L’inconnue de l’équation – Xavier Massé


La double chronique

L’avis de Dany

Le livre : L’inconnue de l’équation de  Xavier Massé. Paru le 16 mai 2019 aux Editions Taurnada, dans la collection Les tourbillons des mots. 9€99 ; (260 p.) ; 18 x 11 cm

4ème de couverture :

Quatre heures. La police n’a que quatre heures pour démêler ce qui ne semblait être au départ qu’un simple drame familial : un couple, Juliette et François, retrouvé carbonisé, leur fils, Julien, gisant au sol. Deux salles d’interrogatoires, deux témoins de la tragédie : la mère de François et une flic présente sur les lieux. Deux versions, deux visions différentes. Accident, meurtre, ou vengeance ? Une toile d’araignée va se tisser peu à peu et d’une simple énigme va surgir une équation… aux multiples inconnues.

 

L’auteur : Né en 1977 à Roussillon (Isère), Xavier Massé est un jeune écrivain à l’imagination débordante. Passionné par le cinéma et la littérature, il devient très tôt fan du genre thriller, avec un goût toujours plus prononcé pour les scénarios complexes. Il sort en 2016 Répercussions qui remporte le prix du 1er roman Dora-Suarez 2018. Il décide de continuer l’aventure avec L’inconnue de l’équation, un huis clos qui ne laisse aucun répit au lecteur.

 

 

 

Extraits :
« Les factures grossissantes lui avaient imposé de prendre une décision rapidement et d’accepter le premier boulot qui passerait : aujourd’hui, les banques n’étaient plus aussi conciliantes.
Il avait beau se demander tous les jours « comment j’ai pu en arriver là ? », chercher quelle avait été son erreur, ce qu’il avait pu louper… La réponse était : rien… ou plutôt, un abus de confiance, et d’ignorance.
En deux ans, ils avaient tout perdu : leur société, leur amitié, et Caroline avait quitté Stéphane. »
« J’avais trouvé une méthode un peu radicale, mais assez performante, pour faire disparaître les corps. Ça tombait bien qu’elle travaille dans un laboratoire ! Savez-vous combien l’acide peut être efficace pour dissoudre beaucoup de choses ?
J’avais réussi à faire un sacré mélange…
a) De l’acide sulfurique,seulement dépassé par quelques superacides. Très utile pour le décapage de métaux en sidérurgie.
b) Du peroxyde d’hydrogène,il a la particularité de pouvoir être aussi utilisé seul comme monergol, comme dans les Rocketbelts de James Bond.
c) De l’hydroxyde de sodiumpur, appelé « soude caustique »… Ce produit étant extrêmement corrosif pour la peau, les yeux, les voies respiratoires et digestives. Elle doit être manipulée avec des gants, des lunettes de protection et une protection intégrale du visage.
Un mélange explosif ! »

 

La chronique jubilatoire de Dany

L’inconnue de l’équation – Xavier Massé

Très difficile de parler de ce thriller sans spolier aussi, je resterai sobre …

Trois chronologies s’imbriquent et permettent au lecteur de reconstituer la vie d’un couple, François et Juliette, parents d’un jeune Julien. Ils vont connaître la crise en 2005, financière d’abord puis familiale. On les retrouvera en 2010 puis 2013, grâce aux témoignages de Berger, enquêtrice et Mireille, la grand-mère.

L’auteur a opté pour un puzzle aux multiples pièces, perdant le lecteur parmi les hypothèses toutes extrêmes et plus improbables les unes que les autres.

Cela donne lieu à une lecture surprenante, où il faut s’attacher à chacun des détails, les recouper avec les différents interrogatoires, sans faire retomber sa vigilance car rien n’y est gratuit ! Surprenant et court, ce roman chahute le lecteur jusqu’au dénouement ! Intéressant et surprenant … mérite le détour.

Merci aux éditions Taurnada de m’avoir fait confiance et pour cette belle surprise.

Lu en version numérique. epub 5.99 €

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic


Le livre : De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic. Paru le 2 mai 2019 aux Editions Albien Michel dans la collection Thrillers. 21€90 ; (420 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

De bonnes raisons de mourir

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment.

Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante.

Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

 

L’auteur : Morgan Audic est né à Saint-Malo le 30 janvier 1980 et a grandi à Cancale. Il vit depuis plus de dix ans à Rennes, où il enseigne l’histoire et la géographie en lycée.
Il est l’auteur de « Trop de morts au pays des merveilles« , un thriller publié en 2016.

 

 

 

 

Extrait :
Grincements métalliques, respirations sifflantes.
Il s’éveilla dans une pénombre inquiétante, traversée de flashs vert et bleu chaque fois qu’il clignait les paupières. L’air était lourd, saturé d’une puanteur âcre de corps mal lavés mêlée à des d’odeurs d’antiseptique et d’alcool fort.
Où je suis ?
Ses yeux s’habituèrent à la faible luminosité de la pièce et il aperçut une rangée de lits plaqués contre le mur en face de lui. Ils étaient occupés par des êtres informes et gémissants qui remuaient lentement leurs membres comme des scarabées à demi écrasés agitent leurs pattes avant de s’éteindre.
Bouge !
Une pulsion au fond de son crâne lui criait de fuir. Il essaya de se redresser, mais ses poignets et ses chevilles refusèrent de se décoller du matelas. Avec horreur, il réalisa qu’ils étaient attachés au cadre du lit par des sangles. Il tira de toutes ses forces pour arracher ses liens, mais l’effort lui fit tourner la tête au point qu’il crut s’évanouir. Désorienté, le corps baigné d’une sueur froide et grasse, il tenta de se rappeler comment il était arrivé ici.

 

Le post-it de Ge

De bonnes raisons de mourir – Morgan Audic

Un cadavre mutilé est découvert à Pripiat, ville près de Tchernobyl. Le commandant Melnyk, policier ukrainien animé par le sens du devoir, est chargé d’enquêter tandis qu’Alexandre Rybalko, policier russe a été engagé par le père de la victime pour retrouver l’assassin et le tuer. Leurs investigations se croisent et les conduisent sur la trace d’un double homicide commis la nuit du 26 avril 1986.

J’ai adoré ce bouquin, j’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de Morgan Audic Trop de morts au pays des merveilles, qui avait été un de mes coup de coeur 2016.
Mais là quel coup de maître, Morgan Audic nous offre un roman policier parfait. A la fois roman noir, roman d’espionnage, cold case est un formidable thriller. De bonnes raisons de mourir, est la révélation de ce premier semestre 2019.

Je vous le disais, tout y est.
L’intensité de l’intrigue, le charisme des personnages, la véracité des thèmes exploités.
C’est parfait et parfaitement dosé. C’est formidablement maîtrisé. L’écologie, géopolitique, les enjeux économiques rien ne manque. Sans oublier cette guerre larvée au cœur de notre bonne vieille Europe.
Bien mieux qu’un bon documentaire sur ses sujets, ce titres se lit avec un tel plaisir, une telle intensité qu’on ne peut le lâcher
L’écriture et le style de notre auteur en font un magnifique thriller qu’on lit d’une traite malgré ces 420 pages.

C’est très cinématographie, ça s’imprime sur votre rétine et ça reste gravé dans votre cerveau.
Un putain de bouquin, un page turner certes mais qui restera longtemps dans nos esprits.

Surtout ne passez pas à coté.

Vous ne le regrettez pas, foi de porte flingue.

Des types comme nous de Roman Strajnic


Le livre : Des types comme nous de Roman Strajnic –  Paru le 25/04/2019 chez Fleuve éditions .16.90 €  ; (208… pages) ; 20 x 13 cm

 4ème de couverture :

Dusan Savicevic est agent de sécurité. C’est un Cannois discret, sportif et discipliné. Il s’est vu proposer cette année une mission spéciale pour toute la durée du festival : assurer la protection de l’équipe d’un film en compétition avec pour actrice principale Kristen Warwick, l’étoile montante du cinéma américain.
Pour un taiseux vivant en marge des paillettes, c’est tout autant une aubaine qu’une source d’angoisse. Mais il va faire le job. Et la fiche de poste est claire : Trouver quelqu’un de suffisamment intelligent pour se poser des questions, et d’assez con pour ne pas pouvoir y répondre.
La fiche de poste, Dusan ne la connaît pas.
C’est aussi ça, Cannes.

Crédit photo©(c) Melania Avanzato

Crédit photo©(c) Melania Avanzato

L’auteur : Roman Strajnic est né en 1977. Il a travaillé dix ans comme distributeur de films.
Des types comme nous est son premier roman.
Roman Strajnic est né en 1977. Fils d’immigrés politiques serbes, il passe sa jeunesse dans le sud de la France. Par la suite, il travaillera quinze années comme distributeur de films, épaulant tour à tour Luc Besson chez EuropaCorp, puis Pierre-Ange le Pogam chez Stone Angels. Dans ce contexte, il organisera une cinquantaine de tournées en province pour promouvoir la sortie de films et pendant treize ans, il sera chargé de la venue d’équipes au Festival de Cannes (acteurs, réalisateurs, producteurs, distributeurs).
En 2014, il a publié Les Colonnes d’Hercule chez Khbar Bladna, un éditeur tangérois.
Il vit aujourd’hui en région parisienne avec sa femme et leur fille.

 

 Extraits 1 et 2 :
«… les flics continuaient leur conversation : 
— Bah nous, c’était un suicide sur la ligne Cannes-Nice hier… Le gars, il a été traîné… La colonne vertébrale, elle s’était arrachée du reste du corps, avec la tête. Il avait les jambes 300 mètres plus loin. (Il marque un silence 🙂 Le plus chiant, c’était d’empêcher les chiens de venir bouffer les morceaux. »
« Il a baissé sa garde, il aurait dû sentir venir ce premier coup. Il aurait dû l’esquiver et dans la parade enchaîner avec son uppercut signature. Celui qui a fait de lui une sorte de légende dans les coins mal famés du Mirail à Toulouse. Là-bas, il en donnait généreusement, des coups de poing. À vrai dire, c’est juste une habitude à prendre. La première fois, ça fait un peu peur et puis après… Au petit déjeuner, il leur tapait dessus. Ça remplaçait les viennoiseries à la fleur d’oranger. Des grands coups de poing dans la gueule. Comme s’il cassait leurs têtes sur une enclume. Ça sonnait comme ça : « Bing ! », dans les halls d’immeubles pleins de crachats et de barrettes de shit. »

La chronique jubilatoire de Dany

Titre et auteur : Des types comme nous de Roman Strajnic

 

Agent de sécurité à Cannes, c’est une sinécure sauf par temps de Festival. La routine de Dusan, émigré Yougoslave porteur d’un secret intime qui lui pourrit la vie, va être bouleversée par un contrat un peu particulier. Il va devoir en effet assurer la protection d’une villa de star et ça ne sera pas de tout repos.

Une satire bien plaisante d’un monde superficiel et avant tout guidé par la finance, avec une intrigue qui mériterait de ne pas être spoliée par le prologue trop explicite … un agréable moment de lecture, une pause salutaire sans mort suspecte ni hémoglobine, ou alors si peu ! Un court roman de 208 pages.

A noter un contexte social bien abordé également où l’on découvre l’envers du décor de paillettes et de strass, de selfies et de fêtes, d’alcool …

Lu en version numérique.

 

Extraits 3 et 4
« Au fond, ce qui donne un caractère à Cannes, c’est son festival. Sans lui, c’est une ville de rien. Une baie. Champignonnée de grosses propriétés et d’hôtels de luxe vides. Cannes comme Hollywood ne seraient pas grand-chose sans le cinéma. Et puis, c’est aussi une ville de tristesse et de corruption. C’est aussi ça qui en fait un décor propice aux drames. Une jeune starlette qui tombe d’une fenêtre du Carlton, un producteur retenu en otage sur un yacht, Di Caprio mort d’un accident de voiture dans l’arrière-pays, en plein soleil, dans un bolide carbonisé. Tout est possible. »
« Sur la Croisette, Brian de Palma, toute barbe et bonhomie dehors, mange une glace à l’italienne incognito, alors que Nabilla, elle, est entourée d’une foule compacte et fanatique, hurlant son nom comme on l’aurait fait pour un Beatles. Cheveux lissés, poitrine et cul proéminents, lunettes mouche en or estampillées cagole de luxe. S’érotisant la bouche en bisou cul de poule, le doigt sur un sein gonflé à l’hélium, prêt à éclater sous la pression de ses faux ongles fantaisie. Elle se prend en photo, avec en toile de fond une foule dans tous ses états. Laide, à l’image de son modèle : fluo, plastique, gonzo, hystérique et dangereuse. »
 

 

Sinestra d’Armelle Carbonel


Le livre : Sinestra d’Armelle Carbonel – Paru le 08 novembre 2018 aux éditions Ring dans la collection Ring Noir . 19.95 € ; ( 390 pages) ; 14x 22 cm

4ème de couverture :

Suisse 1942.

Le Val Sinestra, refuse isolé au cœur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le Mal a franchi la frontière avec eux.

Surnommée la ‘nécromancière’, Armelle Carbonel est avec son style viscéral et son extrême maîtrise du suspense en huis clos, l’une des voix les plus captivantes du thriller contemporain. Récompensée à onze reprises, experte en manipulation et rebondissements, la nouvelle référence française du thriller psychologique entraîne le lecteur au coeur d’une véritable symphonie paranoïaque, dont l’intensité suscite une angoisse quasi inédite dans le monde du thriller.

L’auteur : Armelle Carbonel est une jeune auteure née en 1975 à Paris. C’est dès l’âge de huit ans qu’elle commence par écrire des poèmes, puis viendra roman fantastique et pièce de théâtre. Le thriller va suivre rapidement, exutoire de ses propres démons et blessures d’enfance. La Nécromancière était née…

 

 

Extraits :
« Il lui arrivait parfois d’entendre les cloisons craquer. Il observait alors la pression qu’exerçaient les murs pour se rapprocher. On les aurait crus sur le point de resserrer dans le but de compacter sa carcasse de gringalet entre quatre planches minuscules qui l’empêchaient de respirer »
« Chacune d’elles tentait indépendamment de donner un sens à l’inconcevable. Aucune d’elle ne quitterait cet enfer pour un autre. Pas sans mettre un nom sur le changement qui s’opérait à l’intérieur, dans la tristesse et la douleur. Personne pour leur expliquer la mue de l’enfance à la conscience adulte, cette membrane fragile rongée par l’acidité de la vie »
« Un centre expérimental conçu en plein chaos, un sous-sol rempli de bocaux exposés en guise de trophées. Des membres sciés, des cranes chauves désolidarisés de leurs corps minuscules. Des répliques macabres recouvertes par des poussières d’années. »

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Sinestra d’Armelle Carbonel

Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas été perturbée de la sorte par une lecture … ça fait deux nuits que je rêve de ce Val de Sinestra ! Comment fait donc Armelle Carbonnel, avec son sourire d’ange, pour imaginer de telles horreurs ? Du grand art ! J’avais commencé l’année avec Avalanche Hôtel de Niko Tackian où le bâtiment était lui aussi un personnage à part entière … deux lieux anxiogènes suisses du même acabit, néanmoins les monstres des Grisons sont encore plus inquiétants et là s’arrête la comparaison.
Certes le martyre d’enfants pendant la seconde guerre mondiale a déjà été traité maintes fois, ici les lecteurs le vivent de l’intérieur …à noter que le bâtiment est de temps à autre le narrateur. L’antisémitisme n’y est pas le mobile des exactions. On y trouve des personnages parfois caricaturaux, les odieux parfois bienveillants, les mères possessives et exclusives, des enfants pas souvent innocents, chaque catégorie n’étant pas « étanche » aux caractères dominants des autres. Ces 390 pages font de Sinestra un thriller d’horreur bien noir avec son lot de rebondissements inattendus et de manipulations malveillantes à lire assurément en prenant le temps de l’imprégnation de l’ambiance gore et glauque à la fois. L’auteure a usé du rythme et de l’alternance des situations pour donner aux lecteurs les temps de pause nécessaire pour supporter la tension.

Deuxième roman que je lis d’Armelle et la même angoisse, la pudeur en plus. Très bon moment de lecture que je recommande !

Lu en version papier

 

Thérianthrope – Michael Fenris


La triple chronique 1/3

On fait de plus en plus fort chez les Flingueuses.

Trois avis pour le prix d’un.

Trois Flingueuses que l’on entend peu en plus, vous avez de la chance !

Vous aurez aujourd’hui le retour de Marc, puis celui de Sylvie et enfin l’avis de Fanny.

Allez place à

L’arrêt sur image de Marc

 

 

Le livre : Thérianthrope de Michael Fenris. Paru le 22 novembre 2019 aux édition Prisma. 19€95 ; 397 pages ; 15 x 23 cm

4ème de couverture :

Quand il part en chasse, les cadavres s’accumulent…
Comment arrêter un serial killer qui se prend pour un loup-garou ?
Un thriller d’une efficacité à couper le souffle.

L’inspecteur Ernesto Guzman espérait finir sa carrière tranquillement. Il réalise que la retraite va devoir attendre quand on l’envoie sur une scène de crime particulièrement sordide : la victime a été massacrée mais, surtout, en partie dévorée par son assassin…
Alors que les cadavres affreusement mutilés s’accumulent, l’identité du serial killer ne fait plus aucun doute : Mitchell Hiker, ancien garde forestier tout juste échappé d’un asile psychiatrique. L’homme est persuadé d’être un loup-garou, et une petite voix dans sa tête lui souffle de tuer.
La traque va commencer.

L’auteur : Michael Fenris vit en région parisienne, il est médecin généraliste. Le soir venu il prend la plume. Il est l’auteur du merveilleux « Feuille » ou encore du « Syndrome Noah » parus également chez Prisma.

 

 

Extrait
Elle regarda malgré elle dans la direction indiquée. Vit la silhouette dressée en ombre chinoise sur le pas de la porte, les petits yeux jaunes, le mufle de chimère mi-animal mi-être humain. Sa bouche s’arrondit en un cri de terreur muette et de totale incompréhension.

L’arrêt sur image de Marc

Thérianthrope de Michaël Fenris

Alors vous allez me croire ou pas, mais je connaissais la signification de thérianthrope avant de découvrir ce livre. C’est mon deuxième livre de cet auteur, après le très bon « Feuille » que j’ai lu il y a quelques années. Je dois avouer pour être entièrement honnête que je suis allé à reculons avec ce livre. Tout laisse à penser que c’est une revisite du fameux conte de Charles Perrault que tout le monde connait, « Le petit chaperon rouge ». Et clairement à chaque fois que je suis tombé sur ce genre de revisite je n’ai pas adhéré.

J’ai bien fait de passer outre cette appréhension, car je ne vais pas tourner autour du pot, j’ai adoré ce livre. On peut effectivement y voir une version moderne du chaperon rouge, mais vraiment de loin, ce n’est guère plus qu’un clin d’œil à l’histoire originelle. Ce livre est un thriller, il n’a rien d’une histoire que vous allez raconter à votre petit dernier pour qu’il s’endorme. Vous pouvez toujours essayer mais vous risquez d’en faire un insomniaque.

Sur le fond, c’est une histoire banale de tueur traqué, qui s’échappe, et laisse de nombreux cadavres dans sa fuite. Au début la ville de Denver, pour finir dans une Amérique plus reculée, en pleine nature. L’auteur a une plume addictive, c’est très ben écris et les pages s’enchaînent, d’autant plus que la tension monte régulièrement. Une belle maîtrise de l’histoire, et Michael Fenris gardera le suspense intact jusque dans les dernières pages.

Merci aux éditions Prisma pour cette superbe découverte.

Pour le bien de tous de Laurent Scalese


Le livre : Pour le bien de tous de Laurent Scalese – Paru le 14 mars 2019 aux éditions Belfond dans la collection Thrillers.20 €  ( 320 pages) ; format 14 x 22  cm

 

4ème de couverture :

Sur une route de campagne, un homme est percuté par une voiture. Mort sur le coup, ce n’est pourtant pas la collision qui l’a tué mais les balles qu’il a reçues dans le dos. Si la victime n’a pas de nom ni de papiers, son identité semble précieuse, puisque le véhicule des pompes funèbres qui le transporte est braqué, et le corps enlevé…
Les deux flics chargés de l’enquête forment le tandem le plus mal assorti de l’histoire de la police. Mélanie Legac est jeune, brillante, nerveuse. Le commandant Joseph Schneider a la soixantaine bien tapée, il ne peut plus courir après personne, et ce  » croulant « , comme elle l’a baptisé, pourrait être son père. C’est la première fois qu’ils travaillent ensemble et ils vont vivre la pire affaire de leurs carrières.
Laurent Scalese s’empare d’un grand drame de l’actualité dans ce thriller noir comme le monde. Heureusement qu’il existe des hommes et des femmes à l’image des héros dont l’auteur a le secret, attachants et drôles, profondément humains, et qui tentent de se battre POUR LE BIEN DE TOUS

 L’auteur : Né à Avignon, le 30/11/1967, Laurent Scalese est auteur de romans policiers et scénariste pour la télévision et le cinéma.
Il a une enfance sans histoire. Il ne porte pas l’école dans son cœur, même si il est loin d’être le plus mauvais élève de la classe. Il préfère les dictées et les rédactions aux mathématiques et aux sciences, physiques et naturelles.
Attiré très vite par la lecture, il dévore Agatha Christie, Conan Doyle, Isaac Asimov ou encore Stephen King, fasciné par le côté effrayant des intrigues.
Après quelques tentatives d’écriture tirant vers le fantastique, il entame une carrière professionnelle dans le prêt-à-porter mais la plume le démange toujours…
En trois ans, il rédige quatre romans de SF ainsi qu’un recueil de nouvelles d’anticipation. Heureux d’être classé parmi les dix premiers d’un concours de nouvelles policières organisé par LE SEUIL, il décide d’approfondir et se lance dans la rédaction d’un polar: son premier roman, Le Samouraï qui Pleure, paraît en 2000, puis dans la foulée L’ombre de Janus, une histoire du tueur en série, qui le rapproche un peu plus des éditeurs et élargit son public.
Son quatrième roman policier, Le Baiser de Jason (Belfond, 2005), a reçu le prix Sang d’Encre des lycéens. Prix du balai de bronze en 2016 pour La voie des âmes (Belfond 2015). Il entame une série avec son personnage névrosé et hypocondriaque Samuel Moss en 2016 avec Je l’ai fait pour toi, toujours chez Belfond.
Il est aujourd’hui un scénariste reconnu pour la télévision. Il est le co-créateur de la série Chérif tournée à Lyon et diffusée sur France 2.
Depuis sa création en 2008, il appartient à la très honorable Ligue de l’imaginaire. Ce collectif d’écrivains a pour étendard l’imaginaire et parmi ses membres, on trouve Maxime Chattam, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Bernard Werber…
Extrait :
« Âgé de quarante-huit ans, il était doté d’un physique intimidant. Après une courte carrière dans l’armée, il avait œuvré en tant que mercenaire pendant une dizaine d’années, au sein d’une SMP – société militaire privée – baptisée Fractal. À cette époque, il jouissait d’une excellente réputation dans le milieu. Ses principaux employeurs, multinationales et gouvernements qui privatisaient une partie de leurs opérations extérieures, le rémunéraient en conséquence, à prix d’or. Dans les zones de conflit, il avait pour mission de former les soldats et les policiers, de sécuriser les sites pétroliers et gaziers, ainsi que l’accès des populations aux ressources naturelles. Le complexe militaro-industriel des États-Unis l’avait souvent engagé pour mener des actions secrètes, et illégales, comme entretenir le chaos dans les régions les plus instables du monde, ceci afin de favoriser le trafic d’armes.
Armes vendues par les Américains via des sociétés-écrans.
Bref, Jason était loin d’être un enfant de chœur, il avait exploré les ténèbres tant de fois qu’il n’avait plus peur du noir. Les choses qu’il avait vues et faites durant cette période susciteraient l’incompréhension et l’effroi du commun des mortels. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Laurent Scalese : Pour le bien de tous

Contrairement à ce que dit la 4ème de couverture, les duos d’enquêteurs atypiques, comme ceux qui délaissent leurs familles, sont fréquents dans le monde du polar et pourtant cette fois, ça n’est pas une débutante qui se coltine un vieux routard, mais une mère de famille en instance de divorce qui doit faire équipe avec un préretraité arthrosique ! Ces deux-là vont nous entraîner dans une enquête à haut-risque, bien ciselée et rencontrer de méchants pervers, libertins pour certains, comme il est de coutume avec Laurent Scalese.

Emaillé de références à ses précédents romans et agréablement bienvenues, dans ce dernier thriller, l’auteur confronte ses lecteurs à deux problèmes sociaux bien actuels : l’exploitation des migrants et la montée de l’extrémisme de la droite radicale avec la théorie du grand remplacement tristement d’actualité. Toute ressemblance avec … n’est pas du tout fortuite. Ciel, il faut bien 320 pages pour en parler !
De la violence … oui mais pas que, sans voyeurisme ! De la quête du respect humaniste … oui mais pas que !

Un très bon moment de lecture, une écriture fluide et une fin qui laisse penser que malheureusement les problèmes sociétaux ne sont pas résolus avec l’élucidation de l’affaire.

Je remercie les éditions Belfond et NetGalley pour la confiance qu’ils m’ont témoignée en me confiant cette lecture.

 Lu en version numérique.- epub 13.99 €

Autres Extraits :
« On avait assuré à ces gens que le périple n’excéderait pas quinze heures.
Le cauchemar – car ç’avait été un cauchemar – avait duré quatre jours.
Le départ pour le Vieux Continent avait eu lieu mi-novembre, autant dire que les conditions météorologiques étaient loin d’être favorables à un voyage en mer. Serrés les uns contre les autres comme des sardines, brisés de fatigue, les occupants du canot avaient essuyé grain sur grain et failli être renversés par les vagues à plusieurs reprises.
Lorsqu’ils n’avaient plus pu se retenir, ils avaient fait leurs besoins sur eux. Ils avaient ressenti les morsures du froid glacial de la nuit et somnolé tout contre les morts – les plus faibles n’avaient pas survécu à des conditions aussi extrêmes. Quand l’odeur des cadavres était devenue insupportable, ils s’étaient décidés à les jeter par-dessus bord. Les oreilles saturées par les pleurs des enfants et les prières des mères, ils avaient cru perdre leurs derniers repères et sombrer dans la folie. Ceux qui avaient eu la chance de s’en sortir entendraient longtemps les éclats de rire que les Libyens lâchaient chaque fois que le zodiac disparaissait derrière la houle, avant de ressurgir dans un concert de cris terrifiés. »
« Mélanie l’observait à la dérobée pendant qu’il déblatérait. Si la tenue de motard rebelle, la boule à zéro de skinhead et le tatouage guerrier étaient des signes extérieurs d’appartenance à la mouvance extrême-droitiste, ils pouvaient induire en erreur sur ses origines et laisser supposer qu’il avait été élevé dans un milieu social défavorisé. Or le niveau de langue, le respect des négations, le vouvoiement, la façon d’argumenter, tout cela attestait qu’il était issu d’une famille bourgeoise et diplômé d’une grande école. À l’instar des « gauchos » qu’il accablait, le comble de l’ironie ! Ce qui les différenciait, c’était leur perception de l’autre, de l’étranger. La teneur de ses propos établissait qu’il avait grandi sous l’empire de la paranoïa, avec la certitude profondément ancrée en lui que l’immigré débarquait sur le sol français dans le seul et unique but de le déposséder de son identité, de sa culture et de ses biens. La lueur exaltée dans son regard indiquait qu’il était prêt à mourir pour défendre ses convictions.
— C’est la faute de ces branleurs si le grand remplacement… »
… clin d’œil à la voie des âmes :

« — Il y a ce flic, Richard Neville…
— Le fameux Richard Neville.
— On raconte qu’il lui suffit de toucher une personne décédée pour reconstituer ses derniers instants. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Paris, lors d’un séminaire sur la criminalité urbaine. Il m’a parlé de la « voie des âmes », un passage qui permettrait aux âmes des défunts de monter au ciel. Vous y croyez ? »
 
«  Pendant que j’y pense, il y a un truc dans votre dossier que j’aimerais éclaircir. Vous êtes antisémite, antisioniste, vous prônez le boycott des produits en provenance des colonies, et à côté de ça vous pratiquez le krav-maga, la méthode de self-defence israélienne. Et pas en amateur, au plus haut niveau. Si j’ai bien lu, la semaine dernière vous avez obtenu votre ceinture noire, troisième darga.
Elle le fixa pour le mettre mal à l’aise.
— Une contradiction – une parmi tant d’autres – qui nuit à votre crédibilité.
Joseph eut un mouvement de menton approbateur.
— C’est vrai, Jean-Marc, l’accabla-t-il, un chouïa théâtral. Comment voulez-vous qu’on vous prenne au sérieux ?
Le tatoué ouvrit la bouche pour se défendre, elle l’en empêcha :
— Et ne nous dites pas que c’est un point de détail !
La réplique le laissa ahuri. Les flics quittèrent la pièce. »
«  Avec elle, j’avais l’impression d’être une vieille peau.
Une expression songeuse se peignit sur ses traits.
— Si je voyais les choses ainsi, je deviendrais folle.
De l’index, elle désigna sa figure flétrie par l’âge.
— Ce ne sont pas des rides, ce sont des préjugés, lâcha-t-elle d’un ton affirmatif. Et les préjugés sont des abstractions, ils n’ont rien de réel, ils n’existent qu’à travers le regard des autres.
Une vague amertume l’étreignit un instant.
— Et le mien, lorsque j’ai la faiblesse de m’observer dans la glace.
Elle repoussa mentalement ce sentiment.
— Je n’ai jamais eu qu’une seule ride…
Incapable de rester debout plus longtemps, l’octogénaire contourna le fauteuil et s’y installa avec précaution.
— … et je viens de m’asseoir dessus, compléta-t-elle dans un soupir. »

Minuit dans le jardin du manoir de Jean Christophe Portes


Le livre  : Minuit dans le jardin du manoir de Jean Christophe Portes . Paru le 13 mars 2019 aux Editions du Masque.  19€90 ; (379 p.) ; 21 x 14 cm

Résumé de l’éditeur :

Denis Florin est un jeune notaire célibataire, poète et un peu lunatique. Il vit en Normandie dans un manoir avec sa grand-mère Colette – adorable mais folle. Ce qu’il préfère faire dans la vie : reconstituer la bataille de Marignan en figurines, et qu’on le laisse tranquille.
Un jour de janvier, alors qu’il rentre chez lui, il découvre horrifié une tête décapitée sur un piquet dans le jardin du manoir. À la place des yeux et des dents, des pièces d’or. Paniqué, il se terre chez lui, et constate que sa grand-mère adorée a disparu. La presse s’empare de l’affaire et il devient le suspect numéro un. Cela fait beaucoup pour un seul homme, surtout un homme comme Denis Florin. Nadget, une journaliste télé qui jure comme un charretier, convaincue de son innocence, va alors tenter de l’aider à se sortir de ce pétrin. Sur les traces de Colette, ils découvrent qu’un trésor datant de plus de cinq cents ans pourrait bien être caché quelque part dans le manoir…
Mais serait-ce l’explication à ce meurtre odieux et à cette disparition ? Rien n’est moins sûr.
L’auteur : Après des études à l’Ecole Nationale de Arts Décoratifs, Jean-Christophe Portes est devenu journaliste et réalisateur pour la télévision. Les précédentes enquêtes de Victor Dauterive, L’affaire des corps sans tête, L’affaire de l’homme à l’escarpin et La disparue de Saint-Maur et L’espion des Tuileries ont rencontré un beau succès. Il a remporté le Prix polar Saint-Maur en poche 2018.

 

 

 

Le post-it de Geneviève

Jean christophe Portes Minuit dans le jardin du manoir

 

Il y a un manoir sombre et isolé, avec un grand jardin autour.

Il y a Colette, la vieille folle du manoir.

Il y a Denis, son petit-fils, un notaire timide et maladroit.

Et puis il y a, ce matin brumeux, la tête d’un inconnu plantée sur un piquet.

Les ennuis commencent alors pour Denis. Le genre d’ennuis qui changent votre vie. Pour le meilleur… ou plutôt, pour le pire.

Et oui ,la nuit précédente un jeune étudiant pressé traverse le parc du manoir, prenant un raccourci et tombe sur cette tête fichée là.

Il est Minuit dans le jardin du manoir. Ni une, ni deux, notre jeune homme prends en photo cette apparition et la poste sur les réseaux sociaux.

La photo fait le tour des rédactions régionales puis très vite nationales.

Les vautours arrivent à leur suite.

La plus rapide c’est Nadjet, grand reporter à TV1. Celle ci tente de recueillir les première impressions de notre jeune notaire déboussolé qui ne trouve rien de mieux à faire que de la poursuivre avec un vieux sabre pour retrouver enfin le calme dont il a besoin pour réfléchir.

Encore une image choc qui fait le tour des télés en boucle.

Et puis arrive la police . Le lieutenant Trividec est chargé de l’affaire. Ce flic un poil macho, un peu butté, sans doute trop sur de lui et de son charisme, met tout de suite Denis dans la casse du suspect numéro 1. Mais il n’obtient ni aveux ni preuves.

S’en suis une aventure rocambolesque et explosive où des vies ordinaires basculent dans l’extraordinaire.

Sous la plume incisive et cadencée de Jean-Christophe Portes l’histoire prend vie. Le livre se lit à toute vitesse. On est presque là dans un scénario de bande dessinée. D’ailleurs l’auteur émaille son récit de nombreux références, qu’elle soit cinématographiques, littéraires ou tintophiles.

Et puis cette Nadjet Bakhtaoui a tout du jeune Tintin. Aussi ce polar prend des allures de roman d’aventure. Et il mélange avec bonheur plusieurs genres, espionnage, historique et enquête policière dénonçant au passage quelques travers de nombres société ultra-connectée et pointant ça est là quelques grands thèmes d’actualités.

C’est vif, on ne s’ennuie pas, on va de rebondissements en rebondissements. On suit avec bonheur les péripétie de nos protagonistes. Le style de Jean Christophe est émaillé d’humour. On sent qu’ici il s’est amusé à écrire ce roman et nous nous amusons tout autant à le lire. On part avec lui dans une chasse au trésor, on se prend pour Indiana Jones. On suit la piste avec avidité, on suit l’histoire Hernan Cortes et ses conquistadors. On veut tout savoir du dernier empereur  aztèques Cuauhtémoc.

Ajoutez à cela des dialogues savoureux, des situations cocasses,  une intrigue ciselée et vous obtiendrez un parfait roman de divertissement.

Lauréat du prix polar Saint-Maur en poche 2018 pour sa série historique « Les enquêtes de Victor Dauterive », Jean Christophe Portes signe avec Minuit dans le jardin du manoir son premier polar contemporain et c’est un belle réussite.

Merci monsieur l’auteur d’avoir décidé de nous surprendre. Qu’elle belle idée !

Parasite de Sylvain Forge


Le livre : Parasite de Sylvain Forge – Paru le 13/03/2019  aux éditions Mazarine dans la collection Thriller . 17 € ; (426 pages) ;  13 x  21 cm

4ème de couverture :

La capitaine  Marie Lesaux, fraîchement débarquée au sein de la brigade de protection de la famille de Clermont-Ferrand, se voit confier, sous le sceau de la plus grande des confidentialités, l’étrange mission de tester les capacités de son nouveau coéquipier. Valmont, réputé infaillible et doté d’une puissance de travail sans égale, serait capable d’élucider des affaires non résolues, quelle que soit leur complexité.

De fait, Valmont n’est pas un policier comme les autres, mais bien une somme d’algorithmes, un formidable programme expérimental ultra secret à la puissance de calcul phénoménal mis en place par l’État français pour lutter contre toutes les formes de criminalité  : un savant mélange d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle que Marie va devoir appréhender pour mieux comprendre le formidable champs des possibles permis par la police 2.0.

Assistée d’Ethan Milo qui a travaillé sur le projet et qui vit cloué dans un fauteuil des suites d’un attentat, mais en but à l’hostilité de certains de ses collègues, la jeune capitaine va mettre Valmont sur le cas du «  suicide  » d’une fillette d’origine africaine retrouvée au pied d’une tour.
La gamine est-elle vraiment tombée toute seule ? Quel crédit accorder à cette rumeur insistante dans les quartiers, entre terreur et légende urbaine, indiquant qu’une «  hyène  »  vaudou, mi-homme, mi-animal, tournerait dans les citées pour «  voler  » des jeunes filles  ?

Le fait est que des disparitions ont bel et bien eut lieu et que la population se tait. Un symbole étrange, là où il n’y avait été question que de morts naturelles ou d’accidents, se trouve sur bien des scènes de ce qui va très vite devenir des crimes irrésolus.

Il se trame quelque chose dans l’illusoire banalité des jours…

Marie et Ethan Milo, aidés du programme Valmont, vont bientôt être confrontés à une épouvantable vérité venue du fond des âges.

L’auteur …Né(e) à : Vichy , 1971. Après une enfance en Auvergne, des études de droit et un passage à Paris, Sylvain Forge voyage et s’imprègne de multiples ambiances, de l’Afrique du Sud au Canada. Il vit désormais à Nantes.
Un premier roman – resté dans un tiroir – plante en lui les germes d’une passion future pour l’écriture. Durant plusieurs années, il bâtit des scénarios de jeux de rôle qui lui donnent le goût de raconter des histoires. Élaborer une intrigue bien ficelée : voilà son plaisir.
Son premier livre, « La ligne des rats », paru en mai 2009 aux éditions Odin (Nantes), est un thriller écologique sur les pesticides.
Sylvain Forge est aussi amateur d’histoire ; ancien guide touristique, il a signé avec « Le vallon des Parques » (éditions du Toucan) un deuxième opus dont les péripéties se déroulent à Vichy en 1943.
L’auteur a bouclé un troisième roman paru fin 2013 « La trace du silure » dont l’intrigue se déroule à Nantes.
Il a reçu le Prix 2018 du quai des Orfèvres au nouveau siège de la PJ parisienne pour son roman « Tension extrême ».  
Extraits :
  « Les escape room, selon ce qu’il comprenait, étaient des jeux d’évasion grandeur nature où les participants, réunis en groupes, disposaient d’un temps donné pour s’échapper d’un endroit clos. Pour ce faire, ils devaient découvrir des objets et résoudre des énigmes, en se prenant pour des chevaliers, des détectives ou les passagers d’une navette spatiale, selon les thèmes du moment.
Un truc pour se faire peur.
L’antre de Jack, sans surprise, proposait une immersion dans un décor londonien, contemporain de Jack l’Éventreur. Masson voulut téléphoner au commissariat avant de se raviser : monter une opération mobilisant du personnel en si peu de temps relevait de la mission impossible. Il se contenta d’un coup de fil à la brigade, prétextant un motif personnel. Le collègue qu’il cherchait décrocha.
— Salut Pierre, dis-moi, j’ai logé un drôle de pistolet qui bosse dans une salle de jeu dénommée L’antre de Jack. Tu connais ?
— Et comment !
— Pour quel motif ?
— C’est la Mecque de l’escape room. Tous les ados y sont. Ils ont au moins trois parcours. Il y a des espaces un peu sales, genre backroom. On sait que ça deale pas mal et il doit y avoir du racolage. Si mes gamins vont là-bas, je les tue. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Parasite de Sylvain Forge

On attendait le lauréat du mythique prix du Quai des Orfèvres 2018 … saura-t-il transformer l’essai ? En fait d’essai Sylvain Forge signe ici son huitième thriller (Pire que le mal étant une réécriture de La ligne des rats) et situe son action en Auvergne, sa région natale. Dans la même région que Sous la ville, mais en surface cette fois et le lieu importe peu dès lors que l’action se situe en province.

Après Tension extrême où le lecteur était plongé dans le quotidien flippant et connecté et qu’il proclamait la main sur le cœur qu’il ne se laisserait pas prendre et qu’il veillerait à cette hyper dépendance, cette fois il se dit qu’il peut être le jouet des manipulations de ses congénères … sans aucune forme de réaction possible.

Heureusement la haute technologie lui fait entrevoir le salut, sous la forme d’un logiciel expérimental. On sent très présent le professionnalisme de l’auteur sur le sujet.

Un darknet sous-jacent, de la maltraitance et l’exploitation des personnes fragiles, la souffrance des victimes, autant de thématiques humanistes que développe Sylvain Forge au fil de ses romans.

Deux volets donc dans ce thriller : l’humain et la technologie, qui font leur petit bonhomme de chemin au cours de ces 426 pages, très richement documentées, en s’imbriquant progressivement.

Que dire de plus que la 4ème de couverture déjà bien (trop) évocatrice, sans déflorer l’intrigue ?

J’ai beaucoup aimé !

Le rythme y est soutenu, les chapitres courts, les personnages attachants et singuliers, même Valmont qui inspire la crainte mais démontre son efficacité contre vents et marées.

Oui Sylvain Forge tient ses engagements et cependant promet de changer (oui vraiment) de genre pour 2020 avec tout de même du noir, mais moins de flics !

Je remercie l’auteur pour sa confiance et les éditions Fayard-Mazarine pour m’avoir permis de lire ce thriller en avant-première

extraits 2 – 3 et 4 :
« Marie fit un pas dans sa direction quand il lui sembla que quelque chose vivait dans les ramifications du taillis. Une chose que Marie aurait pu tirer de sa torpeur et qui, désormais, flairait sa présence. La jeune femme se figea aussitôt. Le végétal occupait pratiquement toute la cave. Les feuilles vibraient et bougeaient, sans brise aucune, et ses fruits faisaient de même, comme des clochettes. Jamais Marie n’avait rencontré pareille créature. Le duvet de ses bras se dressa sous ses manches comme les poils d’un chat avant même qu’elle n’eût pris conscience de la terreur qui venait de la submerger. »
 
« À un certain niveau d’implications, la criminalité devient intouchable, comme l’argent de la drogue lorsqu’elle est réinjectée dans l’économie légale. Et avec la pédophilie, c’est pareil ».
« L’imagerie cellulaire à haut débit a bouleversé notre compréhension de la vie parasitaire, commenta la scientifique en cliquant sur un fichier présent sur le bureau de son ordinateur.
— De quoi s’agit-il ?
— Une séquence reproduite à l’aide d’un microscope automatisé : des milliers d’images qui témoignent comme dans un film de l’activité du toxoplasme. »
 
« — En général, le toxoplasme se fixe dans la zone du cerveau dite « limbique », là où sont régulées diverses émotions, comme la peur. Chez la souris, quand tout fonctionne normalement, des neurotransmetteurs déclenchent une attirance face à l’odeur d’une femelle et une répulsion lorsque surgit l’odeur du chat. C’est ainsi que le rongeur est conditionné pour survivre. Mais ce que nous voyons en ce moment, c’est comment le parasite s’y prend pour tout court-circuiter.
— Il affecte le cerveau du chien, comme celui des rongeurs ou des chimpanzés ? lança Marie.
— Exactement. »
 

mots clefs : 

Le crime était signé de Lionel Olivier.


Le livre : Le crime était signé de Lionel Olivier. Paru le 18 novembre 2015 chez Fayard dans la collection Policier. 8€90 ; (353 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

À peine seize ans, cette gamine retrouvée nue, étranglée près du cimetière… Et ces pervers qui s’exhibent entre les tombes… Et ce fumier qui croit séquestrer l’innocence qu’il a perdue…

Morte d’avoir trop ou mal aimé ?

Des halls de banlieue, zones de non-droit, à la propriété somptueuse d’aristocrates au-dessus des lois, la Crim’ est malmenée, impuissante à répondre au drame des parents ! Alors que l’ADN reste muet, un témoin «signe» une vérité singulièrement humaine…

 

L’auteur : Né en 19 décembre 1949 Lionel Olivier est commandant fonctionnel de police à la retraite..
Il a choisi en 1974 d’être inspecteur de police (officier aujourd’hui). De 1975 à 1989, il a été en poste à Dieppe (Seine-Maritime) comme chef d’unité de police de Sécurité publique.
Puis nommé en 1990 à Auxerre (Yonne) où il a occupé différentes responsabilités, au grade de commandant, avant de prendre sa retraite.
Son roman, « Le Crime était signé », a reçu mardi 17 novembre 2015 le prix Quai des Orfèvres 2016 . Admirateur de Simenon et de Kafka, loin des stéréotypes des séries américaines, Lionel Olivier plonge ses lecteurs dans l’univers clos du polar à la française. Proches d’un milieu qu’il a côtoyé, ses héros de coeur – flics et voyous – se rencontrent menés par un destin implacable.
Extrait: 
« Un lieu et des murs où le groupe Fergeac se retrouvait après avoir affronté la tempête. Des copains parmi les journalistes qui essayaient de vous tirer les vers du nez. Et tout continuait en chamailleries distrayantes. On en repartait requinqué pour de nouvelles aventures, de celles qui attendent les flics dans leur chasse aux malfrats et aux criminels. Ressourcé pour un boulot qui n’en finirait donc jamais… » (Page 352).

 

L’expertise de Cathie

Le crime était signé est extrêmement bien documenté, ça sent le vécu, comme qui dirait. Normal, puisque son auteur a fait carrière dans la police. Il n’empêche que ce roman s’apparente beaucoup à un documentaire tant le texte est émaillé de nombreuses précisions concernant la procédure à suivre : interrogatoires, enquêtes de voisinage, visionnage des videos enregistrées par les caméras de surveillance, épluchage des appels téléphoniques passés par les suspects, les perquisitions, les planques, etc…

Le style est simple, le langage accessible à tous, avec de nombreux dialogues et des répliques savoureuses à « la Audiard » dans sa meilleure période, celle des « Tontons flingueurs ». Avec une touche d’humour propre à l’auteur.

Le +: un vrai témoignage sur la police d’aujourd’hui vue de l’intérieur, particulièrement pertinent dans le contexte actuel du malaise d’une police qui doit faire face à des événements auxquels elle n’est pas forcément préparée ( le terrorisme, la cyber-criminalité), dans une société meurtrie, à la dérive.

Regard « professionnel » qui nous permet de mieux comprendre le quotidien de ces hommes et femmes qui ont choisi de protéger leurs concitoyens malgré un système inadapté :

« A trop vouloir copier le système américain, la justice française nous fait perdre un temps fou. -Tu n’as pas digéré cette réforme? -Tu peux me dire pour quel bénéfice? Les frais de justice atteignent maintenant une croissance dingue, alors qu’on manque de tout ici. »(Page 62) 
«Ce ne sont pas les locaux qui ont fait notre force, notre renommée, c’est notre capacité à nous serrer les coudes, à faire face à l’adversité. A rebondir. A gagner. » (Page 350)

=> Loin de moi l’idée d’excuser tous débordements et leurs conséquences, mais c’est très intéressant de voir l’envers du décor.

Pourtant aucune amertume dans la plume de Lionel Olivier: il raconte les faits, le quotidien avec les moyens souvent insuffisants, les tâches à accomplir pour résoudre l’affaire en cours…les questionnements, les doutes, les frustrations face aux échecs; mais aussi la satisfaction de voir une affaire se conclure avec l’arrestation du ou des meurtriers…Avec beaucoup d’humour et d’humanité. Tout n’est pas noir ou blanc: ceux qui vivent dans les immeubles en banlieue ne sont pas tous des délinquants; et ceux qui vivent dans des hôtels particuliers ne sont pas tous des parangons de vertu.

Le crime était signé est un roman bien ficelé, qui se lit tout seul, avec de l’action sans rien de spectaculaire, des personnages humains et bien campés. Un très bon divertissement.

Chacun sa vérité de Sara Lövestam


 

 Le livre : Chacun sa vérité : une enquête du détective Kouplan de Sara Lövestam. Traduit du suédois par Esther Sermage. Préface de Marc de Gouvenain. Paru le 3 novembre 2016  Robert Laffont ; La Bête Noire.  19€  ; (287 p.) ; 23 x 14 cm

Rééditer en poche chez Pocket le 11 janvier 2018. 6€95 ; (301 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

« Si la police ne peut rien pour vous, n’hésitez pas à faire appel à moi. »

Kouplan, détective sans-papiers

Depuis trois ans, Kouplan est en « situation irrégulière ». Sa demande d’asile a été rejetée par la Suède mais il ne peut rentrer dans son pays, l’Iran, sans risquer sa vie. Dans l’attente d’un avenir meilleur, il lui faut échapper à la vigilance quotidienne des autorités, tout en gagnant assez d’argent pour subvenir à ses besoins : ex-journaliste, il songe à poursuivre dans l’investigation. Un jour, il propose ses services sur Internet et une femme lui répond : sa fille de six ans a été enlevée. Cette enquête va le précipiter dans le Stockholm underground, ces recoins de la ville où les clandestins sont des proies faciles pour les criminels…

 

L’auteur : Née en 1980, Sara Lövestam était professeur de suédois pour les immigrés avant de devenir journaliste et écrivaine à plein temps. Elle écrit notamment une rubrique pour l’important magazine gay QX. Pour son premier roman, Différente (Actes Sud, 2013), elle s’est vu décerner le prix du Swedish Book Championship. 

 

Extrait :
Prologue

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UNE PLUIE BIZARRE TOMBAIT le jour où on a enlevé Julia, un fin crachin qui vous mouillait peu à peu, insensiblement. Julia l’avait dit, d’ailleurs :
— Regarde la pluie, maman ! Elle ne fait pas plic ploc, les gouttes ressemblent à des moustiques ou à… Ça s’appelle comment, déjà ? les petites bêtes qui volent ? Maman ?
Lorsqu’elle a levé son nez mouillé, la capuche de son blouson imperméable est tombée en arrière pour la quinzième fois. Je la lui ai remise d’un geste qui, a posteriori, me paraît sans grande affection ni tendresse, et je lui ai pris la main.
— C’est à des moucherons que tu penses ? Allez, viens, Julia, on est un peu pressées, tu sais.
Elle s’est libérée de mon emprise et s’est obstinée, comme elle le faisait souvent dans ce genre de situation. Comme elle le FAIT. Comme elle le FAIT souvent.
— Ah ! oui, c’est ça, des moucherons.
J’ai tellement pensé à ces mots… Les dernières paroles de ma fille en ma présence : « Ah ! oui, c’est ça, des moucherons. » Comme si elles recelaient un indice quelconque.

 

Le post-it de Ge

Pour gagner sa vie tout en restant sous les radars, Kouplan propose ses services comme détective privé. Se faire invisible, évoluer dans la jungle du Stockholm underground, il connaît : ancien journaliste d’investigation dans son Iran natal, Kouplan est sans-papiers. La fillette de sa première cliente a disparu. Pour une raison mystérieuse, elle aussi souhaite éviter l’administration… Dès lors, de bête traquée, le clandestin se fait chasseur.

Premier volet de la tétralogie Kouplan, Chacun sa vérité a reçu le prix de l’Académie suédoise des auteurs de polars 2015.

Sara Lövestam n’en ai pas à son coup d’essai, elle a déjà écrit plusieurs romans, tous traduits dans de nombreuses langues.  Même si ce quatrième roman est bel est bien un premier roman policier. Pour notre jeune auteur, c’est la première fois qu’elle s’attaque à ce genre si particulier et elle le fait avec brio. Grâce à des personnages souvent en marge ou en quête d’identité, elle réussit à mettre subtilement en lumière les enjeux de société actuels et amène ses lecteurs à questionner l’ordre établi.

Son talent est salué par la critique, unanime, et par son public, toujours plus fervent. En 4 livres elle a déjà reçu deux prix, c’est dire !

 » Sara Lövestam fait sensation en Suède !  » Emily Barnett, Grazia
 » Une véritable bouffée d’air frais sur la scène policière scandinave.  » Ulrika Johnsen, QX

Personnellement j’ai adoré ce personnage atypique ‘enquêteur. Kouplan a quelque chose de vraiment singulier, de totalement humain. A travers lui, l’auteur porte un regard extérieur aux problèmes  de l’exclusion, la peur de l’autre, de ce qui nous est différent, la xénophobie mais aussi le racisme plus ordinaire.

Elle nous amène à réfléchir au modèle de société que nous voudrions voir pointer son nez. Sur notre avenir, sur le savoir vivre ensemble. Mais aussi sur notre modèle économique qui semble à bout de course.

A travers les yeux Kouplan, c’est nous qui nous interrogeons.  quel positionnement avons-nous face au chômage, à l’exclusion,  aux économies parallèles et sa délinquance. Face à la situation actuel de notre monde qui déverse chaque jour sa cohorte d’immigrés et de réfugiés.

Je vous l’avez dit, Kouplan est singulier, c’est notre part d’humanité qui parle à travers lui !