41 vautours : 48 heures avant Noël de Céline Tanguy


Le livre : 41 Vautours Tome 1 : 48 heures avant Noël de Céline Tanguy. Paru le 23 Janvier 2017 aux Editions Les Indés. 16€90 ; (208 pages) ; 14 x 22 cm

4ème de couverture :
En général, 48 heures avant Noël, on se précipite sur ses derniers achats, on termine la décoration du sapin, on peaufine le menu du réveillon et on a des guirlandes plein les yeux. Bref, on a l’esprit à la fête. Mais pour Neil Mullhand, agent spécial du FBI expert en crimes violents, cette fête virerait plutôt à la cérémonie mortuaire. Il faut dire qu’en guise de cadeaux on lui expédie plusieurs balles dans la peau. Ensuite, on le laisse pour mort dans un local à poubelles, en plein cœur du Bronx. Sur quelle affaire enquêtait-il pour en arriver là ? C’est à cette question que le lieutenant de police Amber Wilson, qui est aussi la compagne de Neil, compte bien répondre. Quitte à remonter jusqu’à la CIA et au sommet de l’État, dont les secrets bien gardés ne sont pas toujours reluisants. Seulement, à vouloir les déterrer, ne risque-t-on pas sa vie et celle des gens qu’on aime ? Cela dit, dans ce genre d’histoire, peut-on seulement se fier à ses proches ?

L’auteur : Née à Nancy Céline Tanguy est juriste de formation et titulaire d’une maîtrise de droit public.

 

 

 

 

 

Extraits :
« « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». C’est pour cela que la vérité est ailleurs !»

Les Lectures de Maud :

41 vautours : 48 heures avant Noël de Céline Tanguy

Whaouuuuu quelle découverte !!!!

Dès les premières pages, j’ai été embarqué dans cette affaire qui soulève dès le début de nombreuses questions. On en apprend de plus en plus au fur et à mesure mais les réponses soulèvent également de nouvelles interrogations. Principalement, il va falloir trouver à qui se fier et faire confiance, tant les ramifications de cette histoire sont étendues.
La situation de Neil va mettre les nerfs de ses collègues et de sa compagne à rude épreuve. Amber est prête à déplacer des montagnes et retourner la ville pour trouver les coupables et mettre au grand jour la vérité. Mais est-elle la mieux placée pour le faire ? Est-elle raisonnable ? Ne court-elle pas un danger encore plus important en s’exposant ainsi ?
Un plume fluide, dynamique, très efficace, accompagnée d’un rythme soutenu, entraînant, le lecteur ne sait plus non plus à qui il doit faire confiance, tellement les méandres de cette opération sont retors. Une histoire addictive, les pages se tournent toutes seules !! Des retournements de situation qui donnent le frisson. J’ai été autant happé par l’histoire en elle-même, que l’envie de suivre l’évolution des personnages.

J’ai fini ce livre et le jour même, acheté la suite  c’est pour vous dire !!!!

Version lue : Broché

Mention : Premier roman

La fenêtre de Dieu de Cédric Blondelot


Tolbiac Juillet : la fenêtre de Dieu de Cédric Blondelot. Paru le 30 avril 2017 aux éditions La Völva. 20€. (405 p.) ; 21 x 15 cm

4ème de couverture :

De l’autre côté de l’Atlantique, à Chicago, une femme meurt dans l’incendie de son appartement.
Deux ans plus tard, le 31 Juillet 1979, rue de Tolbiac, en plein Paris, un nouveau-né est abandonné dans un kiosque à Journaux. Alors qu’il chiait sur Le Monde et pissait sur L’humanité, un couple le trouva et l’adopta.
Il fut appelé : Tolbiac Juillet.
Adulte, Tolbiac devient magicien. Ne lui demandez jamais de tour avec des colombes, il les déteste. Quant à son lapin, il n’en a plus. Il l’a bouffé la veille. Mais Tolbiac n’est pas seulement doué pour la prestidigitation, il est aussi un pickpocket de génie.
Sa vie bascule tandis qu’il fume une cigarette dans les toilettes d’une piscine. Il n’en sortira jamais.
Aspiré par la cuvette. Oui, aspiré !
L’impensable se produit alors. Dans le monde où il émerge, Tolbiac découvre la vie qu’il aurait eue s’il n’avait pas été abandonné.

 L’auteur : Cédric Blondelot  est né en  Seine-et-Marne en 1976… il avoue «  l’année de la création du Loto, du premier vol commercial du Concorde, de la finale des Verts à Glasgow ou encore la même année qu’Audrey Tautou, j’étais destiné au métier de laveur de nuages pour qu’ils restent toujours bien blanc, lorsqu’un arc-en-ciel m’a fait dégringoler jusqu’à un de ces bancs de l’université. (note : « les nuages, , l’arc-en-ciel » ce n’est pas moi, formule prêtée généreusement par Grofasol des Bisounours)
Ainsi avant d’écrire, j’ai longtemps calculé. Traqué le X, cité l’alphabet grec sans pour autant parler un mot de cette langue et cuisiné tout un tas de molécules sans jamais y goûter. La science m’a raconté tellement d’histoires au sens noble que moi aussi, un jour, je me suis mis à en écrire. Les équations sont devenues des gens, leur résolution, leur désillusion ; la vie.
Leur folie, une fiction. »
Aujourd’hui scénariste pour la télévision et le cinéma, La Fenêtre de Dieu est mon premier roman

 

 Extrait :
« Ensemble, on avait aimé, fait l’amour, pris des cuites, des gifles, appris la magie et porté le cercueil de Rustrelle. Parfois, on n’avait plus faim l’un de l’autre et il restait six mois dans la penderie. Jusqu’à ce que tout me paraisse fadasse. Sans lui sur le dos, je n’attirais que la compagnie des mous et des cœurs tièdes. Si je n’avais jamais souhaité le réparer, c’était pour ne rien oublier. Ses cicatrices étaient les mienne et qui sait, peut-être un peu aussi celles de Kurt Cobain. Adolescent, après l’explosion du groupe Nirvana, j’imaginais qu’il l’avait réellement porté. Ce qui finalement ne m’attira que des ennuis ; entre ceux qui tentaient de me dépouiller et les autres qui me présentaient comme le plus gros mytho de la terre… En décidant de lui faire peau neuve, contre mon gré, le Vieux avait senti que je devais tourner la page. Il avait eu du nez. »

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

La fenêtre de Dieu de Cédric Blondelot

Ni mystique ni tout à fait fantastique, l’auteur s’amuse avec les malheurs d’un enfant abandonné dans un kiosque à journaux à l’angle de la rue de Tolbiac, fin juillet … il s’appellera Tolbiac Juillet. Ca c’est pour l’intrigue principale. Nous suivons également les malheurs d’un perfecto sans fermeture et ça c’est l’intrigue secondaire. La quatrième dimension fait partie également de la galerie de personnages, tous hauts en couleurs et souvent complètement barrés … un délice ! Il s’agit néanmoins d’un vrai roman à suspense, dans un style tout à fait personnel qui fait de ce roman un « page turner » attachant et original. J’attends la suite … ou du moins le prochain roman de ce nouvel auteur

Roman lu et chroniqué à sa sortie … la suite c’est pour très bientôt et l’auteur en parlera sur le blog !

Lu en version numérique. Le format broché est indisponible seules quelques occasions sur le marché – epub 5.90 € ( 351 pages) ; format  papier épuisé – numérique exclusivement

Extraits 
« – Ta grande oeuvre. Gaudí a fait la Sagrada Família, toi tu as bâti de superbes chiottes »
« Il y a trois ans, j’avais franchi la ligne jaune et dans la foulée, la rouge. Je m’étais rapprochée de vrais pickpockets, ceux de la rue pour retrouver la flamme et me comparer à eux.
« Le professeur libéra ses doigts et caressa le minuscule goulet de verre.
– Et nous voici avec un passage ! Einstein a désigné ce tunnel : un trou de ver. Mais c’est là que la théorie et votre expérience s’opposent catégoriquement, reprit-il. Pour voyager d’un univers à l’autre, il est prouvé que la gravité serait telle que votre enveloppe corporelle n’en sortirait pas indemne. Elle serait littéralement broyée. À l’heure actuelle, il en existe plusieurs types : le trou de ver de Schwarzschild, de Lorentz.., mais ce sont des solutions mathématiques, non des objets réalistes. D’ailleurs, ni Einstein ni Rosen n’entrevoyaient la possibilité de maintenir ces connexions eu égard au caractère instable de fluctuations quantiques. »
 

Le crime était signé de Lionel Olivier.


Le livre : Le crime était signé de Lionel Olivier. Paru le 18 novembre 2015 chez Fayard dans la collection Policier. 8€90 ; (353 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

À peine seize ans, cette gamine retrouvée nue, étranglée près du cimetière… Et ces pervers qui s’exhibent entre les tombes… Et ce fumier qui croit séquestrer l’innocence qu’il a perdue…

Morte d’avoir trop ou mal aimé ?

Des halls de banlieue, zones de non-droit, à la propriété somptueuse d’aristocrates au-dessus des lois, la Crim’ est malmenée, impuissante à répondre au drame des parents ! Alors que l’ADN reste muet, un témoin «signe» une vérité singulièrement humaine…

 

L’auteur : Né en 19 décembre 1949 Lionel Olivier est commandant fonctionnel de police à la retraite..
Il a choisi en 1974 d’être inspecteur de police (officier aujourd’hui). De 1975 à 1989, il a été en poste à Dieppe (Seine-Maritime) comme chef d’unité de police de Sécurité publique.
Puis nommé en 1990 à Auxerre (Yonne) où il a occupé différentes responsabilités, au grade de commandant, avant de prendre sa retraite.
Son roman, « Le Crime était signé », a reçu mardi 17 novembre 2015 le prix Quai des Orfèvres 2016 . Admirateur de Simenon et de Kafka, loin des stéréotypes des séries américaines, Lionel Olivier plonge ses lecteurs dans l’univers clos du polar à la française. Proches d’un milieu qu’il a côtoyé, ses héros de coeur – flics et voyous – se rencontrent menés par un destin implacable.
Extrait: 
« Un lieu et des murs où le groupe Fergeac se retrouvait après avoir affronté la tempête. Des copains parmi les journalistes qui essayaient de vous tirer les vers du nez. Et tout continuait en chamailleries distrayantes. On en repartait requinqué pour de nouvelles aventures, de celles qui attendent les flics dans leur chasse aux malfrats et aux criminels. Ressourcé pour un boulot qui n’en finirait donc jamais… » (Page 352).

 

L’expertise de Cathie

Le crime était signé est extrêmement bien documenté, ça sent le vécu, comme qui dirait. Normal, puisque son auteur a fait carrière dans la police. Il n’empêche que ce roman s’apparente beaucoup à un documentaire tant le texte est émaillé de nombreuses précisions concernant la procédure à suivre : interrogatoires, enquêtes de voisinage, visionnage des videos enregistrées par les caméras de surveillance, épluchage des appels téléphoniques passés par les suspects, les perquisitions, les planques, etc…

Le style est simple, le langage accessible à tous, avec de nombreux dialogues et des répliques savoureuses à « la Audiard » dans sa meilleure période, celle des « Tontons flingueurs ». Avec une touche d’humour propre à l’auteur.

Le +: un vrai témoignage sur la police d’aujourd’hui vue de l’intérieur, particulièrement pertinent dans le contexte actuel du malaise d’une police qui doit faire face à des événements auxquels elle n’est pas forcément préparée ( le terrorisme, la cyber-criminalité), dans une société meurtrie, à la dérive.

Regard « professionnel » qui nous permet de mieux comprendre le quotidien de ces hommes et femmes qui ont choisi de protéger leurs concitoyens malgré un système inadapté :

« A trop vouloir copier le système américain, la justice française nous fait perdre un temps fou. -Tu n’as pas digéré cette réforme? -Tu peux me dire pour quel bénéfice? Les frais de justice atteignent maintenant une croissance dingue, alors qu’on manque de tout ici. »(Page 62) 
«Ce ne sont pas les locaux qui ont fait notre force, notre renommée, c’est notre capacité à nous serrer les coudes, à faire face à l’adversité. A rebondir. A gagner. » (Page 350)

=> Loin de moi l’idée d’excuser tous débordements et leurs conséquences, mais c’est très intéressant de voir l’envers du décor.

Pourtant aucune amertume dans la plume de Lionel Olivier: il raconte les faits, le quotidien avec les moyens souvent insuffisants, les tâches à accomplir pour résoudre l’affaire en cours…les questionnements, les doutes, les frustrations face aux échecs; mais aussi la satisfaction de voir une affaire se conclure avec l’arrestation du ou des meurtriers…Avec beaucoup d’humour et d’humanité. Tout n’est pas noir ou blanc: ceux qui vivent dans les immeubles en banlieue ne sont pas tous des délinquants; et ceux qui vivent dans des hôtels particuliers ne sont pas tous des parangons de vertu.

Le crime était signé est un roman bien ficelé, qui se lit tout seul, avec de l’action sans rien de spectaculaire, des personnages humains et bien campés. Un très bon divertissement.

Kawa Littéraire, spécial premiers romans # 6


Il y a fort longtemps que je ne vous ai pas parlé de mon Kawa Littéraire.

Depuis le mois de mars dernier.

10 mois sans Kawa alors qu’il y en a eu une par mois depuis le printemps dernier.

10 kawas à rattraper ça va vous en faire pas mal d’un coup !

Surtout qu’à chaque rencontre je fais le plein, des aficionados mais aussi à chaque fois 1 ou 2  lectrices supplémentaires qui viennent se joindre à nous.

Aussi autours du noyau dur, nous avons construit une belle communautés de lectrices.

 

Aussi au mois de mars derniers avant nous amorcé un nouveau chapitre pour notre cercle de lecteur mais aussi pour l’équipe de la bibliothèque. (Mais ça je vous en reparlerai bientôt). Donc en ce moi de mars 2017, j’ai proposé à mes lectrices pour une fois de se taire et d’écouter d’autre lectrice leur présenter 10 titres très spéciaux !

En effet…

Lors du KAWA littéraire du 03 mars 2018, nous avons accueillis deux bibliothécaires de la bibliothèque  Marguerite Audoux, Christine et Françoise ainsi que deux lectrices, Josiane et Frédérique  venues nous présenter 10 romans. Les 10 romans finaliste du prix du premier roman des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris.

 La bibliothèque Audoux participe depuis une dizaine d’année à la mise en avant des premiers romans au sein des bibliothèques de la ville de Paris et cette année elle participe tout naturellement au 1er prix des lecteurs de nos bibliothèque, un premier prix du premier roman.  Josiane et Frédérique étant elle membres du jury,pour ce prix du premier roman des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris.

Successivement, elles nous ont présenté avec enthousiasme et discernement les 10 titres concourant.

 

 

BIBLIOGRAPHIE
Les 10 titres concourant au Prix du premier roman des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris viennent d’être sélectionnés !
Jean-Baptiste Andrea : Ma reine (L’Iconoclaste, 2017)
Clarence Boulay : Tristan (Sabine Wespieser, 2018)
Olivier Chantraine : Un élément perturbateur (Gallimard, 2017)
Yves Flank : Transport (L’Antilope, 2017)
Violaine Huisman : Fugitive parce que reine (Gallimard, 2018)
David Lopez : Fief (Seuil, 2017)
Marion Messina : Faux départ (Le Dilettante, 2017)
Guillaume Poix : Les Fils conducteurs (Gallimard, 2017)
Marie Richeux : Climats de France (Sabine Wespieser, 2017)
Pierre Souchon : Encore vivant (Rouergue, 2017)

 

Olivier Chantraine : Un élément perturbateur

Un élément perturbateur

Serge Horowitz est hostile à toute forme d’engagement. Sa soeur l’héberge chez elle. Il ne doit son travail dans un cabinet de Consulting qu’à son frère, ministre des Finances. Pour ne rien arranger, il est hypocondriaque et connaît des moments d’aphasie incontrôlables. C’est une de ces crises qui le saisit alors qu’il est en pleine négociation avec une société japonaise. Quand lui revient la parole, il fait capoter l’affaire…

Mis en demeure de réparer son erreur, le voici lancé dans l’opération de la dernière chance, accompagné de Laura, son associée. Mais les déconvenues s’enchaînent.

 

 

Yves Flank : Transport

« Mon amour, mon amour, ô mon amour, maintenant je crie en plein visage. Vas-tu pleurer, vas-tu revenir, délaisser tes ombres et me sourire, répondre à cette attente infernale, m’empêcher de sombrer de trop de solitude ? Je voudrais lacérer ton épaule, cracher un venin verdâtre, t’anéantir de mes pensées, souffler sur ma douleur, t’aimer intensément. Tu entends, tu entends ? »

Dans un wagon vers l’inéluctable, se croisent les pensées de l’homme brun et de la femme rousse. L’homme brun donne à entendre, à voir, à sentir ce qui s’y passe. La femme rousse revit la passion amoureuse qu’elle chante dans sa tête. Elle appelle son grand amour au secours.

Dans ce premier roman singulier, Yves Flank nous transporte, entre rêve et réalité, aux confins de l’existence.

 

Violaine Huisman : Fugitive parce que reine

Fugitive parce que reine

« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90°, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu. »

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

 

Marion Messina : Faux départ

D’expérience, la vie qu’on vit a la douceur d’un airbag en béton et la suavité d’un démaquillant à la soude. Ne serait-elle qu’une épaisse couche d’amertume sur le rassis d’une tartine de déception ? L’amour fou, la vie inimitable, le frisson nouveau sont toujours à portée de corps, mais jamais atteints. Ça fait un drôle de bruit au démarrage. Jamais on ne passe la seconde. Faux départ, telle est la règle.

En passant devant les vitrines des voyagistes elle pouvait sentir son coeur se serrer […]. L’aventure et l’imprévu laissaient la place à l’extrême planification, à l’angoisse du lendemain, les road trips avaient disparu au profit des stages de prévention, des spots télévisés de sécurité routière peuplés d enfants aux destins et à la nuque brisés, il ne fallait plus faire l’amour sans connaître les antécédents du partenaire sexuel […]. L’obsession était à la sécurité, le découragement et la lassitude emplissaient les poumons que l’État voulait protéger des méfaits du tabac.

Banlieusarde sans accent, ni pyromane, ni victime, élevée par des ouvriers bibliophiles et fins gourmets, Marion Messina était prédestinée à ne satisfaire aucun cliché. Persuadée qu’une carrière de diplomate l’attend, elle rêve d’Oxford depuis son lycée technique de zone « sensible », tuant ses après-midi à feuilleter des catalogues de voyagistes entre deux cours de bharatanatyam. Las, ni l’ONU ni les théâtres de Madras ne se décident à exploiter son talent. Elle devient pigiste, étudiante en science politique et finit par valider un BTS agricole.

 

Guillaume Poix : Les Fils conducteurs

Les fils conducteurs

« Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur Les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l’âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s’accrocher à leurs phalanges, les mordre – et puis Les avaler. »

Près du port d’Accra, au Ghana, dans une immense décharge de produits électroniques, Isaac et Moïse initient Jacob à la « fouille ». Trois jeunes garçons plongés dans les déchets de l’obsolescence industrielle auxquels Guillaume Poix donne une grâce singulière. Ce premier roman captive tant par son style lyrique et son ambition documentaire que par l’humour impitoyable qui interroge les zones troubles du regard occidental.

 

Jean-Baptiste Andrea : Ma reine (L’Iconoclaste)

 

L’action se situe dans la vallée de l’Asse durant l’été 1965. Shell est un jeune garçon pas comme les autres, « une Alfa Roméo avec dans la tête un moteur de 2CV » dit son père. Surnommé Shell du nom de la station service tenu par ses parents, il fait le plein aux rares voitures qui s’arrêtent. Ayant failli mettre le feu à la garrigue, il décide de s’enfuir et de partir à la guerre « pour devenir un homme ». En lieu et place de la guerre, Shell se retrouve immergé dans une nature à la fois sauvage et bienveillante d’où va surgir une adolescente farouche et indocile qui va se proclamer sa « reine » et qu’il devra servir.

Dans ce roman solaire, poétique et émouvant, Jean-Baptiste Andrea donne la parole à un enfant « différent », si sensible au monde qui l’entoure.

 

Clarence Boulay : Tristan

 

Clarence Boulay : Tristan (Sabine Wespieser, 2018)

Tristan. « Face à moi, le paysage est long et bleu. Sur l’île, je ne connais personne, personne ne m’attend. La page est blanche. Tout est possible. Non. Tout semble possible. Mais, ça, je ne l’ai su qu’après. »

Après sept jours de traversée en plein Atlantique Sud, à bord d’un langoustier assurant la liaison avec la ville du Cap, Ida débarque sur l’île de Tristan. Au fil de ses déambulations dans le village accroché aux pentes d’un volcan, elle découvre son nouvel univers : le vert des collines, les allées courant entre les jolies maisons, les vaches sur les parcelles et les habitants occupés au port, au magasin ou à la conserverie. Dans cette petite communauté, avec pour seules limites le ciel immense et l’océan, ses repères chavirent peu à peu dans une lente dilatation du temps.

Suite au naufrage d’un cargo, l’activité devient soudain frénétique. Quand un soir, à l’Albatross bar, Ida accepte de partir sur les lieux du sinistre, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Le sauvetage des oiseaux mazoutés remplit les journées de l’équipe qu’elle constitue avec les trois hommes qu’elle a suivis sur cet îlot désert. Une nuit, l’un d’entre eux la raccompagne dans sa cabane. L’éblouissement amoureux surgit alors. Pendant quinze jours hors du monde – la mer est mauvaise, aucune embarcation ne peut accoster pour venir les chercher -, la valse des corps et des sentiments sera leur unique horizon.

Au rythme de la houle et du vent, Clarence Boulay excelle à donner chair à une vertigineuse sensation de dessaisissement. Son roman largue les amarres, et bouscule toutes les certitudes.

 

Fief / David LOPEZ (Seuil)

 

 

Le territoire de Jonas et de ses potes n’est ni la campagne ni la ville, mais un entre-deux, une zone péri-urbaine pavillonnaire. Leur quotidien est synonyme d’ennui, mais ils se tiennent chaud et appréhendent de quitter leur quartier : « L’ennui, c’est de la gestion. Ça se construit. Ça se stimule. Il faut un certain sens de la mesure. On a trouvé la parade, on s’amuse à se faire chier ». Son copain Untel deale du shit, Lahuiss fait des études, et il y a Ixe, Sucré… Jonas, quant à lui, est boxeur amateur en attente d’un grand combat. Quand il boxe, redoutant les coups, il manie l’esquive comme dans sa vie. Il est le chroniqueur lucide de leur quotidien.

David Lopez retranscrit subtilement, sans porter de jugement, la vie de ces jeunes qui ont du mal à quitter l’enfance et à trouver leur place.

 

Climats de France / Marie RICHEUX (Sabine Wespieser)

 

 

Climat de France est une cité de pierre réalisée dans les années 50 à Alger. La Cité heureuse est une autre cité de pierre où Marie, la narratrice, passa son enfance à Meudon-la-Forêt. Ces deux cités ont un point commun : elles furent réalisées par l’architecte Fernand Pouillon. Autour de ces lieux, Marie Richeux construit un roman polyphonique dans lequel s’entremêlent les époques et les vies de personnages parfois déchirés ou contraints à l‘exil. Malek, son vieux voisin, en est la figure emblématique. En faisant des allers-retours dans le temps et dans l’espace entre Alger et Paris, Marie peint la lumière du sud et réhabilite le grand architecte, presque oublié aujourd’hui, que fut Fernand Pouillon. Par son trait sûr dans lequel perce une grande délicatesse envers ses personnages, Marie Richeux nous fait revivre un moment de l’Histoire.

En marge de cette lecture, il faut redécouvrir Les pierres sauvages, le seul et magnifique roman écrit par Fernand Pouillon.

 

Pierre Souchon : Encore vivant

 

Encore vivant

Il se l’était juré, l’HP, il n’y retournerait jamais. Mais alors qu’il vient de faire un mariage prestigieux et qu’il a trouvé un emploi, Pierre Souchon est délogé d’une statue de Jean Jaurès où il a trouvé refuge et embarqué en hôpital psychiatrique.

À vingt ans, pendant ses études, il avait basculé pour la première fois et été reconnu bipolaire. Passant à nouveau la « barrière des fous », il se retrouve parmi eux, les paranos, les schizophrènes, les suicidaires, brisés de la misère dont il nous livre des portraits à la fois drôles et terrifiants. Son père vient souvent le visiter, et ensemble ils s’interrogent sur la terre cévenole d’où ils viennent, les châtaigniers et les sangliers, sur leurs humbles ascendants, paysans pauvres et soldats perdus des guerres du XXesiècle.

Dans ce récit plein de rage mais aussi d’humour, l’auteur nous plonge au coeur de l’humanité de chacun, et son regard se porte avec la même acuité sur les internés, ses frères dans l’ordre de la nuit, sur le monde paysan en train de mourir ou la grande bourgeoisie à laquelle il s’est frotté.

Il est rare de lire des pages aussi fortes, d’une écriture flamboyante, sur la maladie psychiatrique, vue de l’intérieur de celui qu’elle déchire.

 

Nos collègues et amies ont su parfaitement nous inculquer le goût qu’elles ont pour ces premiers roman. Aussi suite à ce Kawa et l’enthousiasme de mes lectrices, j’ai proposé à mes collègues et ensuite à ma direction de participer au second prix du premier roman. Aujourd’hui c’est chose faite. Avec 4 collègues nous mettant en avant les premiers romans au sein de notre établissement.

Et les lectrices du Kawa se sont engagées à en lire une maximum.

Ce qu’elles ont fait et font encore

Toxique de Niko Tackian


Le livre: Toxique de Niko Tackian. Paru le 4 janvier 2017 chez Calmann-Levy dans la collection Calmann-Levy Noir. 18€90 ; (299 p.) ; 22 x 14 cm.

Rééditer en poche le 03 janvier 2018 chez Le Livre de Poche. 7€60 ; (309 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Elle aime saboter la vie des autres, elle n’éprouve aucune empathie, elle poursuit un but, elle est toxique.

Mais ça, Tomar Khan, un des meilleurs flics de la Crim, ne le sait pas Nous sommes en janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau.

Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crim dépêche donc Tomar, chef de groupe de la section 3, surnommé le Pitbull et connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes.

À première vue, l’affaire est simple, « sera bouclée en 24 heures », a dit un des premiers enquêteurs, mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît.

 

niko tackianL’auteur Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français, né le 5 avril 1973 à Paris. Il a réalisé plus de trente albums dans lesquels il aime explorer différents genres, tels que science-fiction, dark fantasy, policier, fantastique. Il a également réalisé de nombreux téléfilms. Il a notamment créé avec Franck Thilliez la série Alex Hugo pour France 2. Il a commencé une carrière d’écrivain de thrillers en 2015 avec Quelque part avant l’enfer.  Son premier roman, paru en 2015, a reçu le Prix Polar du public des bibliothèques au Festival Polar de Cognac. 

 

Extrait:images
« Faut pas oublier tes racines, gamin, ce sont elles qui font de toi ce que tu es. » (Page 64)

L’expertise de Cathie

 

Toxique de Niko Tackian

Excellent thriller que ce troisième roman de Niko Tackian: psychologie des personnages approfondies sans être trop lourde; décors sobres mais bien plantés; pas de descriptions inutiles ni de bla-bla. On se sent happé par ce récit sombre et addictif: le lecteur suit fébrilement l’auteur sur le chemin que celui-ci lui trace à coups de machette, y compris dans le dédale des rêves de Tomar, peut-être les seuls passages un peu trop longs…

Le +: pas d’esprit vengeur malgré les difficultés et les traumatismes vécus, mais la pensée qu’il existe une explication pour tout comportement humain, qu’il sociopathe ou autre. Il ne s’agit pas d’excuser mais de comprendre afin de permettre une reconstruction possible. Niko Tackian nous transmet ce message que rien n’est noir ou blanc, dans la vie; que la méchanceté, même absolue, le mal trouvent leurs racines dans un terreau fait de nos peurs, de maltraitances physiques ou morales, de traumatismes remontant à la prime enfance et que la vengeance brutale ne résout rien. Ce qui ne veut pas dire se résigner,mais en comprendre les causes afin de rebondir et de se reconstruire…

Blackstone – Guillaume Richez


Aujourd’hui c’est double chronique.

On vous propose deux avis pour le prix d’une. Deux flingueuses ont lu le même livre et chacune leur tour elles vous délivrent leur avis. Et c’est Maud et Eppy Fanny qui s’y collent. Maud ce matin, Eppy cet aprem

Allez c’est parti pour la Double Chronique de…:

Le livre :  Blackstone de Guillaume Richez. Paru le 17 Mai 2017 aux éditions Fleur Sauvage. 22.00 euros. 552 pages. 22,5 x 4,1 x 14 cm

4ème de couverture :
Vous ne parvenez plus à détacher vos yeux de ces images diffusées en boucle sur toutes les chaînes de télévision, celles d’un bâtiment en ruine au-dessus duquel s’élève un long panache de fumée noire, ni de ces quatre caractères chinois en bas de l’écran, kǒng bù xí jī, « attentat terroriste »… Un Boeing 737 vient de s’écraser sur l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Pékin. Tel est le point de départ de Blackstone, un thriller paranoïaque sur fond de conflit entre deux superpuissances, les États-Unis et la République populaire de Chine. Confrontés au risque d’une nouvelle guerre froide, l’officier de la CIA Malone, l’agent spécial du FBI Rodriguez, la directrice du Service national clandestin Sanders et la sénatrice McGovern sont entraînés dans le tourbillon de l’Histoire en quête d’une vérité qui se dérobe sans cesse.

L’auteur : Vivant à La Penne sur Huveaune (06), Guillaume Richez a suivi des études de Lettres Modernes à Aix-en-Provence. Grand lecteur, il devient en 2011 membre du jury du 37ème Prix du Livre Inter présidé par Amin Maalouf. La même année, il est également juré du Prix du Meilleur polar des lecteurs de Points, sous la présidence d’Antonin Varenne. Le prix est décerné au romancier américain Pete Dexter pour son roman Cotton Point. En 2012 paraît chez  » J’ai Lu  » son premier roman, Opération Khéops, couronné du Prix WeLoveWords, un roman d’espionnage réservé à un public averti.
Extrait :
« Les femmes tu les hais et toute cette colère te rend fou. Tu ressasses sans arrêt le même fantasme morbide. La pression monte de plus en plus. Tu y penses sans cesse pendant des jours et des jours. Quand tu vois une femme qui te plaît tu te dis que ce serait intéressant de lui ouvrir le ventre pour mettre ses tripes à l’air et puis de la sodomiser avec un fer à souder pendant qu’elle est en train de crever comme une chienne. Rien qu’à cette idée, tu bandes, mais te branler en pensant à tout ça ne suffit plus à te calmer.»

Les Lectures de Maud :


Un thriller remplit de panache, un rythme très entraînant. Il est destiné à toutes les personnes qui aiment les théories du complot et bien sûr également à tous les autres. Très documenté et illustré, ce livre se lit comme le journal, l’impression d’immersion est totale. Nous suivons Rodriguez et Malone, pas à pas, jusqu’au dénouement, très inattendu.
Les personnages, nombreux dans cet œuvre, vous entraînent dans leurs aventures très périlleuses, le danger est partout, à chaque coin de rue, à chaque rencontre. Nous vivons leurs déboires, leurs revirements avec beaucoup d’empressement, que va-t-il leur arriver ? A qui vont-ils pouvoir se fier et faire confiance ?
L’auteur, avec beaucoup de fluidité, nous dépeint avec réalisme, une situation qui à tout moment risque de basculer et entraîner le monde dans une guerre internationale. La documentation très riche donne à ce récit un réalisme déroutant. Très addictif, les pages de ce livre se tournent naturellement. Les nombreux rebondissements et trahisons donnent à cette œuvre un rythme très soutenu !! J’ai beaucoup aimé le livre, j’espère qu’il en sera de même pour vous

 

 

 

 

 

Blackstone – Guillaume Richez

Le diplôme d’Assassin de Bernard-Marie Garreau


Le livre : Un flic en soutane Volume 1, Le diplôme d’assassin  de Bernard-Marie Garreau. Paru le 14 octobre 2016 chez Envolume  dans la collection Noir : quêtes et enquêtes. 16€90 ; (184 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Le diplôme d’assassin

Dans les années soixante, le père Jean se situe aux antipodes de la plupart des curés : il croit profondément en Dieu, mais nourrit une solide aversion pour les religions. Et pourtant, il ne défroque pas et continue à enseigner les lettres à Saint-Sigismond. Un crime commis dans son collège le désigne comme suspect numéro un, mais un véritable coup de foudre amical le lie à Marcel, le commissaire qui l’interroge, et transforme son destin. Il devient un justicier atypique et efficace qui règle ses comptes avec le vice et la tartufferie.

Comme le père Jean, Bernard-Marie Garreau a une double vie. D’écrivain. Romancier de littérature « blanche », le voilà qui écrit du noir. Comme le père Jean, il aime les vieilles voitures. Il est incollable sur celles de James Bond : Facel Vega ou Aston Martin. Et comme le père Jean, il jongle avec les registres de langue. Combien de fois avons-nous débattu de la pertinence d’une expression argotique ou d’un présent du subjonctif. Et c’est un nostalgique qui aurait aimé que le temps s’arrête entre 1960 et 1970, l’époque du Diplôme d’assassin.
Pierre Michel Pranville

 

L’auteur :Né en 1949 Bernard-Marie Garreau est universitaire et écrivain. Il a publié des essais, notamment une biographie de Marguerite Audoux couronnée par le Prix de l’Essai de la Société des Gens de lettres, ainsi que des romans et des nouvelles. Avec Le Diplôme d’assassin (Un flic en soutane – Saison 1), il inaugure une série policière où son humour, son goût pour l’écriture et son sens du récit trouvent leur plein épanouissement.

 

Extrait :
Moi qui trouvais qu’il n’arrivait jamais rien dans ce foutu bahut ! Branle-bas de combat dès l’aube ! Saint-Sigismond, rebaptisé Sainte-Nitouche par mes soins, est en émoi : Forgerit a été trouvé égorgé, étendu sur le dos dans sa chambre. Il paraît qu’il était complètement à poil. Nu comme le goret qu’il était ! Ça me donne des haut-le-cœur 

La Kronik d’Eppy Fanny

Le diplôme d’Assassin (un flic en soutane – Saison 1) de Bernard-Marie GARREAU Editions Envolume Noir

 

J’ai rencontré l’auteur lors du salon de Nemours 2017 (Merci Florence Couvreur-Neu).

Rencontre passionnante avec un romancier de littérature Blanche, qui se dévoie en basculant avec délectation dans le Noir.

Il le fait avec talent et humour. Ce roman est jubilatoire en diable, un comble pour une histoire de curé (peu orthodoxe il est vrai).

L’histoire :

Le père Jean, pas très catholique, hors norme, car s’il croit en Dieu, il ne croit pas en ses semblables ; trop conscient des failles et des perversions des hommes, même de ceux censés représenter une religion et servir de guide aux autres.

Extrait page 113

« Mon petit criminel a baissé la tête. On jurerait qu’il prie. Peut-être prie-t-il. Moi non. Je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus dans une église. Et pourtant, certains moments de la messe me touchent de près. Mais ce sont les faux-culs qui me bloquent, les faux-culs bénits, mes faux-frères. »

Le voilà qui enseigne à St Sigismond, qu’il rebaptise Ste Nitouche. Voilà qui pose le ton de ce roman. Il est vrai que le père Jean est un touche à tout :

Vie maritale, un enfant, puis séparation avant que le quotidien ne vienne tout abîmer.

Il part et se consacre à Dieu. Traficote un peu pour assurer le quotidien de sa famille délaissée.

Un homme tout en contradictions. Qui aime les voitures, rentre en Franc-Maçonnerie et en ressort aussitôt…

Un prêtre de l’établissement est retrouvé égorgé. Une enquête débute pour trouver le ou les coupables.Dans l’absolu le père Forgerit ne sera guère regretté. Un pédophile reconnu.

La justice Divine serait-elle rendue ?

Cette enquête va permettre la rencontre entre le père Jean et le commissaire Fatty, de son vrai nom Marcel Durand. Une amitié, improbable mais sincère, va lier ces deux hommes. Univers différents, mais une vision humaine commune.

Comme des justiciers des temps modernes.

Et voilà ce tandem improbable qui enquête de concert. Les pistes sont trompeuses. La vérité aussi. Sur ce meurtre, puis d’autres. Et toujours cette vision commune de ce que doit être la justice. Et ça fonctionne !

Le récit se déroule de 1967 à 1969.

Le texte a des relents des films d’Audiard.

On retrouve cette période avec bonheur. D’autant que l’auteur y prend lui-même un plaisir communicatif. Comme une douce nostalgie partagée avec lui et qui ravive nos propres souvenirs (enfin pour les plus de 20 ans comme moi).

Puis il y a tous ces personnages, en particulier « la bande » du père Jean, famille et amis réunis. Une vision de la famille au sens large. Comme j’aime.

Un fils de sang et un fils de cœur. Sans différence.

Je retrouverai avec plaisir Jean et Marcel. Ce duo d’enquêteurs de choc dont les prochaines aventures ne devraient pas tarder.

Prendre les loups pour des chiens – Hervé Le Corre


Le livre :Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre. Paru le 11 janvier 2017 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 19€90 ; (317 p.) ; 23 x 16 cm

Réédité en poche  le 3 janvier 2018 chez Rivages dans la collection Rivages-Noir. 7€90 ; (349 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv :

Prendre les loups pour des chiens

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des heures de ménage dans une maison de retraite. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la haine, le mensonge et le malheur ?

Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt angoissante, les passions vont s’exacerber. Entre la dangereuse séduction de Jessica, l’absence prolongée de Fabien et les magouilles des deux vieux, Franck est comme un animal acculé par des loups affamés…

« Une prose limpide, sèche, qui vous transperce d’émotion. »
Michel Abescat, Télérama

L’auteur : Hervé Le Corre débute à la Série Noire avec trois romans noirs remarqués, puis il publie chez Rivages L’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de la critique) qui le révèle à un large public. Les Coeurs déchiquetés (Grand Prix de Littérature policière) puis Après la guerre (Prix du Polar européen du Point, prix Landerneau) l’imposent comme un auteur de tout premier plan.
Extrait :
Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau.
Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

La Kronik D’Eppy Fanny

PRENDRE DES LOUPS POUR DES CHIENS D’HERVE LE CORRE – EDITIONS RIVAGES

 

Je n’ai jamais rencontré l’auteur et le découvre à travers ce roman sombre.

Une justesse des mots où toute leur force explose et donne le ton à ce roman.

L’histoire :

Après 5 ans passés derrière les barreaux, Franck sort enfin et n’a qu’une envie, retrouver son frère Fabien. Son ombre. Celui qu’il n’a pas trahi et qui a mis leur butin au chaud, pour eux. Celui qui depuis l’enfance a toujours été là. Pour le bon comme le moins bon.

Mais ce n’est pas Fabien qui l’attend devant la prison. Non ; c’est la compagne de ce dernier, Jessica, belle, séductrice, dangereuse, voire toxique. Fabien est parti faire des affaires en Espagne. Franck va devoir attendre ces retrouvailles tant espérées. Et le voilà au milieu de nulle part, hébergé chez les parents de Jessica. Une famille atypique, jusqu’au chien. Ça boit sec, ça magouille, ça gueule. Et au milieu de tout ça Rachel, la fille de Jessica, quasi mutique et qui picore moins qu’un piaf.

Le père magouille avec le Gitan, un homme dangereux.

Comme toujours l’extrait choisi l’est pour vous permettre de rentrer dans l’ambiance du récit et vous donner l’envie d’en découvrir bien plus.Extrait P.56 : « Le Gitan lui avait fait peur. Il avait déjà eu peur en prison. Il avait senti sur sa nuque des souffles courts, des murmures obscènes, il avait vu dans les yeux des types qu’on casait dans sa cellule à leur arrivée l’éclat mortel de leur folie et dans ces nuits-là il ne dormait pas, gardant sous lui la fourchette qu’il avait réussi à escamoter, aiguisée à la longue. Il se disait toujours qu’en prison tout était plus violent, plus dur, plus impitoyable à cause de l’enfermement, de la promiscuité, et il avait plus ou moins appris à se protéger dans cette jungle emmurée. Mais jamais dans la vie normale, dehors, en liberté, il n’avait eu cette sensation qu’un prédateur pouvait l’attaquer à tout moment, en plein soleil, dans un coin sombre ou au plus noir de la nuit, simplement parce que c’était son plaisir, sans contrainte ni nécessité sinon celle de dominer, humilier, jouir impunément. »

Puis le danger rôde aussi du côté des serbes. Un sacré panier de crabes.

Un coup à quasi regretter la prison.

Franck n’est qu’un homme, Jessica tellement désirable. Fabien est loin. Mais les fantômes de Jessica l’entraînent toujours plus bas, toujours plus loin. Franck la suivra-t-il dans cette spirale, lui qui combat toujours les fantômes de son enfance, ou fera-t-il enfin la paix avec son passé ? Car il fut un temps où le bonheur était simple. Une évidence.

Cette attente de Fabien qui n’en finit pas, qui le rend fou. Fuir cette famille de dingues. Vite. Mais il y a cette enfant si attachante, toujours à s’échapper au fond des bois ou de la piscine. Pour fuir quoi ? Si elle parlait que dirait-elle ? Et la voilà qui l’appelle au secours…

Franck ira au bout du chemin, pour Rachel, pour lui. Dans la douleur, mais pour retrouver le bonheur.

Un livre fort. Des émotions nombreuses. A découvrir.

 

ET…

Retrouvez aussi le fabuleux avis de Sébastien

ICI sur Prendre les loups pour des chiens

Un dernier verre au bar sans nom de Don Carpenter


Le livre : Un dernier verre au bar sans nom de Don Carpenter. Traduit par Céline Leroy. Paru le 9 mars 2016 aux Editions Cambourakis. 24€ ; (381 p.) ; 21 x 14 cm.
Réédité en poche chez 10/18 le 2 mars 2017.  8€40 ; (451 p.) ; 18 x 11 cm

 

 
4ème de couverture :
 
Lorsqu’il rencontre Jaime sur les bancs de la fac, Charlie en tombe immédiatement amoureux. Elle est bien meilleur écrivain, mais c’est lui qui décroche un prix et ambitionne d’écrire le «Moby Dick de la guerre ». Dans le sillage charismatique du couple, déménagé à Portland, une bande d’écrivains se forme. Au tournant des années 1950-1960, tous rêvent de succéder à une Beat Generation agonisante. De la Californie à l’Oregon, entre succès éphémères et échecs cuisants, ils écument les bars de la côte Ouest et font le deuil de leurs illusions. 
 
 L’auteur : Né en 1931, Don Carpenter a passé ses premières années en Californie. Son premier roman, Sale temps pour les braves, publié en 1966, a connu un énorme succès public et critique et l’installe dans le paysage littéraire américain. Pendant douze ans il travaille comme scénariste pour Hollywood, et fera de cette expérience la matière de plusieurs de ses livres. En trente ans, il publiera une dizaine de romans et de recueils de nouvelles. Il met fin à ses jours en 1995. Un dernier verre au bar sans nom, son ultime roman, est publié après sa mort grâce au formidable travail éditorial de Jonathan Lethem. 
Extrait :
 Elle aimait Charlie, mais à bien des égards, c’était un grand bébé. Il avait le plus beau sourire qui soit, large, agréable, décontracté, le sourire d’un home qui avait vu du pays et qui aimait ce qu’il avait sous les yeux. Charlie était l’un des étudiants du département d’anglais vétérans de la guerre de Corée. Il écrivait un roman-fleuve sur ce qu’il avait vécu. Il avait beau être autodidacte, il était brillant et tout le monde pensait que du groupe seul Charlie avait le potentiel pour devenir célèbre. Rien de tout cela ne dérangeait Jaime. Elle savait qu’elle était meilleure que Charlie mais elle n’avait pas son expérience de la vie.
 
 

Les Emotions lecture de Cécile 

Un dernier verre au bar sans nom de Don Carpenter

 

Sur cette page, on parle de romans et d’auteurs, je me devais de vous parler d’« Un dernier verre au bar » sans nom de Don Carpenter.

 

Et pourtant, normalement, j’évite les romans centrés sur des écrivains bien trop souvent plus bavards que passionnants … Et l’exception à la règle est remise à « Un dernier verre au bar sans nom » de Don Carpenter. L’écriture est certes au centre de la vie des personnages mais pas que ; l’amour, l’ambition, la maternité comme la paternité y sont universelles et intemporelles dans ses luttes comme dans ses joies. En bref, un roman prenant qui voyage entre  la Californie et l’Oregon du début des 60’s avec quelques vérités corporatistes toujours d’actualité:

 

« Beaucoup de gens voulaient être écrivains et ils étaient jaloux. Il avait l’habitude qu’ils disent « : Au fait j’ai lu ton histoire » puis attendent qu’il leur demande comment ils l’avaient trouvée (…) : « Ecoute, c’était pas mal » ou une autre critique du genre »

 

« Elle avait oublié combien tout cela était déprimant. Elle avait vécu dans son monde imaginaire avec des gens qu’elle avait inventés qui agissaient selon sa volonté (… ) Mais elle revenait à la réalité où elle ne contrôlait plus rien » 

« Chaque livre est comme un enfant, et pas que d’un point métaphorique, car, dans votre cœur, les malheurs de votre enfant vous font terriblement souffrir. »

 Ce n’est pas un roman noir comme on l’entend généralement pas de crimes à part la mort des illusions des personnages, la cruauté de l’âme créatrice, et la torture de la petitesse d’un milieu littéraire étouffé par les ambitions de chacun.

 

Obia de Colin Niel


Le livre : Obia de Colin Niel Paru le 7 octobre 2015 chez Rouerge dans la collection Rouerge Noir. 23€ ; (490 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche le 6 septembre 2017 chez Babel dans la collection Babel noir.  9,90€ ; (563 p.) ; 18 x 11 cm

Résumé de l’éditeur :

Clifton Vakansie court dans les rues de Saint-Laurent, sa ville natale, sur les rives du Maroni, en Guyane. Il court dans un paysage de tôles et de parpaings, en direction de Cayenne et de son aéroport, dont le séparent des fleuves qu’il faudra franchir à la nage, des barrages de gendarmerie, des pistes tracées à travers la forêt. Il court pour l’avenir de sa petite Djayzie, sa fille qui vient de naître, lui qui est à peine un homme. Il court à travers sa peur et des jeunes de son âge tombent autour de lui. Mais plus tu es déchiré, plus les chiens te déchirent, c’est ce qu’on dit. Et Clifton a beau être sous la protection de l’obia, rendu invincible par la magie des Noirs-Marrons, à sa poursuite il y a le major Marcy, un Créole, un originaire comme on dit, colosse né ici qui sait tout des trafics et des hors-la-loi, homme emporté qui n’a pas volé sa réputation de tête brûlée. Et il y a aussi le capitaine Anato, un Ndjuka comme Clifton, un type étrange, aux yeux jaunes, dont personne pas même lui ne sait d’où il vient vraiment. Clifton l’ignore encore, mais dans sa fuite vers l’est il ne va pas tarder à croiser des fantômes. Ceux de la guerre du Suriname. Des fantômes qui tuent encore. Qui ne cessent pas de tuer.
En ranimant les souvenirs de la guerre civile qui provoqua à la fin des années 1980 le passage de milliers de réfugiés sur les rives françaises du Maroni, Colin Niel nous plonge dans une Guyane qui voudrait tout oublier des spectres de cet oppressant passé. Alors qu’au Suriname les gros bonnets de la drogue ont remplacé les Jungle Commando, le destin de trois jeunes hommes va se trouver pris dans le double piège des cartels de la cocaïne et des revenants d’une guérilla perdue.

L’auteur : Colin Niel est né en 1976 à Clamart. Il grandit au 12ème étage d’une ZAC à Issy-les-Moulineaux. Il s’intéresse aux ailleurs, voyage autant que possible, observe les oiseaux. Magicien, comédien amateur, il s’essaye à tout, avec plus ou moins de succès. Il suit des études en agronomie, en environnement, en écologie, et finit ingénieur, spécialisé dans la préservation de la biodiversité.
Il quitte alors la métropole pour travailler en Guyane durant six années qui lui permettent de côtoyer les nombreuses cultures de la région et particulièrement les populations noires-marrons du fleuve Maroni. Il y est notamment en charge de la création du parc national amazonien, une mission qui le marque beaucoup. Plus tard, il devient directeur adjoint du parc national de la Guadeloupe.
Amateur de romans noirs denses et humains, influencé par des Indridason, Lehane ou Hillerman, il se lance dans le polar à son retour de Guyane. Ainsi nait Les Hamacs de Carton, roman policier profondément social et très documenté, inspiré par une réalité trop quotidienne dans ce territoire aux frontières perméables : celle des immigrés, apatrides et autres étrangers en situation irrégulière. Un premier roman remarqué qui inaugure … sa série guyanaise multiprimée : « Les Hamacs de carton » (2012, prix Ancres noires 2014), « Ce qui reste en forêt » (2013, prix des lecteurs de l’Armitière 2014, prix Sang pour Sang Polar 2014) et « Obia » (2015, prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes 2016, prix Polar Michel Lebrun 2016) met en scène le personnage d’André Anato, un gendarme noir-marron à la recherche de ses origines.
 Extrait : 
« 1992, c’était il y a vingt ans. Jérémy n’était même pas né, Vacaresse venait de rencontrer Mathilde. Il débutait à peine dans la gendarmerie, premier poste en brigade de recherches. À l’époque, personne en métropole ne parlait de cette guerre civile au Suriname, ou alors il ne s’en souvenait pas. Dix mille réfugiés en territoire français, ce n’était pourtant pas rien. La même affaire dans l’Hexagone, les médias en auraient fait leur Une pendant des mois. Tout le monde s’en fichait, il se dit, comme de tout ce qui se passe en Guyane en fait. Ça paraît tellement loin quand on vit là-bas. Lui-même, avant d’être muté ici, savait à peine placer le département sur une carte. La fusée, le bagne, l’enfer vert et les bestioles, voilà à quoi se résumait l’Amazonie française vue de Paris. Et un peu d’orpaillage depuis quelques années, pour faire sensation. Mais ce que vivaient les gens ici, ce qu’ils avaient enduré dans le passé, personne n’en savait rien. »

La chronique jubilatoire de Dany

« La banane jaune ne redevient pas verte » … proverbe guyanais

Au commencement il y a eu une info FaceBook de la part de l’auteur qui faisait le lien avec une chronique qu’il avait écrite pour Libération, au sujet des troubles en Guyane de mars 2017. J’ai trouvé son approche originale car il y faisait parler ses héros. Ensuite j’ai lu « seules les bêtes » et j’ai vraiment aimé le fond et la forme de ce roman.

Ensuite j’ai eu la chance de le rencontrer lors du salon « lire en poche » en octobre 2017 et au cours de la discussion il m’a invitée à lire sa trilogie dans l’ordre inverse de sa parution ( !). C’est donc comme ça que je me suis retrouvée plongée en Guyane et ironie du sort au moment de la visite présidentielle … J’ai donc pu profiter de la couverture médiatique pour illustrer au mieux les paysages de l’Amazonie française … C’est aussi un grand hasard heureux d’avoir enchaîné « entre deux mondes » d’Olivier Norek avec cet Obia de Colin Niel.

Ce roman noir et à suspense ébranle nos préjugés de métropolitains obtus. On y apprend que le Maroni  est le fleuve frontière entre ce département français et le Suriname, ancienne colonie néerlandaise, aujourd’hui indépendante et soumise aux dictatures, conflits d’influence. C’est aussi la porte d’entrée de la cocaïne en Europe par l’exploitation de ces mules innocentes qui n’ont d’autre chance de survie. Le Suriname est aussi à l’origine d’une vague d’immigration de ses persécutés vers les voisins français. Elle aurait pu être maitrisée et acceptée il y a quelques années, mais elle ouvre aujourd’hui la voie de la violence et du sentiment d’insécurité. Les créoles, les  Ndjukas  et autres noirs-marrons s’opposent alors que la frontière poreuse fait que leurs origines sont étroitement mêlées.

Incontestablement documenté, Obia fait aussi largement référence aux médecines amazoniennes et à la biodiversité à disputer aux orpailleurs et exploitants de bois précieux.

Le lecteur qui pensait lire un simple polar se trouve happé par une ambiance moite, une fange omniprésente, séduit par des personnages d’une richesse rare et des paysages à couper le souffle. Il ne peut qu’être touché par Anato et la quête des ses origines et par Melissa, cette jeune femme sourde qui montre une force de caractère hors du commun qui font oublier quelques longueurs ouy répétitions dans la narration, tout à fait supportables.

Bonus … les expressions locales apportent un exotisme bienvenu : à noter …

Le tchip ou tchipage est un élément de communication non verbale. Il est courant en Afrique, ainsi que parmi les populations d’origine africaine dans les Antilles, ainsi que dans les pays d’Afrique subsaharienne.

le carbet, un abri de bois sans murs, typique des cultures amérindiennes.