Parasite de Sylvain Forge


Le livre : Parasite de Sylvain Forge – Paru le 13/03/2019  aux éditions Mazarine dans la collection Thriller . 17 € ; (426 pages) ;  13 x  21 cm

4ème de couverture :

La capitaine  Marie Lesaux, fraîchement débarquée au sein de la brigade de protection de la famille de Clermont-Ferrand, se voit confier, sous le sceau de la plus grande des confidentialités, l’étrange mission de tester les capacités de son nouveau coéquipier. Valmont, réputé infaillible et doté d’une puissance de travail sans égale, serait capable d’élucider des affaires non résolues, quelle que soit leur complexité.

De fait, Valmont n’est pas un policier comme les autres, mais bien une somme d’algorithmes, un formidable programme expérimental ultra secret à la puissance de calcul phénoménal mis en place par l’État français pour lutter contre toutes les formes de criminalité  : un savant mélange d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle que Marie va devoir appréhender pour mieux comprendre le formidable champs des possibles permis par la police 2.0.

Assistée d’Ethan Milo qui a travaillé sur le projet et qui vit cloué dans un fauteuil des suites d’un attentat, mais en but à l’hostilité de certains de ses collègues, la jeune capitaine va mettre Valmont sur le cas du «  suicide  » d’une fillette d’origine africaine retrouvée au pied d’une tour.
La gamine est-elle vraiment tombée toute seule ? Quel crédit accorder à cette rumeur insistante dans les quartiers, entre terreur et légende urbaine, indiquant qu’une «  hyène  »  vaudou, mi-homme, mi-animal, tournerait dans les citées pour «  voler  » des jeunes filles  ?

Le fait est que des disparitions ont bel et bien eut lieu et que la population se tait. Un symbole étrange, là où il n’y avait été question que de morts naturelles ou d’accidents, se trouve sur bien des scènes de ce qui va très vite devenir des crimes irrésolus.

Il se trame quelque chose dans l’illusoire banalité des jours…

Marie et Ethan Milo, aidés du programme Valmont, vont bientôt être confrontés à une épouvantable vérité venue du fond des âges.

L’auteur …Né(e) à : Vichy , 1971. Après une enfance en Auvergne, des études de droit et un passage à Paris, Sylvain Forge voyage et s’imprègne de multiples ambiances, de l’Afrique du Sud au Canada. Il vit désormais à Nantes.
Un premier roman – resté dans un tiroir – plante en lui les germes d’une passion future pour l’écriture. Durant plusieurs années, il bâtit des scénarios de jeux de rôle qui lui donnent le goût de raconter des histoires. Élaborer une intrigue bien ficelée : voilà son plaisir.
Son premier livre, « La ligne des rats », paru en mai 2009 aux éditions Odin (Nantes), est un thriller écologique sur les pesticides.
Sylvain Forge est aussi amateur d’histoire ; ancien guide touristique, il a signé avec « Le vallon des Parques » (éditions du Toucan) un deuxième opus dont les péripéties se déroulent à Vichy en 1943.
L’auteur a bouclé un troisième roman paru fin 2013 « La trace du silure » dont l’intrigue se déroule à Nantes.
Il a reçu le Prix 2018 du quai des Orfèvres au nouveau siège de la PJ parisienne pour son roman « Tension extrême ».  
Extraits :
  « Les escape room, selon ce qu’il comprenait, étaient des jeux d’évasion grandeur nature où les participants, réunis en groupes, disposaient d’un temps donné pour s’échapper d’un endroit clos. Pour ce faire, ils devaient découvrir des objets et résoudre des énigmes, en se prenant pour des chevaliers, des détectives ou les passagers d’une navette spatiale, selon les thèmes du moment.
Un truc pour se faire peur.
L’antre de Jack, sans surprise, proposait une immersion dans un décor londonien, contemporain de Jack l’Éventreur. Masson voulut téléphoner au commissariat avant de se raviser : monter une opération mobilisant du personnel en si peu de temps relevait de la mission impossible. Il se contenta d’un coup de fil à la brigade, prétextant un motif personnel. Le collègue qu’il cherchait décrocha.
— Salut Pierre, dis-moi, j’ai logé un drôle de pistolet qui bosse dans une salle de jeu dénommée L’antre de Jack. Tu connais ?
— Et comment !
— Pour quel motif ?
— C’est la Mecque de l’escape room. Tous les ados y sont. Ils ont au moins trois parcours. Il y a des espaces un peu sales, genre backroom. On sait que ça deale pas mal et il doit y avoir du racolage. Si mes gamins vont là-bas, je les tue. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Parasite de Sylvain Forge

On attendait le lauréat du mythique prix du Quai des Orfèvres 2018 … saura-t-il transformer l’essai ? En fait d’essai Sylvain Forge signe ici son huitième thriller (Pire que le mal étant une réécriture de La ligne des rats) et situe son action en Auvergne, sa région natale. Dans la même région que Sous la ville, mais en surface cette fois et le lieu importe peu dès lors que l’action se situe en province.

Après Tension extrême où le lecteur était plongé dans le quotidien flippant et connecté et qu’il proclamait la main sur le cœur qu’il ne se laisserait pas prendre et qu’il veillerait à cette hyper dépendance, cette fois il se dit qu’il peut être le jouet des manipulations de ses congénères … sans aucune forme de réaction possible.

Heureusement la haute technologie lui fait entrevoir le salut, sous la forme d’un logiciel expérimental. On sent très présent le professionnalisme de l’auteur sur le sujet.

Un darknet sous-jacent, de la maltraitance et l’exploitation des personnes fragiles, la souffrance des victimes, autant de thématiques humanistes que développe Sylvain Forge au fil de ses romans.

Deux volets donc dans ce thriller : l’humain et la technologie, qui font leur petit bonhomme de chemin au cours de ces 426 pages, très richement documentées, en s’imbriquant progressivement.

Que dire de plus que la 4ème de couverture déjà bien (trop) évocatrice, sans déflorer l’intrigue ?

J’ai beaucoup aimé !

Le rythme y est soutenu, les chapitres courts, les personnages attachants et singuliers, même Valmont qui inspire la crainte mais démontre son efficacité contre vents et marées.

Oui Sylvain Forge tient ses engagements et cependant promet de changer (oui vraiment) de genre pour 2020 avec tout de même du noir, mais moins de flics !

Je remercie l’auteur pour sa confiance et les éditions Fayard-Mazarine pour m’avoir permis de lire ce thriller en avant-première

extraits 2 – 3 et 4 :
« Marie fit un pas dans sa direction quand il lui sembla que quelque chose vivait dans les ramifications du taillis. Une chose que Marie aurait pu tirer de sa torpeur et qui, désormais, flairait sa présence. La jeune femme se figea aussitôt. Le végétal occupait pratiquement toute la cave. Les feuilles vibraient et bougeaient, sans brise aucune, et ses fruits faisaient de même, comme des clochettes. Jamais Marie n’avait rencontré pareille créature. Le duvet de ses bras se dressa sous ses manches comme les poils d’un chat avant même qu’elle n’eût pris conscience de la terreur qui venait de la submerger. »
 
« À un certain niveau d’implications, la criminalité devient intouchable, comme l’argent de la drogue lorsqu’elle est réinjectée dans l’économie légale. Et avec la pédophilie, c’est pareil ».
« L’imagerie cellulaire à haut débit a bouleversé notre compréhension de la vie parasitaire, commenta la scientifique en cliquant sur un fichier présent sur le bureau de son ordinateur.
— De quoi s’agit-il ?
— Une séquence reproduite à l’aide d’un microscope automatisé : des milliers d’images qui témoignent comme dans un film de l’activité du toxoplasme. »
 
« — En général, le toxoplasme se fixe dans la zone du cerveau dite « limbique », là où sont régulées diverses émotions, comme la peur. Chez la souris, quand tout fonctionne normalement, des neurotransmetteurs déclenchent une attirance face à l’odeur d’une femelle et une répulsion lorsque surgit l’odeur du chat. C’est ainsi que le rongeur est conditionné pour survivre. Mais ce que nous voyons en ce moment, c’est comment le parasite s’y prend pour tout court-circuiter.
— Il affecte le cerveau du chien, comme celui des rongeurs ou des chimpanzés ? lança Marie.
— Exactement. »
 

mots clefs : 

Né d’aucune femme de Franck Bouysse


Le livre : Né d’aucune femme de Franck Bouysse. Paru le 10 janvier 2019 aux édition La manufacture de livres. 20€90 euros; (336 p.) ;  14 x 20 cm.

4ème de couverture :

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine..

 

L’auteur :  Franck Bouysse , né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

 

 

Extrait :
« Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde. »

 

Chronique d’une flingueuse

La Chronique d’Isabelle

 

 

Vous avez lu l’extrait ci-dessus ? L’écriture de Franck Bouysse s’y déploie dans toute sa puissance et sa délicatesse. Elle vous touche au cœur, vous entraîne dans son sillage. Ce livre a suscité un engouement unanime (Télérama lui attribue 3T !) que je comprends sans le partager totalement, malgré mon admiration pour l’écrivain et un plaisir manifeste à la lecture. Pourtant la nature des thèmes traités ne pouvait que me toucher : l’esclavage et la maltraitance, la violence faite aux femmes, l’enfermement.

 Né d’aucune femme est un roman choral, orchestré autour de Rose et de ses cahiers. Rose, justement. Quelle femme magnifique, qui jamais ne renonce, qui lutte et chemine dans l’obscurité, tirant son courage d’étincelles de bonheur laborieusement grapillées.

Gabriel, autre grande figure du roman, est le dépositaire d’une histoire qui le ronge. Sa silhouette croquée d’un trait sûr traverse le roman à grandes enjambées. J’avoue que ses envolées spirituelles m’ont un peu égarée.

Les autres personnages masculins ne sont pas fréquentables. Des monstres,  des faibles, des perdants. Edmond, confondant de lâcheté, Onésime, le père, écrasé par la misère au point d’en avoir le cœur étouffé et le jugement amoindri. Ses décisions enfoncent sa famille dans le drame, comme aspirée par la vase poisseuse d’un marais. Le maître de forge et le médecin, mauvais jusqu’à la moëlle, bouffis de morgue et de cruauté.

Né d’aucune femme est aussi un roman pictural. J’ai admiré la puissance évocatrice des mots. Bouysse manie avec dextérité le pinceau-brosse qui trace à grands traits la trame, noire et tordue telle un vieux sarment. Le couteau qui vient rompre l’harmonie, équarrit le récit, en tronque les rondeurs.  La soie des pinceaux fins qui révèle chaque détail, creuse les ombres, apporte de rares et précieuses touches de lumière.

Sur la toile au final, une vie qui chaque fois s’élance et chaque fois retombe, coupée dans son élan par le sort qui s’acharne. Las, cette dynamique répétitive, cette plongée lente dans le drame, cette surenchère de malheurs ont fini par me lasser. Le début du récit, volontairement énigmatique, m’a aussi déconcertée.  J’aurais voulu qu’il en soit autrement. Pas besoin des 3T pour m’en convaincre ; je sais, je sens que c’est un bon roman. Peut-être n’étais-je pas assez réceptive. Peut-être était-ce juste une question de timing, de disponibilité affective. Je le relirai un jour, pour oublier ce rendez-vous manqué.  

 

Vengeances et mat, Ben Choquet & Thomas Dansor


Le livre Vengeances et mat, Ben Choquet & Thomas Dansor. Paru le 19 avril 2018  aux Editions Du Pays Noir. 15€ ; 256 pages ; 15 x 21 cm

 4ème de couverture :

Charleroi, son riche passé industriel causa son déclin, le Pays Noir n’était plus. Mais ce passé récent est voué à disparaître grâce aux nombreux projets de redynamisation qui y fleurissent.

En son cœur, Claire, femme flic, et Aaron, chirurgien cardiaque, y résident, y travaillent et participent, à leur manière, au renouveau carolo. Leur union est aussi soudée et passionnelle que leur enfance ne fut terne.

Quand Charleroi sert de laboratoire grandeur nature, c’est au travers de leurs yeux que Vengeances et Mat vous entraînera dans la lutte contre une criminalité brutale et impitoyable.

Dans ce combat sans merci, le cadre légal ne suffit pas et vous oblige à faire des choix. Des choix dont on ne mesure pas toujours le prix…

Les auteurs : Ben Choquet & Thomas Dansor, diplômés en Sciences Economiques et de Gestion, sont respectivement Coordinateur Communication tandis que l’autre évolue dans le monde financier. L’écriture les appelle et leur offre une belle rencontre et la naissance d’un livre à quatre mains. Ben Choquet fonde les Editions du Pays Noir afin de vivre l’aventure pleinement.
    Extrait :
« Le temps ralentit comme si chaque seconde était en suspension. Ma cigarette se décroche des lèvres, mon arme se lève. Une détonation claque, le tireur est touché au genou. Ma cigarette touche le sol. Nos regards se croisent, nos flingues aussi. Je n’ai pas d’autres choix. Deux balles en plein thorax transpercent la menace. »

 

 

L’accroche de Miss Aline :

Vengeances et mat, Ben Choquet & Thomas Dansor

Une soirée entre amis qui déraille.  Claire, flic de son état, doit se rendre sur place. L’affaire va plus loin que le triangle amoureux. Elle prend une dimension surprenante mais pas impossible. Le mal est sournois. Il n’a pas de visage et pourtant il tue. Charleroi comme un vaste labo expérimental. Comment est-ce possible ? Et pourtant…

Claire est un bon élément, un tantinet borderline mais gérable. La vie ne lui a pas fait de cadeau mais elle a sût se relever avec l’aide de son conjoint Aaron. Etre sur cette  enquête difficile va l’ébranler. Elle va se retrouver au sol. Mais elle est forte Claire, elle va se relever, continuer. Vouloir la vérité, la justice. A quel prix Claire ? Que/qui vas-tu laisser derrière toi ? Te rends-tu comptes des frontières que tu franchis ? Pour quoi au final ?

J’avoue avoir eu du mal à entrer dans l’histoire. Pourtant les chapitres sont courts et bien aérés. Il y a beaucoup de dialogue. Le rythme est là. Puis Claire me touche, il y a quelque chose que l’on ne nous dit pas. On sent la fêlure subjacente. A partir de ce moment : page turner… L’enquête s’emballe, les rebondissements te percutent.

Tu ressens les personnages, leur caractères, leurs défauts, leurs générosités. Tu ressens cette forte cohésion qui unit le groupe. L’amitié, la loyauté, le soutien indéfectible. Il y a tout cela dans Vengeances et mat. Il y a aussi la douleur, la peur, la menace, la mort, la perfidie, la manipulation.

Les pages défilent et je regarde Claire évoluer ou s’enfoncer, au choix.  Vers quoi part –elle,  va-t-elle s’en sortir ? Il me reste 10 pages à lire, je me demande comment les auteurs vont conclure. Lectrice au sol ! Non impossible.  Dans les dernières lignes,  les ultimes mots, je rage contre ces messieurs. J’avais envisagé tous les scénarios mais pas celui là. Surtout pas celui là. Vite la suite : La vie a une fin, la vengeance pas.

En attendant, un très grand  merci à  Ben Choquet et Thomas Dansor de m’avoir surprise de bout en bout par une intrigue rondement menée ainsi que  par cet imprévisible retournement de situation final. Un page turner indéniablement. Des auteurs à suivre…

http://vengeancesetmat.be

Nuit et Polar


La Nuit et le Polar

par Ophélie et Geneviève

Alors que les jours grandissent, que le jour se fait plus long que la nuit,

c’est  justement de la nuit dans la polar que nous allons parler.

Mais chut pas de bruit, nous risquons de réveiller le commun des mortels !

Quand vient la nuit… la vie se métamorphose, le rythme change, la perception est bouleversée, entre attirance et crainte.

Voilà pourquoi J’ai toujours aimé la nuit !

Souvent  la nuit est associé aux ténèbres, à l’inconnu voire au danger.

C’est sans doute pas pour rien que nombre de romans policiers contiennent le nom « Nuit» dans leur titre.

Dans l’inconscient collectif dés que l’on évoque la nuit, on pense tout du suite aux romans policiers. Allez savoir pourquoi. Peut-être, parce que la nuit tous les chats sont gris et que minuit est l’heure du crime.

On trouve de nombreux proverbes dans toutes les civilisations qui  associent la nuit et le mal.

« Gens de bien aiment le jour, et les méchants la nuit ». Proverbe français de la fin du 19e siècle.

« La nuit est le jour des méchants », nous dit un proverbe turc.

Et les méchants, on les retrouve dans le polar. Dans cette littérature misérabiliste qui fut considérée comme la littérature populaire. Celle qui nous donne des cauchemars, celle de nos nuits blanches.

Aussi moi l’insomniaque qui lit du polar, j’aime les angoisses qu’il me procure.

Ces ténèbres sont empreintes de mystère. La nuit autour de nous est énigmatique.

La nuit, les instincts sont réveillés. La pénombre recouvre tout ; et autour de nous tout n’est que confusion et chimère.

La nuit noire, propice à la littérature noire.

Vous avez sans doute remarqué que le nom de notre blog associe deux termes bien sombre: polar et nuit…
Mais savez vous pourquoi?
Non pas que nous soyons noctambules, certaines sont insomniaques certes mais pour autant nous ne vivons pas la nuit!
Vous êtes vous demandez pourquoi cette association était récurrente?

Il existe d’ailleurs de nombreux titres de polars contenant le mot « nuit »:
« Nuit » de Bernard Minier
« La nuit n’est jamais complète » de Niko Tackian
« La nuit du renard » de Mary Higgins Clark
« Papillon de nuit » de R.J Ellory etc….

la question est posée! Mais avant de vous livrer mon avis, petit voyage dans le temps.

Le mot « polar » est une expression familière qui désigne aujourd’hui une œuvre de fiction à thème policier. Le terme apparaît en France dans les années 70 et désigne dans un premier temps les films policiers (en argot bien sûr). Il s’étendra ensuite à la littérature pour n’être plus utilisé que dans ce domaine et quasiment plus pour le cinéma.
Mais savez vous quel est le premier roman policier de l’Histoire?
Je sais, je sais, je pose beaucoup de questions aujourd’hui, mais c’est justement en me les posant que j’ai trouvé ces quelques informations
intéressantes:
Certains considèrent Œdipe Roi de Sophocle (495-406 avant JC) comme l’ancêtre de nos polars. Œdipe enquête pour retrouver l’assassin du roi Laïos, et vous connaissez comme moi le dénouement: Œdipe découvrira qu’il est lui même l’assassin et que Laïos n’était autre son père.
Pourtant, nombreux sont les détracteurs à cette idée.

En effet, peut-on parler de roman policier bien avant la création de la police, ou encore peut-on cantonner le genre « noir »
à une simple enquête? Il est évident que non! Le polar c’est une enquête mais c’est aussi une ambiance, un climat, une tension dramatique, des personnages marquant…
Au final, la majorité des spécialistes retiennent Le double assassinat de la rue Morgue d’E.A Poe comme étant le premier polar de l’histoire de la littérature. Et j’avoue que je m’allie à cette majorité.

J’ai en horreur cette idée que le « polar » serait une sous catégorie de littérature! Le polar fait ressentir, il touche, il émeut, il nous élève aussi… Malheureusement certains ne démordent pas de leurs préjugés. Toutefois ce clivage ridicule ne m’empêche pas de déclarer chaque jour ma flamme au « noir » au travers du blog!
Tiens, voici qu’un nouveau qualificatif vient d’arriver… « noir » pour qualifier les polars… Vous entrevoyez le lien avec le deuxième terme central du blog? Mais si ne faîtes pas les timides, je sais que vous voyez où je veux en venir…
Polar-Noir-Nuit…

Nous approchons du dénouement final et du lien que je fais entre le polar et la nuit…

Le polar est qualifié de littérature « noire » parce que plus sombre, et la nuit va si bien à ce style littéraire. Je vous parlais d’ambiance tout à l’heure, et bien nous sommes en plein dedans! Les ambiances polars nous ramènent souvent à des côtés sombres, des peurs, des angoisses, parfois même du glauque, du gore… bref des choses très sombres comme le sont les nuits. Le rapport ne se fait pas que dans la couleur, c’est un ensemble. Qui n’a jamais lu un bon roman noir éclairé d’un simple chevet pour se mettre un peu plus dans l’ambiance?
Il est évident que le « noir » se lit jour et nuit, mais l’ambiance n’est pas la même.
La nuit est vecteur de mystère et d’angoisse, et ça correspond tellement bien à nos chers polars.
Il s’agit donc d’une simple association d’idée, d’ambiance.

D’ailleurs, en farfouillant sur le net, j’ai trouvé cette citation qui, je le pense, résume tout à fait le lien entre « nuit » et littérature noire:

« La nuit, on imagine ce qu’on désire et tout paraît possible. Au grand jour, l’imagination pâlit. La nuit, on voit des choses inexistantes et on y croit. » (Robert Choquette Extrait de Moi, Pétrouchka)

Alors justement le roman noir qu’est ce que c’est :

Genre littéraire à part entière, le roman noir est né aux États-Unis  dans un pays dévasté par la crise de 29. Du caniveau surgit un nouveau héros, un détective privé dur à cuire qui laisse transparaître les failles d’un homme blessé, à la fois sensible et terriblement humain. Il évolue dans un univers noir,  dans une société corrompue où l’argent et les truands font la loi.
Ce nouveau style, mêlant whisky, dollars, meurtres et belles pépées a nourri les auteurs du néo-polar et de tous les films et séries qui fleurissent aujourd’hui sur nos écrans.

Et c’est justement une sélection de romans noirs et de romans policiers où la nuit est prégnante que nous allons vous proposer.

 

Ici : nuit et polar

Presque 120 titres dans cette sélection mais c’est certain vous devez en connaître d’autres !

Alors n’hésitez à les citez en commentaire.

Belle soirée mes polardeux.

J’ai pas osé vous dire bonne nuit. (hahaha)

 

 

Le cercle des impunis de Paul Merault


Le livre : Le cercle des impunis de Paul Merault. Paru le 07 novembre 2018 Edition Fayard  (326 pages) ; 18 x 11 cm

4ème de couverture : Des brumes de Londres au soleil éclatant de Marseille, des policiers sont assassinés dans la plus sordide des mises en scène, avec un même symbole tatoué sur la langue. Scotland Yard et la police française s’allient pour remonter la piste de ces vengeances diaboliques. Des deux côtés de la Manche, les meilleurs enquêteurs associent leurs méthodes pour traquer celui qui les humilie en s’attaquant aux plus grands flics. Quelle folie humaine peut réussir à « opérer » avec une telle expertise chirurgicale ?

 

 

L’auteur : Paul Merault est un officier de police en poste à Toulouse.
Commandant divisionnaire spécialiste des quartiers sensibles et des situations extrêmes, il dirige la police de la division Mirail, qui regroupe les principaux quartiers sensibles de l’agglomération. Il a été précédemment, pendant plusieurs années le chargé de communication et des relations presse de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de la Haute-Garonne. Il est intervenu plusieurs fois dans les médias pour témoigner des problèmes de délinquance dans sa ville et suggérer des pistes pour y remédier.
Paul Merault a reçu le prix du quai des Orfèvres 2019 pour son premier roman : « Le cercle des impunis », un polar qui se déroule entre Marseille et Londres et deux services de police, l’un français, l’autre britannique
Extrait : Ce n’était pas tant d’avoir administré la mort qui le rendait monstrueux, mais sa complaisance à profaner la partie a plus expressive et la plus personnelle du corps humain, le visage. Ann se représenta Patterson penché sur le corps de Peter James, en train d’insérer un fœtus dans son ventre……

Note de flingeuse :

 Créé en 1946, le prix du Quai des Orfèvres, qui récompense chaque année un roman policier, est décerné par un jury composé de 22 policiers, magistrats et journalistes Après avoir entendu Paul Merault chez Pradel échanger sur son métier et son livre j’avais envie de le lire. Et par un pur hasard il m’a été offert pour mon anniversaire.

Chronique d’une flingueuse

Le cercle des impunis de Paul Merault par Sylvie K

Dans un quartier de Londres un corps est retrouvé par le superintendant Perkins avec une inscription très étrange et tatouée sur la langue, il s’avère que c’est son ancien partenaire.

De l’autre côté de la Manche Caradec, un flic du 36 Quai des Orfèvres à la suite d’une enquête médiatique est muté à Marseille ville de son enfance. Il arrive à point nommé quand le chef de la criminelle est retrouvé mort avec la langue tatouée. Il le remplace d’office.  

Mais outre l’inscription sur les corps ceux-ci font l’objet d’une macabre mise en scène.

L’adjointe de Perkins Anne est envoyée en France pendant que Perkins est sur la piste d’un psychopathe, un prédateur sans aune conscience. Trouver la concordance entre les deux meurtres mais entre Londres et Marseille les pistes se croisent et un autre meurtre est commis. Les indices convergent vers une demeure à Mérindol village du Lubéron qui a un passé historique. Des siècles plus tard, s’arguer le droit de punir ceux que l’on nomme les impunis. La fin de l’histoire nous le livrera !

Des chapitres très courts, une intrigue bien amenée, on passe de Londres à Marseille sans se perdre. On sent à ses écrits que l’auteur est du milieu. Il oscille entre l’enquête, les personnages et y distille un peu de trhiller. Cependant, je m’attendais à une fin différente justement à cause du personnage du tueur psychopathe…

Ce premier roman est une réussite même si j’émet une réserve sur la fin (ne pas spoiler) peut être fallait-il juste glisser des passages sur l’histoire du village, pensé dans la tête du tueur ou revécut par le tueur ….. Quoi qu’il en soit, j’ai passé un très bon moment et attends le deuxième roman de Paul Merault !

  Prix du Quai des Orfèvres 2019.

TAGS : Londres, Marseille, langue tatouée, fœtus, équipes, chandelier, tueur.

L’étoile du nord de David. B. John


le livre : L’étoile du nord de D.B. John. Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Antoine Chainas. Paru le 9 janvier 2019 chez Les Arènes dans la collection Equinox.  22€  ; (611 p.) ; 22 x 16 cm
4’e de couv :
Elle est espionne.
Il est général.
Elle est criminelle.
Leur point commun : un geste, un mot, et c’est la mort.
Les Etats-Unis et la Corée du Nord sont au bord de la guerre. Pour aller chercher sa sœur jumelle qui a été enlevée en Corée du Nord, Jenna se fait recruter par l’unique organisme capable de l’aider : la CIA. A Pyongyang, le colonel Cho fait une terrifiante découverte. Il doit échapper à la police secrète qui le serre de près. Un geste, un mot, et il deviendra traître à la nation. Mme Moon trouve un chargement de contrebande. Plutôt que de le rendre aux autorités, elle décide de vendre la marchandise au marché noir. Si elle réussit, sa vie sera changée à jamais. Si elle échoue… Basé sur des faits réels glaçants, mené à un rythme effréné jusqu’au dénouement explosif, L’Etoile du Nord porte le thriller d’espionnage au plus haut.

L’auteur : Né au Pays de Galles, D.B. John est journaliste et auteur. En 2009, il déménage à Berlin pour écrire son premier roman, Flight from Berlin, puis s’installe en Corée du Sud où il effectue de nombreux voyages en Corée du Nord. En 2015 il écrit La Fille aux sept noms, le témoignage d’une nord-coréenne qui a fui clandestinement son pays. Ces expériences lui inspirent l’intrigue de L’Etoile du Nord. Il vit désormais à Londres.

 

Extrait : 
“Cho s’était adonné à cette gymnastique mentale toute sa vie. C’était la seule façon de résoudre les contradictions quotidiennes entre la propagande et l’évidence des choses, entre l’orthodoxie et les pensées déviantes qui pouvaient vous conduire en camp de travail si jamais vous vous exprimiez un peu trop fort.”

 

Le post-it de Ge

Thriller d’espionnage basé sur des faits réels en Corée du Nord et qui mêle les histoires de trois personnages. Jenna, de Washington DC, intègre la CIA pour partir dans ce pays libérer sa soeur jumelle ; le colonel Cho, résidant à Pyongyang, concocte un plan d’évasion pour échapper à la police secrète de son pays ; Mme Moon, enfin, tente de vendre de la marchandise de contrebande au marché noir.

Voilà pour le décor et les personnages.

Un thriller qui n’est pas sans me rappeler la trilogie des ténèbres de Jean-Luc Bizien.

Nous sommes ici dans l ’une des plus secrètes et brutales dictatures.  Un pays où règne la répression et la pauvreté.

Famine, misère, endoctrinement et robotisation des esprits, culte délirant de la personnalité, le corée du Nord c’est tout ça. Et on le ressent parfaitement dans ce polar. L’auteur a parfaitement documenté son intrigue et cela ne fais qu’augmenter notre angoisse tout au long de la lecture.

Ce polar est à la fois un thriller politique et un vrai roman d’espionnage. De nombreux rebondissement parsèment cette histoire. Trop sans doute pour certain qui reprocheront peut-être des twists faciles. Mais personnellement j’ai trouvé cette lecture très prenante et plus qu’intéressante. Les personnage sont suffisamment complexes et attachants surtout Jenna.

Je conseille vivement cette lecture. Un auteur à découvrir.

Ah oui dernière petite remarque, ce titre de la collection Equinox porte une jaquette de couleur. Une belle jaquette très graphique, en relief. Habituellement les polars de cette maison d’édition, Les Arênes ont une couverture basique en noir et blanc. Cette fois j’avoue que la jaquette pousse à regarder de plus près ce roman.

D’ailleurs j’ai un autre titre en cours, lui aussi à une belle jaquette un peu rétro devinez lequel ?

 

La chance du perdant de Christophe Guillaumot


Le livre : La chance du perdant de Christophe Guillaumot – Paru le 05 octobre 2017  aux éditions Liana Levi dans la collection collection Policiers –  19 € ; (336 pages) ;   14x 21 cm

4ème de couverture :

Renato Donatelli, dit le Kanak, a quitté la Nouvelle Calédonie il y a des années pour le SRPJ de Toulouse. Un mètre quatre-vingt-dix-neuf, tout en muscles et gentillesse, ce gardien de la paix donne du « gros chameau » à ceux qu’il aime et des « gifles amicales » à ceux qui lui barrent le chemin. Il vient d’être mis au placard à la section des courses et jeux en compagnie du jeune lieutenant Cussac, mais tous deux prennent très à cœur leurs nouvelles missions. La mort d’un homme dans un compacteur à déchets inaugure une série de disparitions frappant des accros aux jeux d’argent. Tous les cadavres sont retrouvés porteurs d’une énigmatique dame de pique. Alors que le Kanak plonge dans l’univers des cercles clandestins et des paris truqués, il aimerait bien éclaircir une autre énigme : pourquoi sa vieille amie et compatriote, Diamant Noir, s’est-elle autrefois éloignée de son grand-père, le roi de l’île de Pins ? Hélas, il est plus facile de se retrouver dans les méandres des tripots que dans ceux de l’âme humaine.

L’auteur : Christophe Guillaumot, né à Annecy en 1970, est capitaine de police au SRPJ de Toulouse, responsable de la section « courses et jeux. Il passe à 20 ans, après une année de droit, le concours d’entrée dans la police. Ses dix-neuf années d’ancienneté l’ont conduit de Paris à Grenoble, puis Châteauroux et Toulouse où il est capitaine de police depuis septembre 2009.
En 2008 il prend six mois de congés sans soldes pour se lancer dans l’écriture d’un roman policier. Il décroche le Prix du Quai des Orfèvres 2009 avec son premier polar, Chasses à l’homme (Fayard, 2008). Conjuguant cet investissement avec sa vie de policier, il revient naturellement à l’écriture et publie en 2015 son second roman. Avec Abattez les grands arbres (éditions Cairn, 2015) et La Chance du perdant (en 2017), il impose une série mettant en scène le personnage de Renato Donatelli, dit le Kanak, librement inspiré d’un collègue aujourd’hui décédé.
Depuis son arrivée dans le Sud-Ouest, il a rejoint l’équipe de sélection du Prix de l’Embouchure, attribué chaque année à un roman policier écrit par un auteur du Sud-Ouest de la France. La désignation du lauréat est faite par les policiers toulousains. Depuis 2010, Christophe Guillaumot est membre de l’organisation du festival Toulouse Polars du Sud.

Extraits :

 « La France est victime du terrorisme, les attentats se multiplient, les règlements de comptes foisonnent entre les caïds des cités, pour des histoires de stupéfiants, de territoires à défendre, de prostituées. Alors je vais vous dire le fond de ma pensée, que des paysans parient trois francs six sous sur la bouse d’une vache, tout le monde s’en contrefiche. »
« Vingt-trois années passées à la Criminelle, à respirer du cadavre fourré aux asticots, ça vous blinde l’odorat. Alors les déchets de la benne à ordures, c’est presque du parfum pour un type comme lui. »

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

La chance du perdant de Christophe Guillaumot

Les jeux d’argent sont interdits en France donc on peut parier sur tout mais ça se passe en Chine même si les mafieux européens sont aux manettes. Quand un Calédonien s’y colle avec comme chef un dépressif, victime d’une maladie rare, affublés tous deux d’un magicien et d’un retraité borderline, c’est une immersion au sein de la brigade « courses et jeux » que nous propose l’auteur. L’action se déroule à Toulouse et vous ne regarderez jamais plus votre poubelle comme hier …

« la Saccharomyces cerevisiae, comme l’appellent les médecins, capable de transformer l’amidon contenu dans les pommes de terre, les pâtes ou bien le riz en alcool » nous dit l’auteur fait que Jérôme peut s’alcooliser aux lasagnes ! Il ne s’en prive pas quand la dépression l’envahit à cause du terrorisme.

Kanak se débat entre soucis professionnels et domestiques, attentionné envers son Diamant Noir, idole déchue du Music Hall et qui l’a élevé.

Roman très riche au ton cependant léger. Les situations cocasses côtoient la rigueur de la vie quotidienne, où la mort d’une vache peut être une bavure parce qu’elle était la reine du loto bouse !  Bref j’ai beaucoup aimé cette découverte

J’ai une la chance de faire la connaissance de Christophe Guillaumot alors qu’il venait d’être primé au salon « Lire en Poche » pour Abattez les grands arbres, avec le même personnage de Calédonien intègre.  Il m’a dit « profiter » de son rôle d’auteur pour dénoncer quelques faits scandaleux dans les pratiques hiérarchiques policières. Ainsi le passage sur les indicatifs radio en dit long sur le respect interne à cette profession

Enfin je vous souhaite à tous de lire ce roman et d’avoir la chance du perdant, celle qui consiste à perdre lors de votre première mise et qui vous guérit de l’envie de remettre le couvert !

Lu en version numérique.  – epub 14.99 €

Extraits :
« Il reste médusé par les indicatifs radio. Il a toujours refusé de communiquer par ce système. Pourquoi les hautes autorités portent-elles des noms de dieux ou de philosophes grecs tandis que le reste de la troupe – les flics de terrain – doit accepter d’être affublé de noms de pièces de moteur, de prénoms ridicules ou d’espèces de poissons ? Le Kanak aimerait tenir entre ses mains le type qui est à l’origine de ce répertoire. Pourquoi ce mépris des sans-grade ? Quelle est leur faute ? Préférer patrouiller plutôt que passer des concours ? Renato se sait plus utile que tous ces ronds-de-cuir qui s’emploient à réglementer sa vie professionnelle. Alors, jamais il ne répondra à l’indicatif de « Sardine », « Frein », ou « Clef à molette ». »
« Détenu ou visiteur, c’est toujours avec plaisir que l’on retrouve sa liberté : poser un pied dehors et entendre la porte blindée se refermer derrière soi, sentir le vent frapper son visage, respirer l’air vivifiant et oublier cette sensation d’enfermement. Quiconque n’a pas connu cette ambiance oppressante est incapable de comprendre ce que représente une journée de prison et encore moins d’évaluer une peine juste et adéquate en punition d’une infraction. »
« Lui, le jeune policier qui se voulait respectueux des règlements, obéissant au doigt et à l’œil à la hiérarchie, est en train de devenir un flic, un vrai, tourmenté par ses démons, obsédé par la résolution d’enquêtes, prêt à tout pour atteindre son but. »

Toutes taxes comprises de Patrick Nieto


Le livre: Toutes taxes comprises de Patrick Nieto. Paru le 26 septembre 2016 chez Cairn collection du Noir au Sud. 16€ ; 336 pages; 18  x 12 cm

 

4ème de couverture :
Pierre-Henri Sennelier, proche collaborateur du président de la République, est abattu d une balle dans la nuque dans sa résidence secondaire de Bruniquel, paisible village du Tarn-et-Garonne. Une épouse infidèle, un amant joueur de poker, une avocate mal dans sa peau ou un escroc international, sont quelques-uns des personnages qui se succèdent au fil du récit avec, en toile de fond, l’escroquerie la plus lucrative de tous les temps en Europe : la fraude à la taxe carbone. Le commissaire Lemoine du SRPJ de Toulouse mène l enquête. Mais parviendra-t-il à approcher la vérité face à un tueur, maître dans l art de brouiller les pistes ? D autant que les meurtres se suivent et ne se ressemblent pas.
L’auteur : Originaire du sud-ouest de la France, Patrick Nieto, 54 ans, est commandant de police. Ses 30 années passées dans le domaine de l’investigation judiciaire et le traitement d’affaires sensibles lui ont permis d’acquérir une approche très fine des pratiques en vigueur dans son métier ainsi que des hommes et des femmes gravitant dans le milieu policier. Il est passionné de littérature asiatique et de polars. Toutes taxes comprises est son premier roman.
Extrait :
« La difficulté dans mon métier est de bâtir des hypothèses sur la base d’indices dont on dispose pour reconstituer un évènement passé. Depuis le départ, en assemblant des éléments épars, j’apprends petit à petit des choses sur le meurtrier. »

Le OFF de OPH

Chronique d’un roman en « je » !

Pourquoi en « je » ? Parce que ce roman est écrit, du début à la fin, à la première personne du singulier. Jusque là, rien d’original me direz-vous, des narrations de ce type, il en existe pléthore dans la littérature. Certes. Sauf qu’ici, Patrick Nieto prête sa plume au « je » de la quasi totalité des personnages qu’il a créé. A chaque chapitre, c’est un personnage qui s’exprime et ils sont une dizaine. Ils se relaient, narrant tour à tour une partie de l’histoire, l’ensemble aboutissant à un roman noir à l’intrigue particulièrement bien amenée, avec un final qu’on ne voit pas arriver.

Au-delà de cette enquête qui nous emmène de certitudes en fausses pistes, Patrick Nieto évoque des sujets qui peuvent avoir des résonances particulières selon le lecteur.
Il explique les mécanismes d’une enquête de police, mettant en avant le caractère chronophage des recherches et autres investigations. Il use du vocabulaire policier et de ses expressions, peut-être un peu trop parfois ; car si la majorité des lecteurs ne relèveront pas, j’ai eu parfois le sentiment de lire des extraits de procès-verbaux.
Il revient aussi régulièrement sur les pressions hiérarchiques et médiatiques que peuvent subir les enquêteurs selon la nature d’une affaire, mais aussi le difficile sentiment d’échec face à une impasse, la naissance de doutes jusqu’à, parfois, la perte de confiance en soi.
Dans les thèmes brossés en fil rouge, l’auteur décrit également différents types de tueurs en série : le psychopathe, le psychotique, le tueur impulsif ou d’opportunité. Un sujet que j’aurais aimé que Patrick développe davantage.
Il parle aussi de ce ces ragots et des chapes de plomb qui s’abattent sur les villages lorsqu’un fait divers vient bouleverser la tranquillité du « pays ».
Enfin, il est important de souligner les recherches et apports techniques qu’a fait l’auteur quant aux lois sur la taxe carbone et les montages financiers. Un sujet qu’il a su vulgariser pour le rendre compréhensif par tous.

Côté style, j’ai beaucoup aimé les pointes d’humour avec lesquelles l’auteur a ponctué son roman. Les phrases sont plutôt courtes, le vocabulaire soutenu mais sans que ce ne soit trop pompeux. la narration est rythmée de part la technique employée et le suspens distillé par l’auteur, même si on n’est pas dans un page-turner.
Pour finir, la narration multiple en « je » permet de développer les différents traits de caractère des personnages, certains étant toutefois bien plus construit que d’autres, mais pour les besoins de l’intrigue.

Un premier roman réussi donc, avec lequel j’ai passé un agréable moment.

J’ai eu le plaisir d’accompagner Geneviève lors de l’interview de Patrick et de son éditrice le 1er décembre 2018 à la bibliothèque Parmentier (Paris XI). Un excellent moment de partage et de confidences!

 

 

Grand Froid, Cyril Carrere : Trois flingueuses autour d’un livre 


Le livre : Grand Froid de Cyril Carrère. Paru le 22 Novembre 2018 aux Editions Nouvelle Bibliothèque. 18€ ; ( 366 pages.) ;  14 x 22 cm


4ème de couverture :
Le jour où sa mère est retrouvée morte, la vie de Lucas bascule. Délaissé par la police qui conclut à un suicide, ses doutes l’incitent à surmonter sa douleur pour mener sa propre enquête. La lettre anonyme qu’il reçoit confirme ses soupçons : quelque chose ne tourne pas rond. Et lorsqu’un mystérieux individu s’attaque à ses proches, il n’a plus qu’une solution : lui échapper et tout faire pour établir la vérité…

 

 

L’auteur : Originaire de Nîmes et vivant aujourd’hui à Tokyo, Cyril Carrere est féru d’innovation, de sport, de culture et de voyages. L’écriture le passionne depuis son plus jeune âge.
Le Glas de l’Innocence, son premier thriller, a été finaliste d’un concours organisé sur la plateforme Fyctia et parrainé par B.A. Paris.
Son second thriller, Grand Froid, a quant à lui été finaliste du concours VSD-RTL Michel Bussi 2018 (classé premier au nombre de votes du public) et a été publié en novembre de la même année.
Page et actualité ici

 

Papote de Flingueuses

Trois flingueuses autour d’un livre :

Grand Froid, Cyril Carrere avec Sofia, Sylvie et Aline.

 

Miss Aline : Avant de lire Grand Froid, connaissiez vous Cyril Carrere ? Si non, comment êtes vous venues à le lire ?

Sofia : je ne connaissais pas Cyril Carrere, on pourrait dire que c’est une (jolie) découverte hasardeuse.

Sylvie : J’en ai entendu parler sur Fb et  après des échanges, il m’a gentiment fait parvenir son livre (ebook).

Miss Aline : Pour moi également un premier contact via Fb d’abord pour Le glas de l’innocence (que je vous recommande)

De manière générale quel est votre ressenti sur Grand Froid ?

Sylvie : Bon polar.

Sofia : C’est rafraîchissant.

Miss Aline : Que veux-tu dire par « rafraîchissant » Sofia ?

Sofia : J’ai lu le roman sans connaître l’auteur, son style, sans même savoir de quoi parlait le roman. Une belle surprise, une écriture fluide, une intrigue qui t’entraines dès les premières pages.

Rafraichissant de part son ambiance, mais aussi, tu sais, ces bouquins que tu lis qui font du bien, tu te poses, tu bouquines, tu te laisses aller.

Comme une boisson fraîche après une journée fracassante.

Miss Aline : Donc tu t’es laissée happer, porter par le livre !

Sofia : C’est ça.

Miss Aline : Et toi, Sylvie, tu l’as perçu comment ce roman : page turner, moment de « détente » ?

Sylvie : L’intrigue est menée crescendo, chaque personnage est situé. Le pauvre Lucas voit sa vie basée sur le mensonge, s’écrouler comme un château de cartes…

Et je crois que le fait d’avoir écrit ce livre pour le concours Fyctia, où il faut écrire chapitre par chapitre m’a donné ce ressenti du début du livre où je vois les bases se poser une à une.

Sofia : C’est vrai que c’est bien construit. Tout tient la route, il y a une vraie progression dans le roman. Je l’ai vraiment ressenti à la deuxième moitié du bouquin où tu sens que l’écriture est plus affirmée.

Miss Aline : J’ai aussi cette impression de « bien construit ». Dans la première partie on installe les personnages et l’intrigue. Dans la seconde, tout s’accélère.

Sofia : C’est particulièrement frappant chez les personnages. C’est tout à fait ça Aline. Les personnages sont particulièrement bien travaillés.

Miss Aline : Oui comme une présentation avant de les animer.

Sofia : Ils s’étoffent, deviennent attachants.

Miss Aline : Exactement.

Sylvie : Oui, une histoire construite au fil des pages. On imagine, on cherche. La manipulation, le mensonge, le danger sont accentués de chapitre en chapitre. Cyril nous ficelle pour nous tenir en haleine.

Miss Aline : Je trouve que Cyril a l’art et la manière pour nous emmener là où on ne pensait pas aller.

Sofia : En tout cas de capter notre attention et de ne pas décrocher.

Sylvie : Un petit bémol, j’aurai bien aimé que Lucas soit un peu plus énervé. C’est-à-dire plus d’intensité dans le personnage.

Sofia : Alors moi aussi je me suis fait cette réflexion, mais finalement, c’est quelqu’un d’ordinaire à qui il arrive un truc extraordinaire. Dans un contexte assez déstabilisant, du coup, ça colle. Le côté pêchu, hargneux est du coup compensé par le flic.

Miss Aline : Heureusement que Loïc Mande est là parce que, oui, parfois tu voudrais secouer Lucas.

Sofia : Oui, un duo équilibré. Loïc/Lucas ont des tempéraments différents qui s’équilibrent.

Miss Aline : Que pensez-vous du titre par rapport à l’histoire ?

Sofia : C’est là où c’est intéressant, où l’auteur arrive à nous entrainer. Tu t’attaches aux personnages, et c’est comme si tu regardais une série où parfois tu te dis « mais punaise, vas-y ! Bouge !! »

Le titre ma posé problème mais finalement il trouve tout son sens une fois la lecture terminée.

Je m’attendais vraiment à une ambiance glaciaire mais l’auteur a veillé à apporter ce sentiment de froid. Une fois le roman terminé, tu comprends qu’il s’agit de l’origine, le commencement.

Sylvie : Hé bien, je n’ai pas lu la 4ème de couverture vu que c’était sur l’ordi mais je n’avais lu que de bons retours. Je découvre que l’histoire se passe à Nantes, pas de neige. Surprise effectivement par rapport au titre.

Il faut dire qu’il y a eut dernièrement pas mal de polar qui se passe dans le froid.

Miss Aline : Comme Sofia, je pense que le froid c’est une sensation présente dans tout le roman

Sylvie : Personnellement, je l’ai ressenti plus vers la fin.

Miss Aline : Ah oui, dans les lieux ou dans les sentiments ?

Sylvie : Les deux. Bien que courir après la vérité donne chaud parce que l’air de rien ça bouge.

Sofia : C’est vrai qu’il y a quelques coups de chaud.

Sylvie : ah oui, on passe du Grand Froid au chaud !

Miss Aline : Les rebondissements sont chaque fois surprenants !

Sylvie : Connaître ses origines une fois dans l’engrenage, aller au bout de sa quête, savoir à qui faire confiance !

L’écriture est fluide et addictive.

Parfois pour moi, les chutes ne sont pas crédibles. Qu’en pensez-vous ?

Sofia : Crédible oui. Un bémol cependant, la fin aurait pu être poussée un peu plus loin. Mais le contexte dans lequel a été écrit cette histoire explique peut-être cela.

Miss Aline : Pour moi c’est une fin ouverte.

Sofia : Tu as raison. C’est juste que j’aurai aimé plus de détails, aller plus loin sur les origines. Je ne peux en dire plus sans spoiler. En tout cas un très bon moment.

Sylvie : D’accord avec vous les filles.

Miss Aline : Recommanderiez-vous ce livre ?

Sylvie : Oh oui bien sur. C’est un deuxième roman. Je pense suivre Cyril sur le troisième.

Sofia : Oui je recommande cette lecture, on passe un très bon moment, il y a du rythme. Un bon polar entre deux lectures très noires, c’est parfait. Je pense que Cyril Carrere est un auteur à suivre. Il me tarde de voir ce qu’il nous réserve

 

Vous l’aurez compris, trois flingueuses d’accord pour vous dire  que Grand Froid est un bon polar.

Que Cyril Carrere va, très probablement, encore nous surprendre. Auteur à suivre incontestablement.

Les larmes des cigognes, Lawren Schneider


Le livre : Les larmes des cigognes, Lawren Schneider.  Paru le 19 novembre 2017, Editions Black Tailor. 18 € ; 324 pages ; 24 x 15 cm

 

4ème de couverture :

TAMBOV, 1943

Louis n’arrivait pas à trouver le sommeil. Peut-être devenait-il fou. « Je crois que j’ai des visions, un peu comme Bernadette à Lourdes. C’est comme si j’étais rentré dans le corps de ce type ». Il a cogné une femme. De toutes ses forces.

GAMBSTETT, 1986

« Je m’appelle Christophe et j’aimerais vous confier mon secret ; je suis capable de voir des choses que vous ne voyez pas… Tout à démarré il y a quelques mois. Ma mère m’a serré dans ses bras. Un câlin de maman. J’ai posé ma mains sur sa nuque et… c’est comme si j’avais plongé dans son corps, comme si j’avais pu à travers ses yeux ».

Prisonnier dans le camp de Tambov, Louis Waechter est en proie à des visions terriblement réalistes. Quarante-trois ans plus tard, Christophe, son petit-fils confie à ses amis qu’il a le même don. Ce jour-là, il a ouvert une porte qui ne se refermera plus.

 

L’auteur : Musicien multi instrumentiste, étudiant en sciences, père de famille à 20 ans, vendeur de flûtes traversières, manager dans l’industrie du bâtiment, chef de tribu, amoureux investi, voyageur insatiable, entrepreneur, Lawren Schneider vit intensément. 2014, il décide de se poser. L’écriture arrive dans ma vie sans prévenir, comme une évidence, une passion maîtrisée, mais jouissive.
L’héritage de Lizie est son premier roman, un thriller, autoédité en juin 2015.Un an plus tard, sort  Le prix à payer, une nouvelle aventure de son héroïne, Lizie.  Les larmes des cigognes est un roman plus personnel, mais aussi plus dramatique et plus noir. Un thriller dont l’histoire tragique prendra sa source au sein du camp russe où ont été enfermés les « Malgré-Nous » alsaciens et mosellans durant la Deuxième Guerre mondiale.
Extrait :
« Un seul mot et tout était dit. Il n’y avait pas besoin d’en rajouter plus, le substantif suffisait à lui-même.
Incorporé de force, travaux forcés,  malnutrition, froid glacial, chiasse, punaises, poux, punitions, maladies, Kapos à la con, traîtres, macchabées entassés, envie de mourir, envie de vivre, besoin de prier, soupe infâmes, clairon maudit, coup de crosse.
Tambov. »

 

L’accroche de Miss Aline :

Les larmes des cigognes, Lawren Schneider

Que fais-tu Chris ? Pourquoi tu pointes une arme sur ton psy  pour lui   parler du printemps 1986 ? Tu as alors 17 ans et un don. Tu vis seul avec ta mère qui essaie de survivre à qui, à quoi ? Heureusement tu as ta bande de potes. De vrais amis à qui tu décides de révéler ton « secret ». Commence alors un enchaînement d’événements que tu ne parviendras pas à maîtriser.

Ces événements vont t’emmener chez ton grand-père paternel Louis. Un solitaire, un original. Pour toi il va ouvrir la boîte de ses souvenirs. Avec toi on va plonger dans la grande guerre, celle où Louis, alsacien,  va être incorporé de force dans l’armée allemande. Il va te raconter son don et également sa descente aux enfers. Tambov, camp aux confins de la Russie.  Les privations, les brimades, les maladies, la trahison,  la déshumanisation…

Lawren Schneider, auteur inconnu de moi il y a encore quelques mois, vient de me plonger dans l’Histoire.  Je découvre Tampov et un peu plus sur les « malgré eux » dont on ne parle finalement pas souvent.  Le pouvoir d’écrire de l’auteur te transporte dans chaque espace temps : 1986, 1943, aujourd’hui. Que se soit Christ ou Louis, leur histoire est vécut avec force et émotions. Rien n’est sur-joué dans l’écriture. C’est comme si tu voyais le film se dérouler sous tes yeux. Bien sur dans ce thriller-historique il y a une part de paranormale mais qui ne nuit pas au récit. Bien au contraire, elle appuie l’intrigue, elle l’a nourrit. Cette part de paranormal est le fil d’Ariane qui relie Louis à son petit fils.

Les larmes des cigognes c’est des questions qui ne te quittent pas : quel besoin de braquer un psy pour raconter son histoire ?  Qu’aurais-tu fais à la place untel ou untel ?  Tes choix te sont-ils imposés par la force des choses ?  Comment (sur)vivre après un tel vécut  (les camps) ? Etc.

Les larmes des cigognes c’est une grande leçon d’Histoire. On y dépeint également l’amitié, la loyauté, le sacrifie de soi.  Les larmes des cigognes c’est toute la palette des émotions qui te percute parfois de plein fouet : la surprise, l’empathie, l’horreur, l’espoir, les larmes.

Lawren Schneider et « ses » larmes sont pour moi une révélation. C’est une écriture simple et vraie. C’est une toile que tu regardes avec attention, qui te bouleverse par sa puissance. Un très grand merci Monsieur Schneider pour toutes ses émotions. Merci également pour votre disponibilité et votre gentillesse lors de notre rencontre à Mon’s Livre (Belgique).