Mauvaise main de Gilbert Gallerne


Le livre :  Mauvaise main de Gilbert Gallerne. Paru le 10 janvier 2019 chez French Pulp éditions dans la collection polar. 18€. (254 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv : 

Mauvaise main

Éric, quasiment à la rue avec une femme sur le point d’accoucher, n’a plus de travail.

Il n’a qu’une seule solution pour s’en sortir : quitter la ville pour rejoindre la scierie familiale, perdue en pleine ligne bleue des Vosges.

Un retour aux sources compliqué quand on n’a pas vu les siens depuis des années.

Il y a ça, et surtout les secrets de famille, sans compter les magouilles du frère aîné qui règne en véritable tyran sur le domaine.

Une France profonde et noire où il ne fait pas bon s’aventurer…

 

L’auteur : Gilbert Gallerne a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 2010 pour son roman Au pays des ombres. Il avait publié avant cela une vingtaine d’ouvrages dans les différents registres de la littérature populaire, de la SF jusqu’au Gore. Depuis quelques années il s’est orienté avec succès vers l’écriture de thrillers. Il est par ailleurs l’auteur d’une dizaine de traductions, parmi lesquelles Danse avec les loups et Basic Instinct.

 

Extrait :
Léo et Michel ont monopolisé la conversation, ce dernier généralement pour approuver ce que dit son aîné. Les femmes n’ouvrent la bouche que pour manger. Annabelle jette de temps à autre des regards circonspects à son beau-frère. De ce qu’Élise fera ce soir dépendra son futur statut. Elle demeure à sa place. Finit son assiette. Michel se tourne vers la table des enfants et interpelle sa fille pour l’envoyer aider sa grand-mère.
L’adolescente proteste qu’elle n’a pas terminé, mais son père la fait taire et elle se lève pour se diriger vers la cuisine en traînant les pieds. Élise se demande combien de temps elle restera à la scierie. Que peut-elle envisager d’autre ? Des études ? Ou bien est-elle condamnée à demeurer Ici pour torcher les plus petits tandis que les hommes débitent le bois, jusqu’à ce qu’un voisin vienne la chercher comme une pièce de bétail ? Élise n’est là que depuis quelques heures, mais déjà elle n’en peut plus. Elle jette un regard vers Éric, ses yeux lui mangent le visage. Il fixe ses frères, sa mère, avec une avidité qui l’effraye.Il parlait rarement de sa famille, qu’l avait depuis longtemps rayée de sa vie. Le destin qui s’acharne sur eux et le contraint à revenir ici s’apprête-t-il à lui jouer un nouveau mauvais tour ? Élise a l’impression de se trouver plongée dans une de ces romanes qu’elle lit à l’occasion. Sauf qu’il n’y a pas de château, pas de bel aristocrate ténébreux. Juste une scierie au bord de la ruine, et une famille qui n’a pas voulu d’Éric autrefois et ne semble pas davantage désireuse de l’accueillir aujourd’hui.
Éléonore revient avec un plat chargé de viande et Élise oublie ses soucis pour ne plus penser qu’à la faim qui la tenaille. Solange suit, portant une marmite d’où monte une bonne odeur de chou. Elle la pose sur la table.
– Voilà ! dit Michel. C’était pas dur ! Tu peux aider, tout de même ! T’es presque une adulte maintenant !
– Presque une adulte, tu parles ! intervient Léo en saisissant sa nièce par la taille. C’est déjà une vraie petite femme ! Regarde ça : elle a des nichons !
Et il referme les doigts sur la poitrine de Solange. La gamine se tortille pour échapper à son étreinte. Elise ouvre de grands yeux. Pétrifiée. Tout le monde s’est figé et fixe la scène. Il n’y a plus que Solange qui se débat et son oncle qui lutte pour garder son emprise.
– Lâche-la !
Le cri jaillit de la table des enfants. Ludovic bondit au secours de sa soeur en renversant sa chaise. Il saisit le bras de Léo mais celui-i tient bon, amusé par les efforts de sa nièce. Léo repousse l’adolescent d’un revers de coude et, gloussant, il écrase le sein de Solange qui gémit.
– C’est du ferme, dis donc !
Il est le seul à rire. Élise agrippe la table, se tourne vers Éric. Son mari a reculé sur sa chaise, dépassé par cette violence. Personne ne bouge. Ludovic se dresse seul contre son oncle. Bernard, le fils de Léo, fait mine de se lever à son tour pour secourir son père. Elise regarde les autres. Pourquoi demeurent-ils tous à leur place, laissant Ludovic se débrouiller ? pourquoi Michel se contente-t-il d’arborer un sourire niais devant son frère qui tripote sa fille, comme si la scène n’avait pas d’importance ? Pourquoi Annabelle reste-t-elle clouée sur sa chaise, la bouche ouverte sur une protestation qui ne vient pas ? Elise se tourne pour dégager son ventre de sous la table et prend appui pour se lever.
– Ça suffit ! Lâche-là !
L’ordre a tonné de l’autre bout de la pièce. Éléonore fixe son fils. Léo la défie du regard avant de pivoter vers Solange, toujours prisonnière, puis vers Ludovic qui tire sur son bras sans succès. Il demeure ainsi trois longues secondes. Il finit par relâcher la gamine. Elle recule en trébuchant, le rouge aux joues et les larmes aux yeux. A peine Solange écartée, Léo attrape Ludovic par le col. Il contraint l’adolescent à s’abaisser jusqu’à ce que leurs visages se frôlent.
– Et toi, petit con, me parle plus jamais comme ça. Quand tu seras un homme, on verra. D’ici là, reste à ta place !
Il le rejette. Ludovic lutte pour conserver son équilibre, le défiant toujours du regard. Léo se raidit.
– Ludo ! Ça suffit ! Va t’asseoir.
L’enfant fixe sa mère sans comprendre, ce qui lui fournit une excuse pour détourner les yeux et rompre le duel  qui l’opposait à son oncle. Mâchoires crispées, contenant des larmes de rage et d’humiliation, il regagne sa place.
– Bon, dit Éléonore. L’incident est clos. Qui veut du chou ?
– Commence par Élise, dit Léo en regardant sa belle-soeur. Je crois qu’elle a tellement faim qu’elle a failli se lever
Élise prend conscience que ses phalanges sont toujours crispées sur le rebord de la table. Elle se relâche, sans cesser de fixer Léo. Elle perçoit de l’amusement dans ses yeux, mais cela ne la rassure pas. Annabelle prend son assiette et la tend à Éléonore.

 

Chronique d’une flingueuse :

Les petits mots de Flo

Mauvaise main de Gilbert Gallerne

Eric est au chômage, sa femme Elise est enceinte. En grande difficulté financière, le couple n’a pas d’autre solution que de trouver refuge dans la famille du jeune homme, qui tient une scierie dans les Vosges.
L’accueil n’est pas des plus chaleureux. Il y a là Eléonore, la mère d’Eric qui l’a confié à sa soeur à l’âge de 12 ans pour que cette dernière l’élève. Marcel, 56 ans, est l’oncle d’Eric, un personnage inquiétant, qui observe, ne s’exprime que par bribes incompréhensibles.
Les deux frères d’Eric, Léo et Michel ont pris les rennes de la scierie et sont tous les deux mariés, le premier avec Rose-Marie, femme peu aimable avec le jeune couple. Michel est marié à Annabelle, qui va se lier d’amitié avec Elise. Il y a aussi les enfants des deux couples qui observent la venue de cet oncle, Eric, porteur d’une prothèse à la main et qu’ils n’ont jamais vu.
Elise va observer, découvrir le fonctionnement de ce clan dans lequel son mari tente de s’intégrer. Et progressivement les événements vont prendre une tournure angoissante.
Gilbert Gallerne signe un roman noir très prenant, à coup de chapitres courts au terme desquels la tension va crescendo. le premier chapitre donne d’emblée le ton du roman, en décrivant une scène terrible tirée de l’enfance d’Eric.
C’est finalement Elise, le personnage principal de ce roman, celle qui va observer, ressentir, entendre, réfléchir, analyser et ce personnage féminin est vraiment très réussi.
L’atmosphère est pesante, la tension en augmentation perpétuelle ; nous sommes dans un quasi huis-clos. Les scènes qui se déroulent à l’extérieur du territoire familial sont peu nombreuses. La violence est omniprésente, sourde ou affirmée, qu’elle soit verbale, physique, sexuelle mais le roman se lit très bien car Gilbert Gallerne n’est jamais dans la surenchère.
L’écriture de l’auteur est précise, très visuelle et je n’ai pu m’empêcher de me rappeler certains films vus dans ma jeunesse, comme “Les granges brûlées” de Jean Chapot ou bien encore “La veuve Couderc”, pour l’ambiance rurale dramatique.
Un vrai coup de coeur que je vous invite à découvrir !

Dans la brume écarlate – Nicolas Lebel.


La double chronique,

vous connaissez le principe maintenant la double chronique c’est deux avis pour le prix d’un.

Deux Flingueuses vous propose leurs avis respectifs sur une même livre.

Aujourd’hui c’est Mamie Danièle et Ge notre porte Flingue qui s’y collent.

Alors bonne lecture.

Allez on démarre par la chronique de Ge

Le livre : Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel. Paru le 27 mars 2019 aux éditions Marabout  dans la collection Black lab . 19.90 € ; (389 p.) ;  15 x 23 cm.

4ème de couverture :

Dans la Brume écarlate

« Il n’y eut pas un bruit dans la rue désolée, dans la ville morte, et pourtant elle sut que quelqu’un, quelque chose était là, qui l’épiait, vorace et concupiscent, avide, alors son coeur détona et elle se mit à courir, son haleine se mêlant à la brume épaisse qui accrochait son corps, ses vêtements, ses cheveux, qui collait à sa vie, la freinait, l’empêchait de fuir ce cauchemar éveillé. Elle hurla dans sa course impossible car quelqu’un, quelque chose était là qui la talonnait, s’enivrait de sa terreur, en voulait à sa vie. »

Paris, XIIe arrondissement. Une étudiante disparaît. À travers la ville engluée dans une brume épaisse, le capitaine Mehrlicht et son équipe mènent une course contre la montre pour retrouver celui qui sème derrière lui des cadavres exsangues.

 

L’auteur : Nicolas Lebel est né à Paris où il vit encore aujourd’hui. Après quelques allers-retours aux quatre coins du globe, il revient à Paris où il tente depuis plusieurs années d’enseigner l’anglais aux Français. Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment, qui sort dans un silence prometteur. En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous, en 2014, Le Jour des morts, puis en 2015, Sans Pitié ni remords (2017-Livre de poche), puis en 2017 De Cauchemar et de feu, quatre romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent, des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste.
Animal carnivore à sang chaud, Nicolas Lebel est un roux émotif, partiellement fumeur, explorateur intrépide des Côtes du Rhône et des Whiskies Islay, une quête que les lecteurs encouragent en lui faisant de nombreux cadeaux dans les festivals
Extrait : 
« Lucie percuta un arbre surgi du brouillard, perdit une chaussure et tomba au sol, hébétée, s’empêtra un instant dans les ombres osseuses des ramures noires, se releva, reprit sa fuite aveugle, des larmes dans les yeux, traversa une ruelle en piaulant à l’aide, boitant sur son pied nu, trouva un hall d’immeuble, une porte fermée, des rangées de boutons d’Interphone, lueurs dans la nuit, pressés du plat de sa main écorchée, des anonymes qui décrochèrent mais n’entendirent que le cri aigu et lointain d’une femme avalée par le brouillard. »

 

 

Le post-it de Ge

Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel.

Quel pied, mais quel pied que ce nouveau roman de Nicolas Lebel.

Décidément je ne regrette en rien d’en avoir fait mon chouchou. Il est vraiment talentueux ce garçon et il a une vraie plume.

Dans la brume écarlate on retrouve le petit capitaine Mehrlicht et son équipe engluée dans de sombres histoires. On retrouve la gouaille de Mehrlicht, son sale caractère. On retrouve ses lieutenants, Dos Santos, ses doutes et ses travers, Latour et son âme d’infirmière toujours au chevet de la veuve et l’orphelin.

Notre joyeuse bande d’enquêteurs, joyeuse pas si sure, va être confronter à de drôles d’enquêtes.

Sa fille, Lucie, une étudiante, n’étant pas rentrée de la nuit, une femme sollicite le capitaine Mehrlicht au commissariat du XIIe arrondissement de Paris. Dans le même temps, son équipe est appelée au cimetière du Père-Lachaise, où les gardiens ont découvert une mare de sang, mais pas de corps. Un peu plus tard, le cadavre exsangue d’une femme est retrouvé dans la Seine.

Avec ce 5e opus des aventures de Merlich, Nicolas Lebel a décidé de rendre hommage au roman gothique. Dans les brume écarlate en utilise tout les codes, un lieu inquiétant, des éléments naturels appropriés, la présence de l’au-délà et et une atmosphère d’angoisse et de mystère.

Notre auteur joue à merveille avec ces codes. Il distille tout au long de cette enquête classique des petites touches de surnaturel. Il soigne ses décors, il s’attache même à ceux ci, les eaux trouble de la seine, les histoires mystérieuses du cimetière du Père-Lachaise …

Mais il n’en oublie pas pour autant la réalité sociale de notre époque. L’Immigrations.  Les migrants sont aussi un de thème de ce roman. La peur de l’autre, la xénophobie, l’invasion de notre pays par des milliers de musulmans potentiels terroristes. Ces émigrés révélateurs de nos peurs ancestrales. L’insécurité sur laquelle surfe quotidiennement l’extrême droite et la droite extrême propageant insidieusement ses idées nauséabondes.

On aborde aussi ici le thème des violence faites aux femmes. Nicolas Lebel se pose en féministe, évoquant la place de la femme dans notre société. La vision que le monde a et a eu de la femme à travers le temps. La femme victime de l’oppressions des hommes et des classes dominantes.

D’ailleurs l’idée du roman gothique est une nouvelle fois bien vu, les femmes, notamment les britannique ayant été les pionnières du genre. On pense à Clara Reeve, Ann Radcliffe, Sophia Lee et Charlotte Smith. De Charlotte Drake à Mary Shelley et son Frankenstein. Ces femmes qui ont façonné la littérature gothique pour en faire une littérature noire.

D’ailleurs il est très plaisant de retrouver des citations de ses œuvres majeures du roman noir anglais tout au long de notre lecture. Mary Shelley bien-sur mais aussi  Bram Stocker et son Dracula ou encore Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray. On y entrevoit aussi Edgar Allan Poe mais aussi le docteur Jekyll et son  double M. Hyde. 

Et puis la poésie, l’onirisme sont toujours présent dans les livre de Nicolas Lebel. Les mythes, les légendes aussi. Cette fois c’est vers la Roumanie qu’ils vont nous transporter avec la figure de Vlad l’empaleur et de toutes ses représentations contemporaines.

Bref vous l’aurez compris je me suis régaler à la lecture de ce titre de Nicolas Lebel.

Surtout que notre auteur sait distiller à merveille des petites touches d’humour bienvenues au milieu de toute cette tension. Et croyez moi, vous aussi vous allez vouloir tenter les sélections pour « Question pour un champion. » Mais quelle trouvaille mister Niko….Je ne vous en dis que ça, je ne vous en dis pas plus….

Une lecture enthousiaste comme lorsque je j’avais découvert il y a une petite quinzaine d’année  Les ogres du Gange de Philippe Cavalier , le premier volume de la tétralogie Le siècle des chimères.

Dans la brume écarlate est un roman brillant,  intense , flamboyant un grand roman

Dans la brume écarlate est de ces titres qui vous mettent du baume au cœur et qui vous redonne goût à la lecture. Merci pour cela aussi Nicolas.

 

Extraits :
« Aujourd’hui on percevait encore le célibat d’une femme comme la dernière des tares, et chacun de ses proches s’ingéniait à proposer untel, l’ami d’amis, souvent Prince des Tocards ou Archiduc des Blaireaux, parce que à leurs yeux il valait mieux qu’une femme fût mal accompagnée que seule. Il en allait ainsi depuis la nuit des temps : la femme seule ne savait pas se tenir. »
« – Tout ça parce que vous prenez la tangente ? Vous laissez les potos clapoter dans la mistoufle ? La mistoufle ? répéta Matiblout , cueilli . La mistoufle ! Parce qu’on va se dorer la lune dans les sphères . Mais enfin capitaine… Y’a pas de  » capitaine « , patron ! La demande de bornage ! Ca fait deux plombes qu’on l’attend ! Et l’autre jean-foutre de Dubois qui a de la pisse de chat dans les veines et qui tricote des pincettes dès qu’il a une responsabilité ! Les  » pincettes  » ? Mais…et c’est pas avec les quiches qu’on a ici , les Truffeau et consort,qu’on va relever le niveau ! A croire qu’on regroupé tous les décébrés de la police nationale dans le même zoo ! »

 

 

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic


Le livre : De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic. Paru le 2 mai 2019 aux Editions Albien Michel dans la collection Thrillers. 21€90 ; (420 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

De bonnes raisons de mourir

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment.

Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante.

Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

 

L’auteur : Morgan Audic est né à Saint-Malo le 30 janvier 1980 et a grandi à Cancale. Il vit depuis plus de dix ans à Rennes, où il enseigne l’histoire et la géographie en lycée.
Il est l’auteur de « Trop de morts au pays des merveilles« , un thriller publié en 2016.

 

 

 

 

Extrait :
Grincements métalliques, respirations sifflantes.
Il s’éveilla dans une pénombre inquiétante, traversée de flashs vert et bleu chaque fois qu’il clignait les paupières. L’air était lourd, saturé d’une puanteur âcre de corps mal lavés mêlée à des d’odeurs d’antiseptique et d’alcool fort.
Où je suis ?
Ses yeux s’habituèrent à la faible luminosité de la pièce et il aperçut une rangée de lits plaqués contre le mur en face de lui. Ils étaient occupés par des êtres informes et gémissants qui remuaient lentement leurs membres comme des scarabées à demi écrasés agitent leurs pattes avant de s’éteindre.
Bouge !
Une pulsion au fond de son crâne lui criait de fuir. Il essaya de se redresser, mais ses poignets et ses chevilles refusèrent de se décoller du matelas. Avec horreur, il réalisa qu’ils étaient attachés au cadre du lit par des sangles. Il tira de toutes ses forces pour arracher ses liens, mais l’effort lui fit tourner la tête au point qu’il crut s’évanouir. Désorienté, le corps baigné d’une sueur froide et grasse, il tenta de se rappeler comment il était arrivé ici.

 

Le post-it de Ge

De bonnes raisons de mourir – Morgan Audic

Un cadavre mutilé est découvert à Pripiat, ville près de Tchernobyl. Le commandant Melnyk, policier ukrainien animé par le sens du devoir, est chargé d’enquêter tandis qu’Alexandre Rybalko, policier russe a été engagé par le père de la victime pour retrouver l’assassin et le tuer. Leurs investigations se croisent et les conduisent sur la trace d’un double homicide commis la nuit du 26 avril 1986.

J’ai adoré ce bouquin, j’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de Morgan Audic Trop de morts au pays des merveilles, qui avait été un de mes coup de coeur 2016.
Mais là quel coup de maître, Morgan Audic nous offre un roman policier parfait. A la fois roman noir, roman d’espionnage, cold case est un formidable thriller. De bonnes raisons de mourir, est la révélation de ce premier semestre 2019.

Je vous le disais, tout y est.
L’intensité de l’intrigue, le charisme des personnages, la véracité des thèmes exploités.
C’est parfait et parfaitement dosé. C’est formidablement maîtrisé. L’écologie, géopolitique, les enjeux économiques rien ne manque. Sans oublier cette guerre larvée au cœur de notre bonne vieille Europe.
Bien mieux qu’un bon documentaire sur ses sujets, ce titres se lit avec un tel plaisir, une telle intensité qu’on ne peut le lâcher
L’écriture et le style de notre auteur en font un magnifique thriller qu’on lit d’une traite malgré ces 420 pages.

C’est très cinématographie, ça s’imprime sur votre rétine et ça reste gravé dans votre cerveau.
Un putain de bouquin, un page turner certes mais qui restera longtemps dans nos esprits.

Surtout ne passez pas à coté.

Vous ne le regrettez pas, foi de porte flingue.

Une putain d’histoire – Bernard Minier


Une putain d'histoire MinierLe livre : Une putain d’histoire de Bernard Minier. Paru le 12 mai 2016 8€30 ; (597 p.) ; illustrations en noir et blanc, cartes ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Hors des flots déchaînés, une main tendue vers le ciel. Un pont de bateau qui tangue, la pluie qui s’abat, et la nuit… Le début d’une «putain d’histoire».

Une histoire d’amour et de peur, de bruit et de fureur. L’histoire de Henry, 17 ans, que le meurtre de sa petite amie plonge dans l’enfer du soupçon. Sur son île, Glass Island, battue par les vents, cernée par la brume 360 jours par an et uniquement accessible par ferry, tout le monde connaît tout le monde, jusqu’au plus noir de ses secrets. Ou du moins le croit-on.

Quand la peur gagne, la vérité s’y perd…

 

 

 

bernard minier fsn
L’auteur : Dès la parution de son premier roman, Glacé, prix du meilleur roman francophone du festival Polar 2011 de Cognac, Bernard Minier rencontre un très grand succès. Ses deux derniers ouvrages, Le Cercle et N’éteins pas la lumière, le confirment comme un auteur incontournable du polar français. Ses romans sont traduits dans quatorze langues.

 

 

Extrait :
J’ai continué à fixer les photographies – ces témoignages d’une enfance heureuse. Heureuse : vraiment ? Existe-t-il témoignage plus mensonger que celui d’une photographie ? Plus je les scrutais, plus j’avais l’impression de voir autre chose dans ces souvenirs : un petit garçon qui jouait, qui s’amusait, mais qui avait toujours un air triste. Parce qu’au fond de lui, il savait que la situation n’était pas ce qu’elle aurait dû être. Il l’avait toujours su, ce petit garçon – je m’en rendais compte à présent -, il avait toujours su que sa mère n’était pas une de ces femmes, qu’elles avaient pris sa place, qu’elles jouaient son rôle mais qu’elles ne la remplaceraient jamais.
Les larmes se sont mises à couler sur mes joues.
Il savait pertinemment, au tréfonds de son être, qu’il était un orphelin, un enfant adopté, un petit être déplacé… Il le savait d’instinct, comme un animal sauvage, qui feint d’être domestiqué mais qui n’en oublie pas pour autant la liberté d’antan.

Le OFF de OPH

 » Une putain d’histoire » de Bernard Minier, jamais un roman n’aura porté aussi bien son nom!

Quand Henry et ses amis se mettent à la recherche de l’assassin de l’une de leurs amie, ça vous donne une « putain d’histoire » dans laquelle je me suis revue à quinze ans à me raconter les miennes devant les fictions télé… le récit à la première personne du singulier m’a permis de m’identifier à chaque fois à Henry, retrouvant les codes des adolescents dans un récit résolument moderne.

« Une putain d’histoire » c’est un vrai polar comme je les aime, avec des personnages si bien dépeints qu’ils ont pris vie dans mon esprit au point d’en devenir presque palpables… Henry, Charlie, Naomie auraient pu être ces ados que je croise chaque jours dans le métro… Mais les personnages à eux seuls ne font pas toute une histoire et Bernard Minier nous sert ici un repas complet avec mise en bouche pour vous ouvrir l’appétit, un plat copieux mais terriblement bien assaisonné et un dessert explosif qui vous laisse scotché dans les dernières pages!

 » Au commencement était la peur…

Hors des flots déchaînés, une main tendue vers le ciel. Un pont de bateau qui tangue, la pluie qui s’abat, et la nuit… Le début d’une  » putain d’histoire « .
Une histoire d’amour et de peur, de bruit et de fureur. L’histoire de Henry, 17 ans, que le meurtre de sa petite amie plonge dans l’enfer du soupçon. Sur son île, Glass Island, battue par les vents, cernée par la brume 360 jours par an et uniquement accessible par ferry, tout le monde connaît tout le monde, jusqu’au plus noir de ses secrets. Ou du moins le croit-on.
Quand la peur gagne, la vérité s’y perd… « 

Je me suis attachée à Henry et ses amis, j’ai eu peur avec eux au cours de l’enquête, je voulais comme eux retrouver l’assassin de leur amie… Mais quand la tempête a cessé et que le calme est revenu sur Glass Island, j’ai eu du mal à me remettre de cette « Putain d’histoire »!

Vlast de Peter Higgins


La journée fantastique

Vous le savez déjà, le 28 du mois chez Collectif Polar c’est notre journée SFFF.

Aujourd’hui c’est un peu spécial car une alors vous proposé une double chronique.

J’ai je l’avoue un peu obligé notre Jumelle infernale à lire ce titre que j’avais énormément aimé.

Alors c’est partie pour le double chronique de Vlast 1/2


Le livre :Vlast de Peter Higgins. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Arnaud Demaegd. Paru le 19 mars 2014 au éditions Bragelonne. 20€ ; (505 p.) ; 21 x 14 cm.

4e de couv :

La corruption règne à Mirgorod.

Entre agents du parti et révolutionnaires fanatiques, cabarets décadents et exécutions sommaires, survivre est un défi quotidien dans la gigantesque capitale du Vlast. Lorsque l’inspecteur Vissarion Lom est chargé d’arrêter un terroriste qui menace le parti, il ne se doute pas encore que son enquête va le mener jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, et lui faire découvrir un secret lié à son propre passé. Sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme, Maroussia, proche du criminel qu’il est censé traquer, achève de faire basculer Lom dans un monde de faux-semblants, ambigu et vénéneux…

 

L’auteur :Peter Higgins a enseigné l’anglais à Oxford, a été chercheur et a travaillé dans la haute administration britannique. À mi-chemin entre Boulgakov et John Le Carré, unanimement salué par la critique, Vlast nous entraîne dans les bas-fonds d’un univers crépusculaire et envoûtant.

 

 

 

Extrait : 
C’est le futur. Un futur qui requiert de nouveaux modes de pensée : une nouvelle philosophie, une nouvelle moralité, un nouveau genre d’hommes. Tout ce qui est vieux et inutile doit être détruit pour laisser la place à l’avenir.

La journée fantastique  de Ge

La journée fantatisque est un peu spéciale aujourd’hui.

En effet, je vais vous parler d’un roman que je qualifierais de transgenre.

De plus en plus les genres SF et polar se mélangent. L’anticipation devient elle aussi un nouveau genre du roman policier.

On va au-delà de la simple critique sociale, on projette celle-ci pour imaginer le monde de demain et tenter de décrypter ses dérives possibles.

Dans une Russie soviétique imaginaire l’inspecteur Lom traque un terroriste. Il côtoiera des agents du parti, des révolutionnaires fanatiques, des anges, des géants… Entre les éléments déchaînés et les exécutions sommaires il découvrira les secrets les mieux gardés. Et découvrant la corruption qui gangrène la ville, le policier décide de rejoindre la résistance. Un roman dense et déroutant basé sur l’histoire et les mythes de la Russie. Un roman comme je les aime, mélangeant les genres, les détournant. Jouant avec tous les codes connus pour nous faire vivre une aventure épique et singulière. Une Urban Fantasy très réussi, un excellent premier roman , il n’est pas sans me rappeler « The City and the City » de China Mieville.

Vlast de Peter Higgins : le souffle et l’âme russe entre légendes et roman noir.

 

Les petits + de Collectif Polar

C’est le premier titre de la nouvelle collection de Bragelonne : L’Autre.

« Il y a toujours eu dans notre catalogue des ouvrages différents de l’image générale de Bragelonne : des romans littéraires, hybrides et originaux. Des romans qui ne correspondent pas exactement à un genre, une cible, une catégorie. Soit parce qu’ils mélangent les genres, les références et les inspirations au point de ne pouvoir être rangés sous aucune des étiquettes habituelles (SF, Fantasy, fantastique, policier etc.). Soit parce que les éléments imaginaires n’y sont qu’un mince prétexte, se fondent dans le récit plutôt que d’être développés et explorés, et servent à déclencher et mettre en valeur une histoire essentiellement humaine et universelle. Ce sont des romans fusion, inclassables, étonnants, qui surprennent et provoquent, mais savent aussi toucher et convaincre le grand public par leur puissance, leur personnalité et leur sensibilité littéraire. L’Autre Bragelonne est la collection qui réunit désormais ces ouvrages. » (cf. Le blog de Bragelonne).

Petite précision de votre porte flingue :

Vlast et le premier tome d’une trilogie. Mais les deux tomes suivant ne sont toujours pas édité en français. Alors si Bragelonne nous entend, s’il vous plais, faites que la suite de Vlast soit vite disponible pour les lecteurs car nous sommes tous, je suis très impatiente de lire le suite et la fin de cet opus qui déjà semble être une oeuvre majeur.

Les rêves de guerre de François Médéline


Le livre : Les rêves de guerre de François Médéline. Paru le 5 mai 2014 à la Manufacture de livres. 20€90 ; (327 p.) ; 23 x 14 cm.

Réédité le 7 janvier 2016 chez Point. 7€90 ; (381 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

J’aurais pu le buter, premièrement pour être arrivé dans ma télé, deuxièmement pour avoir parlé de la maman comme ça, troisièmement pour qu’il me jure sur sa putain de supériorité mentale que c’était faux, quatrièmement pour avoir parlé de la maman comme ça, cinquièmement pour avoir le nom du passeur, le Suisse, là, qu’elle suçait le soir, sixièmement parce qu’il avait une sale gueule et puait l’alcool, septièmement au cas où quelqu’un d’autre que moi ait reconnu la maman, huitièmement pour le flinguer, parce qu’il serait juste qu’il crève, et y’a pas de lois pour le dire, c’est la justice, la vraie, celle qui n’est jamais rendue ici bas.

Il a toussé, la fille lui a caressé le dos. Il a repris sa respiration.

Sur les rives du lac Léman, Michel Molina, flanqué de son collègue l’inspecteur Grubin, navigue entre seconds couteaux illuminés, membres du grand banditisme et politiques taiseux près de cette gigantesque masse d’eau prisonnière des montagnes… Manipulations, résilience, sexe, pouvoir, honneur : la petite histoire va percuter la grande. De Mauthausen, son bordel, aux routes froides de Savoie, entre enquête policière et mise en abyme, Les rêves de guerre nous questionnent sur le sens de l’écriture et sur les mécanismes qui conduisent des hommes à prendre la vie des autres.

L’auteur : Naissance à Tassin-la-Demi-Lune le 10 septembre 1977. Cadet d’une fratrie de trois garçons, natif de la banlieue lyonnaise, François Médéline est élevé par sa mère, dans le village de Vernaison au sud de Lyon. Il émigre à Romans-sur-Isère à onze ans. Il y suit ses études secondaires et fait son apprentissage du rugby et du grec ancien. Diplômé de l’Institut d’Étude politique de Lyon où il a été chargé d’enseignement et de recherche (en particulier en sociologie politique), il aime pêcher la perche au bord du lac Léman, ramasser des trompettes de la mort et jouer à la belote coinchée. Il est avec la même fille depuis vingt ans et a deux enfants. Il vit et mange politique. Il a commencé à écrire sérieusement à vingt ans quand il a lu Le Grand nulle part de James Ellroy même s’il en avait envie depuis ses onze ans, et la lecture de L’Étranger d’Albert Camus. Petit lecteur, ses goûts littéraires sont variés : Mort à crédit de Céline, Demande à la poussière de John Fante, Pas d’orchidées pour Miss Blandish de James Hadley Chase, Premier amour de Tourgueniev, Bel ami de Maupassant, Le Dernier baiser de James Crumley, Journal d’un vieux dégueulasse de Charles Bukowski. Il a vu une quinzaine de fois Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, adore Mulholland drive de David Lynch. Il n’a aucune culture musicale.

 

 Extrait : « Des pauvres, il en tombe tous les jours à la carrière, au revier, dans les baraques, les wagons, dans les tunnels, sur la route, à l’appel. Des numéros, des riches aussi, les riches tombaient vite, tous pauvres. Des centaines : chaque jour, tous les jours, depuis le premier et jusqu’au dernier, jusqu’aux volutes qui s’échappaient de la cheminée pour le firmament de nos peines. Un riche pèse lourd, un pauvre pèse lourd, un Juif pèse lourd, un pédé pèse lourd, les Russes étaient grands, les Russes pesaient lourds. « 

 

Le post-it de Ge

Les rêves de guerre de François Médéline : un « presque coup de coeur »

Les rives du lac Léman, à la fin des années 1980. Une enquête criminelle force le policier Michel Molina à affronter ses zones d’ombre et un lourd passé familial, remontant à 1943, quand sa mère devait se prostituer au dispensaire du camp de Mauthausen.

Avec ce second titre, François Médéline confirme tous le bien que l’on pense de lui, enfin de son travail d’écriture.

Car Médéline c’est un style, percutant, vif, alerte. Une écriture acérées qui transperce les pages. C’est aussi une histoire qu’il maîtrise de bout en bout. Nous faisons traverser les décennies en nous bousculant. Le tout est assuré à la perfection.

Les personnages aussi sont ciselés, travaillés dans leur moindre faille. Avec Médéline rien n’est laissé au hasard.

Plus qu’un roman noir,  » les rêves de guerre » est une réflexion sur l’humanité, sur les Humanités. Sur la littérature aussi est son rôle salvateur.

Médéline met en scène une effroyable mécanique. Une mécanique qui va vous broyer, vous bousculer, vous malmener. Vous allez douter,

vos convictions vont voler en éclat. Car ce roman est un choc. Un choc frontal qui plus est.

Et pourtant parfois, l’auteur me laisse l’impression de vouloir en faire trop. De s’écouter écrire. C’est sans doute ce qui me fait dire que ce titre est « un presque coup de cœur ».

Mais que cela ne vous empêche surtout pas de lire ce titre car la voix singulière de François Médéline ne vous laissera pas indifférent.

Manhattan chaos de Michaël Mention


Le livre : Manhattan chaos de Michaël Mention. Paru le 7 mars 2019 chez 10/18 dans la collection Grands détectives. 7€10 ;  (210 p.) ; 18 x 11 cm.

4e de couv :

Manhattan Chaos

New York, 13 juillet 1977.

L’été de tous les extrêmes : alors que la ville est en faillite, une canicule sans précédent sévit et le tueur Fils de Sam rôde dans les rues. Tandis que le soleil se couche sur Manhattan, une coupure de courant survient. Huit millions d’habitants sont plongés dans l’obscurité : c’est le black-out et la panique s’empare de la ville.

Cloîtré chez lui, rongé par la drogue, le célèbre musicien Miles Davis a mis un terme à sa carrière et s’enlise dans la dépression. En manque d’héroïne, il se résout à sortir en quête d’un dealer lorsque des émeutes se déclenchent. Débute une nuit de terreur, où il va se heurter aux pillards et aux fantômes de Manhattan. Traqué d’un siècle à l’autre, la star déchue fera tout pour survivre, alors qu’un mal mystérieux le ronge de l’intérieur.

 

L’auteur : Michaël Mention est né en 1979. Enfant, il se passionne pour le dessin. Adolescent, il réalise plusieurs bandes dessinées. Étudiant, il intègre un atelier d’écriture et rédige de nombreuses chroniques satiriques, avant d’écrire son premier roman. Passionné de rock, de cinéma et d’histoire, sa trilogie policière consacrée à l’Angleterre a été récompensée par le Grand Prix du roman noir au festival international de Beaune en 2013 et le Prix Transfuge meilleur espoir polar en 2015. Power son dixième roman est pour moi le livre de 2018, il a reçu 3 fabuleux prix seulement j’ai envie de dire et c’est bien dommage. Manhattan chaos est donc le 11e roman de ce jeune auteur surdoué.
Extrait :
Tremblant, j’extirpe l’aiguille de ma veine. L’élastique claque, fouette mon mollet engourdi. L’héroïne se diffuse, je la sens monter, brûler mes muscles, mes os, mon cerveau enfiévré.
Ma vision se trouble, altère l’aube en champignon atomique. Ses rayons traversent mes fenêtres pour découper l’atmosphère grisâtre, colorant les mouches et les déchets un peu partout. Ici, dans mon appart’ immense et ultrachic de l’Upper West Side de Manhattan. Deux ans que j’y vis cloîtré. Deux ans que je macère dans le ras-le-bol.
Usé.
Tellement.
Trop de concerts, trop d’excès, trop de trop.
Des années que je tirais sur la corde et, forcément, je ne pouvais que craquer. Après tout, c’est arrivé aux plus grands, d’Alexandre à Attila. L’homme ne bâtit jamais que sa propre fin, je le sais à présent.
C’est à cause du son. Toute ma vie, je l’ai traqué. J’étais fou comme Dalí, précis comme Robinson, et me voici amorphe comme une merde. Une sale merde dépressive, rongée par le mal : ulcère, pneumonie, diabète, tendinite, fractures, prothèse de hanche… on m’a soigné, bricolé un milliard de fois, mais ma chair n’a pas oublié. Et si je pèse cinquante kilos, c’est que j’ai des chaînes en or.

 

Le post-it de Ge

Manhattan chaos – Michaël Mention

Dans son nouveau roman Michaël Mention nous embarque à New York à la fin des années 70. Il nous fait vivre une nuit de folie. Celle du 13 juillet 1977, quand NYC se retrouve dans l’obscurité totale, une panne d’électricité paralyse la ville aux millions de lumière. Enfin paralyse n’est pas le mot puisque ce noir totale va mener la population à la panique, des scènes de violence inouïes vont se dérouler, le pillage va devenir la loi. Bref le chaos envahit la ville.

Et pour nous faire vivre ce chaos, Michael nous offre un guide de choix en la personne de Miles Davis le grand jazzman. Ok ici c’est pas le Davis de année cinquante et soixante, c’est pas non plus celui du début des année soixante- dix qui tente de renouveler son art au grand dam des puriste. Non c’est un Davis fatigué, déçu par les critiques, un musicien qui n’a plus d’énergie, à la dérive, fatigué par 30 ans de carrière où il a tout donnée à son art, à sa musique. Un musicien usé aussi par les excès. Car la drogue et le sexe n’est pas seulement l’apanache du rock’n roll.

Alors Davis se replis, il s’enferme chez lui dans son grand appartement qui deviendra sa prison dorée. Mais voilà le soir du 13 juillet 77, il est en manque, plus d’héroïne à s’injecter dans les veines pour supporter le morne quotidien. Aussi va-t-il être obligé de sortir, dans la nuit noir. La nuit brutale, la nuit de tous les dangers.

Et à travers la folle déambulation de Miles Davis c’est tout New York qui va s’ouvrir devant nous, tout le chaos de Manhattan qui va se dévoiler. Car New York est bel et bien le personnage principal de ce surprenant et épatant roman.

New York, Michaël Mention nous en parlait déjà dans son true crime, Le fils de Sam paru il y a 5 ans déjà qui raconte la triste histoire de David Berkowitz, surnommé le Fils de Sam, un serial killer qui entendait des voix diaboliques et qui sema une véritable psychose durant l’été 77 à NYC .

Avec cette histoire il nous contait déjà la déchéance du  New York des Seventies.

Là il va encore plus loin, car dans son délire, Davis, lui aussi entend des voix ou plutôt il est confronté à un Faust imaginaire ou pas. Un homme qui voyage dans le temps, un type qui lui prédit l’avenir en lui montrant le passé..Aussi va t-on revivre des moments clé de l’histoire de Manhattan. L’incendie de la Triangle Factory en 1911, les émeutes de 1863… On plonge aussi dans le KKK des année 20 avec ses 5 millions de membre. Le Ku Klux Klan devient une force politique influente et puis le krack bourcier de 29…

Ici Michaël Mention confronte le présent au passé, il nous montre que tout est relié, que les événements passés forgent les mentalités d’aujourd’hui.

Et puis il y a l’écriture scandée de Michaël, syncopée, cadencé. Un rythme qui s’accélère, un tempo qui souffle sur ces lignes, sur la ville et qui emballe le cœur fragile de Miles Davis.

En un peu plus de 200 pages Michaël Mention nous fait vivre à 100 à l’heure. 200 pages pour un énorme bouquin. Un livre comme vous n’en aurez jamais lu. Une expérience unique. Une improvisation extraordinaire, un jam hors du commun. Encore un sacré tour de force de notre auteur.

Et pour faire écho à ce nouveau coup de coeur, je vous invite aussi à allez lire Power son précédent roman. Un roman vérité sur le combat des afro-américains chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés. Après l’assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party : l’organisation défie l’Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos. Alors qu’enlisés au Vietnam, les États-Unis traversent une crise sans précédent : manifestations, émeutes, explosion des violences policières.

Allez go, go go, en lit, en relit et en découvre Michaël Mention, et fissa !

Pour moi Mention est l’un des meilleurs auteurs français de romans noirs ! parole de Porte Flingue.

Son autre mort de Elsa Marpeau


Son autre mort de Elsa Marpeau. Paru le 7 mars 2019 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 20€ ; (288 p.) ; 21 x 14 cm.
4e de couv :
Alex mène une vie normale jusqu’à l’arrivée de l’écrivain Charles Berrier dans le gîte rural qu’elle tient avec son mari. Une nuit, l’homme essaie de la violer. En cherchant à se défendre, elle le tue. Paniquée, craignant que les conséquences de son acte ne détruisent sa famille, Alex dissimule le corps. Avant que la disparition de Berrier ne soit connue, et pour éloigner d’elle les soupçons, Alex décide de s’infiltrer dans son entourage pour trouver qui, parmi les proches de l’écrivain, aurait pu l’assassiner…

Elsa Marpeau• Crédits : Francesca Mantovani/Gallimard

L’auteur : Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Son autre mort est son sixième roman à la Série Noire, après notamment Les yeux des morts, prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011, L’expatriée, prix Plume de Cristal 2013, ou encore Et ils oublieront la colère en 2015. Elle est également la créatrice de la série Capitaine Marleau.

 

Extraits : 
« Quand ils s’étaient rencontrés, elle avait dix-neuf ans. Elle en aurait quarante dans quelques jours et elle n’imaginait pas comment elle avait vécu ou aurait pu vivre sans lui. Elle aimait la monotonie du quotidien, les bonheurs minuscules, les moments où l’habitude abolissait l’angoisse. Quiconque eût interprété cet amour comme une forme de résignation serait passé à côté de l’essentiel. Certains jours, Alex aimait Antoine avec exaltation. »
« En temps normal, Antoine déposait les filles à l’école en se rendant à Nantes, au lycée Clemenceau où il enseignait. Dans la mesure du possible, Alex évitait les interactions avec l’école, les parents d’élèves, le personnel enseignant, qui l’effrayaient tout particulièrement. Sa scolarité, du primaire au lycée, ne lui avait laissé que des souvenirs de combats et de cruauté. On la disait trop sensible.
Ses filles semblaient mieux armées qu’elle pour affronter cet univers brutal. Elle préférait néanmoins ne pas être témoin des conflits quotidiens auxquels elles se livraient et qu’Alex trouvait insurmontables.
Elle ne se rappelait plus depuis combien de temps elle les craignait. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne. Elle se revoyait à six ans, ravie parce qu’une « grande » de CM1 l’avait prise sous sa protection. Pourtant elle n’était pas battue, pas même harcelée. Alors de quoi fallait-il être protégée ?
Elle craignait la cruauté des autres – physique mais surtout mentale. Aujourd’hui encore. Elle ne comprendrait jamais ceux qui n’ont pas peur, ceux qui n’y pensent pas, ceux qui ont confiance. Derrière chaque visage, elle imaginait l’abîme de noirceur. La main de celui qui appuie sur le bouton pour déclencher la décharge électrique dans l’expérience de Milgram. Quelle confiance ? Confiance en quoi, si n’importe qui, soumis à un ordre, est prêt à vous torturer jusqu’à la mort ? Depuis la découverte de la Solution finale, de Dachau, d’Auschwitz, de Buchenwald, de Ravensbrück, de Belzec, de Sobibor, de Treblinka, qui pouvait encore croire en l’humanité ? Une espèce qui non seulement massacre toutes les autres mais se détruit elle-même doit être évitée à tout prix. Il ne s’agit pas de cultiver son jardin, mais d’y dresser des murs, des barricades, pour se mettre à l’abri.
Aucune bête aussi féroce. Aucun animal plus cruel. »

 

Le post-it de Ge

Son autre mort d’Elsa Marpeau

 

Vous savez ce que j’aime chez Elsa Marpeau, c’est qu’elle se réinvente à chaque nouveau bouquin. Pas de héros récurrents, des nouveaux personnage à s’approprier à chaque nouvelle histoire. Des nouveaux lieux aussi.

Mais il y a chez Elsa une constante que j’admire, elle nous présente toujours des héroïnes fortes même lorsque leur intégrité physique est en jeu.

Ici nous allons suivre Alex. Alex que l’on présente comme une femme discrète. Une femme dévoué à sa famille. Une femme aimante. Alex qui sait écouter, qui observe, qui ne se place jamais au centre des débats, des conversations.

Alex toute en retenue, interagissant peu avec les autres, effacée en société, réservée presque invisible.

Alex tient des chambres d’hôtes dans la campagne nantaise. Ce n’est pas la foule dans ce coin trop tranquille aussi pour passé le temps, Alex écrit. Elle s’essaie à l’art subtil de la nouvelle. Un jour elle reçoit un hôte un peu particulier. Un de ses auteurs favoris. Un prix Goncourt,  Charles Berrier. Un auteur qu’elle admire. Il s’est mis au vert pour écrire son prochain roman.

Elsa Marpeau met en place tranquillement tout les ingrédients de son histoire. Elle nous révèle par petites touches les personnalités de ses diverses protagonistes. Simplement, elle tisse les liens qui les relient les uns aux autres. Peu à peu, on sent monter la tension et on attends avidement le drame.

Avec son écriture clinique, elle nous tiens à distance, juste ce qu’il faut pour mieux nous plonger ensuite dans le tourmente.

Oui l’écriture d’Elsa Marpeau, clinique presque froide. Une écriture qui montre simplement. Qui place l’histoire à distance, juste ce qu’il faut pour que nous lecteurs ou lectrices nous puissions nous immiscer dans les interstices que nous laisse l’auteur afin de mieux ressentir l’atmosphère, le suspense, la tension qui monte et les motivations des protagonistes. Bref que nous ressentions les émotions de chaque situation.

En effet, la vie d’Alex va exploser le jour de ses 40 ans. Le jour où  Charles Berrier tentera de la violer.

Et là démarre une autre histoire.

A partir de là Alex va devenir une autre. Je ne vous dit pas comment, je vous le laisse découvrir. Cette autre Alex, c’est que du plaisir. Et si elle devient cette autre c’est pour mieux enquêter sur la personne mais aussi le personnage qu’est et que joue au quotidien Charles Bernier. Elle va totalement devenir lui, penser comme lui. Elle va faire revivre au yeux de tous cette homme qu’elle a tuait et dont elle a dissimulé le corps.

Ainsi décide-t-elle de prendre son destin en main. Et notre auteur une nouvelle fois nous bluffe en nous faisons nous attacher à une meurtrière. Alex a tué, pourtant je vous jure que tout au long du bouquin j’ai souhaité qu’Alex s’en sorte !

Et en plus de nous servir une intrigue menée avec brio, Elsa Marpeau nous propose quelques autres pistes. Des pistes de réflexions sur la création littéraire, sur le petit monde qui gravite autour de la littérature. Ce microcosme diffus qui grouille autour d’un auteur, d’un auteur à succès qui plus est. Une réflexion sur le statut d’écrivain.

Elle nous parle aussi des réseaux sociaux, des dérives qui en découlent, des faux-semblants, des hypocrisies,  de la violence qu’ils peuvent engendrer.

Elle nous parle des femmes et du monde qui les entoure.

Elle nous offre un parfait suspense psychologique. Alex, la phobique sociale va se métamorphoser et nous allons suivre cette périlleuse et pernicieuse transformation. Et jusqu’à bout on se demande comment tout cela va-t-il bien pouvoir finir.

Encore un super scénario de dame Marpeau !

Animal de Sandrine Collette


Le livre : Animal de Sandrine Collette. Paru le 7 mars 2019 chez Denoël dans la collection Sueurs Froides.  19€90 ; (282 p.) ; 23 x 16 cm.

4e de couv :

Humain, animal, pour survivre ils iront au bout d’eux-mêmes.

Un roman sauvage et puissant.

Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher.

Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d’animal.

Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même.

SANDRINE FSNL’auteur :  Sandrine Collette est née en 1970. Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.
Elle devient chargée de cours à l’Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.
Elle décide de composer une fiction et adresse son manuscrit aux éditions Denoël. Il s’agit « Des nœuds d’acier« , publié en 2013. Son premier roman rencontre un vif succès critique et public avec 20 000 exemplaires vendus. Il obtient le Grand Prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne.
En 2014, elle publie son second roman « Un vent de cendres » (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête.
Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches » (2015).
« Il reste la poussière » (2016) obtient le Prix Landerneau du polar. En 2017 paraît « Les larmes noires sur la terre« . En 2018 elle nous surprend avec  » Juste après la vague« .
Extrait  :
Les enfants s’étaient habitués à la ville en quelques semaines. Ils avaient appris à parler – Nin surtout, qui était si bavarde, et à qui Mara ordonnait de se taire malgré le joli roulement de sa voix claire et rieuse, parce que la fatigue l’emportait toujours, et qu’elle voulait du calme.
La montagne lui manquait, et les cris des animaux, la solitude, les nuits noires. Ici, rien ne s’arrêtait jamais, ni le bruit chez les voisins, ni la proximité insupportable, ni les lumières qui empêchaient de voir l’obscurité et la lune. Elle avait presque oublié l’odeur des pins quand l’été chauffe la résine, celle des herbes sèches, celle de la pluie sur une terre propre, qui fait s’ouvrir les fleurs. Même le souvenir de la présence feutrée des tigres la rendait mélancolique, et les serpents par dizaines sous les pierres des routes, le chemin trop long jusqu’au village.
Elle regardait Nun et Nin, et la différence la frappait ; eux, toujours maigres mais vifs, joyeux, courant partout, chantant, criant.
Et elle.
Une pauvre silhouette efflanquée qui ne souriait plus.

 

Le post-it de Ge

J’aurai aimé vous parler du dernier roman de Sandrine Collette.

Oui ce matin j’aurai aimé vous offrir une chronique digne de ce nom, digne d’Animal.

Mais voilà les mots me manquent !

Cela fait trois semaines que je repousse celle-ci. Trois semaine que je cherche les bonnes formules. Trois semaines que je veux vous dire combien une nouvelle fois, Sandrine Collette m’a bouleversée avec son nouveau roman.

Mais rien n’est assez fort pour exprimer tout cela.

Si seulement j’avais la plume de notre auteure ! Là j’arriverai sans doute à vous faire ressentir cette fièvre qui ne m’a pas quittée en lisant ce titre. Je pourrai vous livrer tous ces sentiments contradictoires qui m’ont tenaillée durant cette lecture. Je trouverai enfin les mots pour vous donner envie de le lire à votre tour.

Mais voilà, les mots de Sandrine Colette m’ont laissée sans voix.

Il y a d’abord l’histoire. Les histoires…

Celle de Mara que l’on entraperçoit au tout début du livre. Celle d’une femme népalaise qui comme ses semblables n’a pas la vie facile.

Il y a celles de Nun et Nin. Des enfants des rues. Des vies qui ne valent rien. Des vies sacrifiées que Mara va tenter de sauver au mépris de sa propre existence.

Et puis à l’autre bout de la terre il y a Lior et Raphaël, un jeune couple de français. Une passion dévorante qui fait que Raphaël suit sa femme dans sa passion à elle, la chasse. Lui le non violent qui ne supporte pas les armes à feu mais qui est tellement admiratif devant l’instinct animal de Lior quand celle-ci devient la chasseuse prédatrice.

Et puis il y a la nature. Grandiose, magnifique, luxuriante.

Les paysages, ceux du Kamtchatka. une région volcanique des plus secrètes du monde. A l’extrémité orientale de la Russie, sur la ceinture de feu du Pacifique. L’un des endroits les plus reculés et sauvages de la planète. Là où vivent les ours bruns, le légendaire Ours du Kamatchatka.

Et puis il y a la montagne et des collines népalaises. La jungle aussi. Le Pays d’en Haut  accroché à la chaîne de l’Himalaya. La vie rude des paysans, celles aussi rude des népalais exilés à la ville et entassés dans des bidonvilles. Et puis il y a le tigre. Le tigre royal du Bengale venu se perdre sur les contrefort des hautes vallées tibétaines.

Il y a surtout 282 pages de pures intensités car les superlatifs manquent pour qualifié ce magnifique roman.

Sauvage, puissant, violent, captivant, déconcertant, angoissant, émouvant, brutal, intense….Animal !

Animal nous fait vivre une expérience intense. il nous fait  franchir la frontière entre l’humanité et l’animalité. Il nous parle aussi de résilience et de quête d’identité.

Alors vous êtes prêt(e)s vous aussi à vivre intensément et à voir où s’arrête votre humanité et ou commence votre animalité.

Moi perso, je le sais encore plus maintenant !

Et du coup je me permet de vous conseiller de lire urgentissimement  Animal de Sandrine Collette. Encore un coup de génie de cette talentueuse autrice.

Minuit dans le jardin du manoir de Jean Christophe Portes


Le livre  : Minuit dans le jardin du manoir de Jean Christophe Portes . Paru le 13 mars 2019 aux Editions du Masque.  19€90 ; (379 p.) ; 21 x 14 cm

Résumé de l’éditeur :

Denis Florin est un jeune notaire célibataire, poète et un peu lunatique. Il vit en Normandie dans un manoir avec sa grand-mère Colette – adorable mais folle. Ce qu’il préfère faire dans la vie : reconstituer la bataille de Marignan en figurines, et qu’on le laisse tranquille.
Un jour de janvier, alors qu’il rentre chez lui, il découvre horrifié une tête décapitée sur un piquet dans le jardin du manoir. À la place des yeux et des dents, des pièces d’or. Paniqué, il se terre chez lui, et constate que sa grand-mère adorée a disparu. La presse s’empare de l’affaire et il devient le suspect numéro un. Cela fait beaucoup pour un seul homme, surtout un homme comme Denis Florin. Nadget, une journaliste télé qui jure comme un charretier, convaincue de son innocence, va alors tenter de l’aider à se sortir de ce pétrin. Sur les traces de Colette, ils découvrent qu’un trésor datant de plus de cinq cents ans pourrait bien être caché quelque part dans le manoir…
Mais serait-ce l’explication à ce meurtre odieux et à cette disparition ? Rien n’est moins sûr.
L’auteur : Après des études à l’Ecole Nationale de Arts Décoratifs, Jean-Christophe Portes est devenu journaliste et réalisateur pour la télévision. Les précédentes enquêtes de Victor Dauterive, L’affaire des corps sans tête, L’affaire de l’homme à l’escarpin et La disparue de Saint-Maur et L’espion des Tuileries ont rencontré un beau succès. Il a remporté le Prix polar Saint-Maur en poche 2018.

 

 

 

Le post-it de Geneviève

Jean christophe Portes Minuit dans le jardin du manoir

 

Il y a un manoir sombre et isolé, avec un grand jardin autour.

Il y a Colette, la vieille folle du manoir.

Il y a Denis, son petit-fils, un notaire timide et maladroit.

Et puis il y a, ce matin brumeux, la tête d’un inconnu plantée sur un piquet.

Les ennuis commencent alors pour Denis. Le genre d’ennuis qui changent votre vie. Pour le meilleur… ou plutôt, pour le pire.

Et oui ,la nuit précédente un jeune étudiant pressé traverse le parc du manoir, prenant un raccourci et tombe sur cette tête fichée là.

Il est Minuit dans le jardin du manoir. Ni une, ni deux, notre jeune homme prends en photo cette apparition et la poste sur les réseaux sociaux.

La photo fait le tour des rédactions régionales puis très vite nationales.

Les vautours arrivent à leur suite.

La plus rapide c’est Nadjet, grand reporter à TV1. Celle ci tente de recueillir les première impressions de notre jeune notaire déboussolé qui ne trouve rien de mieux à faire que de la poursuivre avec un vieux sabre pour retrouver enfin le calme dont il a besoin pour réfléchir.

Encore une image choc qui fait le tour des télés en boucle.

Et puis arrive la police . Le lieutenant Trividec est chargé de l’affaire. Ce flic un poil macho, un peu butté, sans doute trop sur de lui et de son charisme, met tout de suite Denis dans la casse du suspect numéro 1. Mais il n’obtient ni aveux ni preuves.

S’en suis une aventure rocambolesque et explosive où des vies ordinaires basculent dans l’extraordinaire.

Sous la plume incisive et cadencée de Jean-Christophe Portes l’histoire prend vie. Le livre se lit à toute vitesse. On est presque là dans un scénario de bande dessinée. D’ailleurs l’auteur émaille son récit de nombreux références, qu’elle soit cinématographiques, littéraires ou tintophiles.

Et puis cette Nadjet Bakhtaoui a tout du jeune Tintin. Aussi ce polar prend des allures de roman d’aventure. Et il mélange avec bonheur plusieurs genres, espionnage, historique et enquête policière dénonçant au passage quelques travers de nombres société ultra-connectée et pointant ça est là quelques grands thèmes d’actualités.

C’est vif, on ne s’ennuie pas, on va de rebondissements en rebondissements. On suit avec bonheur les péripétie de nos protagonistes. Le style de Jean Christophe est émaillé d’humour. On sent qu’ici il s’est amusé à écrire ce roman et nous nous amusons tout autant à le lire. On part avec lui dans une chasse au trésor, on se prend pour Indiana Jones. On suit la piste avec avidité, on suit l’histoire Hernan Cortes et ses conquistadors. On veut tout savoir du dernier empereur  aztèques Cuauhtémoc.

Ajoutez à cela des dialogues savoureux, des situations cocasses,  une intrigue ciselée et vous obtiendrez un parfait roman de divertissement.

Lauréat du prix polar Saint-Maur en poche 2018 pour sa série historique « Les enquêtes de Victor Dauterive », Jean Christophe Portes signe avec Minuit dans le jardin du manoir son premier polar contemporain et c’est un belle réussite.

Merci monsieur l’auteur d’avoir décidé de nous surprendre. Qu’elle belle idée !