Et puis mourir, Jean-Luc Bizien

La double chronique

Cette fois c’est Dany qui nous parle du dernier Bizien


Le livre : Et puis mourir de Jean-Luc Bizien  – Paru le 30/09/2020 chez Fayard – collection Fayard Noir  – 18 € (342 pages) ; format 13 x 21 cm

4ème de couverture :

Plusieurs samedis d’affilée, alors que tous les services de police de France sont mobilisés par les manifestations des gilets jaunes, de meurtres sont commis dans les beaux quartiers de Paris. Cela pourrait être l’œuvre d’un déséquilibré qui aurait poussé jusqu’à la vengeance les revendications de justice sociale, mais le commandant Jean-Yves Le Guen n’y croit pas.
Avec son adjoint, le capitaine Patriziu Agostini, ils jouent contre la montre. Car l’idée d’un « meurtrier gilet jaune » menace de faire l’objet de récupérations politiques qui ne feraient qu’empirer la situation – et le prochain samedi de protestations se rapproche …

Un polar d’actualité mêlant revendications sociales et vengeance personnelle – sur fond de Paris en état d’urgence.

L’auteur : Jean-Luc Bizien est un auteur de romans policiers, de science-fiction, de fantasy, de littérature jeunesse, de livres-jeu, né au Cambodge en 1963.
Il écrit également sous les noms de plume Sean McFarrel et Vuk Kovasevic.
Il est le frère de l’illustrateur Éric Bizien.
Il a grandi au Cambodge et vécu aux Comores avant de s’installer en Normandie, où il a étudié l’anglais et intégré l’École normale de Caen comme major de promotion en 1984.
Pendant quinze ans, il a enseigné auprès de l’enfance en difficulté, dans les ZEP et les instituts spécialisés.

Il a publié en 1989 son premier jeu, Hurlements. Puis, en 1994, lui a été décerné le prix Casus Belli du meilleur jeu de rôles pour Chimères (Ed. Multisim). Les Éditions Bayard vont également le solliciter et pour Jean-Luc Bizien, c’est l’occasion d’écrire une trilogie médiévale fantastique, dont le premier livre est publié en 1999 et se voit alors, nommé directeur de la « Collection Imaginaires ».

En 2000, il publie son premier thriller fantastique, Le masque de la bête, suivi en 2001 d’un roman historico-policier La muraille, deux romans que l’auteur a adapté de son premier jeu de rôles Hurlements.

En 2001, il quitte définitivement l’Éducation Nationale pour se consacrer à l’écriture.

Outre Vivez l’aventure, sa collection best-seller chez Gründ, il a publié chez Plon Wendy et les mutants (2006-2007), une trilogie qui rencontre un grand succès auprès du jeune lectorat.
En 2009, il crée le personnage de l’aliéniste Simon Bloomberg pour La Cour des miracles (2009-2012), une trilogie de romans policiers historiques se déroulant en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Jean-Luc Bizien reçoit le prix Gérardmer Fantastic’Arts 2002, le prix du roman d’aventures en 2002, pour La Mort en prime time, le prix Lion noir en 2011 pour La Chambre mortuaire et le prix Sang d’encre 2016 pour Le berceau des Ténèbres.
Extraits :
« Nous ne sommes pas là pour nous substituer à la justice. Nous sommes payés pour la faire appliquer.
Le Guen eut un rire aigre.
— Vous confondez une fois de plus la loi et la justice.
— Et vous, commandant, vous jouez encore les donneurs de leçons. Je ne suis plus un gamin depuis longtemps, je peux penser par moi-même. Sans l’aide d’aucun tuteur.
— C’est bien d’être confit de certitudes, souffla Le Guen. Jusqu’au jour où on prend conscience de faire fausse route. Vous savez quoi ? On en reparle dans dix ans. »
« Il avait enfilé sa veste, car le chauffage avait été coupé automatiquement à vingt et une heures – quand on confiait la gestion des locaux à des sociétés privées, il fallait s’attendre à ce type de désagréments. Sans doute un « responsable » était-il persuadé que les fonctionnaires de police suivaient des horaires précis et que les truands observaient de leur côté un couvre-feu tacite pour leur permettre de se reposer. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Et puis mourir, Jean-Luc Bizien

Découvrons un nouveau duo d’enquêteurs avec un Breton adepte de la gifle (ne pas confondre avec son homonyme avec deux « n » enfanté par Didier Fossey) et un Corse, orthodoxe de la règle pour s’épargner de sa propre violence. Un contexte bien présent dans notre mémoire collective pour l’ambiance insurrectionnelle et le rôle des médias dans la relation de la vérité. Notons le soin apporté à la chronique des manifestations parisiennes de 2018.

Sous des allures de polar assez classique, Jean-Luc Bizien nous interpelle sur notre sentiment de justice. Que dire d’une victime qui n’a pu verbaliser à temps ses douleurs et dont l’affaire est ainsi effacée par la prescription ? Une double peine en fait ! Corolaire : quand la justice n’a pas abouti, est-il moralement admissible qu’une victime joue au justicier ?

Un tueur en série que nous identifions très tôt certes mais que nous soupçonnons en outre d’être le troublant gardien d’une histoire sensible que nous découvrons au fil de pages, va être l’objet de la traque, cœur de ce thriller. Ses victimes ont-elles un point commun au-delà de leur aisance financière ?

Tout le talent de l’auteur est au service de ce suspense au dénouement inattendu mais que j’ai trouvé cruel et élégant ainsi qu’une approche de la vieillesse et de la maladie d’Alzheimer pudique et sans voyeurisme.

Excellent moment de lecture servi par un style toujours aussi affuté.

Loin de la Corée du Sud et du Mexique de ses précédents romans, dans le contexte d’événements qui ont suspendu notre actualité, Jean-Luc Bizien nous conte là une histoire prenante et nous espérons très fort que Le Guen et Agostini aient une vie sur plusieurs tomes à venir …

Enfin une dernière interrogation : quels rapports ont donc nos auteurs avec le cimetière du Père Lachaise ? … un beau sujet d’analyse …

Lu en version numérique 12.99 €.

 

Autres extraits
« Depuis la terrasse de ce domaine, Régine Sauvage avait vue sur le jardin des Tuileries et le musée d’Orsay. Un panorama rare, qu’ils étaient nombreux à lui envier. Le point de vue si particulier offrait un merveilleux spectacle, éblouissant en toutes saisons. De là où elle se trouvait, elle pouvait jouir deux fois par jour de ce saisissant tableau : l’espace d’un instant, les toits de Paris s’embrasaient. Que le soleil se lève ou qu’il se couche, la lumière rasante allumait des myriades d’étoiles, elle répandait d’innombrables copeaux dorés au sommet des bâtisses. C’était comme une coulée de larmes incandescentes, une vague de feu liquide qui s’étalait sur la capitale. La Seine elle-même se parait de joyaux à cet instant. Les crêtes des vaguelettes plissant sa surface accrochaient des scintillements éblouissants. »
« La réponse était toujours la même : une touche subtile de fermeté, que l’on alternait avec quelques promesses d’accéder aux demandes des salariés… et une bonne louche de langue de bois. Ensuite, il suffisait de maintenir l’équilibre du mélange et de prendre son temps. La foule était ainsi faite qu’elle finissait toujours par se lasser. C’était dans sa nature. Les élites étaient constituées d’individus animés par une volonté de fer, qui ne lâchaient jamais leurs proies avant d’avoir obtenu ce qu’ils convoitaient. Les autres, tous les autres, ceux qui ne possédaient ni l’envie, ni les moyens d’obtenir le fruit de leurs désirs, étaient nés pour servir. Il n’y avait rien de bien sorcier, rien à comprendre : il fallait l’accepter, un point c’est tout. »

 

16 réflexions sur “Et puis mourir, Jean-Luc Bizien

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