Chemins de poussière rouge de Ma Jian

Le livre : Chemins de poussière rouge  de Ma Jian. Paru en 22 janvier 2005 aux éditions de l’Aube. 25,60 € ; (450 pages) ; 14,25 x22 cm. Traduit de l’anglais par Jean-Jacques Bretou.  Poche paru le 27 août 2014 aux éditions J’ai lu. 8,40 € ; (478 pages); 11×17,8 cm.

4ème de couverture :

Victime de la répression menée par les autorités chinoises sur les artistes dans les années 1980, Ma Jian a trente ans quand il décide de quitter Beijing. Au cours d’un périple de trois ans, il découvre un pays aux multiples facettes déchiré entre ses traditions et les effets de sa modernisation. Des plaines de l’extrême ouest au Tibet aux côtes du sud, l’artiste-aventurier livre une vision sans concession du pays qui l’a vu naître, mais dans lequel il n’est plus qu’un étranger.

 

L’auteur :  Ma Jian, dont les livres sont aujourd’hui interdits en Chine, est peintre, reporter, photographe et écrivain. Il est, entre autres, l’auteur de Nouilles chinoises, Beijing Coma et, plus récemment, La Route sombre (Flammarion, 2006, 2008, 2014). Le Prix Nobel Gao Xingjian voit en lui « l’une des voix les plus importantes et les plus courageuses de la littérature chinoise contemporaine ».
Il vit à Londres.

 

 

 

 

Extraits :
« Les exécutions publiques ont lieu, dans toute la Chine, à l’approche de la fête nationale. J’ai grandi en lisant ces affiches et j’ai assisté à plusieurs exécutions. Une fois, un jeune homme appelé Lu Zhongjian est sorti menotté d’un camion de l’armée. Deux soldats l’escortaient. Quand il a commencé à pousser des cris perçants, ils lui ont passé un fil de fer autour de la bouche et l’ont tiré vers l’arrière, lui déchirant le visage. Puis ils l’ont jeté au sol, avant de le rouer de coups de pied et de lui coller trois balles dans la tête. Ses jambes se sont soulevées, ses chaussures ont volé. Un an plus tard, je me mariais avec sa petite amie. Je n’ai découvert qu’ils avaient été amants qu’après avoir trouvé, cachée au fond du tiroir de Guoping, l’affiche annonçant son exécution.
Je me demande combien de gens ont été exécutés ici, au cours de la campagne contre la Pollution spirituelle. Je passe les portes de la prison avec un gout de sang dans la bouche. »
« « – Quel est votre avis sur l’amour que porte Bao Yu à Lin Daiyu dans Un rêve dans le pavillon rouge ? » La femme qui pose cette question est assise sur la droite, devant moi. Elle a une petite bouche et d’épaisses lunettes blanches.
 

Les émotions de lecture de Cécile

J’ai découvert Ma Jian avec Beijing Coma, son roman si puissant, si vibrant sur Tiananmen et sa répression. Son personnage rêvait d’une odyssée à travers la Chine.

C’est cette aventure à travers ce pays qui n’en est qu’un seulement sur le papier que nous raconte Ma Jian. Ses paysages grandioses, ses ethnies, ses cultures différentes mais les mêmes blessures de la révolution culturelle, de la constante surveillance des populations, et la campagne contre la pollution spirituelle … C’est épique, c’est sans phare, c’est passionnant.

Et c’est avant tout primordial à l’heure où à Hong Kong, la répression continue. L’emprisonnement de trois jeunes pro-démocratie : Joshua Wong, Agnes Chow et Ivan Law et le procès contre Jimmy Lai, patron de presse pro-démocratie nous rappelle ce qu’est la Chine encore aujourd’hui. Sans oublier évidemment, le contrôle perpétuel, l’emprisonnement et les camps de rééducation que subissent les Ouïghours.

Ma Jian est celui qui le raconte le mieux cette Chine totalitaire. Dans Chemins de poussière rouge, son récit le plus autobiographique, il fuit la répression dont il est victime pour avoir voulu s’exprimer par son art, pour avoir voulu partager ses espoirs, ses idées avec ses amis artistes, pour avoir voulu la liberté d’aimer. Tout ce que le Parti communiste leur refuse. Ce sont les prémices du mouvement des étudiants de 1989, et explique contre quoi se battent encore les pro-démocraties à Hong Kong ou les Ouïghours pour leur droit à vivre leur identité. C’est un récit d’aventures et politique à travers la Chine du Nord au Sud, d’Est en Ouest, de surveillance en répression. Il s’y épuise le corps et l’âme dans sa quête. À lire et à dévorer pour toutes ses raisons !

Autre extrait :
« J’ai lu le livre l’année de mes seize ans. C’est un merveilleux roman. On aimerait tous vivre une vie de rêve dans un beau jardin secret. Mais quand les rêves se brisent, on se réveille et l’on voit à travers la poussière rouge de l’illusion. J’écris moi aussi sur l’amour et la mort ou , pour être précis, sur le fait que l’amour ne peut exister que dans la mort, car seule la mort est éternelle. Quoi ? Non, je n’ai pas encore levé le voile de la poussière rouge.» »

7 réflexions sur “Chemins de poussière rouge de Ma Jian

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