Heureux qui comme Alyce 1 : A fait un beau voyage de Jérémy Bouquin

Le livre : Heureux qui comme Alyce 1 : A fait un beau voyage de Jérémy Bouquin. Paru le 17 juin 2020 chez Evidence Editions. 22€. (586pages) ; 21 x 15cm

4ème de couverture :

Il y a plus de dix ans, Alyce et ses loups s’étaient implantés dans un village du nord du Havre. Alors que Tonnerre, son père, mène sa dernière grande bataille, il la fait rappeler à lui pour l’aider. Ce saigneur de guerre, grand et dernier Daron Noir, fait pilonner sans relâche un quartier de Lutèce. Trois, une guerre qui porte d’ailleurs ce triste nom : celui des trois ans. A l’issu des combats, Alyce ne revient pas chez elle. Ego, son régulier, construit pierre à pierre une chapelle en son hommage en attendant son retour…

Ainsi commence la légende d’Alyce et son terrible voyage…

 

L’auteur :  Jérémy Bouquin est née en 1975. Autodidacte, réalisateur de courts et moyens-métrages et auteur français de polar. 
Il a été président de l’Association tourangelle “Les Tontons Filmeurs“, 
Jérémy Bouquin alias Jrmy est aussi scénariste sur la Bd polar “Le Privé” et animateur radio.

 

 

 

Extrait :
On le tourne comme un poulet à qui on viendrait arracher la tête.
On tire sur la manche de pull en laine, il ne lui reste qu’un vieux jean râpé, troué, deux chaussures dépareillées.
Le kapo a trouvé :
— Là !
Ce salopard lui tire sur le bras, le montre à un autre gradé qui lorgne, mais ne voit rien. Il gratte dessus avec son ongle tellement la crasse mélangée à la poussière de roche s’est incrustée dans la peau du gringalet, hirsute, qui ne bouge pas.
Le pauvre bougre comprend qu’à la moindre réaction, il se prendra une taloche. Deux autres curieux de kapos s’approchent. Ils reluquent le fameux tatouage. L’un baragouine un truc. Il tire sur le bras pour le démantibuler, comme pour mieux le casser. Il le frotte encore plus fort et, surtout, il s’attarde sur les trois points, là.

 

La Kronik d’Eppy Fanny 

Introduction :

Avec ce roman, Jérémy se frotte à un nouveau genre littéraire pour lui, la science-fiction. C’est en tous cas dans ce registre qu’est paru ce roman en 2 volumes. SF ou Dystopie, pour moi plutôt la seconde. A vous d’en juger. Vision d’un futur possible bâtit sur des déviances déjà bien en place aujourd’hui et où l’humain répète encore et toujours ses erreurs. Un récit que Jérémy a adoré écrire. Lui, le boulimique, s’est offert ce texte comme une récréation ou une pinte bien fraîche. Et c’est savoureux. Son héroïne est attachante et même après avoir refermé le T2, elle m’a accompagnée encore un long moment.

 

L’histoire :

Tout a commencé par un Dark Friday, pas commercial celui-ci. Toutes les lumières se sont éteintes. Les centrales ont illuminé le ciel et répandu leur poison dans l’air, la terre et les océans. Des violences ont explosé partout. Plus d’industrie, plus de grand marché ni d’argent qui vaille. Comme toujours, les puissants étaient à l’abri et ont ensuite formé le gouvernement fédéral. Pour le reste seuls les plus forts, les plus malins, ont conservé du pouvoir. Pour les faibles, les laissés pour compte, ceux qui n’ont pas su s’organiser ni se défendre, ils sont devenus de la main d’œuvre jetable. Des anciens militaires se sont regroupés en troupe de bikers. Les Darons. Chacun son territoire, même si le territoire des autres est tentant. Ils savent qu’ils doivent rester unis s’ils veulent survivre. En un éclair ils déferlent, tuent, violent, volent et repartent. Mais d’autres appétits s’aiguisent et les Cimmériens, qui viennent des anciens territoires ukrainiens, polonais, sont nombreux, armés et motivés. Ce monde est violence. La culture a quasi disparu. Peu d’humains sont encore en capacité de lire et écrire. La transmission orale a fait son retour. Et la méca-médecine est la seule qui subsiste. Les corps son rafistolés avec des pièces mécaniques. Avec un peu de chance les blessés et les estropiés survivront sans trop souffrir.

Ce monde a accouché d’un lieu sinistre où l’espérance de vie n’est pas élevée : Drancy V2.

Ce camp est sorti de terre après l’ultime bataille de Trois, il y a 10 ans. Le 1er camp de travail forcé. L’un des plus importants à l’ouest. Depuis un an, les jumelles, les tours qui crachent sans interruption leurs fumées nauséabondes de corps calcinés, ont vu le jour. Depuis, les mutineries se sont calmées. Drancy, ce sont les kapos qui tuent par plaisir, des prisonniers qui grattent le béton, vestige des temps d’avant, pour libérer la terre et faire pousser cette plante que tous s’arrachent. Ils crèvent à la tâche. Ils ne sont rien. Leur quotidien : humiliation, torture, viol, pitance rare et travail. Pour les jeunes femmes le quotidien peut aussi être la mort, apothéose pour le Kapitaine qui aime tant les gamines. Une délivrance pour elle. Au camp, seul importe le jus si précieux qui permet de faire tourner les moteurs et qui est raffiné sur place.

Puis il y a les souterrains et leur mystérieuse prisonnière, si précieuse. Si dangereuse. Pourtant elle n’est plus qu’une vieille femme dénudée, maigre à faire peur et malade. Qui se laisse crever de faim. Karl, un prisonnier, va croiser son regard fou, entendre le « beat ». De retour au baraquement il parlera de cette femme à Gus, un autre prisonnier. Gus qui a oublié d’être bête. Et qui va comprendre qui est cette guerrière tatouée à l’agonie. Et sur le nom de cette légende, « Alyce », Drancy va se soulever. Ce combat héroïque coûtera très chers aux prisonniers. Ceux qui n’auront pas été déchiquetés par les balles auront suffoqué sous le nuage de gaz que le kapitaine, fou de rage, a lâché sur tout le camp, condamnant prisonniers et kapos sans état d’âme. Seuls Alyce et Gus ont réussi à fuir. Petit à petit le fantôme qu’est devenue Alyce se souvient. Son père, Trois. La victoire. Sa victoire. Puis elle si pressée de retrouver son régulier, son fils…

Gus lui, ne pense qu’à l’argent qu’elle va lui rapporter, mais il sait qu’elle est dangereuse et il l’enferme dans le coffre.

Ailleurs, le Village du Caux, appelé Liberty Hell par les derniers loups, à proximité du Havre.

Le Village où Ego attend le retour d’Alyce depuis 10 ans déjà. 10 ans c’est long et l’espoir n’est pas éternel. Pour le bien du village, pour la Daronnie, pour la paix, Ego va se remarier avec Simone, la fille d’un des derniers Darons Noirs, celui des Corbeaux, Kalvaire.

Extrait page 232 :

« Kalvaire se redresse, boite légèrement, une guibolle touchée par une balle. Une baston qui a mal tourné avec des Ours du Sud justement, un combat de rue. Il faudrait qu’il se fasse adapter un piston, parait que c’est plus souple. Il préfère tout de même se faire visser une tringle dans l’os de la cuisse, cela ne le rassure pas. Sa bedaine qui dépasse de son futal en cuir, un cuir léger, celui certainement d’enfant ou de femme, de basané qu’il aime à chasser, son plaisir coupable à ce salopard. »

 

Ego travaille la peau avec talent. La peau humaine s’entend. Car depuis le Dark Friday, les animaux sont rares et précieux. Peau qu’il vend au marché du Havre, comme les villageois vendent leurs fruits et légumes.

Extrait page 213 :

« …Carlos Galiono Philippe est devenu le maire de la commune. Imposé par les miliciens, le type est malin. Il a conclu un accord de paix avec les bikers comme avec les Molochs et bien d’autres. Il achète une partie de la camelote des villageois, paye avec une monnaie locale, une sorte de franc du Nord qui permet à chacun d’y trouver son compte. Le type passe pour un vieux sage, ancien professeur d’école, un type malin. »

 

Télémak, le fils d’Ego et d’Alyce, n’accepte pas cette union à venir, cette trahison vis-à-vis de celle, que lui, attend toujours. Il est persuadé que sa mère est toujours vivante. Elle lui parle dans ses rêves. Il est vrai que Télémak abuse de cette drogue tant prisée qu’il fait pousser et revend : l’herbe noire.

Mais il est persuadé que ces rêves, ces visions, reflètent la vérité.

Mon ressenti :

Un récit qui, sous couvert de SF, dénonce sans conteste notre mode de vie axé sur la surconsommation.  Qui parle de pollution, de dérèglement climatique, d’énergies perdues et nouvelles pour qui tous se battent, d’esclavage, des laissés pour compte, de révolte et de pouvoir.  Un futur avec ses règles, ses clans et ses guerres. L’auteur se joue de notre histoire et l’adapte avec brio à son récit. C’est noir, c’est trash, c’est du Jérémie et j’adore.

 

*Un petit bémol à la lecture de ce volume, de nombreuses coquilles passées au travers des corrections. Seul point noir pour moi.*

 

 

3 réflexions sur “Heureux qui comme Alyce 1 : A fait un beau voyage de Jérémy Bouquin

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