Ohio, de Stephen Markley

Le livre : Ohio de Stephen Markley. Traduit de l’américain par Charles Recoursé. Paru le 19 août 2020 chez Albin Michel dans la collection Romans étrangers. 22€90. (540 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv :

Par un fébrile soir d’été, quatre anciens camarades de lycée désormais trentenaires se trouvent par hasard réunis à New Canaan, la petite ville de l’Ohio où ils ont grandi.

Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire devenu toxicomane, doit y livrer un mystérieux paquet. Stacey Moore a accepté de rencontrer la mère de son ex-petite amie disparue et veut en profiter pour régler ses comptes avec son frère, qui n’a jamais accepté son homosexualité. Dan Eaton s’apprête à retrouver son amour de jeunesse, mais le jeune vétéran, qui a perdu un oeil en Irak, peine à se raccrocher à la vie. Tina Ross, elle, a décidé de se venger d’un garçon qui n’a jamais cessé de hanter son esprit.

Tous incarnent cette jeunesse meurtrie et désabusée qui, depuis les attentats du 11-Septembre, n’a connu que la guerre, la récession, la montée du populisme et l’échec du rêve américain. Chacun d’entre eux est déterminé à atteindre le but qu’il s’est fixé.

Écrite à la manière d’un roman noir, cette fresque sociale et politique hyperréaliste s’impose comme le grand livre de l’Amérique déboussolée et marque l’entrée en littérature d’un jeune écrivain aussi talentueux qu’ambitieux.

L’auteur : Stephen Markley est née en 1983 à Ohio. C’ est un jeune écrivain américain. 
Diplômé de l’Iowa Writers’ Workshop, il est auteur de « Publish This Book » (2010). 
Avec son premier roman, « Ohio » (2018), il s’impose comme un formidable cartographe de l’Amérique contemporaine et de ses fractures. Ce roman est en cours d’adaptation télévisée aux États-Unis. 
Il vit à Los Angeles.

 

 

Extrait
Ce que nous avons là, c’est un pick-up qui traverse une chaude nuit de juillet en trimballant un petit paquet anonyme scotché sous le pare-boue. Cela après quatorze heures de voyage entre La Nouvelle-Orléans et l’Ohio avec un conducteur déchiré au LSD. Cela après que Bill Ashcraft était arrivé dans sa ville natale et avait croisé deux vestiges du cœur de son majestueux pays ravagé par la guerre. Après qu’il avait trouvé Dan Eaton, le héros médaillé, errant sans but et hagard sur le bas-côté au crépuscule. Après qu’il était allé visiter la tombe de Rick Brinklan, aussi froide et lisse qu’un miroir, pour la première fois depuis qu’on avait rapatrié son corps rompu. Après que la baston dans le bar s’était subitement essoufflée lorsque Eaton avait fait un usage inventif d’un œil de verre. Ajoutez à tout ça deux autres fantômes du lycée avec qui, autrefois, il avait fait le singe dans ce même bar – Jonah Hansen, descendant d’une lignée de promoteurs immobiliers, et Todd Beaufort, ex-gloire du football américain dans la Rust Belt – et la toile de remémorations pénibles dans laquelle l’avaient piégé ces deux types que le temps n’avait pas épargnés. Mais gardons cela pour plus tard. Dan Eaton nous l’expliquera en temps voulu. Pour l’heure, ayons seulement à l’esprit qu’il s’était passé des trucs, et que du côté de Bill, l’énergie mystique 34de cette nuit où tout s’entrelaçait n’était pas franchement en train de retomber. À l’instant où il avait posé le buvard sur sa langue et s’était élancé dans la chaleur vaseuse des routes du bayou, il avait compris que, sur ce coup, il allait falloir négocier un paquet de méandres et que, même pour quelqu’un comme lui, le chemin allait être sinueux et imprévisible, bien au-delà de tout ce qu’on projette lorsqu’on retourne dans la ville éprouvée et hantée de son enfance pour y livrer un paquet louche à une figure sortie d’un passé accablant, sombre et moisi, ce qui revient à dire : Cher Territoire, je viens ici en étranger.
Et puis, après avoir déposé Eaton à la maison de retraite Eastern Star pour que ce dernier y poursuive ses propres démons bicolores, sa saloperie de pick-up était tombée en panne d’essence.
Là, Bill Ashcraft ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Il n’avait pas prévu de faire autant de détours, et la jauge du réservoir avait la précision d’un manuel de biologie créationniste. Surtout, il s’était perdu dans les tendres souvenirs de sa bouteille de Jim Beam, terminée entre deux stèles dans une pénombre spectrale.

Le post-it de Ge

Ohio, de Stephen Markley

 

Eté 2013. Quatre anciens élèves retournent à New Canaan, une petite ville d’Ohio où ils ont grandi. Bill Ashcraft, activiste alcoolique et toxicomane, doit livrer un mystérieux paquet. Stacey Moore, doctorante, en profite pour régler ses comptes avec sa famille qui n’a jamais accepté son homosexualité. Dan Eaton, ancien vétéran, souhaite retrouver son amour de jeunesse.

Ohio est un roman noir puissant, un roman social.
Le style de l’auteur est foisonnant son écriture exigeante ce qui on fait un roman qui se mérite. On va découvrir de nombreux personnage, avec eux on va faire des allers et retours dans le temps. Mais alors quand on arrive à entrer dans cette incroyable histoire, celle d’une jeunesse désabusée, d’une jeunesse oubliée qui n’a que pour avenir la désillusion du chômage ou des petits boulots sans fin. Dans cette petite ville où la crise économique fait rage, l’espoir est pour ainsi dire impossible. Dans cette Amérique puritaine, la religion et les traditions sont la loi, et la jeunesse sacrifiée. Nous sommes en 2013 et l’Amérique est traumatisée par le 11 septembre et l’effondrement des Twin Towers mais aussi par la crise des subprimes Ohio est le livre de l’Amérique profonde, de l’Amérique des oubliés, une Amérique loin si loin du rêve américain.

11 réflexions sur “Ohio, de Stephen Markley

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