Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (24)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (24)

Bonjour. Comment doit-on dire ? Mon adjudant ? Monsieur ? Je vous laisse vous présenter…

Bonjour, je m’appelle Walter Brewski, mais c’est très rare qu’on dise Walter, le plus souvent c’est par le diminutif de Walt que l’on me hèle. Je suis en effet adjudant de gendarmerie, j’ai pas mal bourlingué, je commence à être un vieux de la vieille dans la boutique. J’aime le son des moulins des Alfa Roméo, le sport, Bruce Springsteen, le sexe, la nature, le café, et je suis fasciné par le philosophe Marc-Aurèle.

Voilà qui est assez éclectique et finalement cohérent. Cela représente aussi votre caractère ?

Je suis fidèle en amitié et en amour et je ne pardonne pas la trahison. On me dit très pugnace et je reconnais une rancune tenace. Mais je me soigne (enfin j’essaie). J’avoue que j’ai parfois du mal à contenir une certaine violence qui sommeille en moi.

Ce qui n’exclue pas une certaine complexité, en fait. Une telle psyché doit prendre du temps à concevoir, vous êtes restés combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Je crois qu’il me portait depuis longtemps en lui, mais je dirais qu’il n’en a eu conscience que quelque chose comme quatre mois avant que les premiers mots jaillissent sur le clavier. Je pense qu’il ne m’a lâché dans la nature que lorsqu’il m’a senti prêt.

Il avait peut-être peur de se révéler lui-même… Il y a des parts de lui en vous ?

Ça c’est sûr, le salaud, il n’a pas pu s’en empêcher. Je suis son premier personnage de polar, alors il s’est inquiété, c’est normal, je peux comprendre ça. Du coup il m’a donné des choses qu’il considère comme des atouts ; la ténacité, le plaisir de lire, sa dévotion pour « Le Boss », sa sale manie d’aller courir et de faire des pompes, des trucs comme ça. Et sa rancune séculaire aussi, mais pour cette dernière, je n’arrive pas à me dire que c’est mal. Heureusement qu’il ne m’a pas refilé sa sensibilité et sa putain d’empathie qui lui font piquer les yeux assez régulièrement. Vous imaginez si je me mettais à chialer pendant un interrogatoire ?

Vous en êtes quand même assez loin… D’ailleurs, il vous met dans des situations peu recommandables. Lui en voulez-vous ?

Non, enfin…sur le coup oui, mais après réflexion je comprends qu’il n’avait pas le choix parce que c’est à cause de moi. D’une certaine manière, souvent, je lui force la main, c’est un peu moi qui lui souffle ce qu’il doit me faire faire, j’en fais un peu rien qu’à ma tête.

Il m’a donné des choses qu’il considère comme des atouts ; la ténacité, le plaisir de lire, sa rancune séculaire aussi…

Il vous a conçu un avenir ou cette aventure n’a été qu’une distraction dans votre quotidien ? Comment on occupe son temps libre dans cette situation ?

Au début de WOORARA j’ai cru que j’étais enrôlé pour une aventure, mais maintenant je sais qu’il compte me faire rempiler dès le mois de novembre prochain, et comme si ça ne suffisait pas, il est en train de cogiter sur une troisième histoire. Ce type est dingue, dommage que je sois gendarme sinon je me serais syndiqué. Donc sachant ça, je prends du bon temps tant que je peux. Je glande pas mal, je me laisse pousser les cheveux, j’astique mon Alfa Roméo, je conchie le temps qui passe, je bois des bières avec des potes pas fréquentables, je vais voir des matchs de rugby et aussi du volley-ball féminin, ces gonzesses me foutent une trique d’enfer ! Mais surtout, quand il me fout la paix, je ne fais pas de sport.

Vous dialoguez avez lui ? Je vous en donne l’occasion : posez-lui une question !

Sébastien, pourquoi tu ne m’as pas fait shérif dans un coin perdu des Etats-Unis, le Wyoming, le Montana ou même le Dakota, nord ou sud je m’en fous. J’aurais adoré ça.

A défaut de déménagement, je vous offre le mot de la fin.

Chères lectrices (ouais parce que j’suis pas fou, je sais que le plus souvent le lecteur est une lectrice) chers lecteurs, vous êtes les bienvenus dans mon univers, vous pouvez me suivre partout si vous le souhaitez, mais ne me chiez pas dans les bottes, ça me fout en rogne et je vous rappelle que je suis rancunier et spécialiste des armes et de self-défense. La région où je bosse, la Corrèze, est magnifique et calme la plupart du temps. Mais parfois, alors que je ne m’y attends pas, il se passe des trucs de fou. Alors à bientôt hein ?!

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (21)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (21)

Bonjour. Tout d’abord, aucune raison de s’inquiéter, ceci n’est pas un interrogatoire, juste une interview. Peux-tu te présenter ?

Ouais, mec. Je m’appelle Dris.

Mon CV, c’est un casier judiciaire long comme mon bras. Outrages, violences, trafics de stups…et j’en passe. J’ai eu quarante ans, il y a quelques semaines. Quarante ans « fêtés » derrière les barreaux. Cette fois, ça m’a fait mal, très mal. Avec un putain de goût amer. Vingt ans d’allers-retours en détention… et une seule certitude : si je continuais sur cette voie, j’allai finir par crever au fond d’une cellule. Au final, pour quoi ? L’adrénaline ? L’argent facile ? Les filles encore plus faciles ? J’avais passé l’âge. Je n’avais plus la flamme. J’en avais soupé de la Justice. Jusqu’à l’écœurement. GAV, perquise, fouille à corps, preuves à charges, expertises psy, baveux, prétoire… Bref, j’ai décidé d’en finir avec toute cette merde. De repartir à zéro… Me voilà donc de retour chez mère (une femme qui n’a jamais mérité cette qualité), dans une des tours de la cité des Coquelicots, à pointer au Pôle Emploi. Oui, je sais… Il y a mieux, beaucoup mieux, pour un nouveau départ. Mais, je n’ai pas vraiment le choix… C’est ça d’avoir vécu sans jamais se projeter dans l’avenir…

Tu en a dit déjà pas mal sur ta vie d’avant. Est-ce différent aujourd’hui. En ce qui concerne ton caractère par exemple ?

Je n’aime pas beaucoup parler de moi. Il faut dire que je suis plutôt du genre silencieux et renfermé. Et que je n’aime pas particulièrement le reflet que me renvoie le miroir. Certains (beaucoup) diront que je suis une belle crevure. Un pourvoyeur de mort. Et ils auront raison. Après, je suis aussi un être humain. En d’autres circonstances, en d’autres lieux, peut-être aurai-je été un autre homme ? En tout cas, une chose est sûre : je suis déterminé…à ne rien lâcher…à m’en sortir…

C’est tout ce qui me reste.

Une vie comme la tienne ça doit prendre du temps à concevoir. Cédric Cham a mis longtemps à te créer ?

J’ai dû rester une bonne dizaine d’année enfermé dans sa tête. Le temps de se connaître et de vraiment se comprendre. Plus de dix ans, autrement dit : depuis qu’il bosse au sein de l’administration pénitentiaire. Il s’est promis qu’un jour il parlerait de ces parcours de vie qu’il croise tous les jours, de ces hommes (et femmes) en liberté conditionnelle, sous bracelet électronique ou en mise à l’épreuve. Pas pour nous chercher des excuses, juste pour permettre que l’on nous comprenne.

 

Je suis un guerrier, un boxeur, alors peu importe les obstacles. J’avance, la rage au ventre, jusqu’au dernier souffle.

 

Tu es issu de son quotidien, tu penses qu’il a calqué aussi son caractère sur ta personnalité ?

Je n’espère pas pour lui. On ne se situe clairement pas du même côté de la ligne blanche, du même côté du barbelé. Après, il y a forcément des connexions à travers une sensibilité commune, une vision des zones d’ombre de la vie. Sinon, on partage certains goûts musicaux : 2Pac, Bill Withers, DMX, Fever Ray, Alicia Keyes…

 

Par contre, il ne t’épargne pas dans « Du barbelé sur le cœur », tu ne lui en veux pas un peu ?

C’est vrai qu’il me fait faire des « trucs pas jojo ». Mais soyons honnête : je l’ai bien cherché. J’ai compris, peut-être trop tard, que dans la vie, chaque choix entraîne des conséquences à plus ou moins long terme. Que l’on finit toujours par récolter ce que l’on a semé. Mais, je suis un guerrier, un boxeur, alors peu importe les obstacles. J’avance, la rage au ventre, jusqu’au dernier souffle. Jusqu’au KO final. Et puis, mon créateur a mis sur mon chemin Sarah… mon amour de jeunesse. Une raison supplémentaire de me battre, de m’en sortir… Donc, non, je ne lui en veux pas… C’est dans l’adversité qu’on révèle vraiment qui on est.

 

Ça n’empêche pas de pouvoir souffler. Une question à lui poser ?

Eh Cham ! pourquoi ton écriture est-elle aussi noire et réaliste ?

Cela aurait été tellement plus sympa de me balancer dans un univers à la James Bond. J’aurai préféré voyager dans des pays exotiques, descendre des litres de mojito, et mater des filles en bikini… Mais, non, il a fallu que tu me renvoies dans la cité, me fighter dans des parkings désaffectés avec des mecs qui puent la sueur

Je ne te remercie pas. Vraiment pas.

 

Cette fois-ci la parole est à toi, un dernier mot ?

Je suis un mec bien…enfin, j’essaie de devenir un mec bien… Attrapez ma main tendue et venez à ma rencontre dans « Du barbelé sur le coeur ». Je vous garantis un uppercut en plein cœur…

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (20)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (20)

Bonjour, vous êtes le doyen de ceux que j’ai reçu ici. À votre âge, on se présente encore ?

Salut bande de tarés, niaaaaaa (ouais, c’est mon rire, et alors?). Moi c’est Mollard, Renaud Mollard. Je suis ce qu’on appelle un sale vieillard, rapport à mon grand âge et à quelques traits de caractère que nous allons voir plus loin. Je suis probablement l’homme le plus vieux sur cette terre, et l’explication s’en trouve dans l’un des romans de l’autre con de Cetro. Je vis la majorité du temps enfermé dans une chambre d’hôpital, d’où il me fait parfois sortir.

Après tout ce temps sur notre planète, vous devez avoir un caractère bien affirmé…

Les mauvaises langues diront volontiers que je suis un emmerdeur, un fléau sur pattes (bien que je ne tienne plus sur mes vieilles guibolles). Je suis irascible, intolérant, raciste, colérique, j’ai l’insulte facile et le verbe haut. Je suis plus vif d’esprit que de corps, toujours prompt à dégainer mes saillies verbales, rarement flatteuses. Je ne suis pas avare de mes excréments, non plus, dont je gratifie le personnel soignant avec une régularité de métronome. Je crois pouvoir dire qu’entre moi et la Berthe, le colonel infirmière, le panzer à blouse blanche, c’est une histoire d’amour vache.

Le tableau est charmant… Et pour Cetro alors, combien de temps il vous a tenu enfermé dans sa tête ?

Tu sais, pas facile de savoir ce qu’il a au juste dans la tête, ce malade, niaaaaaa. Je crois que j’y suis né le jour où il a dû s’occuper d’un vieillard présentant à peu près les mêmes défauts que moi.Et depuis, mon gars, j’en suis jamais ressorti, de sa foutue tronche.

Mais vous n’êtes pas dupe, il doit bien y avoir des parts de lui dans votre personnalité.

Non ! Des parts de moi en lui, ça oui. Tu sais que sans moi, il n’est pas grand chose.

Je dirais que mes pires travers sont les siens aussi. Cette grossièreté, cette manie de faire chier son monde sans autre but… ouais, je crois que c’est ça. Ce mec est un vicelard, une pourriture, tout ce qui pourrait vous faire penser l’inverse ne serait que pure connerie.

Vous avez une relation compliquée avec lui, il me semble. C’est pour cela qu’il ne vous épargne pas dans les romans ?

Ca, je te le fais pas dire. J’apparais dans 3 de ses bouquins, un 4ème devrait suivre. Eveil, l’élue 1 et 2, reste à venir le 3. Il me fait faire les pires saloperies, cet abruti, notamment dans Eveil. Si je lui en veux ? Il faudrait déjà que j’en ai quelque chose à cirer de cet olibrius, niaaaaaa.

 

Ce mec est un vicelard, une pourriture, tout ce qui pourrait vous faire penser l’inverse ne serait que pure connerie.

 

Ça doit quand même vous reposer quand il passe à autre chose non ? Vous occupez comment votre temps libre alors ?

Tu sais, quand il ne m’entraîne pas dans des aventures rocambolesques, j’ai tout loisir pour faire chier ma Berthe. Si tu voyais l’engin, c’est un docker sous stéroïdes avec une paire de mamelles, quoi. Je sais pas trop pour combien de temps j’en ai, avec ce fils de bichon maltais de Cetro, alors je profite comme je peux de cette vie qu’il m’a créée. Mais quand t’es enfermé dans un putain d’hosto, t’imagines bien que les activités sont limitées. Alors je fais chier mon monde, quoi.

Cetro lira sans doute cette interview… Une question à lui poser ?

Huuum, voyons, une question à cette empeigne ? Cetro, crois-tu qu’un jour tu écriras une série dont je serais le personnage principal ? Putain ouais, ça aurait de la gueule, ça !

M’est avis qu’il pourrait se laisser convaincre… Un mot pour conclure ?

Voyons… Je leur dirais probablement que je suis né dans le premier thriller de Cetro, Eveil. Ce malade a écrit ce bouquin en 15 jours, pas étonnant que je sois aussi déjanté. Si vous voulez me découvrir plus en profondeur, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire, hein ? Allez, salut les dégénérés niaaaaaa.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (19)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (19)

Bonjour, c’est un plaisir de vous recevoir. Alors, tout d’abord, madame, qui êtes-vous ?

J’ai horreur que l’on me pose cette question surtout lorsque vous me regardez comme ça avec votre air emprunté de faux naïf qui s’intéresserait à la réponse. C’est pour ça que généralement c’est moi qui demande aux autres qui ils sont. Sauf que la réponse m’intéresse. Enfin, la vraie réponse. Parce que c’est mon job de la trouver : chercher qui sont les gens, au fond, tout au fond d’eux-mêmes, là où l’on cache le monstre. Par exemple pour moi, je pourrais vous répondre : Sarah Geringën, 37 ans, inspectrice de police à Oslo. Et après, vous en faites quoi de ça ? Super, une femme flic qui a du caractère pour ne pas dire qu’elle est désagréable mais qui doit être quand même gentille parce qu’elle défend la cause du Bien. Mais si ça se trouve, moi aussi je suis capable de tuer par plaisir. Je l’ai déjà peut-être fait, ou pas. Si ça se trouve, je ne fais pas ce travail pour le Bien mais parce que je cherche à savoir ce que j’ai réellement dans le ventre.

Je m’apprêtais à vous demander quels étaient vos traits de caractère mais je crois que j’ai déjà un aperçu…

Comme si j’allais vous répondre.

Le statut de personnage de roman est assez vague, vous êtes restée combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Et vous, vous vous étiez où avant d’être conçu par vos parents ? Comment voulez-vous que l’on sache une chose pareille. Si ça se trouve, je suis née avec lui. Je sais que ma réponse peut paraître perturbante mais depuis l’affaire du patient 488, je ne vois plus la vie de la même façon… L’âme existe-elle ? Où est-elle avant la naissance et après la mort ? Si vous avez le courage de savoir ce qu’on a découvert avec Christopher, ça vous perturbera certainement autant que nous. Mais je vous aurais prévenu, ça peut laisser des cicatrices.

Si ça se trouve, moi aussi je suis capable de tuer par plaisir. Je l’ai déjà peut-être fait, ou pas.

Ce questionnement vous vient-il de lui ou est-il né avec votre création ?

D’après ce que j’entends (quand j’ai un peu de temps à lui accorder pour discuter), il est obsédé comme moi, par un truc qui peut rendre fou : le pourquoi du pourquoi du pourquoi… L’origine avec un grand O. Après tout, est-ce qu’il y a quelque chose de plus important que cette question dans la vie ? Sur ce point, on est raccords. Après, je suis rousse, il est brun. On ne doit pas avoir les mêmes origines pour le coup !

Vous avez donc votre libre arbitre. L’assumez-vous complètement ou vous retranchez-vous derrière la licence accordée par votre créateur ?

Il n’y est pour rien. J’ai toujours pensé que si j’acceptais une enquête, je m’engageais corps et âme pour rendre justice aux victimes. Alors même si j’aime la vie, que j’aime Christopher, que j’aime faire des blagues dans ma vie privée, et que j’ai des projets…je prends les risques qu’il faut. Le premier étant de ne pas être aimé par mes collègues et les témoins. Quand je travaille, je parle peu, je suis froide, je répète les questions jusqu’à obtenir une réponse et j’écarte tout ce qui parasite mon efficacité. Les flics dragueurs, les légistes qui font de l’humour noir et tous ceux qui font semblant de prendre ce métier à la légère parce qu’ils n’en peuvent plus. Dans ma vie familiale et de couple, je suis bien différente. Mais ça ne vous regarde pas.

Cette vie familiale, vous l’assumez entre deux aventures ? C’est à ce moment que vous bénéficiez de temps libre ?

Allez, je vais vous faire plaisir : on a peu de temps pour épanouir notre sexualité au cours d’une enquête. Donc je rattrape le temps perdu. Mais éteignez tout de suite cette lumière dans vos yeux et ne vous sentez pas investi d’une responsabilité, je suis très épanouie.

Vous dialoguez parfois avec Nicolas Beuglet ? Si vous deviez lui poser une question, quelle serait-elle ?

Et toi, c’est qui ton créateur ?

C’est une belle pirouette… Le mot de la fin vous revient.

Je sais que mon créateur a longtemps eu peur de dévoiler l’affaire du patient 488 dans Le Cri. Il a mis 10 ans à se décider à l’écrire parce qu’il était terrifié par le sujet. Maintenant que je connais la vérité, je comprends.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (18)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (18)

Bonjour, ravi de vous recevoir. Je tiens à vous prévenir directement que pour le confort de nos lecteurs je traduirai vos réponses ? On commence par une petite présentation ?

Mon nom est Mike Logan. Marié, deux enfants. Shérif de River Falls.

Voilà qui est direct et précis. C’est peut-être votre métier qui veut ça. On sent que vous aimez aller droit au but. Vous avez d’autres traits de caractère aussi affirmés ?

Plutôt autoritaire, et avouons-le, légèrement soupe au lait

Vous m’étonnez à peine… Parlons un peu de votre création et de l’auteur, vous êtes restés longtemps dans sa tête avant d’arriver sur le papier ?

Très amusant, personne ne m’a créé ! J’existe en tant que tel, non mais !

J’entends bien. On s’est peut-être mal compris. Alexis Aubenque qui raconte vos histoires doit forcément déformer cette réalité que vous ressentez. Votre caractère par exemple, il a dû mettre des parts de lui dans ce qu’il écrit ?

Dans ses rêves à lui. Je suis sûr que c’est un trouillard, qui n’a jamais eu à faire face à un flingue. Sérieusement, je dirais qu’on a en commun, la capacité de partir au quart de tour, à la moindre contrariété ! Mais ça s’arrête là, lui c’est lui, moi c’est moi.

Arrêter des ordures qui pourrissent nos concitoyens, ça me va tout à fait.

Alors ce qu’il écrit est le reflet de votre existence ? Pourtant il vous inflige pas mal de soucis. Lui en voulez-vous ?

Je suis plutôt content de mon sort, en fait, je crois que je peux dire que j’adore ma vie. Arrêter des ordures qui pourrissent nos concitoyens, ça me va tout à fait.

J’ai du mal à vous cerner. Vous êtes assez insaisissable dans vos réponses. Vos loisirs peut-être ?

Je suis un type plutôt dans la norme. Télé, musique, sport et balade en famille, et la chasse. Et si ça ne vous convient pas, on peut s’en tenir là !

Mais… Pourtant Aubenque a fait de vous son héros… Il n’y a pas d’échange entre vous ?

J’aimerais qu’il arrête de raconter ma vie à tous ces gens que je ne connais pas. Je déteste le voyeurisme et je lui en veux de mettre ma vie au grand jour. Mais il parait que c’est la modernité… je préférais l’ancien monde !

Il ne me reste qu’à vous demander de conclure…

Je sais que je n’en ai pas vraiment l’air, mais je suis un type plutôt sympa quand on me connait bien. Quoique, en vérité, je ne cherche pas vraiment à me faire des amis. Ma femme et mes enfants, c’est tout ce qui compte. Le reste, je dois avouer que cela m’est très secondaire.

Bon, c’est pas tout ça, mais j’ai du boulot. Je ne vous retiens pas

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (17)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (17)

Bonjour, vous êtes le plus jeune personnage que j’ai reçu jusqu’à présent. Je vous laisse l’occasion de vous présenter.

Euh… oui. Je m’appelle Daniel Duffermier et je suis, ou plutôt j’étais, lycéen dans le lycée privé Saint Louis de Gonzague, à Bully-en-Yvelines.

Mettez-vous à l’aise, ça va bien se passer… Parlez-nous de vous. Votre caractère par exemple ?

Hum… Je sais pas trop. Je suppose que je suis un peu timide, réservé, discret. Je suis aussi un rêveur. Mais un rêveur réaliste, je sais que la vie n’est pas un conte de fées.

Dans le monde des personnages la jeunesse ne veut rien dire, vous êtes resté combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Pas si longtemps que ça, et en même temps un certain temps. Je lui suis venu assez vite et je suis évidemment resté très présent le temps qu’il écrive mon histoire. Et puis il m’a gardé dans un coin de sa tête quelques années, avant de faire les corrections et de sortir son roman.

Pour en revenir à votre personnalité, c’est la vôtre propre ou a-t-il calqué la sienne ? Je veux dire, il y a des parts de lui en vous ?

Probablement. J’ai lu quelque part que les écrivains s’inspiraient toujours un peu d’eux-mêmes pour créer leurs personnages. Mais pour tout vous dire, je ne le connais pas si bien que ça. Il faudrait lui poser la question directement.

Dans le livre, vos actions sont… comment dire… particulières ! Lui en voulez-vous ?

Vous voulez parler du fait que je tue mes camarades de classe ou de tout ce qui me conduit jusque-là ?

Pendant longtemps, je lui en ai voulu, oui. J’avais envie de lui demander pourquoi il me faisait subir tout ça, ce que je lui avais fait pour mériter un tel traitement. Mais, avec le recul, quand je vois les réactions des gens à mon histoire, je crois que je comprends un peu ce qu’il a essayé de faire. Ceci dit, j’aurais quand même préféré qu’il choisisse quelqu’un d’autre que moi…

 

Je dois admettre que la vie est quand même vachement plus simple quand elle est terminée.

 

La vie d’un personnage n’est pas un fil continu. Ça vous laisse du temps libre. Vous l’occupez comment ?

À l’époque où il écrivait sur moi, je passais le plus clair de mon temps libre à pleurer, maudire le monde ou le nez dans mon cahier, à expulser tous ces sentiments à travers des mots (il a d’ailleurs récupéré un certain nombre de pages pour son roman). J’ai aussi passé des heures à discuter avec Bruno, mon prof d’anglais, qui était là pour moi dans les moments difficiles. Maintenant que le roman est sorti, je profite de ma petite célébrité post-mortem. Je dois admettre que la vie est quand même vachement plus simple quand elle est terminée. Je peux enfin laisser de côté tous ceux qui m’ont fait du mal pour me concentrer sur les gens qui s’intéressent vraiment à moi.

Vous avez une question à lui poser ?

Vous voulez dire à part « pourquoi moi ? » Je crois que je lui demanderais s’il était obligé d’aller aussi loin. Mais en même temps je connais déjà la réponse. Et puis, très franchement, je suis passé à autre chose. C’est un autre avantage à être mort, on accepte vachement plus facilement la réalité.

Et pour les lecteurs qui vont apprendre à vous connaitre, vous voulez leur dire quelque chose ?

Euh… J’aimerais qu’ils gardent un esprit ouvert quand ils liront mon histoire et qu’ils ne m’oublient pas quand ils l’auront terminée.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (16)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (16)

Bonjour, enchanté de vous recevoir ici. Vous connaissez le principe de cette rencontre ? Dans le cadre de cette interview de personnage, je vous demande d’abord de vous présenter. Cela vous convient ?

Bonjour, en effet, c’est même un exercice qui m’est inconnu. Merci pour cette première ! Je suis donc Hanah Baxter, née Kardec, originaire de Saint-Malo, profileuse de mon état et vivant dans celui de New-York. Je suis brune, pas très grande, plutôt mince, yeux d’un marron châtaigne, cheveux courts parfois en pétard comme moi si on me cherche et comme mon Glock,

Une bretonne à New-York ! Ça doit forger un sacré caractère. À ce propos, le vôtre, il est comment ?

Je pense être professionnelle et compétente, car rigoureuse, à l’esprit scientifique mais ouvert à l’irrationnel dans les limites du raisonnable. Curieuse, aussi coriace qu’un fox terrier, combative, jalouse dans mes relations sentimentales, parce que séductrice invétérée, indépendante et rebelle. Il paraît que je suis assez rock. Ah oui en plus d’être lesbienne et cocaïnowoman, je me sers d’un pendule infaillible nommé Invictus et j’emmerde ceux qui trouveront à redire.

« je me sers d’un pendule infaillible nommé Invictus et j’emmerde ceux qui trouveront à redire »

Vous êtes un personnage très riche, cela doit prendre du temps à concevoir. Vous êtes restée combien de temps dans la tête de votre créateur ?

À peine quelques mînutes. En fait je lui suis apparue comme une sorte de flash, d’évidence. Peut-être d’une certaine façon suis-je une part d’elle-même, dans ce cas je suis dans sa tête depuis un moment. Mais elle m’a expulsée presque tout de suite dans la poussière kenyane après un bref passage dans mon loft à Brooklyn.

À votre avis, il y a des parts d’elle dans votre personnalité ?

Je viens d’y répondre sans avoir encore pris connaissance de cette question. Je vous vois venir…c’est la question qu’on lui pose souvent et qu’elle esquive…alors par respect pour ma créatrice je vais faire de même.

On ne peut que respecter une telle attitude. Mais de son côté, en ce qui concerne les actions, elle vous fait faire des trucs pas jojo. Lui en voulez-vous ?

Comment lui en vouloir de m’avoir donné le premier rôle ? Un rôle qui me vaut une certaine célébrité. Maintenant il me faut être à la hauteur des attentes de ses lecteurs et des siennes. Et j’adore faire des trucs pas jojo…c’est ma came.

Entre deux aventures, dès qu’elle pose la plume, vous occupez comment votre temps libre ?

Hahaha ! Il y a bien longtemps qu’elle n’utilise plus la plume ! D’où sortez-vous ? J’utilise mon temps libre comme je l’entends. Sport, yoga, télé, cinéma, voyages et lectures, mais avant tout des conférences entre deux missions. Je m’envoie en l’air avec mon ex aussi, à l’occasion.

À votre tour de poser une question. Mais vous devez le faire à votre créateur.

Quand tout cela va-t-il s’´arrêter ?

Selon notre habitude, nous concluons comme nous avons commencé, c’est le personnage qui a le mot de la fin.

Surtout que ce que vous découvrirez reste entre nous.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (15)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (15)

ET SI ON LEUR DONNAIT LA PAROLE ?

Bonjour, nous poursuivons aujourd’hui notre série de rencontres avec des personnages. D’habitude, je laisse aux invités le soin de se présenter….

Je m’appelle Tomar… Tomar Khan… et je suis commandant de police à la brigade criminelle du 36 quai des orfèvres. Enfin, encore quelques mois parce qu’on déménage en septembre au 36 rue du bastion.

Vous semblez hésitant, n’ayez crainte l’exercice est inhabituel mais il va bien se passer. Parlez-nous de vous.

C’est pas facile de parler de soi mais on dit que je suis obstiné. Mon surnom à la brigade c’est Pitbull… je ne lâche jamais.

Vous entretenez quelles relations avec votre créateur ? Votre relation dure depuis longtemps ?

Oh lui… difficile à dire si c’est moi qui suis dans sa tête ou l’inverse. On se ressemble assez à vrai dire.

Ça l’arrange bien que je sois un peu borderline, ça lui évite peut-être de faire le con dans la vraie vie.

Justement, il y a des parts de lui dans votre personnalité ?

Je pense que oui. Comme moi il a traîné longtemps ses guêtres sur les tatamis avant de se mettre à la boxe. Et puis il a une histoire compliquée avec ses parents aussi, comme moi. Bon, lui c’est un arménien, moi un kurde mais personne n’est parfait non ?

Si j’ai compris, il a calqué votre caractère sur le sien. Mais au niveau des actions, qui décide ?

Je pense plutôt que c’est moi qui lui dit quoi faire. Après tout ça l’arrange bien que je sois un peu borderline, ça lui évite peut-être de faire le con dans la vraie vie.

Mais il n’écrit pas vos aventures en continu. Comment vous faites, alors ?

Franchement quand il pose la plume ça me fait l’effet d’un séjour au club med. On a rien à faire, on en profite, mais on se fait vite chier aussi.

Vous dialoguez parfois avec lui ? Vous pouvez profiter de cette espace pour lui poser une question.

Quand est ce que tu arrêtes de me mettre des charrettes sur le dos ? Et c’est quoi ce délire avec Bob ? Tu crois que j’ai pas assez de mes enquêtes ?

Je crois qu’il est temps de conclure. Je vous laisse le dernier mot.

Dépêchez-vous d’acheter Toxique, c’est ma première enquête et elle vous donnera pas mal de clés pour la suite qui est sortie en  janvier 2018…

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (14)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (14)

ET SI ON LEUR DONNAIT LA PAROLE ?

Bonjour, bienvenue entre ces lignes. Ravi de vous recevoir ici. En guise d’introduction, vous voulez bien vous présenter ?

Salut ! Je sais pas si je suis content ou juste ennuyé par cette Interview… Quel mot pompeux. Et puis je vois pas qui me parle, c’est gênant. Mon nom, c’est Adriel Sutton. Je suis canadien mais je bosse à Los Angeles. Mon boulot ? Mais qu’est-ce que ça peut bien te faire ? Pompier ? Marin d’eau douce ? T’entends ça, Irma ? Il se fout de ma gueule, là, le petit gonze… Il nous a jamais lu ? OK, OK… c’est pour ceux qui ne me connaissent pas. Je comprends mieux. Alors… On va dire «reporter». Enfin… disons que je gère la technique. Le matériel. Les prises de vue et les prises électriques. Tout ça. Avec Irma. Oui, oui, pour une chaîne de télé, Chanel Twelve, et notre émission, c’est « Au delà de l’au-delà », « Beyond After-Life » pour les anglophones…

Bien sûr, que c’est sérieux, du moment que tu crois aux anges, aux farfadets, aux fantômes et aux polteirgests, c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux… Mais, ma foi, si tu crois à tout ça, pour moi, t’es juste un putain de taré ou de naïf avec tout le respect que je te dois.

Je vois que vous n’avez pas votre langue dans la poche. Cela fait partie de votre caractère ?

J’ai mauvais caractère, si ça t’avait échappé. Irma dit que je suis un gros nounours tout mou à l’intérieur. Je suis pas méchant. J’aime les gens, malgré une propension à leur gueuler dessus… mais je leur dis pas trop souvent parce que je n’aime pas qu’on profite de moi. Je suis ouvert d’esprit et je suis fidèle en amitié. J’aime le whisky et les jolies femmes, bien que je sois célibataire et pas macho pour deux sous. Je suis assez l’homme idéal, en fait… Non, j’ai jamais couché avec Irma (qui rigole ?) ! Elle confirme.

C’est votre créateur qui vous définit ainsi. Il a mis longtemps à vous concevoir ?

Alors là, ça fait bientôt cinq ans que je squatte. Je m’y sens pas mal. Et puis on rigole bien avec Irma et tous les autres… Des fois, on a un peu peur, on se serre les uns contre les autres, mais en règle général c’est tranquille et c’est pas long parce que le temps s’arrête…

J’aime les gens, malgré une propension à leur gueuler dessus…

C’est une femme, vous êtes un homme, vous pensez qu’elle a tout de même mis des parts d’elle dans votre personnalité ?

Probablement. Elle m’a filé sa mauvaise humeur, ses coups de gueule, ses doutes… et son humour ! Par contre je suis nettement plus musclée qu’elle… Et plus beau aussi. Et plus séducteur… Franchement, je sais pas où elle est allée me chercher. Un mystère. Mais c’est ce qui pouvait lui arriver de mieux. Sans me vanter. Irma, arrête de rire, tu crois qu’on t’entend pas ?

Côté action, elle ne vous épargne pas. Elle est encore aux commandes. Ce n’est pas un peu compliqué comme situation ?

Rien du tout ! Que dalle ! C’est moi qui décide. Je fais ce que je veux avec mes cheveux (même si je suis chauve) et elle suit. Elle a intérêt parce que sinon je la largue vite fait et elle comprend plus rien ! Ces auteurs séniles, je vous jure… une plaie… Enfin bon, elle m’a rendu triste quand même dans la Baie des Morts… j’ai failli en mourir de désespoir… Elle s’est bien rattrapé avec Marieta, un bouquin plus tard. Heureusement.

Vous disiez que le temps s’arrête entre deux aventures. Vous faites quoi alors ?

Je fais comme tout le monde : je voyage, je drague, je fais du sport, je visite un peu les réseaux sociaux (j’ai mon compte facebook) … Je vais voir mes filles à Halifax. Que dire de plus ? C’est comme entre deux émissions : la vie bête et méchante. Je gère mes traumatismes.

J’ai pourtant l’impression que cette vie « d’entre deux » ne vous convient pas. Vous avez un message à faire passer à votre auteur ?

Pourquoi t’avances pas plus vite, bourrique ? J’ai des démangeaisons partout !! Il sort quand ce troisième opus de la série ? Je vais me scléroser avant que d’être mort… Ah pour faire du suspense, t’es bonne, ma grande… Championne du monde !

Le mot de la fin vous revient, monsieur Sutton.

N’ayez pas peur, je ne mords pas ! Hey, toi, là qui me lis… tu vas forcément m’aimer dans la Baie des Morts et encore plus dans Orisha Song… faut venir, gars, demoiselle… Je vous attends.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (13)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (13)

ET SI ON LEUR DONNAIT LA PAROLE ?

Bonjour, enchanté de pouvoir vous accueillir ici. Les personnages de romans sont rares et d’autant plus les héroïnes. Vous voulez bien vous présenter ?

Emily Roy. Behavioral Investigative Adviser, B.I.A., pour Scotland Yard. Pour ceux qui ont du mal à suivre, cela signifie « profileuse ». Dans le cadre de deux enquêtes, j’ai également travaillé en collaboration avec le commissariat de Falkenberg, sur la côte ouest suédoise, ainsi qu’avec Alexis Castells, écrivaine française spécialisée dans les faits divers.

Vous me parlez essentiellement des autres. Pourtant c’est vous qui êtes ici. Ceux qui vont lire cette interview veulent vous connaître. Par exemple, quels sont vos traits de caractère prépondérants ?

Est-ce que ça vous éclairerait si je vous disais que je n’ai aucune envie de répondre à vos questions ?

Ah… C’est assez inattendu… Et au sujet de votre créateur, vous accepteriez ? Combien de temps a-t-elle mûri votre existence ?

À peine créée m’a-t-elle couchée sur papier. Je n’aurais pas supporté de tourner en rond pendant des années, cernée par de la matière grise qui n’est, qui plus est, pas la mienne. J’ai besoin de nature, d’air frais, d’exercice, et surtout de mon travail. De décortiquer et sonder l’esprit criminel pour lui barrer la route. Pour mettre fin au chaos qu’il sème. J’ai besoin de chasser, comme dirait Johana.

C’est un échange qui se produit entre vous ? Etes-vous interconnectées ? Je suis sûr qu’elle a mis une grande part d’elle-même dans votre caractère.

On ne pourrait pas être plus différentes. Johana ne serait pas capable de faire mon métier. Mariée, maman de bientôt trois garçons, le nez perpétuellement fourré dans les livres ou collé à son ordinateur, elle n’est pas faite pour courir les scènes de crimes et manger du tueur en série au petit déjeuner.

Pour mettre fin au chaos que l’esprit criminel sème, j’ai besoin de chasser.

Vous êtes son défouloir, vous pensez ? Elle ne vous ménage pas pourtant… Ça ne doit pas être facile tous les jours. Vous lui en voulez ?

Johana ne m’impose rien du tout. Elle ne fait que raconter l’enquête et suivre ma trace. Elle observe la chasse. Elle n’est ni responsable de mes choix, de mon passé, de mes errances, ni de mes deuils.

Oh… Je ne… Changeons de sujet si vous le voulez bien. Comment occupez-vous votre temps libre entre deux séances d’écriture de Johana ?

Je vais voir mon fils. Je visite la tombe de mon fils, au Canada.

Oui… D’accord… Je… Une question pour votre créateur ?

J’ai plutôt un message à lui faire passer : choisis Alexis la prochaine fois pour ce genre d’exercice.

Bien… Et sinon… Un mot encore…

Vraiment ? Vous en avez encore pour longtemps ?

Retrouvez-moi dans « Sång » à l’automne 2018. Nous irons cette fois dans les ignobles orphelinats de la peur, dans les années 1940, en Espagne.