Papote d’auteur, Maud était avec Sébastien Vidal

Papote d’auteur, Maud était avec Sébastien Vidal

Il y a un an sortait le coffret de la trilogie  » Les sentiments noirs » Trois romans que nous avons adorés chez collectif polar. 

Ces trois romans noirs mettaient en scène l’adjudant Walter Brewski aux prises avec les pires sentiments humains. Dans ce coffret il y avait aussi  une nouvelle inédite Tatanka

Walter Brewski met à profit une journée de liberté pour aller courir dans la campagne. Il est loin de se douter que ses pas vont le mener dans les bois, et que derrière la lisière inquiétante, se cache l’horreur absolue. Si les loups ont déserté la forêt, il reste des prédateurs d’une autre espèce.

Un an après Maud a voulu en savoir plus sur cette trilogie mais aussi sur les nouveaux projets de notre auteur

Aussi voici l’interview exclusive de Maud


Papote d’auteur, Maud était avec Sébastien Vidal

Maud : Bonjour Sébastien Vidal, je vous remercie d’avoir accepté cet entretien. Pourriez-vous nous parler un peu de vous ?

Sébastien : Je suis un jeune retraité de la gendarmerie depuis 6 ans. J’ai donc du temps pour écrire. Mes passions sont nombreuses, la littérature, le cinéma, le sport et en particulier le rugby (Allez Brive !). Mes goûts en matière de musique sont assez larges, ils vont de JJ Goldman et Francis Cabrel à Michel Delpech et Alain Bashung, en passant par Bruce Springsteen, Dire Straits, Pink Floyd, Georges Brassens, Léo Ferré, Patricia Kaas, impossible de lister tout ce que j’écoute. Tout cela n’est pas très récent je te l’accorde. Chez les artistes actuels je ne trouve pas ma came, sauf Claudio Capéo qui fait de belles choses. En ce qui concerne les loisirs cela se mêle avec les passions, sport (course à pied), cinéma, les films en général et je jardine un potager en permaculture. Cette année les tomates n’ont pas eu besoin d’un attentat à la pudeur pour rougir.

Maud : (Rires) Tout un panel d’activités différentes, bravo ! Et l’écriture dans tout ça ?

Sébastien : En ce qui concerne l’écriture, j’ai toujours écrit. Au primaire j’aimais les rédactions. Mes premières grosses émotions en la matière remontent au collège, les cours de français et les rédactions étaient de vrais moments de plaisir. Je n’ai pas analysé cette sensation sur le moment, à cet âge on a d’autres priorités. Adulte, j’ai longtemps écrit de mauvais poèmes, assez mièvres avec une obsession de la rime qui foutait tout en l’air. Et puis un jour c’était là, il fallait que ça sorte, un premier roman, tiré des tripes. Je n’ai jamais oublié les sensations de plénitude éprouvées lors de cette première aventure et l’immense satisfaction de l’avoir menée à son terme. Bref, je n’ai pas trop eu le choix.

 

Maud : Et je suis ravie que vous ayez continué ! WooraraCarajuru et Akowapa est votre première trilogie. Comment vous est venue l’inspiration ?

Sébastien : Je ne suis pas parti sur un thème précis. Pour Woorara, c’est une scène qui m’est apparue. La scène d’ouverture. Ça démarre presque toujours comme ça. Je ne savais pas de quoi ça parlait, j’avais juste cette scène de poursuite et de fusillade. Au fur et à mesure que je progressais, comme un explorateur qui avance dans la jungle à coups de machette, j’ai compris que je voulais parler de ce que j’appelle les sentiments noirs, ceux qui sont propres aux humains et qui nous font trébucher, souvent. La haine, la colère, la jalousie, la convoitise et la honte, toute cette folie qu’on emmagasine et qu’on nourrit, parfois malgré nous. Je souhaitais proposer une alternative au polar urbain dans lequel les policiers sont sur-représentés, ce qui ne reflète pas la réalité judiciaire du pays. J’ai donc créé un enquêteur gendarme qui opère en équipe en zone rurale, en Corrèze. Il ne ressemble pas aux personnages que l’on croise souvent dans cette littérature, il est sportif, rebelle, il ne se klaxonne la gueule au whisky et il ne déprime pas. Il traîne malgré tout quelques croix mais ne se laisse pas abattre. Le faire évoluer en zone rurale était très intéressant, car les problématiques sociales y sont aussi très fortes, elles émergent de manière différente qu’en ville. Ensuite il s’est vite imposé qu’il faudrait une trilogie pour fouiller toute cette matière « grise ». Il était important pour moi d’évoluer en écriture dans cette teinte, entre gris clair et gris foncé, comme dirait quelqu’un que j’apprécie beaucoup. C’est pour cela que, sans « détroncher » les histoires des trois romans, à la fin, rien n’est jamais blanc ou noir, il n’y a pas de fin heureuse à la « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Mais il y a une fin avec une morale, et d’une certaine manière, une justice, celle très imparfaite des hommes ou une autre, plus abstruse que certains appellent le Karma. Le fait que chaque roman de la trilogie relate une histoire indépendante lui donne une certaine autonomie. Et puis je tenais un personnage principal atypique qui méritait de revenir et qui reviendra encore un de ces jours.

97828488656380-3750008 

Maud : Je vous confirme que vous nous emportez loin du béton des villes. Et « Waltounet » est vraiment un personnage très attachant. Une anecdote sur ces livres à partager avec nous ?

Sébastien : Tu n’es pas la seule à surnommer Walt Waltounet. Quand on donne des diminutifs à des personnages c’est qu’ils fonctionnent, ça me fait plaisir. Pour Akowapa, le dernier volet, je tenais à proposer une couverture réalisée par une photographe, et j’avais une idée précise de ce que je voulais. La photographe je la connaissais, j’aimais beaucoup son travail et j’espérais que mon éditrice serait séduite. Un jour de fin d’été, nous nous sommes rendus sur le site du viaduc des rochers noirs, qui enjambe la rivière Luzège, en Corrèze. C’est un site extraordinaire, c’est là que je « voyais » la photo pour la couverture. Nous avons réalisé un paquet de prises, dans des situations diverses. Au bout de deux bonnes heures, Hélène Delarbre (la photographe en question) s’est écriée après un énième cliché « On l’a !!! ». J’ai regardé l’écran de son appareil et j’ai compris immédiatement que oui, nous l’avions. Ce fut une émotion intense de voir se réaliser ce que j’avais dans la tête. C’est devenu la couverture d’Akowapa. Cette photo est sublime.  Par la suite, Hélène a aussi réalisé la couverture de la nouvelle Tatanka qui figure dans le coffret de la trilogie des sentiments noirs. J’espère qu’elle fera la couverture de mon prochain roman noir. Nous avons déjà fait la photo. Il faut qu’elle plaise à l’éditeur.

Maud : Oui vos couvertures, tout comme les titres constituent à eux seuls des énigmes. Bravo ! Vos joies d’auteurs ? ou déceptions ?

Sébastien : Difficile d’en sortir une. Souvent ça se passe en phase d’écriture, les mots sortent bien, ça s’assemble comme je le veux, les personnages me parlent, j’éprouve un sentiment de bien-être. Evidemment, arriver au bout, écrire le mot fin est un moment de grande joie, de joie retenue car il reste beaucoup de travail ensuite. Certaines rencontres en salon du livre sont aussi très fortes, ça reste. Je n’ai pas en tête de pires moments. Une mauvaise critique n’est pas un mauvais moment, ce n’est pas un moment agréable à vivre, mais il y a quelque chose à retirer de ça. Comme disait Nelson Mandela, soit je gagne soit j’apprends.

Maud : Nous avons échangé sur votre côté auteur. Mais je suis sûre que vous avez également un côté lecteur. Je me trompe ?

Sébastien : Je suis un lecteur quasi permanent. En ce sens que je ne conçois pas un jour sans lecture. Mais je lis lentement, parce qu’il y a un rythme à respecter en lecture, les mots mettent un temps précis pour faire leur chemin en nous, il faut prendre ce temps, sinon on perd quelque chose d’important. Et puis quand je lis un très beau passage, quelque chose de fort et de puissant, de beau, je le relis. Donc il n’est pas rare que je mette une bonne semaine pour lire un livre. Je lis de tout, mais beaucoup de polars, de romans noirs. Je vais aussi piocher dans la colossale manne des classiques, il y a des trésors oubliés. J’avoue un goût pour les auteurs Américains. Le Maître, Stephen King, James Lee Burke, Jim Harrison, John Steinbeck, John Irving, Richard Ford, mais aussi Ron Rash et Cormac McCarthy. Sans oublier Louise Erdrich. Chez nous j’ai une immense admiration pour Antoine de Saint-Exupéry. Terre des hommes est un livre qui ne quitte pas ma table de chevet. C’est un monument de poésie et d’humanisme. Je me permets de rédiger une petite ordonnance : dernièrement j’ai lu Les croix de bois, de Roland Dorgelès. Un vieux roman absolument sublime de beauté. Et aussi Terres fauves de Patrice Gain, récent celui-ci, et superbement écrit.

Maud : Un sacré panel en effet.  Je vous remercie pour toutes vos réponses, je vais terminer par une indiscrétion, un projet de roman ou autre ?

Sébastien : J’ai un roman noir qui est terminé et qui est entre les mains de mon nouvel éditeur, Le mot et le reste. Ce roman dont je conserve encore un peu le titre secret sortira le 18 mars prochain. C’est celui sur lequel j’ai le plus travaillé, j’ai fait quatre versions. Plus j’avance en écriture et plus je fais de versions. La réécriture est une phase que j’adore, on prend du recul, on voit des choses qu’on n’a pas détectées au départ. Mais je digresse là…merci pour cette papote Maud, c’était bien.

Maud : Hummm… Impatiente je suis… Mais je patienterai gentiment. Merci à vous et vous laisse le mot de la fin :

Sébastien : je vous souhaite à toutes et tous un bel automne, une belle fin d’année (et pas une fin damnée), et surtout, quoi qu’il arrive, n’oubliez pas de contempler les étoiles.

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