Le chien arabe de Benoît Séverac


Le livre : Le chien arabe de Benoît Séverac. Paru le 17 mars 2016 à la Manufacture de Livre dans la collection Roman Noir. 18€90 ; (283 p.) ; 20 x 14 cm

Quatrième de couverture

« Vous devriez faire attention à vous, docteur Ollard. Vous pensez avoir tout compris à la condition des Maghrébines en France parce que vous avez rencontré une gamine et sympathisé avec elle ; mais nous, ça fait des années qu’on est au courant de ce qui se passe dans les cités, c’est notre métier. Nous savons qui fait quoi, et qui représente un réel danger. »

Sergine Ollard est vétérinaire à Toulouse. Une adolescente désemparée, Samia, lui demande d’examiner un chien souffrant d’un mal mystérieux que son frère aîné, Nourredine Ben Arfa, cache dans une cave. Dans ce quartier gangrené par le trafic de drogue et travaillé par l’islamisme radical, la jeune vétérinaire va se trouver embarquée malgré elle dans un combat entre deux camps qui partagent la même culture de violence.

4589748916L’auteur : Benoît Séverac Benoît Séverac, né le 19 août 1966, est un romancier et nouvelliste français. Il est auteur de littératures noire et policière, adulte et jeunesse. Il enseigne l’anglais à l’Ecole vétérinaire de Toulouse. Il est également musicien dans une fanfare jazz-latino rock, membre du conseil d’administration de Toulouse Polars du Sud et membre de 813(l’association des
amateurs de littérature policière).

 

Le post it de Ge

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Sergine Ollard est vétérinaire à une clinique des Izards, à Toulouse. Un jour, Samia, une adolescente, lui demande d’examiner un chien que son frère Nourredine Ben Arfa a caché dans une cave d’immeuble. Le docteur découvre que l’animal a le ventre rempli de drogue. La clinique est braquée par deux frères islamistes radicaux qui ont décidé de prendre le pouvoir sur le quartier. Mais ça Sergine ne le sait pas, elle pense que se sont les propriétaires du chien qui sont venu le récupérer.

Les Izards, quartier difficile, quartier Nord de Toulouse. Plaque tournante du trafic de drogue mais aussi base avant de l’islamisme radical. Voici le décor que nous propose Benoit Séverac pour son dernier roman. Il nous immerge au cœur des cités là où le chômage fait des ravages , la déscolarisation et le trafic de drogue font le reste ou presque. Puisque l’islam radical a aussi décidé d’y mettre son grain de sel.

Et pour compléter ce décor, l’auteur situe aussi son action en été, un été caniculaire. La chaleur est étouffante,la pelouse du seul terrain de foot est grillée par le soleil. On respire mal.

C’est dans cet environnement que nous découvrons ce roman noir de la France d’aujourd’hui. Un roman noir urbain où l’auteur montre sans porter aucun jugement la France d’en bas, les laissés pour compte qui décident de s’en sortir seul. Pour cela il y a l’économie souterraine. Celle des trafiquants qui font vivre presque toutes les famille de la cité. Mais il y a aussi la rédemption, celle que propose les frères musulmans, celle qui passe par la radicalisation. Celle qui nie le savoir vivre ensemble dans cette France multiculturelle.

Benoit Séverac tape juste. Il montre simplement les dérèglements de notre société contemporaine. Il met le doigt sur la pauvreté, la précarité des zones devenues de non droit que l’état a abandonné, reléguant ainsi nos quartiers en territoire de seconde zone. Et laissant s’installer toutes les dérives possibles.

Et si notre auteurs parlent de sujets sensibles, il n’y met aucun sensationnalisme, aucun jugement de valeur, il ne stigmatise aucune communauté. Il ne prononce aucun anathème !

J’ai lu ce livre dans le métro parisien lors de sa sortie. Et j’ai été très surprise par la réaction de certaines personnes lorsqu’elle découvraient la couverture de ce livre.

J’ai eu des petits regards de complaisance, des hochements de tête, des pincements de lèvres. Certains je devinais malheureusement ce qu’ils sous-entendaient. Un titre pris au pied de la lettre. Exprimant un racisme quotidien et ordinaire. J’ai eu aussi des regards noirs, des regards haineux, des regards menaçants même. Là aussi ce titre me valait d’être fustigée, j’étais assimilée à cette idéologie nauséabonde. J’avoue parfois avoir été mal à l’aise. C’est vrai que ce livre arrivait après les horribles et monstrueux attentats parisiens et que l’ambiance était à la défiance. Mais toute cette hostilité exprimée, juste autour de deux mots, m’en disait long sur la virulence que portaient ces sujets.

Aussi quand le livre est paru en poche, j’ai ressenti comme un soulagement en découvrant son nouveau titre.

En effet Le chien arabe était devenu Trafics ce  9 mars 2017.

Alors surtout n’hésitez pas à découvrir Trafics, c’est vraiment un excellent bouquins.

Un vrai coup de cœur pour moi !

 

Enfin (tous) réunis d’Annabelle Léna


Le livre : Enfin (tous) réunis  d’Annabelle Léna. Paru le 21 septembre 2013 aux ed. du Caïman. 12€ ; (254 p.) ; 19 x 12 cm

4e de couv :

Marseille, nowadays. Les maquereaux tombent les uns après les autres, un couteau planté dans le coeur. Le commissaire Rognes est chargé de l’enquête mais il s’en fout, comme il se fout de tout.

Sur le lieu d’un des meurtres, une photo sépia attire son attention. Une photo toute simple mais qui l’obsédera jusqu’à lui faire affrontée son propre album de famille.

Les intrigues se croisent, entre vengeance des prostituées du quartier et introspection d’un homme trop seul. Bien sûr, pour être heureux, il lui suffirait de rassembler les siens…

Mais comment faire ?

 

L’auteur : Annabelle Léna est née le 25 juillet 1979 à Marseille. Elle grandit à la campagne où, à l’abri d’un saule pleureur, elle s’assoit et reve durant des heures. Petite, elle veut devenir caissière indépendante mais ne trouva aucun débouche, à Page adulte. À défaut, et après des études bien ennuyeuses, elle devient donc contrôleur de gestion mais trop d’histoires se bousculaient dans sa tête en réclamant à sortir. Annabelle se fâcha alors avec les chiffres pour acheter un stylo quatre couleurs et écrire. Écrire, encore écrire. Elle fit ainsi la fortune de certaines papeteries et remplit ses tiroirs de feuillets fiévreusement raturés. Depuis elle a publié 2 romans. « A tort ou à raison » chez Eastern Editions. Et celui ci , Enfin (tous) réunis aux ed. du Caïman.

 

Extrait : « Rognes avait tout compris. Et il s’en maudissait.
Il se maudissait car peu importait si ces deux bonnes femmes se détestaient, se tripotaient ou bien s’echangeaient des secrets sur les méthodes d’epilation à la cire. Ce qu’il devait déchiffrer, lui, c’était pourquoi le coeur du type à terre avait été transperce par un couteau en G-10, c’est-à-dire en fibre de carbone avec résine, laminé en multicouche, soit un petit bijou dont le prix affichait plusieurs zéros et n’intéressait que les cultelluphilistes, le tout incliné en suivant un angle sud / sud-ouest impeccable.
Mais ça, Rognes n’en savait rien…
Et surtout, il s’en foutait. »

Le Post-It de Ge

 

A Marseille le commissaire Rognes enquête sur la mort de plusieurs souteneurs. Une vieille photographie découverte à côté de l’un des cadavres va l’obséder.

Enfin (tous) réunis est son deuxième  roman noir. Le ton y est incisif, les personnages torturés.

Annabelle Léna nous fait vivre la descente au enfer d’un flic torturé, dépressif, sans conteste. Un mec pas forcément sympa, il peut même être carrément odieux. C’est vrai, on lui trouve des excuses, il a perdu sa femme et sa fille, alors depuis il a une obsession. Il cherche à se recréer une famille. Et c’est aussi sans doute pour cela qu’il est attiré par les photos des autres. Peut-être cherche-t-il a ce composer un album digne de la famille qu’il aurait aimé avoir.

Alors on va suivre l’odieux commissaire Rogue dans son enquête marseillaise, à la poursuite d’un tueur en série s’en prenant aux proxénètes . Mais notre policier, il faut le dire ne met guère de cœur à l’ouvrage pour résoudre cette affaire qui secoue de la cité phocéenne.

La cité phocéenne, parlant en, c’est bel et bien le deuxième personnage de ce roman, même si sous la plume de l’auteur la ville est fantasmée voire magnifiée. On l’a découvre tantôt belle et enjouée et d’autres fois, sordide, sale ou encore misérable.

Vous l’aurez compris, Annabelle Lena nous propose un roman noir sans nuance, elle excelle quand elle nous parle et décortique l’âme humaine, quand elle compose ces personnages. Sa plume est alerte et sait se monter parfois ironique et aime jouer avec l’humour. Un humour noir, grinçant, il va sans dire.

Et même si l’intrigue policière passe au second plan, cela me m’a pas gênée dans ma lecture tellement le style et la maîtrise de l’écriture sont au rendez vous. Ce roman, je vous le dis, est une formidable découverte.

Extrait :
Quoi ? Vingt-quatre cadavres de filles dans la salle de bains ? Pourquoi n’ai-je pas été prévenu plus tôt ?
 Heu… non, commissaire. Vingt-quatre passeports…
(…)
Et que ceux, comme Ranc, qui voulaient sa place aillent se faire foutre car vingt-quatre cadavres pouvaient parfaitement s’entasser dans une salle de bains. Découpés en petits morceaux et bien alignés, ça devait tenir. Peut-être en utilisant quelques planches de bois pour éviter l’affaissement de l’édifice. Suffisait simplement d’être organisé, de vider le sang, de se débarrasser des organes spongieux, de réfrigérer la pièce et de s’équiper en formaldéhyde.

Comme une tombe de Peter James


Comme une tombe de Peter James

Un 1e roman coup de poing.

Le livre : Comme une tombe  suivi de La mort leur va si bien de Peter James.  Traduit de l’anglais par Raphaëlle Dedourge. Paru le 17 novembre 2017.  12€,  Edition limitée ;    (1030 p.) ; 18 x 12 cm.

Une édition de poche  de chaque titre est disponible chez Pocket pour 7,90€ :

4e de couv :

C’était supposé être un simple enterrement de vie de garçon… Une blague sans conséquence. Mais, quelques heures plus tard, quatre de ses meilleurs amis sont morts et Michael Harrisson a disparu. Il ne reste que trois jours avant le mariage…

Le commissaire de police Roy Grace, lui-même hanté par la disparition de sa femme, est contacté par la fiancée de Michael, folle d’angoisse. Le policier découvre que celui qui devrait en savoir plus, l’associé de Michael, n’a rien à dire. Mais qu’il a beaucoup à gagner… Le malheur de l’un pourrait faire la fortune de l’autre…

 

L’auteur : Peter James est né en 1948. Il a longtemps vécu aux États-Unis, où il était scénariste et producteur de cinéma. De retour en Angleterre, il partage son temps entre sa maison du Sussex et celle de Notting Hill. Peter James compte aujourd’hui parmi les auteurs de policiers les plus lus du Royaume-Uni et bénéficie d’une renommée internationale.

 

Extrait :
Avec de la patience, en plaçant bien ses pions, tôt ou tard, on finit toujours par avoir de la chance. Les meilleurs prédateurs sont les plus patients.

Mark n’avait jamais oublié ce documentaire animalier, filmé dans une grotte à chauve-souris, en Amérique du Sud. De minuscules micro-organismes se nourrissaient des excréments des chauves-souris, un asticot mangeait ces micro-organismes, un scarabée mangeait l’asticot, une araignée mangeait le scarabée et la chauve-souris mangeait l’araignée. La chaîne alimentaire était parfaite. La chauve-souris était maligne : tout ce qu’elle avait à faire, c’était déféquer – et attendre.

Le post-it de Ge

Comme une tombe Paru le 02 mars 2006 au Ed. Du Panama. 21€ (441 p.) ; 22 x 16 cm. 1ère édition française, plus disponible et épuisée chez l »éditeur

Comme une tombe de Peter James

Un 1e roman coup de poing.

Aujourd’hui je vous parle de Comme une tombe, parce que c’est un premier roman . Mais il n’est pas exclu que je revienne un de ces quatre vous parler de La mort leur va si bien

Roman policier s’ouvrant sur une enterrement de vie de garçon. Celui de Michael Harrisson, jeune golden boy qui, avec son meilleur ami, Mark Warren, a monté une société immobilière fructueuse. Michael doit se marier 3 jours plus tard, ses amis lui ont préparé une nuit très spéciale : pendant qu’il font la tournée des pubs, ils l’enferment dans un cercueil.

Lorsqu’il se réveille six pieds sous terre dans un cercueil avec du whisky, une lampe de poche, une revue érotique et un sérieux mal de crâne, Michael Harrison pense à une mauvaise blague. Très vite, il se remémore la soirée arrosée de la veille avec ses copains pour son enterrement de vie de garçon. Seulement les heures passent et personne ne vient le chercher…À la surface, sa fiancée s’inquiète. À trois jours des noces, elle signale la disparition de Michael à Roy Grace, inspecteur aux méthodes peu conventionnelles, dans la ligne de mire de sa hiérarchie. Pour retrouver le futur époux il n’a qu’un seul indice : ses témoins. Mais leur camionnette est en pièces et aucun d’eux n’a survécu à l’accident…!

Quand la plaisanterie tourne au cauchemar.  Un enterrement de vie de garçon, c’est bien de cela qu’il s’agit. Et ici c’est ce pauvre Mickael qui va faire les frais de cette blague de potache.

Alors si vous êtes claustrophobe, surtout n’ouvrez pas ce livre! Si peu que vous rentriez en empathie avec notre héros malgré lui, vous allez à votre tour vous retrouver enterrer vivant. Et croyez moi, c’est une sensation étouffante qui va s’emparer de vous, vous aller physiquement ressentir cette lecture, elle va vous souper le souffle. Votre poitrine va se retrouver comprimée.

Mais Comme une tombe c’est aussi un pur thriller,une intrigue originale avec ses nombreux rebondissement, son lot d’action, de la trahison et des revirements de situation. C’est Angoissant, oppressant, flippant et  parfois aussi dramatiquement drôle.. Alors amateurs de suspense vous allez être servis et vous ne lâcherez plus le livre jusqu’à la fin

Et même si le rebondissement majeur est un peu tiré par les cheveux, cela ne gâche en rien notre plaisir de lecture et c’est vraiment le seul reproche qu’on peu faire à ce livre.

…………….

Le poche chez Pocket Paru le 15 avril 2010. 7€90 ; (529 p.) ; 18 x 11 cm

Vertige de Franck Thilliez : Autopsie en huis clos


Vertige de Franck Thilliez : Autopsie en huis clos

Au collectif Polar, on vous a initié à la double (voire triple) chronique.

Poussons le bouchon un peu plus loin…

Et si on chroniquait avec un auteur sur un autre auteur ? Une fois n’est pas coutume : Geneviève valide le projet.

Il nous faut un binôme de flingueuses : Dany et Miss Aline et un auteur.

Pour cette première édition Niko Tackian a répondu présent. Après une discussion on est tous d’accord pour…. une autopsie en huis clos autour de

Vertige de Franck Thilliez.

 


Le livre : Vertige de Franck Thilliez. Paru le 13 octobre 2011chez Fleuve Noir dans la collection Thriller. 19€90 ; (330 p.) ; 23 x 15 cm.

Réédité en poche le 11 octobre 2012 chez Pocket. 7€90 ; (344 p.) ; 18 x 11 cm.

  4e de couv :

Un homme se réveille au fond d’un gouffre, au coeur d’un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d’infortune. Il est enchaîné au poignet, l’un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d’un masque effroyable, qui explosera s’il s’éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s’imposera, impérieuse : jusqu’où faut-il aller pour survivre ?

Pour son 10e roman, Franck Thilliez réussit un tour de force dans ce huis clos étouffant et glacial à la fois, où il joue à décortiquer l’âme humaine confrontée aux situations de l’extrême. Sans jamais épargner son lecteur, manipulé jusqu’à la dernière ligne, et, qui sait, peut-être plus encore…

L’auteur : Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez, ancien ingénieur en nouvelles technologies, vit actuellement dans le Pas-de-Calais. Il est l’auteur de Train d’enfer pour Ange rouge (2003), La Chambre des morts (2005), Deuils de miel (2006), La Forêt des ombres(2006), La Mémoire fantôme (2007), L’Anneau de Moebius (2008) et de Fractures (2009), tous disponibles chez Pocket. La Chambre des morts, adapté au cinéma en 2007, a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006 et le Prix SNCF du polar français 2007. L’ensemble de ses titres, salués par la critique, se sont classés à leur sortie dans la liste des meilleures ventes.  Le Syndrome E et GATACA, sont parus aux éditions Fleuve Noir en 2010 et 2011 suivi de Puzzle, Angor, Pandemia, Rêver,  et enfin Sarko en 2017 et Le manuscrit inachevé cette année.  Il est aussi scénariste, collabore à des BD et autres projets culturels. Franck Thilliez est considéré comme le maître du thriller français.
Extrait :
Mon pouce droit vient de remuer. Une flexion suivie d’une extension. Les orteils à présent. Il semblerait que mes tendons se contractent, un à un, que mes muscles frémissent. Mes paupières papillonnent enfin. Tellement heureux, je répète ce mouvement à n’en plus finir. Ouvrir, fermer. Ouvrir, fermer, ouvrir, fermer. Je me sens revivre. Dans une minute ou deux, je décollerai mes soixante-dix kilos du sol et comprendrai enfin ce qui m’arrive.
Mais, soudain, un nouveau bruit me tétanise. Ce cliquetis que je viens de percevoir accompagnant l’agitation de mon poignet. A l’aveuglette, je me redresse traversé de vertiges, et palpe. Un cerceau rugueux me broie le poignet droit. Si stupide et irréel que cela puisse paraître, je crois que je suis entravé.

 

Autopsie en huis clos.

Au collectif Polar, on vous a initié à la double (voire triple) chronique. Poussons le bouchon un peu plus loin…Et si on chroniquait avec un auteur sur un autre auteur ? Une fois n’est pas coutume : Geneviève valide le projet. Il nous faut un binôme de flingueuses : Dany et Miss Aline et un auteur.

Pour cette première édition Niko Tackian a répondu présent. Après une discussion on est tous d’accord pour Vertige de Franck Thilliez.

Monsieur Tackian, prenez le scalpel … c’est parti pour l’autopsie d’un roman en huis clos.

 

Miss Aline : en ce qui me concerne j’ai lu peu de romans de Franck Thilliez. Sans spoiler (bien évidement) comment définiriez-vous ce roman ?

Dany : Déjà c’est un one-shot, ce qui est assez rare à côté de la série Sharko-Henebelle, un thriller psychologique à huis clos.
En plus du thème de la montagne, c’est aussi une descente dans les profondeurs de la conscience.

Niko : Pour moi c’est surtout un thriller en huis clos. C’est ce point qui le rend différent de la plupart de ses autres romans.
Et écrire un huis clos c’est un exercice particulier et difficile à maîtriser dont Franck et moi partageons le plaisir !

Dany : Puzzle, paru deux ans plus tard est aussi un huis clos … pourtant Vertige m’a laissé un plus lourd souvenir que Puzzle …

NikoVertige est un huis clos dès la page 2 … ce n’est pas le cas de Puzzle

Dany : Selon toi Niko, quels sont les ingrédients indispensables à un huis clos ?

Niko : Une situation de départ forte. Un cadre permettant de définir une ambiance car il sera un personnage à part entière. Peu de personnages (Max 4 ou 6). Une unité de temps généralement courte. Beaucoup de tension et de surprises. Et une écriture nerveuse …
C’est un genre à part entière auquel tout le monde ne se frotte pas forcément. Ça demande une certaine confiance en soit. Parce qu’on a très peu d’éléments dans la palette et on va devoir les exploiter au maximum.
(Les personnages) Qu’ils se connaissent ou pas n’a pas vraiment d’importance. L’important c’est ce qu’ils se cachent …
Dans le suspense ce sont les questions sans réponses immédiates qui permettent de créer la tension.

Dany : Pas toujours la violence donc comme premier rapport interpersonnel Dans Vertige nous faisons connaissance avec 3 compagnons d’infortune qui ne se connaissent pas.

Niko : Oui la situation de départ est très forte

Dany : Ils partagent une situation commune malgré eux … Une situation douloureuse … c’est autre chose que Mort sur le Nil où tous les touristes sont là pour le plaisir …

Niko : Oui ils sont enchaînés dans un glacier. Ce n’est pas la croisière s’amuse !

Dany : Et il y a un chien … assez rare aussi la présence d’un animal dans ce type de situation

Niko : C’est ce qu’on appelle du high concept en terme d’audiovisuel

Dany : Tu peux développer ?

Niko : Un high concept c’est un concept qui tient à un pitchpin très fort indépendamment des personnages.
Juste en vous racontant la situation vous avez envie d’en savoir plus. Pas besoin de développer les personnages … Pour vous donner envie

Dany : Ça c’est pour le début car ensuite on fait leur connaissance, même intime ...

Niko : Bien sûr ! Mais le concept fonctionne sans.

Dany : Que dire de la question qui prend le lecteur aux tripes … qui sera le voleur, le menteur et le tueur ?

Niko : Oui ça met en place une sorte de jeu de piste.
Un truc que Franck adore. Il a un esprit très ludique.

Dany : C’est comme le jeu qu’il mène à chaque fois avec la chronologie et son chapitrage

Miss Aline : La montagne comme « un personnage à part entière». Ce huis clos ne pouvait-il se faire ailleurs ? Dans le désert par exemple ? Qui peut avoir des effets secondaires (pour certains) similaires à ceux de l’altitude ?

Niko : cet huis clos je ne sais pas, mais j’en ai écrit un dans le désert, donc oui, c’est un univers à part entière de huis clos. On appelle ça un huis clos à ciel ouvert.

Miss Aline : Le huis clos exacerbe les ressentis, les pensées, la suspicion. En même temps il faut compter avec ses compagnons d’infortune.
Là on a trois hommes qui ne se connaissant pas. Chacun réagit et essaie de survivre différemment. 
Les personnages sont très différents les uns des autres. Et en plus il nous faut chercher le menteur, le voleur, le tueur.

Niko : Oui c’est très fort car en plus de cette énigme, le lieu est particulièrement hostile et soulève une autre énigme : comment sont ils arrivés la ? Dès le départ Franck nous dit clairement : c’est une machination, sans doute une vengeance. L’enjeu est posé très vite.

Dany : On a parlé du lieu qui doit être hostile et si possible au climat extrême, des personnages qui doivent avoir un secret et partager le même lieu à l’instant T, d’une énigme, y a-t-il d’autres incontournables … je pense à la durée de l’action. Sans faire comme les tragédies classiques le tout en un jour et toutes les règles qui en découlent, souvent le temps est celui de la survie …

Niko : Oui il peut y avoir un Time lock, c’est à dire une action dont on sait qu’elle va avoir une issue funeste pour les personnages si elle n’est pas résolue. Ce n’est pas obligatoire mais ça aide à créer de la tension. C’est la structure de base du film catastrophe en huis clos par exemple.

Dany : Thilliez avait commis un précédent huis clos avec La forêt des ombres alors sans spoil, pourquoi Vertige affecte davantage le lecteur qui en garde un souvenir plus douloureux ?
Il y avait aussi un animal, il finissait mal le petit cochon !

Niko : Je n’ai pas lu La forêt des ombres mais je pense que ce qui rend Vertige inoubliable c’est l’originalité de sa situation de départ.

Dany : Pour le coup les lecteurs capables de s’identifier aux protagonistes ne courent pas les rues pour ce qui est de l’environnement … Thilliez a-t-il donc tout misé sur l’empathie, l’émotion, les phobies ?

Niko : Il commence par un enlèvement, donc il nous met dans le point de vue d’une victime pour laquelle, forcément, on a de l’empathie immédiatement. Car dans un huis clos, le point de vue est un point crucial. Par quel prisme allons-nous vivre cette aventure ?

Miss Aline : Le huis clos limite aussi le lecteur. L’énigme a forcément sa résolution parmi ce nombre restreint d’individus.

Niko : Ou pas, si on a une idée plus étonnante et qu’on « trompe » le lecteur …

Miss Aline : Ah oui mais là il faut qu’il y ait un élément (ou quoi que ce soit) qui nous livre un peu de l’extérieur.

Niko : Oui c’est vrai. Mais si on passe par certains outils comme le symbolisme c’est presque invisible 

Miss Aline : Vous pouvez développer le symbolisme comme outil ?

Niko : Et bien quand il s’agit de tromper le lecteur ou de l’influencer dans ses hypothèses (nous sommes tous des détectives) les symboles induisent un second niveau de lecture intéressant.
Personnellement je les utilise beaucoup pour l’inverse, c’est à dire montrer la vérité au milieu d’un récit complexe … tous mes romans sont constellés d’indices symboliques.

Miss Aline : Je vais décortiquer à la prochaine lecture ! 

Niko : Oui   bonne chance 

Miss Aline : Peut-on dire que Vertige, au-delà des difficultés dues au lieu de l’action, est aussi une descente dans la conscience. Chacun devant se regarder en face et assumer ses actes ?

Niko : Oui c’est très juste ! D’ailleurs c’est une des forces du huis clos de pousser à l’exploration intérieure sur les personnages. C’est un genre très existentiel

Miss Aline : Dans ce cas nous avons le facteur animal de compagnie. Pour une dimension plus « humaine », empathique ? L’animal attire la sympathie ?

Niko : Pas forcément. Pour moi les animaux dans les fictions, comme dans la vie d’ailleurs, ont des places à part entière en tant que personnages. Bien sûr on ne développe pas autant leur psychologie (mais pourquoi pas ?) mais ils peuvent jouer le panel des humains. Donc être des victimes (le plus souvent, comme dans la vie où nous les prenons largement en otage) ou des bourreaux (je pense à Cujo de S. King).
Dans Toxique j’avais réglé son compte à un petit teckel à poil dur, chien qui, dans la vie sauvage est une véritable furie capable de tuer un sanglier en lui mordant les testicules … mais face à Marie-Thomas, il ne faisait pas le poids.

Dany : Dans Vertige il n’y a pas de femmes en huis clos mais elles sont tout de même très présentes dans les histoires de chacun … faut-il que les micro-communautés dans les huis clos reflètent à ce point les sociétés humaines pour être crédibles ?

Niko : Il y aurait bien entendu pu y avoir des femmes dans ce huis clos ! Au contraire ça aurait densifié et complexifié le récit. Je pense que Franck est tellement un gentleman qu’il n’a pas voulu faire souffrir une femme dans ce glacier.  

Dany : Résumons-nous … 

Vertige est un huis clos, dans un environnement hostile et un climat extrême, où trois hommes détenant des secrets, victimes d’enlèvements sont retenus en otage, en compagnie d’un chien. Ils ont une énigme à résoudre qui leur permettra peut-être de ne pas connaître la fin funeste à laquelle l’auteur, gentleman au demeurant,  les destine à une échéance très probablement courte. Introspection, suspicion vont s’immiscer dans leurs esprits … C’est le talent de l’auteur qui fait l’envie du lecteur …
J’ai oublié quelque chose ?

Niko : Très joliment résumé

Dany: Merci !
Est-ce qu’un huis clos est possible avec des personnages récurrents ? Pour ma part je ne le pense pas …

Niko : Oui, dans le cadre d’un épisode. Par exemple imaginez que Tomar Khan soit victime d’une prise d’otage…

Niko : Oui certes mais tu serais obligé de le faire « survivre », peut-être en mauvais état comme Sharko quelques fois mais l’issue est alors prévisible …

Niko : c’est vrai !

Dany : Ou faire comme Jacques Saussey dans Enfermé.e … ne pas nommer les personnages et révéler l’identité à l’ultime page …
Ou le laisser pour mort et le faire revenir dans le tome suivant après … un long coma ?

Miss Aline : Ici pas de gentil à priori. En effet il nous faut deviner « le menteur »,  « le voleur » et « le tueur ». Un huis clos de hasard (une panne d’ascenseur ou une prise d’otage) pourrait-il y avoir un « gentil » dans ses murs ? Et surtout peut-il passer de l’autre côté de la barrière, devenir LE méchant ? Pour un auteur y a-t-il matière à travailler sur ce point de vue  ou n’y a-t-il pas assez d’options envisageables ?

Dany : Moi je trouve qu’au début il y a des ou un personnage plus sympathique(s) que d’autre(s)

Miss Aline : Schéma type Danièle ? Il faut que le lecteur soit du côté de quelqu’un pour avoir envie de poursuivre !

Dany : Oui schéma-type bien sûr … je suis de toutes façons bon public dans le sens où j’adhère à l’histoire à fond quand je commence une lecture … là j’ai été comblée avec les fausses pistes et hypothèses …

Niko, tu as déjà commis un huis clos en plein cagnard, es-tu tenté par un huis clos glaçant ?
En tant qu’auteur …

—————- quelques heures plus tard ——————

Dany : Hou Hou Niko ? Pas d’idées … ça m’étonne !

Niko : Hello ! Oui la preuve, mon prochain roman s’appelle Avalanche Hôtel !

Dany : Un huis clos ?

Niko : pas vraiment mais quand même si d’une certaine manière ☺

Dany : Pas dans un glacier tout de même …

Niko : ah bah non ! La réponse est dans le titre

Dany : Avalanche donc … je pense que tu ne nous en diras pas plus que sa date de sortie ? A moins que … quelques scoops ?

Miss Aline : Oui quelques mots …

Niko : Alors écoute, il faut surtout suivre ma page FB dans les trois prochaines semaines pour avoir des scoops, car j’organise en ce moment une petite aventure immersive qui vous fera presque « rentrer » dans le roman. Concernant l’histoire, je ne peux pas trop en dire plus, si ce n’est que ce sera un roman qui va vous happer sous une tonne de neige, vous rouler, vous glacer avec toujours au bout une petite lumière… une avalanche quoi… ☺

Dany : Il sort quand ?

Niko : le 3 janvier ! Par contre, je vais bientôt révéler la couverture et le pitch et je vous la ferai parvenir en même temps pour que vous l’ayez en premier !

Geneviève : Rhooo le jour de ma fête ! Pardon, pardon je m’emballe là !

Niko : c’est d’ailleurs la couverture sur laquelle j’ai le plus bossé de ma carrière et ils ont fait un truc de dingue !

Dany : J’ai vu la première photo indice … bel objet !

NikoAvalanche Hôtel est mon premier « thriller en one shot » dans la vénérable maison Hachette et j’y crois beaucoup beaucoup.

Dany : Ben nous aussi Niko on y croit … En même temps Fantazmë qui entame sa nouvelle vie … auteur comblé pour les fêtes ???

Niko : oui comblé et surtout surbooké car 2019 s’annonce très dense en écriture pour moi. Je suis sur la suite des aventures de Tomar, Alex Hugo n’a jamais aussi bien fonctionné sur France 2 et va prendre en densité d’épisodes et j’ai un gros dossier scénario en cours également…

Dany : Il restera tout de même une petite place pour échanger avec les flingueuses j’espère ?

Niko : et j’ai prévu de beaucoup me déplacer sur des salons en 2019 !
bien sur plein de place ! En fait, il y un truc qui a changé pour moi…

Dany : ??????????

Niko : ça fait 20 ans que je vis d’histoires dans différents milieux sans être jamais rentré dans aucun de ces milieux… avec le roman j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma place, et ma famille, donc c’est toujours un plaisir de parler, d’échanger, de prendre le temps… et bien entendu les flingueuses, vous faites partie de cette famille. Vous êtes d’ailleurs parmi les premières à m’avoir fait confiance.

Dany : Nous aussi nous sommes comblées alors Niko … Je pense que pour cette expérience en huis clos on va s’arrêter là Aline ?
Pour ma part je te remercie de ta disponibilité et ta générosité et te dis à bientôt !

Niko : à bientôt !
Et merci à vous pour ce petit échange !

Geneviève : Est ce que je peux une petite question sur Avalanche Hôtel ?

Niko : mais oui

Geneviève : J’ai oui dire que la mise en place allait être à la hauteur de ton talent et des espoirs que ton éditrice porte en toi.

Niko : tu en sais plus que moi !
Enfin pas exactement

Geneviève : Il n’y pas des animations prévues autour de la sortie ?

Niko : Caroline et Philippe investissent énormément sur mon travail. Je sais qu’il y a une belle campagne de promo prévue, plus une soirée de lancement qui sera mémorable et dont les prémisses sont déjà lancées via mes récents post sur ma page FB (mystère !!!)… il y aura aussi un « escape game » grandeur nature Avalanche Hôtel qui va se déplacer de salons en salons… et plein d’autres surprises… bref OUI, ils vont mettre le paquet !

Geneviève : Oh, je suis ravie que ton travail soit récompenser, j’espère pouvoir faire une de ces murder party un de ces 4. Et longues vie à tous tes projets. ☺

Niko : Merci Geneviève !
Rdv mardi pour le second indice

Dany et Geneviève 

Geneviève : Et pardon  les Flingueuses d’être intervenue alors que je ne devrais être que l’œil de Moscou.

Dany : Cheffe on ne t’en veut jamais de … nous soutenir dans nos délires !

Geneviève : Ben moi j’adore vos délire, alors !

Miss Aline : Merci d’avoir soutenu ce « délire » Geneviève ! 

Niko,  un très grand merci pour avoir accepté de participer à notre première « Autopsie en huis clos ».
Je me joins à Danièle pour saluer ta disponibilité et ta générosité.
On te souhaite un très beau succès avec la sortie début 2019 de Avalanche Hôtel.
À très bientôt pour de nouveaux échanges en huis clos… ou pas !
Merci.

Niko : Merci Aline ! 

Le facebook de Niko Tackian

 

Vous en conviendrez avec nous, nous avons appris pas mal de chose sur le métier d’auteur et ses techniques de travail. Nous, nous avons passé un très bon moment d’échange et de convivialité. Un très grand merci à Niko pour sa disponibilité et sa gentillesse, comme toujours.

On vous donne rendez-vous pour une prochaine Autopsie en huis clos avec…. Ah non, on ne va pas vous le révéler maintenant !

 

Les lois de la frontière de Javier Cercas


Le livre : Les lois de la frontière de Javier Cercas. Paru le 08 janvier 2014 chez Actes Sud dans la collection Lettres hispaniques. Traduit de l’espagnol par Beyer, Elisabeth Beyer et  Aleksandar Grujicic. 23€ ;  (345 p.) ; 15×24 cm.

Réédité en poche dans la collection Babel le 2 septembre 2015. 9€70 ; (411 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

À l’été 1978, un adolescent de la classe moyenne en délicatesse avec son milieu croise la route du charismatique Zarco et de son amie Tere et devient un habitué de leur qg, un bar interlope dans un quartier malfamé de Gérone. Bientôt ils l’entraînent de l’autre côté de la “frontière”, au pays de ceux qui ne sont pas bien nés, l’initiant au frisson des braquages et au plaisir des tripots. Le garçon navigue entre les deux rives pendant tout l’été, irrésistiblement attiré par les lois de cette jungle dont il préfère continuer d’ignorer les codes, jusqu’au coup qui tourne mal.
Vingt ans plus tard, avocat établi, il assure la défense de son ancien camarade multirécidiviste et doit plaider. Pour le symbole vivant d’une rébellion salutaire, la victime expiatoire d’un système frelaté, ou les zones d’ombre de sa propre jeunesse ? Un écrivain, chargé de raconter l’histoire, recueille au cours d’entretiens divers les souvenirs et impressions des protagonistes. Lui-même cherche la vérité inattendue et universelle du romancier : l’ambiguïté.
C’est dans cette ambiguïté qu’excelle Javier Cercas, qui démystifie ici le romantisme de la délinquance comme celui de la rédemption, la démocratie espagnole et son miroir aux alouettes, les tourments qui toujours gouvernent l’exercice de la liberté.

 L’auteur : Javier Cercas Mena (né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres) est un écrivain et traducteur espagnol. Il est également chroniqueur du journal El País.
Extrait :
Bref, a conclu l’inspecteur Cuenca, quand j’ai fini de lire le livre, je me suis souvenu d’avoir entendu un jour un professeur dire à la télé qu’un livre est comme un miroir, et que ce n’est pas le lecteur qui lit les livres mais les livres qui lisent le lecteur, et je me suis dit que c’était vrai. Je me suis aussi dit: Putain, les meilleures choses qui me soient arrivées dans ma vie me sont arrivées à cause d’un malentendu, parce qu’un livre horrible m’a plu et que j’ai pris un malfrat pour un héros. L’inspecteur Cuenca s’est tu; puis, sans cesser de me regarder avec une malice infiniment ironique, avec une ironie absolument sérieuse, il a demandé: C’est drôle, non?

 Le post-it du bibliothécaire

Ce roman rassemble tous les ingrédients de l’efficacité et de l’excellence des récits de Javier Cercas : une intrigue tenue avec brio jusqu’à la dernière page, des personnages surprenants, anti-héros de leurs propres vies et miroirs opaques de leurs faiblesses les plus profondes, et ce subtil mélange entre histoire et fiction qui caractérise l’écriture de cet auteur.

A l’époque de la transition démocratique espagnole, nous partons ici en quête de l’identité d’un jeune délinquant, qui de souffre-douleur va devenir malgré lui le pilier d’une relation indéfinissable entre deux personnages à la fois solitaires et inséparables : Zarco, figure impossible de l’amitié, et Tere, figure impossible de l’amour. Ce trio infernal va traverser une série d’épisodes douloureux, porté par son irrésistible propension à la chute.

Ce roman de Javier Cercas fait preuve d’une écriture brillante, parfois incisive, parfois rondement développée, mais qui n’oublie jamais la raison d’être de l’intrigue : l’écriture, la figure même de l’auteur. Le récit est en effet porté par la reconstitution de l’histoire de Zarco par un écrivain. C’est ce double jeu entre l’invention d’une histoire et sa transcription qui rend les personnages de Javier Cercas si réels et si attachants.

Flandre Noire de Gilles Warenbourg


Flandre Noire de Gilles WarenbourgLe livre : Flandre noire de Gilles Warembourg. Paru le 18 janvier 2008 chez Ravet-Anceau. 9,00€ ; (212 p.) ; 17 X 11 cm

4e de couv :

Juin 1945. Après trois années passées en déportation, monsieur Georges, l’instituteur, revient au village. Habité des visions d’Auschwitz-Birkenau, l’humaniste qu’il était a vu toutes ses valeurs s’envoler dans le ciel de Pologne. La paix de la campagne flamande n’est pour lui qu’un silence compassé où flotte encore le mal radical.

Les événements lui donneront raison : un crime parfait est commis dans la petite communauté rurale, parfait parce que rendu impossible par la présence de l’intraitable molosse de la victime. La quête philosophique se double d’une investigation policière…

 

 

 

Extrait :

«… Marcelle semblait avoir été fauchée en plein ouvrage. Dans l’ombre, un seau renversé, plus loin dans le fond, des animaux invisibles dont je percevais le souffle. Au bout de longues minutes, l’évidence s’imposa comme un coup de feu : en écoutant les conciliabules entre le docteur et le gendarme, en regardant le corps cassé, la joue contre terre, la bouche encore amère, le triste fichu gouttant d’un peu de sang sombre, et toute cette paille… à ce moment seulement, je compris qu’il s’agissait d’un crime.»

Gilles-WarembourgL’auteur : Gilles Warembourg est un écrivain français né le 14 juillet 1953 à Arras. Gilles Warembourg s’est mis à la littérature après 27 ans passés dans la gestion des entreprises, d’abord comme expert comptable puis comme directeur financier. Il habite Lille et a deux enfants. Au fil de ses romans et de ses nouvelles, d’intrigues en énigmes, il dresse le portrait sombre d’un monde en mutation. Il a reçu le prix de la Renaissance française 2007 pour ses premiers écrits.

 

 

 

Le post-it de Ge

Ernst Ferdinand Oehme, Procession dans le brouillard (1828)

Ernst Ferdinand Oehme, Procession dans le brouillard (1828)

Juin 1945. Monsieur Georges est de retour dans son village après trois ans de déportation. Les habitants accueillent leur instituteur en grande pompe : le maire et sa plantureuse moitié, le curé en soutane, les amis, les élèves…

Extrait 2 :
« Ils s’étaient imaginés me voir heureux de ce retour. Ils étaient tous venus, avec leur sourire de circonstance, affectant leur illusion d’un ordre retrouvé : le temps cautériserait les plaies les plus profondes et les relents fétides du block 10 d’Auschwitz-Birkenau s’estomperaient dans ma mémoire comme un cauchemar dissipé par le petit matin. Erreur commune ! … Immobile, je leur ai fait face dans le silence de ses retrouvailles compassées. « 

Détruit, monsieur Georges retrouve le quotidien des Flandres françaises. Et l’humaniste désenchanté observe d’un oeil sceptique le petit monde compliqué de cet univers rural étriqué. Il va devoir composer avec les mesquineries des gens de son village.

Isolé au milieu de ses concitoyens inconscients de ce qu’il a subi, l’instituteur se mure dans le silence et s’interroge sur sa propre raison

.Extrait 3 : « Vos réponses construites à toutes mes questions sur le mal me donnaient la nausée. Je sais : c’était injuste, mais derrière votre humilité admirable, je détectais l’outrecuidance des pieux qui déchiffrent le bien et le mal dans les messages éthérés du Très-Haut, avec cette insupportable assurance tranquille de ceux qui croient penser en pensant croire. »

Mais quand un crime est commis, l’ancien déporté s’accuse du meurtre, sans pouvoir expliquer les circonstances, ni les mobiles de son geste. Dès lors , les soupçons se portent sur lui et des comportements troubles de certains Français durant l’occupation refont surface.

Les interrogations sur la nature humaine se doublent alors d’une enquête criminelle. La découverte du coupable passe par un douloureux examen de conscience.

Désormais, monsieur Georges sait que la paix n’est que la haine qui chuchote…

Flandre noire est un roman sombre et dérangeant. Un livre singulier et poignant. M’sieur Georges est détruit par trois ans de déportation qui l’ont ravagé. Le lecteur n’en ressort pas indemne. Une histoire qui nous suit et nous hante encore longtemps après sa lecture.

Flandre noire a remporté le concours organisé par l’agence américaine Writemovies. Pourquoi pas un premier pas en vue d’une adaptation au cinéma pour ce roman noir?

Flandre Noire de Gilles Warenbourg : 10 ans après sa lecture ce polar est encore un coup de cœur et un livre qui me reste en mémoire.

Mimosa de Vincent Gessler


9782841725779,0-1303661Le livre : Mimosa de Vincent Gessler. Paru le 23 février 2012 chez Atalande dans la collection La dentelle du Cygne. 17€. ; (342 p.) ; 20 x 15 cm

Quatrième de couverture

Qu’ont en commun Lambert Wilson, Adolf Hitler, le docteur Snuggles, Jésus-Christ, Philippe Katerine et James Brown ?

Ils participent tous à une folle aventure au coeur de Santa Anna, ville emblématique d’un monde devenu végétarien où la mode est d’être le sosie d’une personne célèbre, réelle ou fictive…

Sauf Tessa.

A la tête de l’agence Two Guns Company & Associates, elle enquête sur un mystérieux souvenir enregistré, sans se douter qu’elle va au-devant d’étonnantes révélations sur son passé. En compagnie, bien sûr, d’Ed Harris et de Crocodile Dundee.

Entre contemplation philosophique et action survoltée, Mimosa nous entraîne dans une saga improbable où se télescopent clones, doubles virtuels, intelligences artificielles, légendes du crime et du cinéma.

Vincent Gessler, comme dans Cygnis, confronte ses personnages au problème de l’identité et de la mémoire, jouant avec la forme même du roman. Une oeuvre surprenante et jubilatoire

L’auteur : Vincent Gessler est né le 26 novembre 1976 à Sierre. C’est un écrivain et scénariste suisse. Il vit à Genève. où il a suivi des études de Lettres (Master spécialisé en histoire médiévale). Ce « passionné d’histoire et de sciences » a, entre autres, pour centres d’intérêt l’archéologie et le jeu vidéo. Dans sa jeunesse, il affirme avoir baigné « dans la proximité des livres et de la lecture », mais il décide de se consacrer à l’écriture après « le décès d’un ami très proche » avec lequel il avait un « imaginaire commun ». Après avoir publié une poignée de nouvelles ici et là. Puis arrive Cygnis est son premier roman. et enfin Mimosa.
Extrait :
Assise au volant de la Saab à réfléchir, encore. Les odeurs de kebab au soja grillé entrent dans l’habitacle de la voiture et titillent ses papilles. Dans ses souvenirs de fillette, la viande avait un parfum plus âcre, peut-être plus appétissant, ou est-ce une déformation liée à la mémoire ? Depuis les limitations imposées à la production de viande, on n’en trouve plus dans aucun fast-food, et seuls les restaurants gastronomiques se permettent d’en préparer, à des prix prohibitifs. La folie carnivore des générations précédentes ne manque à personne, mais elle aurait voulu sentir une odeur d’agneau grillé ou de poulet, même si elle n’en mange pas. Juste pour coller à son souvenir.
Par où commencer ? Seule, elle ne peut pas faire grand-chose. Reconstituer une équipe d’abord, sachant que les associés fiables ne courent pas les rues. Elle n’en voit guère que deux, même si ce sont des freaks. Ils sont bons. Ils l’étaient il y a deux ans.

Le post-it de la bibliothécaire

A la tête de l’agence Two Guns Company & Associates, Tessa doit enquêter sur un étrange souvenir enregistré. Entre contemplation philosophique et action survoltée, cette saga permet la rencontre de clones, doubles virtuels, intelligences artificielles, légendes du crime et du cinéma.

Science-fiction – humour – clonage – réalité virtuelle, quête d’identité c’est de tout cela dont parle Mimosa mais pas que !

Au premier abord, on est surpris par la couverture, par le titre, et par le style, très différent de celui de son premier roman « Cygnis ». Et puis on se laisse happer par le scénario loufoque, plein de rebondissements inattendus et de trouvailles improbables, à tel point qu’il est impossible de lâcher ce livre avant 3h du matin…

Un univers complètement dingue, un rythme enlevé, de l’humour et quelques scènes d’anthologie (comme la brigade des sosies de Mickael Jackson, attaquant une armée de robots sur la chorégraphie « Thriller ») donnent un roman très réussi, et qui plaira à tous.

Une lecture étonnante et ébouriffante pour ne pas dire décoiffante !

Retrouvez ICI l’avis sur Cygnis

Katiba de Jean-Christophe Rufin


Katiba RuffinLe livre : Katiba de Jean-Christophe Rufin. Paru le 21 avril 2010 chez Flammarion.20€30 ; (391 p.) ; 24 x 16 cm

 Réédité en poche en Folio,le 25 août 2011. 8€20 ; (452 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Katiba

Quatre touristes occidentaux sont assassinés dans le Sahara. L’attaque est signée al-Qaida au Maghreb islamique, une organisation terroriste implantée dans les anciennes zones d’influence française d’Afrique de l’Ouest. Tout laisse à penser qu’elle veut aller beaucoup plus loin et rêve de frapper la France au coeur.

L’événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements, de Washington aux Émirats, d’Alger à Paris. Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d’Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite.

Quels liens cette Française à l’élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? Quelle secrète influence pèse sur elle depuis la disparition de son mari, consul de France en Mauritanie ? C’est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement.

Complice, victime ou agent double, Jasmine incarné le mélange de répulsion et de fascination que le fondamentalisme religieux exerce inconsciemment sur chacun de nous.

 

jean christophe ruffinL’auteur : Acteur engagé de la vie internationale, Jean-Christophe Rufin a dirigé plusieurs grandes organisations humanitaires. Il était ambassadeur de France au Sénégal. Ces expériences ont inspiré une oeuvre riche, essais (Le Piège humanitaire, Un léopard sur le garrot)et romans (L’Abyssin, Rouge Brésil, Goncourt 2001, Le parfum d’Adam). Il a été élu à l’Académie française au fauteuil d’Henri Troyat en 2008.
Extrait : 
Jusqu’à la fin des années 1960, la Mauritanie était essentiellement un pays de nomades.
Mais, en quelques années, les grandes sécheresses avaient ramené la majorité de la population dans les villes.
Les tentes avaient pourri, les troupeaux étaient morts.
Les nouveaux sédentaires étaient des gens sans repères. (…)
(…) Sur les routes de Mauritanie, on ne risque pas trop de se tromper de chemin. La ligne de l’asphalte, violette sous le soleil, est droite sur des dizaines de kilomètres. Elle sépare des steppes minérales sur lesquelles on aperçoit de temps en temps une chèvre ou un gamin. Le vent promène des flaques de sable sur la chaussée. Par endroits, des aires de dégagement se forment sur les bords de la route, encombrées d’épaves de camions, de traces de feu, d’ossements blanchis. …

 

 

Le post-it de Ge

 

9782081208179,0-553891

Au Sahara, l’assassinat de quatre touristes occidentaux par al-Qaida met en alerte les services de renseignement de Washington aux Emirats, d’Alger à Paris. Leur intérêt se porte bientôt sur une femme : Jasmine, une fonctionnaire apparemment sans histoire du Quai d’Orsay, qui semble être au coeur d’une opération de grande envergure. 

Avec Katiba, Rufin nous entraîne sur les terres africaines. Cette Afrique qui nous fascine, ce continent le plus peuplé du monde, le plus jeune aussi ! Avec Katiba on voit comment l’Afrique du Nord déborde grandement sur l’Afrique Noire. Comment ici les clans dirigent la vie quotidienne,  Comment les religions, la religion divisent plus qu’elles ne rapprochent les peuples.

Une Katiba c’est un camp de combattants islamistes installé dans le Sahara. C’est à la fois une cache (souvent des armes et des vivres) et un relais, un lieu où l’on prie, où l’on négocie et tue. Ce repère invisible en avion ou par satellite est le plus souvent enterré.

La katiba  correspondant généralement à un bataillon ou à une compagnie) est le nom utilisé en français pour une unité ou un camp de combattants lors de différents conflits en Afrique du Nord ou dans le Sahel.

Wikipédia nous apprend que pendant la guerre d’Algérie, il s’agit d’une unité de base de l’ALN (branche armée du FLN), équivalent d’une compagnie légère, qui peut atteindre cent hommes, ou la section, d’une trentaine d’hommes. L’action offensive exige de la katiba qu’elle se déplace clandestinement, et rapidement, d’un point à un autre, aussi éloignés que possible. L’unité de l’ALN pratique l’effet de surprise. Les marches se font, pour une bonne part, de nuit.

Le terme a depuis été repris par les mouvements insurrectionnels maghrébins, notamment islamistes, durant la guerre civile algérienne, en Libye (katiba de Tripoli) et ensuite dans le Sahel par AQMI.

Avec Katiba Jean-Christophe Rufin nous entraîne dans un monde aux prises avec les nouvelles dérives totalitaires du XXIe siècle.

Bien avant tout le monde Rufin nous parlait d’AQMI. Des ravages que cette organisation terroriste islamique faisait subir aux populations locales. Mais aussi sur leurs intentions de porter préjudice à tout ce qui touche de près ou de loin aux intérêts occidentaux en Afrique.

Katiba la réalité qui remonte à la surface, c’est la réalité qui vous saute à la gueule,  la réalité qui rattrape la fiction.

Mais attention Katiba n’ai pas un essai sur AQMi, non c’est belle est bien un grand roman d’espionnage, un roman d’aventure. Et l’on retrouve dans les personnages de Rufin tout le souffle romanesque qu’on lui connait. C’est aussi un texte plein d’émotions.

“La conversation s’ouvrit par plusieurs heures de généralités. Le vieillard avait une longue familiarité avec le temps, le temps du désert, dilaté à l’extrême, rythmé par des phénomènes lents, qu’ils soient minuscules comme le pas des bêtes, ou gigantesque comme le basculement des saisons. Rien ne servirait de le bousculer. On ne fait pas pousser une plante en tirant sur ses feuilles.”

La Vague – Todd Strasser


Le livre  : La Vague de Todd Strasser. Traduit de l’anglais par (Etats-Unis) Aude Carlier, avant-propos Harriet Harvey Coffin. Paru le 19 février 2009 chez Pocket dans la collection Pocket Best. 6€40 ; (221 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

Cette histoire est basée sur une expérience réelle qui a eu lieu aux États-Unis dans les années 1970. Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : «La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action.» En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage.

Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration ?

«Ce best-seller, qui est devenu un manuel d’histoire en Allemagne et bientôt un film, souligne qu’il est facile de se transformer en petit fasciste du jour au lendemain.» Philippe Vallet – France Info

L’auteur : Todd Strasser est né en 1950 à New York et a grandi à Long Island. Il a vécu quelques années en Europe, avant de revenir aux Etats-Unis étudier la littérature et l’écriture. Il travaille ensuite pour plusieurs journaux, écrit notamment des articles et nouvelles pour The New Yorker, The New York Times, Esquire. En 1978, il publie son premier roman Angel Dust blue. C’est en 1981 qu’il publie son La Vague (The Wave) sous le pseudonymes Morton Rhue. Il a depuis publié de nombreux romans, certains sous l’alias de T. S. Rue, qui ont été traduits dans plus d’une douzaine de langues.
Extrait :
Dans la classe où il enseignait l’histoire, Ben Ross était penché au-dessus d’un vidéo-projecteur, essayant désespérément d’insérer un film dans le labyrinthe complexe de molettes et de lentilles de l’appareil. Au bout de la quatrième tentative, il n’avait toujours pas compris comment s’y prendre. Frustré, il se passa la main dans ses cheveux châtains ondulés. Toute sa vie, il avait été démuni devant les machines – les vidéo-projecteurs, les voitures… même la pompe en self-service à la station à essence du coin le rendait fou.

Le post-it de Ge

Roman fondé sur une histoire vraie. Au lycée Palo Alto, en Californie, Ben Ross s’interroge avec ses élèves sur la facilité avec laquelle le peuple allemand a suivi Hitler et les nazis. L’enseignant décide de tenter une expérience, la vague. Il choisit sans le signaler à ses élèves d’appliquer certains principes du nazisme. Au fur et à mesure, les élèves se prennent au jeu.

La vague

L’Histoire est-elle destinée à se répéter ?

L’Histoire est-elle un éternel recommencement ?

C’est à ces questions que Todd Strasser essaie de répondre dans La Vague.

Pour faire comprendre à ses élèves l’horreur nazie, un professeur d’histoire tente dans sa classe une expérience terrifiante : la Vague.

« Si l’histoire est condamnée à se répéter, alors vous aussi, vous voudrez tous nier ce qui vous est arrivé dans la Vague. »

La Vague est basé sur une expérience qui s’est réellement passée aux États-Unis dans les années 70.

Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort :

« La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action ».

En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage.

Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences ?

Au lycée Gordon, il y aura un avant et un après la Vague.

La Vague est le récit hallucinant de cette expérience qui rappelle les heures les plus sombres de notre Histoire.

Oui mais  cette histoire a un écho particulier aussi aujourd’hui. Nous vivons aussi des temps troubles. Une période où l’obscurantisme rôde. Et c’est assez incroyable de voir comment notre jeunesse peut se laisser berner et se voir adhérer à des idées nauséabondes. Comment un seul individu peut les pervertir . On comprend aussi mieux les mécanismes qui aujourd’hui encore fonctionnent sur nos jeunes qui s’engagent dans le djihad ! Perso j’avoue ça m’effraie et je me sens impuissante !

Ce roman a été publié aux Etats-Unis en 1981. Il a été vendu à plus d’un million d’exemplaires en Europe, et a été  porté à l’écran en Allemagne, adapté au cinéma par Dennis Gansel. Publié en France il y a 10 ans, il entre directement dans les meilleures ventes. La Vague a également été adapté en roman graphique aux Éditions Jean-Claude Gawsewitch malheureusement, il est maintenant indisponible chez l’éditeur.

 

Ecoutez la première page

1984 de George Orwell


1984 de George OrwellLe livre : 1984 de George Orwell. Traduit de l’anglais par Josée Kamoun. Paru le 25 mai 2018 aux éditions Gallimard dans la collection Du monde entier.  21€ ; (369 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Année 1984 en Océanie. 1984 ? C’est en tout cas ce qu’il semble à Winston, qui ne saurait toutefois en jurer. Le passé a été oblitéré et réinventé, et les événements les plus récents sont susceptibles d’être modifiés. Winston est lui-même chargé de récrire les archives qui contredisent le présent et les promesses de Big Brother. Grâce à une technologie de pointe, ce dernier sait tout, voit tout. Il n’est pas une âme dont il ne puisse connaître les pensées. On ne peut se fier à personne et les enfants sont encore les meilleurs espions qui soient. Liberté est Servitude. Ignorance est Puissance. Telles sont les devises du régime de Big Brother. La plupart des Océaniens n’y voient guère à redire, surtout les plus jeunes qui n’ont pas connu l’époque de leurs grands-parents et le sens initial du mot « libre ». Winston refuse cependant de perdre espoir. Il entame une liaison secrète et hautement dangereuse avec l’insoumise Julia et tous deux vont tenter d’intégrer la Fraternité, une organisation ayant pour but de renverser Big Brother. Mais celui-ci veille…

Le célèbre et glaçant roman de George Orwell se redécouvre dans une nouvelle traduction, plus directe et plus dépouillée, qui tente de restituer la terreur dans toute son immédiateté mais aussi les tonalités nostalgiques et les échappées lyriques d’une œuvre brutale et subtile, équivoque et génialement manipulatrice.

L’auteur : Écrivain, chroniqueur et journaliste politique, George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est né en Inde en 1903 et mort à Londres en 1950 des suites de la tuberculose. Son œuvre riche et variée porte la marque de ses engagements. Il entendait faire « de l’écrit politique un art » et dénonça dans ses ouvrages, notamment 1984 et La ferme des animaux, les désordres politiques du XXe siècle, les dérives du totalitarisme et les dangers de la manipulation mentale.

 

Extrait :
« Quelquefois, il lui est même possible de rediriger sa haine par un sursaut de volonté. C’est ainsi qu’au prix de l’effort violent avec lequel on s’arrache à l’oreiller pour échapper à un cauchemar, il est parvenu à transférer sa détestation de la face sur l’écran à la fille brune derrière lui. D’intenses, de somptueuses hallucinations lui traversaient la cervelle. Il la cognerait à mort à coups de matraque. Il l’attacherait nue à un poteau et la criblerait de flèches tel un saint Sébastien. Il la violerait en l’égorgeant à l’instant de l’orgasme. Il a compris mieux que jamais pourquoi il la hait. Il la hait parce qu’elle est jeune et jolie et asexuée, parce qu’il a envie de coucher avec elle et n’y arrivera jamais, parce que autour de sa taille adorablement souple qui invite à l’enlacer, elle porte l’odieuse ceinture rouge, agressif symbole de chasteté. »

 

 

Le post-it de Ge

Je ne pouvais pas manquer la réédition et retraduction de 1984, non ma curiosité a été la plus forte. Aussi j’ai relu ce classique de la science fiction, 35 ans après ma première lecture de ce chef d’oeuvre de George Orwell. Je l’ai relu dans sa nouvelle version

Dans une dystopie placée sous un contrôle étatique totalitaire, Winston Smith, un employé du ministère de la Vérité, falsifie l’histoire pour ne pas compromettre le pouvoir qui se serait trompé dans le passé. Dans une société où les sentiments humains ont été éliminés, le jeune homme cherche l’amour et la liberté. Une nouvelle traduction du roman d’anticipation.

Oui une nouvelle traduction de ce classique de la science-fiction. Le travail important de Josée Kamoun (traductrice de Philip Roth entre autres) a été souligné unanimement par la presse, donnant un éclairage nouveau sur le texte de George Orwell.

Une relecture essentielle de ce monde futuriste et totalitaire où Big Brother répète que la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, et l’ignorance, la force.

Pour autant je ne renie pas la première traduction où Amélie Audiberti avait eu la très bonne idée de laisser « Big Brother » et de ne pas le traduire. C’est sans doute ce « Big Brother » qui a plus à de la jeune fille que j’étais  et qui a parmis le succès de 1984, « Grand Frère » aurait cassé le mythe à n’en pas douter !

Une réédition qui devrait tous nous incité à relire ce titre phare de la littérature d’anticipation simplement  parce que George Orwell dépeint dans le prophétique 1984 un terrifiant monde totalitaire.

Mais la bibliothécaire que je suis, ne vous en voudra pas si vous reprenez l’ancien livre de poche.