guyanaise, Colin Niel nous invite en Afrique puis dans les Pyrénées : autres ambiances, autres enjeux, autres trafics … pas de leçon de morale sauf à dire qu’il est urgent de se réveiller !

Un thriller cruel, édifiant, sombre mais bienveillant aussi, baigné de la lumière et de la poésie des paysages. Un excellent moment de lecture, d’évasion dans ces grands espaces à préserver.

Lu en version numérique 15.99 €

 

Autres extraits :
« …comme rien n’était verrouillé, je me suis introduit à l’intérieur.
Pour découvrir un vrai musée des horreurs.
Une pièce entière dédiée aux crimes perpétrés par la famille Laffourcade. Gazelles en tout genre, zèbre, babouin, phacochère, chacal, il y avait une bonne vingtaine de cadavres de grande faune entreposés ici, mis en scène comme s’ils étaient encore dans les écosystèmes qu’ils avaient autrefois peuplés. Comme si c’était des œuvres d’art. Mon cœur s’est écrasé d’un coup, et un genre de rage sourde s’est mis à bouillir en moi. Poings et lèvres serrés, je me suis avancé parmi les dépouilles animales. J’ai longé le mur, sur lequel était alignée une série de crânes de petites antilopes dont j’ignorais le nom, les bois sombres se détachant sur le blanc des os. Je les ai détaillés, un à un. J’ai tourné autour du pelage tacheté d’un léopard, les yeux rivés sur lui, tentant de réaliser qu’un jour ce pauvre félin avait été vivant. Je me suis approché du bureau installé au fond de la pièce, une vieille table en bois verni, posée sur une peau de zèbre comme si c’était un vulgaire tapis. Il y avait un ordinateur portable, un Mac dernière génération. Peut-être celui d’où le père avait posté la photo de sa tueuse de fille, ai-je imaginé après ce que je venais d’entendre. J’ai encore embrassé du regard le troupeau d’animaux morts, toutes ces preuves de la barbarie des humains, avec l’envie de foutre le feu à tout ça.
« Avec amertume, je me suis souvenu de l’époque où j’avais intégré le parc national, du jeune garde que j’étais à mes débuts, plein de zèle et de bonnes intentions, persuadé d’avoir trouvé là le boulot de mes rêves. Sûr que j’avais déchanté depuis ce temps-là, compris que la nature, les hommes étaient plus forts pour la détruire que pour la préserver, parc national ou pas. Surtout depuis ce qui s’était passé, à quelques mètres de l’endroit où je me tenais.
Le 1er novembre 2004.
L’assassinat de Cannelle. »
« … quand ils ne cherchaient pas à négocier les prix des objets ou à nous prendre en photo sans nous payer, les touristes étaient toujours les bienvenus. Leur venue, c’était la promesse de revenus rapides, surtout en cette année de sécheresse où mourait notre si précieux bétail. Et puis, ils apportaient un peu d’animation. Moi-même j’ai toujours aimé regarder comment étaient les Blancs, leur manière de s’habiller, de marcher parmi les cases en évitant les bouses de nos vaches. J’observais leurs énormes appareils photo, tendus entre eux et nous comme s’ils n’étaient pas capables de nous regarder juste avec leurs yeux. »
« Les Blancs, tu comprends, je les connais, moi. Il ne faut pas les décevoir. Ce qu’ils veulent, c’est une Namibie sauvage.
– Otjindandi ?
– Oui, sauvage, c’est comme ça qu’ils disent. C’est ça qui les fait rêver. S’ils dépensent autant d’argent pour venir chasser chez nous, c’est parce que chez eux ils ont déjà tué tous les animaux, tu vois. Avant, là-bas, il y avait des loups, des ours, mais maintenant il n’y a plus rien, juste des villes et des immeubles, comme à Windhoek.
Je hochai le menton, tentant de me figurer ce qu’il évoquait là.
– C’est pour ça, aussi, que les Blancs veulent toujours dire à l’Afrique comment s’occuper des éléphants et des rhinocéros, tu comprends ? Parce que chez eux, ils ont fait n’importe quoi. »
« Je m’interroge sur le sens de tout ça, sur cette envie que j’ai de tuer cet animal. Sérieux, je pourrais en rester là, sur cette traque éprouvante et magnifique qui nous a pris la demi-journée. Je sais que je m’en souviendrai jusqu’à la fin de ma vie de cette après-midi-là, c’est ce que j’aime le plus, dénicher l’animal, mettre mes pas dans les siens, l’approcher sur ses propres terres. Alors, pourquoi ne pas s’en contenter ? Pourquoi ai-je tant envie de tirer cette flèche ? « 

4 réflexions sur “Entre fauves de Colin Niel

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