Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (32)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (32)

Bonjour, notre série continue et bien que cela ne soit pas aisé, je reçois encore une fois un personnage de roman. Je vous laisse vous présenter.

Bonjour. Je comprends tout à fait et cʼest très gentil à vous de bien vouloir me recevoir Nick. C’est vrai que nous sommes tellement sollicités par nos fans qu’il nous est assez difficile de trouver quelques minutes pour nous échapper de nos reliures.
Me concernant, je m’appelle Emma, veuve depuis quelques années et je suis la maman de deux jeunes chérubins tout à fait adorables. Bien entendu, je ne peux décemment pas vous donner mon âge, mais je peux vous dire que les hommes se retournent sur mon passage malgré le fait que j’essaie, autant que faire se peut, de passer inaperçue. J’aime la tranquillité et la vie sereine, même si parfois tout peut basculer.

Voilà qui est un vœux pieu quand on est le personnage d’une aventure comme la vôtre. Cette façon de voir les choses fait-elle partie de votre caractère ?

Je suis volontaire, d’un naturel jovial, persévérante et pugnace dans mon travail et, de ma vie, je ne me souviens pas avoir fait de mal à quiconque. Ce qui, malheureusement, n’est pas totalement réciproque lorsque cela vient à me concerner. Une dernière chose, je ferai tout pour mes enfants.

Comment s’est passée votre rencontre avec Eric Oliva ?

Ce pauvre bougre a ruminé mon histoire pendant près dʼune année. Je pense quʼil voulait quʼelle ne ressemble a aucune autre, mais par-dessus tout qu’elle se rapproche de ce quʼil vit au quotidien. Du coup, lorsque lʼon connaît son métier, je me dis quʼil a dû avoir du pain sur la planche pour que je puisse coller autant à la réalité.

Pour coller à cette réalité justement, vous pensez qu’il a glissé des parts de lui dans votre personnalité ?

Pas physiquement et heureusement pour moi… Intellectuellement, non plus puisque jʼai fait quelques études et pas lui. Mais nous avons cela en commun : en dépit de tous les déboires que la vie nous réserve, nous sommes profondément humains. Le principal pour nous, cʼest lʼamour et lʼamitié des autres. Quitte à franchir certains seuils…

Oui parce que tout n’est pas rose pour vous dans cette histoire… Lui en voulez-vous ?

Nul doute que je devrais certainement, mais je nʼy arrive pas. Il avait besoin de délivrer un message à tous ceux qui plongeraient dans mon histoire et les alternatives qui sʼoffraient à Eric nʼétaient pas légion. Il fallait que les méchants le soient autant quʼils le sont dans la vraie vie et que je sois vraiment moi. Cʼétait un pari fou et lorsque jʼen parle avec dʼautres personnages que je croise parfois au détour dʼune page, cʼest un pari gagné.

Maintenant que l’aventure est terminée, comment occupez-vous votre temps libre ?

J’en relis certains passages et je me dis que tout nʼest pas nécessairement terminé. Que peut-être un jour je réapparaitrai dans une nouvelle enquête de la P.J de Nice. Lʼaventure a été éprouvante, mais jʼai confiance en ce flic que jʼai rencontré.

En dépit de tous les déboires que la vie nous réserve, nous sommes profondément humains.

Et si vous deviez lui poser une question, quelle serait-elle ?

Mais où trouves-tu toutes ces idées ???

Bien sûr, je connais fort bien la réponse, puisquʼil mélange souvent à ses romans des histoires quʼil a vécue. En fait, cʼest trop facile pour ce gars.

En guise de conclusion, un petit mot pour ceux qui vont vous découvrir ?

Un jour que nous étions en tête à tête sur sa terrasse, Eric mʼa expliqué quʼil allait essayer de toutes ses forces de rester humain avec moi. Vu ce quʼil mʼa fait vivre, je sais maintenant quʼil nʼy est pas très bien arrivé, mais comme je vous lʼai dit plus haut, je ne peux pas lui en vouloir.
Pourquoi cela me direz-vous ?
Eh bien, quand je lui ai demandé quelques explications, il mʼa regardé droit dans les mots et mʼa dit : Tu sais Emma, ce que tu as vécu dans Du soleil vers lʼenfer te semble dur et inhumain et je sais que ça lʼa été, mais crois-moi, dans la réalité, jʼai souvent vu bien pire.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (31)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (31)

Bonjour, si vous le voulez bien nous pouvons rentrer tout le suite dans le vif du sujet. Tout d’abord, je vous laisse vous présenter.

Bonjour, je m’appelle Cameron. Je ne vous donne pas mon nom de famille, car j’en ai déjà porté trois. Et c’est peut-être pas fini… J’ai été enlevé lorsque j’avais cinq ans et dressé à devenir un tueur. Mais mes compétences vont bien au-delà de ça.

Dressé ? Quels sont les qualités premières d’un tueur selon vous ?

J’ai dû apprendre à m’adapter. C’est sans doute mon trait de caractère le plus marqué. Je suis un caméléon qui s’ajuste à son environnement et à ses interlocuteurs. Cela peut poser des difficultés face à des personnes fragiles ou observatrices. Max m’a aussi appris à être autonome et rigoureux. Je suis un battant et je ne baisse pas les bras. Ma survie est ma priorité numéro 1.

Votre créatrice a donc bien défini votre caractère. Vous pensez qu’elle y a inséré des parts d’elle-même ?

Sincèrement, j’espère pour elle que non ! Je suis un tueur, un manipulateur, avec une personnalité fluctuante. Si vous insistez, je vous dirai juste qu’on aime cuisiner, que nous aimons tous les deux les livres et le cinéma. Mais dans l’ensemble, elle est beaucoup plus fréquentable que moi !

Je suis capable de vivre au sein de votre société tout en m’affranchissant de ses règles morales.

Vous partagez tout de même des choses avec elle. Vous vous côtoyez sans doute depuis longtemps… Quand avez-vous investi sa tête ?

Je n’en sortirai jamais totalement. Et ça me va. Il y a plein de gens comme moi là-dedans. Il y a de l’ambiance !

De l’ambiance, je veux bien le croire ! Pourtant, elle ne vous épargne pas. Vous accumulez les actions moralement limites. Vous ne le regrettez pas parfois ?

Si je n’avais pas eu à faire ces trucs pas jojo, je n’aurais jamais existé. Et puis, c’est toute la différence entre une existence normale et un destin extraordinaire comme le mien. Je suis un survivant. Max a parfaitement réussi son challenge en faisant de moi un super prédateur. Je suis capable de vivre au sein de votre société tout en m’affranchissant de ses règles morales. Pouvez-vous me dire que votre vie à vous est aussi excitante ?

Ces derniers temps, avec toutes les rencontres que je fais, je dois dire que c’est pas mal… Mais pour en revenir à vous, vous dites que vous vous intégrez dans notre société. Comment faites-vous quand Claire Favan ne dicte plus vos faits et gestes ?

J’existe pour chaque lecteur qui ouvre « dompteur d’anges », c’est un destin fabuleux. Mon auteur m’a créé et conduit là où elle le voulait. Depuis, elle m’a libéré et je peux désormais poursuivre ma route seul.

C’est tout le mal qu’on vous souhaite en définitive. Vous avez peut-être une question à poser à votre créatrice ?

Bon alors, mon prochain frangin tueur, il arrive quand ?

Je crois que vous n’êtes pas le seul à l’attendre !

Voilà, je crois que l’entretien touche à sa fin. Je vous laisse conclure ?

Il paraît que mon histoire reflète une réalité de chez vous : l’endoctrinement. Je souhaite à tous les gars qui ont subi cette saloperie d’ouvrir les yeux comme moi j’ai fini par le faire.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (30)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (30)

Bonjour, merci d’avoir accepté cette rencontre. D’ordinaire je laisse à l’invité le soin de se présenter…

Gauthier H. Esclavagiste. Officiellement, je dirige d’une main de maître un complexe hôtelier tout près de la Suisse, dans une région tranquille pour qu’il n’y ai aucun grabuge, mais officieusement, je fais construire des logements pour quelques clients richissimes triés sur le volet, avides de pouvoir expérimenter des choses interdites sur du bétail (comprenez, je ne parle pas d’animaux quand je parle de bétail). Je suis très exigeant et sais me montrer très doux quand il faut « mater » un nouvel esclave.

Voilà qui est direct ! Ça fait partie de vos traits de caractère ?

J’aime exploiter, dominer, réduire mes convives à l’état d’objet. Je suis un collectionneur. Mais un collectionneur de qualité. J’aime les gens qui viennent de l’Est. Je suis très maniaque et j’aime l’ordre dans toutes ses formes.

C’est assez perturbant comme psyché… On se demande d’ailleurs comment Loana Hoarau a pu vivre avec vous. Vous êtes resté longtemps dans sa tête ?

Bien un an. Au début, j’étais plutôt un perso sympathique parce qu’elle aime ce prénom. Mais elle m’a vite transformé en monstre pour me donner une constance.

Elle est donc pleinement responsable de ce virage selon vous. Vous pensez qu’il y a des parts d’elle dans votre personnalité ?

Je pense que oui. Elle adore les verres de lait.

J’aime faire du mal.

Au-delà de ça, une telle construction vous mets dans une position qui n’est pas particulièrement enviable, lui en voulez-vous ?

Au contraire. J’aime faire du mal. Je trouve même qu’elle n’est pas allée assez loin dans le délire. Ça manquait un peu de nécrophilie. Mais apparemment, elle va vite se rattraper dans un autre livre !

Au-delà des péripéties du roman, parlez-nous de votre vie propre. Comment occupez-vous votre temps libre ?

Je prépare mes petites potions magiques pour droguer mes convives. Enfin, je les fais préparer, mais ça, je n’en parle pas.

Pour l’instant, une seule aventure assume votre présence. Vous avez d’autres projets ?

J’aimerais bien revenir dans un autre bouquin. Je sais qu’elle m’aime bien comme perso. Qu’elle aimerait encore m’exploiter.

L’avenir le dira donc… Il nous reste à conclure, je vous laisse le soin de le faire.

Entrez donc découvrir mon univers. Je ne mords pas tout de suite. Surtout si vous êtes un beau jeune homme. Voulez-vous un verre de lait ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (29)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (29)

Bonjour et merci d’avoir accepté cette entrevue. Sacrifions aux habitudes de cette série, pouvez-vous vous présenter ?

Cécile Quidelevitch, Capitaine de son état dans la PJ. Officiant à Paris, mais provinciale du Nord. La trentaine bouillonnante, pour ne pas dire ni plus ni moins. Regard d’effrontée, je l’admets. Fumeuse pour tuer le temps, je l’assume. Souvent à côté de mes baskets, mais aussi en plein dedans quand il faut résoudre une affaire. À la tête d’une équipe de lieutenants devenus amis – l’amitié, c’est dans mes gènes -, je ne ménage pas mes efforts pour prendre des risques à leur place, parfois malgré moi en raison de mon côté va-t-en-guerre imprudent. Divorcée, je connais le mal d’amour, la mélancolie qui en découle que j’oublie dans les bras de Hanjo, mon amour de chat. Tout comme je ne me sépare jamais de ma vieille Toyota qui me sert de refuge mobile quand il faut fuir les soucis du quotidien. Et si je donne l’impression de n’avoir peur de rien, c’est bien l’incertitude des lendemains qui m’effraie le plus. Combative avec la hiérarchie, je dispose d’un caractère de feu pour dénoncer les injustices liées à notre statut de policier. Et surtout, n’oublierai jamais ce pour quoi je suis rentrée dans la police et qui me la fera quitter quand j’aurais résolu ce mystérieux pourquoi.

Eh bien… Voilà qui est complet ! J’ose à peine vous proposer de compléter cela par un court exposé de votre caractère ?

Obstinée, jamais je ne traite les affaires en surface. Dans tout je m’investis. La présence d’une arme ne me fait pas kiffer. Son emploi est synonyme d’échec. Je préfère le dialogue et les rapports humains. Pour ça, je suis increvable. Ne croyant pas au manichéisme, je peux pardonner s’il y a encore de l’humanité chez l’autre, sous condition que ce ne soit pas un tueur d’enfants. Retord, mon esprit me joue des farces, me mettant dans des situations parfois complexes. Casse-cou, je suis capable de sauter d’un balcon pour rejoindre l’indicible. Je ne crois pas à l’évidence soudaine. Bien sûr, je peux faire preuve d’autorité si l’on ne me comprend pas. Mes prises de risques inattendues de baroudeuse sont mes travers, mais aussi mes meilleures armes.

Tout cela est très précis et nuancé… Votre création a dû prendre un certain temps, non ?

Alors ça, quelle affaire ! Car croyez-moi, jamais je n’aurais imaginé être la source d’un tel envoutement. Ah ça non. D’après lui, ça a muri des mois. Je veux dire par là que j’ai grandi de longs mois dans sa tête. Tout ça parce que je hantais son mur virtuel, moi, Cécile Quidelevitch. Bref, si j’ose le croire, ça a duré cinq mois avant qu’il se décide à me faire une place dans son histoire. Forcément, pas un jour où je ne cède pas à l’envoi d’une petite humeur, lui donnant presque tout de moi sans que je m’en rende compte.

Si je comprends bien vous êtes en quelques sortes un passage du virtuel au réel ? Mais Sourisse a-t-il mis de lui-même dans ce transfert ?

On est semblable sur plusieurs points, c’est forcé. C’est un solitaire, je le suis. Je suis une passionnée, nul doute qui l’est. C’est un fouilleur des âmes, dont des plus sombres j’essaie d’en retirer de la lumière. On se complémente. Peut-être que ce qui nous diffère et nous rassemble aussi, c’est que j’ai un chat, il a une chienne. Nous aimons la rude campagne et les boulevards cabossés des grandes villes. Tout ce qui est lisse, trop évident nous projette dans une nouvelle aventure. La banalité et l’ennui sont nos ennemis.

Contre cette banalité et cet ennui, il ne vous ménage pas pourtant, lui en voulez-vous ?

Dans la pénombre, je vois une silhouette bougée dans les buissons depuis mon balcon, il me fait enjamber son parapet, quitte à me retrouver dans les ronces. Il ne l’aurait pas fait, je lui en aurai voulu. Et ce n’est qu’un petit exploit. Alors lui en vouloir, non, impossible !

Tout ce qui est lisse, trop évident nous projette dans une nouvelle aventure. La banalité et l’ennui sont nos ennemis.

Mais votre existence n’est pas un travail à temps complet, si j’ose dire. Entre deux instants d’écriture comment occupez-vous votre temps libre ?

Je ne fais pas de mots croisés, ça, c’est certain. Je revis les scènes de l’enquête qui vient de s’achever et me pose des questions sur ma propre capacité à me lancer dans une nouvelle affaire. Pour avancer, j’ai besoin de sentir des vibrations au fond de moi. Et ce que je n’ai pas pu approfondir, comme des liens humains qui me hantent encore, j’essaie de les comprendre en les retrouvant dans ma mémoire où pas un tiroir ne reste vide longtemps, rempli d’images, d’odeurs, de sons. Sinon, à bord de ma Toyota, j’adore me lancer dans un road-movie. Puis, il est vrai aussi que ma complicité avec la Plume fait qu’on ne se quitte jamais. J’ai besoin qu’il titille mon esprit, qu’il vienne réveiller ma curiosité et mon désir d’en finir avec un monde hostile. Et forcément, ça implique que j’influence sur son état d’esprit, sur les choix de ses prochains thèmes.

Prenez donc ce rôle d’influenceur une nouvelle fois, mais cette fois-ci, posez-lui une question.

Pourquoi moi ?

C’est effectivement une question récurrente ici… Le mot de la fin ?

Parlez-en ! Parlez-en ! Étant avant tout lectrice, je me rends compte combien nous les lecteurs sommes confrontés à une pléthore de propositions de lectures, ce qui certes est très sain, mais pour un auteur comme celui de la plume de Crucifixions, exerçant à l’aube de son activité, l’anonymat est une réelle difficulté à surmonter.

D’ailleurs, je vous conseille de lire son 1er roman noir, Cortèges et ses pièces de théâtre. Ça vaut le détour, parole de Capitaine !

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (28)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (28)

Bonjour, merci à vous d’être avec nous pour répondre à quelques questions. Une petite présentation d’abord ?

Matthieu Guillaume, c’est ainsi que je m’appelle. Comme deux des copains de la fille aînée de mon père. Mes atouts : sportif au moins au début lorsque je pratiquais le triathlon mais certaines blessures m’ont diminué. Aujourd’hui, je rame un peu d’autant que je vais me marier. Oui, oui, vous avez bien compris, je vais me marier. Avec presqu’un top model qui bosse, devinez où ?… en Ardèche ! Tout mon contraire… mais elle est si mignonne et si astucieuse. Elle m’a sorti d’un sacré guêpier dans l’une de mes enquêtes. Alors, dire si j’y tiens est sincère.

Sinon, je ne fume pas mais je partage volontiers un bon gueuleton avec mes potes. La police, c’est toute ma famille ou presque. Il y a Julien, mon capitaine… Un mec bien qui a aussi connu ses galères. Domi, le petit futé de service, coiffé n’importe comment avec un gel improbable. Delporte, divorcé, qui n’arrive pas à maîtriser son petit dernier capable de mettre de la farine dans le lave-vaisselle à la place de la lessive. Et Fred… Ah Fred ! Le plus vieux de la bande qui a failli me faire exclure de la brigade criminelle à cause de son Sida. Il ne voulait pas que ça se sache alors je l’ai aidé au mépris de certaines précautions. Comme en plus, je déteste les procédures qui nous faire perdre un temps fou, à mon avis, j’ai pris tous les risques pour lui. Mais ça va s’arranger grâce à au commandant Cravenne. Un type bien, toujours planqué derrière des lunettes sombres à cause d’une mauvaise cicatrice.

Dernière chose : j’adore les Sparks et les Queen… J’ai toute leur discographie.

Voilà qui a le mérite d’être complet ! Quelques mots de votre caractère peut-être ?

Obstiné, têtu, parfois pénible mais incapable de dire non. Fouineur, je ne laisse rien au hasard et tant pis si je sors des pistes balisées. Je suis capable de me lancer seul, au mépris de toute consigne de sécurité dans des situations compliquées qui auraient pu m’être fatales.

 

Les contours de votre existence ont l’air bien définis, ce n’est pas le cas pour tous les personnages de roman. Vous êtes resté longtemps en gestation dans la tête de Robinne ?

Une nuit… Lorsque son fils lui a demandé d’écrire un scénario, il a cherché un nom simple facile à retenir, bien français et surtout pas kitch. Un nom qui pouvait facilement vieillir.

 

C’est fulgurant comme création ! Vous pensez qu’il s’est servi de certains de ses propres traits de caractère ?

C’est évident. Par moment, nous ne faisons plus qu’un. Je déteins sur lui comme il déteint sur moi. Certes, parfois, il exagère pour se donner bonne conscience mais certains des événements qu’il décrit se sont réellement passés et j’en étais le spectateur. Marrant, quand j’y pense ! Je dois lui servir de psy… Ou un truc comme ça. Mais il n’en souffre pas, c’est l’essentiel et je ne l’empêche pas de dormir.

 

Pourtant, tout n’est pas à son image. On peut même dire que vous subissez pas mal dans l’histoire. Vous lui en voulez pour ça ?

Non. Je suis là pour ça, il ne faut pas l’oublier. On forme un vrai tandem. Et si je ne réponds pas présent, il serait embêté pour écrire son livre. Non, non, entre nous pas de rancune et une complicité sans faille. C’est aussi la rançon de la gloire, si on veut.


Je dois lui servir de psy…


Mais une fois l’action passée, que devenez-vous ?

Je me soigne et je me remets en forme. Vu ce que je subis, il vaut mieux que mes facultés soient au top ! Ensuite, je prends des vacances et plus récemment, je vais préparer mon mariage tout en surveillant mon cher Fred qui ne va pas très bien.

 

Vous parlez de tandem, on sent une vraie cohésion entre vous. Si vous lui posiez une question, laquelle serait-elle ?

Je me plais bien avec toi. Mais envisages-tu une séparation ?

 

Il nous reste à conclure. Un mot ?

Mes aventures n’ont rien à voir avec celles qu’on trouve souvent dans les livres d’aujourd’hui. Si j’osais, les histoires que je vis sont plus proches de Jason Bourne, James Bond ou John McClane, que de n’importe quel autre héros.

 

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (27)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (27)

Bonjour, pour une fois je reçois un personnage qui n’a pas encore basculé dans le monde de la parution. C’est inédit comme position. Il va donc falloir vous présenter.

On m’appelle M. Faux. Du moins, je m’appelle M. Faux, parce que je ne connais personne qui ait envie ou soit en capacité de m’appeler. Personne de vivant, s’entend.

Voilà une entrée en matière parfaitement intrigante, vous pouvez nous en dire plus sur vous ou sur votre caractère tout au moins ?

Je suis solitaire, indépendant, je fais un métier que j’adore. D’ailleurs c’est plus une passion qu’un métier. Je n’ai aucune existence officielle. Je tue des gens pour mon plaisir.

Je commence à comprendre. Vous êtes le fruit d’une impulsion ou d’une longue maturation ? Je veux dire en terme de réflexion créatrice, vous êtes resté combien de temps dans la tête de Setbon ?

Longtemps, certainement. Je suis l’héritier d’une longue tradition de monstres qu’il jette sur le papier, que ce soit sous forme de scénarios ou de romans. Le diable a beau avoir de multiples patronymes et des apparences différentes, il a toujours le même visage, au fond.

Ce visage, c’est le sien ? Vous qui le connaissez de l’intérieur, se peut-il qu’il y ait des parts de lui dans votre personnalité ?

C’est bien possible. Mais je vous rassure, tant qu’il écrira, ses M. Faux intérieurs resteront inoffensifs : des démons de papier.

Inoffensif ne s’applique pas parfaitement dans le cas présent… Il vous fait tout de même faire des trucs pas jojo dans le livre…

Pas jojo ? Tout dépend du point-de-vue. Les goûts et les couleurs, vous savez… Et je ne lui en veux pas, bien sûr. On est ce qu’on est. Et quand on crée quelqu’un comme moi, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il œuvre dans l’Humanitaire.

Je suis l’héritier d’une longue tradition de monstres qu’il jette sur le papier.

Parlons de votre vie propre. Une fois le livre terminé, vous vous accordez une forme de repos ?

J’ai très peu de temps libre. Il y a tant de tentations, là dehors pour un homme de goût tel que moi. J’attends simplement de céder à la prochaine.

Vous semblez à la fois proche et distant de Setbon. Je comprends que la communication ne soit pas votre fort, mais pouvez-vous lui poser une question ?

Le livre commence par la phrase : ‘Les gens comme M. Faux, normalement, ça n’existe pas. J’avoue que ça m’a troublé. En fin de compte, cher créateur, j’existe ou pas ?

En guise de conclusion, un petit mot pour ceux qui vont vous découvrir ?

En septembre sortira mon livre « Les gens comme M. Faux », signé Philippe Setbon aux éditions du Caïman. Je ne suis pas sûr d’y être dépeint de façon totalement impartiale et d’autres personnages tentent de m’y voler la vedette. Mais je vous en recommande tout de même la lecture. Parce que, si effectivement les gens comme moi, normalement, n’existent pas, nous n’évoluons pas dans un monde normal, n’est-ce pas ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (26)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (26)

Bonjour, merci d’avoir accepté cette invitation. Matthieu Biasotto vous a prévenue du déroulement de l’entretien ? On commence généralement par une petite présentation.

Je n’aime pas trop parler à des inconnus, mais j’ai l’impression de ne pas avoir vraiment le choix. Alors, je pourrais vous dire tout et n’importe quoi, vous mentir ou bien commencer simplement par mon prénom. Je m’appelle Maud, vous êtes content ? Je suppose que je suis censée parler de ma vie, de ce qui me définit, mais en vérité, je ne suis plus rien. Voilà un an que je cherche à me reconstruire après avoir tout perdu. C’était un 11 juin.

C’est compliqué de se définir par une date… Et si nous parlions de votre caractère ?

Je… Dieu qu’il est difficile de se confier. J’ai beaucoup vécu dans le passé. Attachée à une date, à la douleur d’un jour noir, ancrée dans des souvenirs qui s’effacent davantage chaque matin. Ma plus grande faiblesse est en réalité ma plus grande force. Enfin, je crois. Maintenant, j’en ai conscience, mais il m’a fallu souffrir pour le découvrir et le comprendre. Je… Je peux fumer ? Ça ne vous dérange pas ?

Je prends votre silence comme un oui.

Ce qui me caractérise le plus, c’est le deuil. Un deuil que j’ai eu beaucoup de mal à surmonter. D’ailleurs, on ne le surmonte pas, on compose et on commence à vivre avec un coquelicot dans le cœur.

Je distingue un clown, des enfants, de la couleur, des images terribles par moment et une vérité qui réchauffe la poitrine.

Vous êtes restés combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Je crois que je n’ai jamais quitté cet endroit étrange, j’ai le sentiment qu’il ne veut pas tellement me laisser partir à moins que ça ne vienne de moi. Je ne sais pas. Je l’accompagne depuis plusieurs mois, il me semble avoir aperçu un bélier noir dans un recoin sombre, un pensionnat qui glace le sang et j’ai entendu des gens pleurer puis murmurer en polonais. Donc je dois être coincée ici depuis septembre dernier, on dirait que ça fait une éternité. Il y fait tout noir, il y a des voix qui me dérangent, parfois douces et délicates, et puis des projections sur les murs qui font froid dans le dos. Depuis quelques semaines, une lumière m’éblouit, je distingue un clown, des enfants, de la couleur, des images terribles par moment et une vérité qui réchauffe la poitrine. Tenez, il vient d’ouvrir la porte à l’instant. Je crois que finalement, il veut me laisser vivre ma vie à présent.

C’est un mélange assez intrigant. Pensez-vous que Matthieu a projeté une part de lui-même dans votre création ?

Et à votre avis ? Moi, je crois que je suis à son image. Je crois qu’il détient toutes les clés pour me rendre libre, pour accepter, pour que je puisse écrire les chapitres restant de mon existence. Nous avons en commun une date, une ombre qui colle à la peau, l’envie d’espérer et une petite fleur rouge qui nous tient à cœur.

Mais cette ombre vient de lui. Il en est la source. Lui en voulez-vous ?

Tu sais, tu devrais me tutoyer, tu me poses des questions très personnelles en me disant « vous », ça me perturbe, vraiment. Et tant que j’y suis, je le jette où, mon mégot, tu as un cendrier qui traîne ?

Je lui en veux d’avoir rouvert des plaies que je voulais enfouir à tout prix. Je lui en veux de m’avoir fait mal à ce point, de me faire revivre des choses pas forcément agréables. Je le déteste pour ses mots posés sur ma douleur et pour les situations qu’il voulait que je traverse. Et d’un autre côté, il a toute ma gratitude parce que j’ai compris, parce que j’ai grandi et parce que le 11 juin fait partie de moi et qu’à présent je peux continuer à avancer.

Cette date est décidément le point central de votre histoire à tous les deux. Ça te laisse du temps libre depuis la parution ?

Je n’interfère pas dans sa vie quotidienne. Dans sa tête, il y a de moins en moins de place pour moi. Il ne me le dit pas, mais je crois qu’il pense à autre chose. Alors j’occupe mes journées en chuchotant l’histoire de mon 11 juin aux lecteurs, et j’ai beaucoup à faire, je suis loin d’en avoir terminé.

Peut-être as-tu une question à poser à Matthieu désormais ?

Je me suis relevée. Je l’ai fait Matthieu, et toi… Tu en es où ? Tu te sens comment ? Qui pose des mots sur tes maux, qui va t’apaiser, qui va calmer tes angoisses, quelle histoire pourrait te soulager ? Et enfin, est-ce que tu m’aimes autant que je t’aime ?

Cette dernière question est presque une conclusion déjà… Quelque chose à ajouter ?

Pour moi, c’était avec un coquelicot et un 11 juin. On a tous vécu un 11 juin de près ou de loin, on a tous une fleur des champs qui prend racine sous la poitrine, on a tous les ressources pour en faire quelque chose. Pour se livrer au pire, comme au meilleur.

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (25)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (25)

Bonjour, malgré le fait que cette série de rencontres s’allonge, ça reste assez rare de pouvoir recevoir un personnage de roman. Pouvez-vous vous présenter ?

Il n’est pas commun non plus d’être sollicitée en dehors de la fiction ! Et pour quelqu’un comme moi, c’est une opportunité en or ! Je m’appelle Lillian – prononcez « ane » – et je rêve de quitter ma petite vie minable pour devenir une grande actrice. Vous auriez peut-être un rôle à me proposer ?

C’est toujours intéressant de voir les extrêmes comme avec cette « petite » vie et cette « grande » actrice. C’est un de vos traits de caractère ?

Je suis tout et son contraire. Tantôt introvertie, tantôt extravertie, je m’adapte à mon environnement et me fonds aisément dans ce grand théâtre qu’est le monde. Je suis un vrai caméléon… L’appendice caudal en moins !

Vous êtes depuis longtemps dans la tête d’Armelle Carbonel ?

La question n’est pas de savoir depuis quand, mais combien de temps elle compte encore me garder enfermée là-dedans !

Cette femme a la plume dangereuse

À votre avis, il y a des parts d’elle dans votre personnalité ?

Au risque de la vexer, je l’accuse de vouloir à tout prix me ressembler sous certains aspects. Les plus intimes, surtout. Si vous souhaitez savoir lesquels, demandez-lui directement ! Je ne voudrais surtout pas entrer en conflit avec Armelle. Cette femme a la plume dangereuse…

Et cette plume, elle s’en sert ! On ne peut pas dire qu’elle vous épargne ! Lui en voulez-vous ?

Au contraire, je l’en remercie ! Car, détrompez-vous, ce n’est pas elle qui tire les ficelles. Je possède une vie propre. Elle se contente de retranscrire fidèlement sur le papier les mots que je lui souffle.

Et cette collaboration se fait sans heurt ? Vous avez quand même du temps libre j’imagine. Comment l’occupez-vous ?

Je rattrape le sommeil qu’elle m’a volé. Armelle est éreintante quand elle s’y met ! Elle vous arrache les mots, pompe inlassablement votre énergie ! Vous ne lui répéterez pas, hein ?

À votre tour de la mettre sur le grill, posez-lui une question.

Armelle, pourrais-tu écrire l’histoire de Noname, s’il te plaît ? Je crois qu’il a beaucoup de choses à raconter….

Il vous reste à vous adresser à ceux qui vous découvre au travers de la plume d’Armelle. Un petit mot pour eux ?

Croyez-le ou non, j’existe. La preuve en est, je suis là, à vous raconter mes anecdotes de personnage fictif. Je pourrais être votre femme, votre sœur ou votre amie. Alors, lisez-moi avec le cœur plutôt qu’avec les yeux…

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (24)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (24)

Bonjour. Comment doit-on dire ? Mon adjudant ? Monsieur ? Je vous laisse vous présenter…

Bonjour, je m’appelle Walter Brewski, mais c’est très rare qu’on dise Walter, le plus souvent c’est par le diminutif de Walt que l’on me hèle. Je suis en effet adjudant de gendarmerie, j’ai pas mal bourlingué, je commence à être un vieux de la vieille dans la boutique. J’aime le son des moulins des Alfa Roméo, le sport, Bruce Springsteen, le sexe, la nature, le café, et je suis fasciné par le philosophe Marc-Aurèle.

Voilà qui est assez éclectique et finalement cohérent. Cela représente aussi votre caractère ?

Je suis fidèle en amitié et en amour et je ne pardonne pas la trahison. On me dit très pugnace et je reconnais une rancune tenace. Mais je me soigne (enfin j’essaie). J’avoue que j’ai parfois du mal à contenir une certaine violence qui sommeille en moi.

Ce qui n’exclue pas une certaine complexité, en fait. Une telle psyché doit prendre du temps à concevoir, vous êtes restés combien de temps dans la tête de votre créateur ?

Je crois qu’il me portait depuis longtemps en lui, mais je dirais qu’il n’en a eu conscience que quelque chose comme quatre mois avant que les premiers mots jaillissent sur le clavier. Je pense qu’il ne m’a lâché dans la nature que lorsqu’il m’a senti prêt.

Il avait peut-être peur de se révéler lui-même… Il y a des parts de lui en vous ?

Ça c’est sûr, le salaud, il n’a pas pu s’en empêcher. Je suis son premier personnage de polar, alors il s’est inquiété, c’est normal, je peux comprendre ça. Du coup il m’a donné des choses qu’il considère comme des atouts ; la ténacité, le plaisir de lire, sa dévotion pour « Le Boss », sa sale manie d’aller courir et de faire des pompes, des trucs comme ça. Et sa rancune séculaire aussi, mais pour cette dernière, je n’arrive pas à me dire que c’est mal. Heureusement qu’il ne m’a pas refilé sa sensibilité et sa putain d’empathie qui lui font piquer les yeux assez régulièrement. Vous imaginez si je me mettais à chialer pendant un interrogatoire ?

Vous en êtes quand même assez loin… D’ailleurs, il vous met dans des situations peu recommandables. Lui en voulez-vous ?

Non, enfin…sur le coup oui, mais après réflexion je comprends qu’il n’avait pas le choix parce que c’est à cause de moi. D’une certaine manière, souvent, je lui force la main, c’est un peu moi qui lui souffle ce qu’il doit me faire faire, j’en fais un peu rien qu’à ma tête.

Il m’a donné des choses qu’il considère comme des atouts ; la ténacité, le plaisir de lire, sa rancune séculaire aussi…

Il vous a conçu un avenir ou cette aventure n’a été qu’une distraction dans votre quotidien ? Comment on occupe son temps libre dans cette situation ?

Au début de WOORARA j’ai cru que j’étais enrôlé pour une aventure, mais maintenant je sais qu’il compte me faire rempiler dès le mois de novembre prochain, et comme si ça ne suffisait pas, il est en train de cogiter sur une troisième histoire. Ce type est dingue, dommage que je sois gendarme sinon je me serais syndiqué. Donc sachant ça, je prends du bon temps tant que je peux. Je glande pas mal, je me laisse pousser les cheveux, j’astique mon Alfa Roméo, je conchie le temps qui passe, je bois des bières avec des potes pas fréquentables, je vais voir des matchs de rugby et aussi du volley-ball féminin, ces gonzesses me foutent une trique d’enfer ! Mais surtout, quand il me fout la paix, je ne fais pas de sport.

Vous dialoguez avez lui ? Je vous en donne l’occasion : posez-lui une question !

Sébastien, pourquoi tu ne m’as pas fait shérif dans un coin perdu des Etats-Unis, le Wyoming, le Montana ou même le Dakota, nord ou sud je m’en fous. J’aurais adoré ça.

A défaut de déménagement, je vous offre le mot de la fin.

Chères lectrices (ouais parce que j’suis pas fou, je sais que le plus souvent le lecteur est une lectrice) chers lecteurs, vous êtes les bienvenus dans mon univers, vous pouvez me suivre partout si vous le souhaitez, mais ne me chiez pas dans les bottes, ça me fout en rogne et je vous rappelle que je suis rancunier et spécialiste des armes et de self-défense. La région où je bosse, la Corrèze, est magnifique et calme la plupart du temps. Mais parfois, alors que je ne m’y attends pas, il se passe des trucs de fou. Alors à bientôt hein ?!

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (21)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (21)

Bonjour. Tout d’abord, aucune raison de s’inquiéter, ceci n’est pas un interrogatoire, juste une interview. Peux-tu te présenter ?

Ouais, mec. Je m’appelle Dris.

Mon CV, c’est un casier judiciaire long comme mon bras. Outrages, violences, trafics de stups…et j’en passe. J’ai eu quarante ans, il y a quelques semaines. Quarante ans « fêtés » derrière les barreaux. Cette fois, ça m’a fait mal, très mal. Avec un putain de goût amer. Vingt ans d’allers-retours en détention… et une seule certitude : si je continuais sur cette voie, j’allai finir par crever au fond d’une cellule. Au final, pour quoi ? L’adrénaline ? L’argent facile ? Les filles encore plus faciles ? J’avais passé l’âge. Je n’avais plus la flamme. J’en avais soupé de la Justice. Jusqu’à l’écœurement. GAV, perquise, fouille à corps, preuves à charges, expertises psy, baveux, prétoire… Bref, j’ai décidé d’en finir avec toute cette merde. De repartir à zéro… Me voilà donc de retour chez mère (une femme qui n’a jamais mérité cette qualité), dans une des tours de la cité des Coquelicots, à pointer au Pôle Emploi. Oui, je sais… Il y a mieux, beaucoup mieux, pour un nouveau départ. Mais, je n’ai pas vraiment le choix… C’est ça d’avoir vécu sans jamais se projeter dans l’avenir…

Tu en a dit déjà pas mal sur ta vie d’avant. Est-ce différent aujourd’hui. En ce qui concerne ton caractère par exemple ?

Je n’aime pas beaucoup parler de moi. Il faut dire que je suis plutôt du genre silencieux et renfermé. Et que je n’aime pas particulièrement le reflet que me renvoie le miroir. Certains (beaucoup) diront que je suis une belle crevure. Un pourvoyeur de mort. Et ils auront raison. Après, je suis aussi un être humain. En d’autres circonstances, en d’autres lieux, peut-être aurai-je été un autre homme ? En tout cas, une chose est sûre : je suis déterminé…à ne rien lâcher…à m’en sortir…

C’est tout ce qui me reste.

Une vie comme la tienne ça doit prendre du temps à concevoir. Cédric Cham a mis longtemps à te créer ?

J’ai dû rester une bonne dizaine d’année enfermé dans sa tête. Le temps de se connaître et de vraiment se comprendre. Plus de dix ans, autrement dit : depuis qu’il bosse au sein de l’administration pénitentiaire. Il s’est promis qu’un jour il parlerait de ces parcours de vie qu’il croise tous les jours, de ces hommes (et femmes) en liberté conditionnelle, sous bracelet électronique ou en mise à l’épreuve. Pas pour nous chercher des excuses, juste pour permettre que l’on nous comprenne.

 

Je suis un guerrier, un boxeur, alors peu importe les obstacles. J’avance, la rage au ventre, jusqu’au dernier souffle.

 

Tu es issu de son quotidien, tu penses qu’il a calqué aussi son caractère sur ta personnalité ?

Je n’espère pas pour lui. On ne se situe clairement pas du même côté de la ligne blanche, du même côté du barbelé. Après, il y a forcément des connexions à travers une sensibilité commune, une vision des zones d’ombre de la vie. Sinon, on partage certains goûts musicaux : 2Pac, Bill Withers, DMX, Fever Ray, Alicia Keyes…

 

Par contre, il ne t’épargne pas dans « Du barbelé sur le cœur », tu ne lui en veux pas un peu ?

C’est vrai qu’il me fait faire des « trucs pas jojo ». Mais soyons honnête : je l’ai bien cherché. J’ai compris, peut-être trop tard, que dans la vie, chaque choix entraîne des conséquences à plus ou moins long terme. Que l’on finit toujours par récolter ce que l’on a semé. Mais, je suis un guerrier, un boxeur, alors peu importe les obstacles. J’avance, la rage au ventre, jusqu’au dernier souffle. Jusqu’au KO final. Et puis, mon créateur a mis sur mon chemin Sarah… mon amour de jeunesse. Une raison supplémentaire de me battre, de m’en sortir… Donc, non, je ne lui en veux pas… C’est dans l’adversité qu’on révèle vraiment qui on est.

 

Ça n’empêche pas de pouvoir souffler. Une question à lui poser ?

Eh Cham ! pourquoi ton écriture est-elle aussi noire et réaliste ?

Cela aurait été tellement plus sympa de me balancer dans un univers à la James Bond. J’aurai préféré voyager dans des pays exotiques, descendre des litres de mojito, et mater des filles en bikini… Mais, non, il a fallu que tu me renvoies dans la cité, me fighter dans des parkings désaffectés avec des mecs qui puent la sueur

Je ne te remercie pas. Vraiment pas.

 

Cette fois-ci la parole est à toi, un dernier mot ?

Je suis un mec bien…enfin, j’essaie de devenir un mec bien… Attrapez ma main tendue et venez à ma rencontre dans « Du barbelé sur le coeur ». Je vous garantis un uppercut en plein cœur…