La loi des hommes de Wendall Utroi

La double Chronique de Collectif Polar

La Kronik d’Eppy Fanny

Le livre : La loi des hommes de Wendall Utroi. Paru le 1er octobre 2020 Chez Slatkine & Cie. 18€. (400 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv : 

Jacques est cantonnier à Houtkerque, dans le Nord. Ce qu’il découvre ce matin-là dans la sépulture centenaire de J. Wallace Hardwell va bouleverser sa vie.

Une enquête secrète aux relents nauséabonds menée par un inspecteur de Scotland Yard dans les bas-fonds du Londres de Jack l’Éventreur. Entre crimes et passions, amour et trahison, là où s’affrontent l’honneur et l’horreur de la loi des hommes.

Un thriller historique aussi efficace qu’actuel.

 

 

L’auteur : Avant de se consacrer à l’écriture, Wendall Utroi était Officier de police judiciaire en investigations. Il a remporté en 2018 le Prix des lecteurs des plumes francophones. La Loi des hommes est son huitième roman.

 

 

 

La Kronik d’Eppy Fanny

LA LOI DES HOMMES DE Wendall UTROI  –

Chez Slatkine & Cie, 2020, 1er octobre 2020

ISBN 978-2-88944-126-6

 

Ce roman, reçu de l’éditeur, m’a permis de découvrir la plume de l’auteur. Auteur dont j’ai encore trois romans dans ma Pal. Et je n’ai pas été déçue par ce thriller historique qui nous plonge dans les bas-fonds du Londres de Jack l’Éventreur.

L’histoire :

Jacques est cantonnier dans le Nord, à Houtkerque. Il est aussi en charge des « déménagements » des locataires du cimetière lorsque les concessions se terminent. Ce n’est pas le boulot qu’il préfère, mais il le fait dans le respect des corps qu’il transfère dans la fosse commune.

A quelques jours de ses 58 ans, le voici donc à déménager les caveaux de deux familles du coin et la tombe d’un étranger sur lequel plane de nombreuses histoires. J.Wallace Hardwell 1857-1917. Anglais, américain ? Qui était-il ?

Et voilà que Jacques fait une trouvaille : une boîte, un paquet soigneusement emballé, et une pochette de cuir quasi intacte emplie d’une énorme liasse de feuillets noircis d’une écriture anglaise élégante.  Lui qui transfère toujours les biens trouvés avec les corps est cette fois trop curieux. Mais il se promet de restituer les feuillets à leur propriétaire, une fois qu’ils auront été déchiffrés.

Sa femme, Mireille, ne comprend pas sa fascination qu’elle trouve malsaine. Sa fille Aude, en revanche, qui est infirmière, va lui traduire les lignes qu’il a trouvées dans la tombe de Hardwell.

Comme lui elle va se laisser captiver par ce récit d’un autre temps.

Le mystère dans la boîte :

Il s’agit d’un secret qui a rongé la vie de J.Wallace et qu’il a couché sur le papier lorsqu’il a senti sa fin venir. Lui, le policier, qui au détriment d’une vie de famille a réussi à intégrer Scotland Yard en tant qu’inspecteur. Un émissaire de la Couronne est venu le trouver pour lui confier une enquête secrète pour laquelle il a carte blanche. Rien ne doit fuiter dans la presse. La réputation de la famille royale est en jeu.

Wallace va donc tenter de faire parler les trois protagonistes identifiés et incarcérés : Rebecca Brianey, patronne d’un lupanar, Myrtle River, femme de 74 ans, ancienne entremetteuse, recruteuse, et Timothy Brianey, fils adoptif et homme de main de Rebecca.

En se frottant à eux, J.Wallace va découvrir un monde qui lui est inconnu. Un monde de misère, de crève-la-faim et de violence. Un monde où les femmes ne sont rien. Il va savoir écouter et recueillir des confidences. Il va très vite découvrir que Rebecca est la mère naturelle de Timothy, même si elle a enfoui cette vérité au plus profond de son être. Comment peut-on être mère à 13 ans ? Elle a rejeté et maudit l’enfant aussi fort que celui qui l’a engrossée et abandonnée. C’est Myrtle qui s’est occupé de Timothy. Puis qu’est-il arrivé à son autre enfant ? Cette fille née plus tard et dont personne ne veut parler. Wallace va croiser les informations, en gommer les mensonges, et la vérité, celle de l’histoire de ces trois personnes, va se faire jour. Une vérité crue, cruelle, où les femmes elles-mêmes font subir à d’autres femmes le pire. Pour de l’argent. Celui des hommes tout-puissants dont les désirs sont sans limite.

Extrait page 43 de l’interrogatoire de Myrtle :

« – Oh, ça n’a pas été difficile. Comme je ne voulais pas rester un morceau de viande, j’ai fait la bouchère ! »

Rebecca, qui a 15 ans, a deux enfants à nourrir. Elle va se prostituer pour rembourser ses dettes. Il faut dire que la loi anglaise indique à l’époque que dès 13 ans révolus elle peut disposer de son corps. Et lorsque l’occasion va se présenter, à son tour, elle exploitera des filles avec l’aide de Myrtle.

Extrait partiel page 142-143 – Autre interrogatoire de Myrtle :

« Mais ce qu’ils ne chantaient pas sur les toits, ces cochons de bien-pensants, c’est que leurs maîtresses ne leur suffisaient plus. Eux ce qu’ils voulaient, c’était de la chair fraîche, des poupées de la rue, mais des neuves, des vierges, des filles vertes. Et ça ne les dérangeaient pas de payer le prix fort. » … « J’ai donc commencé à jouer les entremetteuses » … « C’était des gamines, à peine sorties de l’enfance, elles rêvaient de belles toilettes, de chaussures neuves… il suffisait de s’amuser un peu avec un monsieur. »

L’histoire de ces trois prisonniers est bien loin des intérêts de la Couronne. L’émissaire s’impatiente. Exige que des méthodes odieuses soient utilisées. Wallace s’y refuse. D’autres n’auront pas ses scrupules. Au terme de cette enquête, Wallace est, aux yeux de la Couronne, devenu un homme dangereux. Il en sait trop et il est sommé de quitter sa patrie. Qu’il ne s’inquiète pas, il continuera à toucher ses émoluments. Lui qui n’a fait que son devoir, le voilà exilé loin de sa ville.

Extrait page 356 :

« J’évoluais dans un monde où la justice ne se montrait sévère qu’envers les pauvres, les misérables, les petits. Son glaive se soulevait, s’abattait telle la foudre quand l’indigent avait volé, mais il tremblait lorsque l’aristocrate avait violé, abusé, exploité. Et quand cette épée ne vacillait pas, une main habile détournait sa course, ou écartait le coupable du tranchant de la lame. »

Le récit de J.Wallace, va passionner Jacques dont la vie est bien terne et sans surprise. Il va découvrir un monde où les certificats de virginité ont existé, où les sages-femmes qui les délivraient, réparaient les fillettes déchirées et hébétées par les assauts des hommes. Ces hommes qui estimaient avoir tous les droits puisqu’ils avaient payé.  Puis la loi du 14/08/1885 est arrivée : elle élevait le consentement des filles de 13 ans à 16 ans.

Jacques va rendre à Wallace son carnet et son secret. Mais il ne peut s’empêcher de penser à cette histoire et au fait qu’aujourd’hui, à 11 ans tout est permis. Qu’elle régression. Quelle honte.

Conclusion :

Un très beau récit qui nous entraîne dans les quartiers miséreux de Londres. Qui nous parle de ces pauvres que les bourgeois et les puissants refusent de voir et qu’ils accusent du pire. De la violence faite aux femmes, aux filles. De tout temps. De la chape qui recouvre encore et toujours les exactions des puissants. De cette justice à deux vitesses qui n’est pas nouvelle, et qui hélas perdure. De ces différences qui dérangent. De l’hypocrisie des hommes, eux qui font pourtant les lois. J’ai beaucoup aimé ce roman et vous encourage à le découvrir.

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