Des poignards dans les sourires de Cécile Cabanac


Le livre : Des poignards dans les sourires  de Cécile Cabanac. Paru le 07 février 2019 aux éditions Fleuve éditions  dans la collection Fleuve Noir  19.90 €   ;  (480 pages) ; 14 x 21  cm. 

 4ème de couverture :

Avec ce huis clos provincial où les faux-semblants ont de beaux jours devant eux, Cécile Cabanac signe un premier polar chabrolien hautement maîtrisé.

Catherine Renon n’a plus vu son mari François depuis des jours et ne semble pas s’en émouvoir. Dans ce coin d’Auvergne où les rumeurs blessent et tuent, pas question de prêter le flanc à la calomnie. Et surtout pas à sa belle-mère, veuve solitaire qui voue à son fils un culte tout en démesure.
Virginie Sevran et Pierre Biolet, du SRPJ de Clermont-Ferrand, ont été appelés pour constater la présence d’un corps démembré et en partie brûlé au Col des Goules.
C’est la première enquête de Virginie depuis qu’elle a quitté le 36, quai des Orfèvres pour la province, à la stupéfaction de ses proches. Quant à Pierre, il observe sa nouvelle coéquipière d’un œil à la fois bienveillant et inquiet. Qu’est-elle venue chercher ?
Quand l’enquête met un nom sur ce corps, celui de François Renon, les questions les plus folles surgissent, avec une seule certitude : tous les meurtriers possibles de ce fils de bonne famille sont autant de facettes d’une victime annoncée.

L’auteur : Native du Pays Basque, Cécile Cabanac née au Pays Basque en 1976, fait ses armes en presse écrite au journal Sud-Ouest.
Après une Maîtrise d’histoire contemporaine à l’Université Montaigne à Bordeaux elle a ensuite intégré l’Ecole de Journalisme de Lille. Elle s’y spécialise dans l’audiovisuel.
Diplômée de la 75 ème promotion, elle rejoint, en 2001, TF1 à Paris comme JRI (journaliste reporter d’images).
Maniant avec dextérité la caméra, elle réalise de nombreux reportages pour journaux télévisés de TF1 et LCI.
En tant que journaliste réalisatrice, Cécile intègre ensuite « Le magazine de la santé » sur France 5. Elle sera également chroniqueuse au « Magazine de la Santé » ainsi qu’aux « Maternelles » sur France 5.
En parallèle elle réalise des documentaires de société pour France 5 et de nombreux numéros de l’émission « Faites entrez l’accusé » sur France 2.
Passionnée par la création, l’art, la musique, la mode et l’image bien sûr, Cécile met aujourd’hui sa solide expérience à profit au sein de Bonne-Graine dans une région chère à son cœur. Elle a quitté Paris il y a quelques années pour repartir au Pays basque avec son mari et son fils.
« Des poignards dans les sourires » est son premier roman. 
 
 Extrait :
« Son corps est aussitôt agité de secousses. Son arme lui échappe des mains, elle est prise d’une subite suée, sa vue se brouille. Elle manque de chavirer.
Biolet découvre à son tour la scène d’horreur et vomit aussitôt, pris de fortes convulsions. La salle de bains grouille d’insectes et de larves. L’odeur est maintenant insoutenable. Dans la baignoire, un cadavre en décomposition. Les jambes flageolantes, Sevran s’approche du corps en tenant plus fermement son pull sur sa bouche et son nez. Le macchabée qui gît à ses pieds n’a plus rien d’humain.
Un hurlement strident se met à déchirer le silence, une créature bondit sur elle et s’enfuit entre ses jambes. Un cri de peur et de nervosité s’échappe de la gorge de la capitaine qui devient blême et méconnaissable. Un chat avait dû se nicher au plus près de son maître. La tête enfoncée dans les épaules, elle a l’air soudain minuscule. Le sol en carrelage est un cimetière de mouches et de larves dont elle écrase les petites carcasses à chaque pas. Ce broiement excite encore davantage les insectes en plein travail. Elle s’approche pour examiner plus en détail le corps allongé devant elle. Il y a du sang noir sur les parois et au fond de la cuve. La tête est sans visage, pourtant une bouche ouverte semble se distinguer encore. Biolet est livide. Il tient à peine debout contre le mur. Elle lui fait signe de quitter les lieux. Ils dévalent les escaliers, terrorisés.
Une fois dehors, elle lâche son pull et gonfle ses poumons d’oxygène, tandis que son équipier tombe à genoux sur le sol. Il leur faut quelques minutes pour reprendre leurs esprits. Jamais Sevran n’a assisté à un aussi terrible spectacle. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

« Là où nous sommes, il y a des poignards dans les sourires des hommes, proche du sang, plus proche du sanglant. »

Macbeth, 1623, William Shakespeare. »

Un père de famille détestable à souhait disparaît, sa femme ne déclare pas sa disparition, trop heureuse de cette aubaine. Elle va enfin profiter de la vie, changer de look et c’est ce qui va déranger les bien-pensants locaux …

Un corps sans tête et démembré est retrouvé au milieu de nulle part, l’enquête est confiée à un tout nouveau duo d’enquêteurs de Clermont-Ferrand, qui s’apprivoise en peinant à identifier le corps…

Il n’y a que le lecteur pour y voir des convergences. Mais si le lecteur se trompait …

Des fausses pistes comme s’il en pleuvait, de la malversation politico-économique et l’immersion dans les milieux libertins,  des trahisons à l’usurpation d’héritage, de bons vieux secrets de famille à vous légitimer n’importe quel mobile, bref une profusion de mensonges…

480 pages pour une intrigue dense et une enquête qui piétine … le lecteur peut parfois s’impatienter car pour partie, il sait lui. Mais il sera récompensé par le dénouement assez inattendu quoique …

En même temps c’est une chronique rurale, dans les environs de Clermont-Ferrand, en hiver donc il faut prendre des précautions pour ne pas déraper sur les pistes de l’assassin !

Lu en version numérique. epub 13.99 €

Extraits :
« L’enquêtrice se concentre sur les gestes de la légiste pour éviter de donner le champ libre à ses pensées. Elle note que son visage est marqué ce matin. La professeure pose sa lame à la base du cou et trace une ligne droite le long de l’abdomen. Soudain, une odeur de viande pourrie et d’excrément insoutenable s’échappe des fentes ouvertes du cadavre. Sevran est prise d’un haut-le-cœur. Elle se penche en avant dans un mouvement automatique et tente de retenir une contraction de son estomac. De l’autre côté de la table d’examen, Sophie Brun explose de colère :
— Putain de bordel de métier à la con ! »
 « Le vent froid lui glace les os. L’odeur de crottin et de bois humide s’engouffre dans ses poumons. Elle voudrait s’enfoncer profondément dans la forêt et ne plus jamais revoir un des membres de cette famille vipéreuse.»

L’erreur de Susi Fox


Le livre : L’erreur de Susi Fox. Traduit de l’anglais (Australie) par Héloïse Esquié – Paru le 10 janvier 2019 chez Fleuve Editions dans la  collection Fleuve Noir Policier. 19.90 €  ; (360 pages) ; format 14 x 21 cm

 4ème de couverture :

Sasha a toujours voulu un bébé. Sa grossesse se déroule à merveille, jusqu’au jour où elle se retrouve à l’hôpital pour subir une césarienne d’urgence. À son réveil, elle demande à voir son enfant. Alors qu’elle s’attend à vivre un moment magique, Sasha plonge dans un cauchemar bien réel. Le nourrisson qu’on lui amène n’est pas le sien. La jeune mère n’a aucun doute, même si personne ne la croit. Ni les infirmières qui évitent ses questions, ni son mari qui essaie de la convaincre, ni sa meilleure amie, appelée au secours. Pour tous, Sasha souffre d’un stress lié aux circonstances de la naissance. Mais ce serait oublier combien l’instinct d’une mère est profondément ancré en elle, en dépit des apparences. Si le bébé devant elle n’est pas le sien, où est passé son enfant ? Et qui a pu faire cette erreur ?

L’auteur Susi Fox est Australienne. Elle a étudié la médecine et les arts à l’Université de Melbourne.
Elle vit avec sa famille dans le comté de la chaîne Macedon, dans l’État de Victoria, où elle travaille comme médecin généraliste à temps partiel.
L’Erreur (Mine, 2018) est son premier roman, actuellement en cours de traduction dans de nombreux pays, et l’a immédiatement établie comme un des nouveaux talents du suspense psychologique féminin.

 

 

 

Extrait :
« — Je suis anatomopathologiste, pas pathologiste judiciaire. La plus grande partie de mon travail consiste à observer des taches roses et des points mauves dans un microscope et à écrire des rapports que les gens parcourent à la hâte. Je suis obligée d’écrire les conclusions en majuscules pour qu’elles ne passent pas à la trappe.
— Alors vous aimez votre travail, dans ce cas ? dit-elle avec un grand sourire.
— Je suppose. Ça dépend. Disséquer des bébés morts, ça, ça ne me plaît pas. »
Le premier bébé que j’ai disséqué, une petite fille, avait été retrouvé par sa mère dans son berceau. On soupçonnait un cas de mort subite du nourrisson. Son corps était raide lorsque je l’ai mise sur le plateau d’acier. Elle ressemblait à une poupée en plastique dur, à la vue comme au toucher ; elle n’avait rien du tout d’un vrai bébé. Lorsque j’ai incisé sa peau, ses boyaux se sont répandus, glissant sur l’acier. Je me suis étranglée. J’ai pris la décision de démissionner, sur-le-champ. De plaquer non seulement la médecine légale, mais la médecine en général. Je ne reviendrais jamais.
C’est ma superviseuse qui m’a ramenée des vestiaires à cette salle d’autopsie, au bébé qui m’attendait sur son plateau d’acier. C’était mon devoir, a-t-elle dit, de découvrir la cause de la mort de ce bébé. De donner à ses parents la réponse dont ils avaient un besoin si désespéré. C’était la meilleure chose que je pouvais faire, pour eux et pour elle.
Alors c’est ce que j’ai fait ; ce que je fais encore de temps en temps. Découper la chair des bébés, mince comme du papier à cigarette, fouiller bien profond en eux, dans leurs cavités évidées, à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un à blâmer. Je ne prétends pas que c’est agréable. J’évite d’en parler à mes amies lorsqu’elles deviennent mères. Je ne pense pas qu’elles comprendraient. »

 La chronique jubilatoire de Dany

L’erreur de Susi Fox

Sasha, obligée d’accoucher avant terme dans une maternité ayant mauvaise réputation et qu’elle n’a pas choisie, est persuadée que l’enfant qu’on lui présente a été échangé avec un autre beaucoup plus ressemblant à ce qu’elle ressentait pendant sa grossesse. De plus, c’est un petit garçon qui est né au lieu d’une petite fille qu’elle attendait depuis son échographie. Elle n’arrive pas à éprouver ce formidable attachement de mère à son nouvel enfant, est-elle une bonne mère ? N’est-ce pas LE signe de cette substitution ? Et dire que  enfant est attendu depuis plus de dix ans.

Tous les personnages de ce thriller psychologique ont leur secret inavouable, son mari, son père, son amie d’enfance, ses médecins, les autres patientes et c’est un véritable enfer que va vivre la narratrice. Sont-ils complices pour remplir un sombre dessein ? Les lecteurs vont assister à la descente aux enfers de Sasha, puis à sa résilience réelle ou feinte, dans un univers trouble où tout est suspicion et où les soignants ne sont pas plus équilibrés que les patients… un  vrai nid de coucous ! Un peu plus de 350 pages pour nous faire tourner en boucle dans l’amas de neurones perturbé de la jeune mère, où l’on se plait en conjonctures et quand arrive le dénouement, on se dit : soit, c’est une explication parmi d’autres, un peu improbable mais bien amenée par l’auteur qui signe ici son premier roman.

Premier roman donc et une belle découverte, un bon moment de lecture, envoûtant et bien flippant mais … l’auteure n’est-elle pas elle-même médecin ? Elle a mis toute sa féminité au service de cette histoire, certes c’est une fiction et ça ne peut pas se passer dans la vraie vie … quoique !

Lu en version numérique.  epub 13.99 € 

 Autres extraits
« Dans sa couveuse, Toby reste tranquille, endormi. C’est lui l’innocent, dans ce chaos. Il ne ressemble pas du tout à mon bébé. Je pourrais décider de m’occuper de lui comme une mère, de mon mieux, jusqu’à ce qu’il retrouve sa vraie mère, mais à aucun moment je n’ai pensé qu’il était à moi. Et lorsqu’il sera prouvé que j’ai raison, ils comprendront que je n’ai pas le moindre problème mental. »
 « Non, Mark, je siffle, en rassemblant toute ma force. Tu me connais. Je ne fais pas d’erreurs. Je me suis battue pendant tellement longtemps, si durement pour avoir notre bébé, il est hors de question que j’abandonne maintenant. Rien ne m’empêchera de découvrir la vérité. Ce n’est pas notre enfant. »
« Adam, par contre, a quitté Bec il y a six mois, juste après qu’elle est enfin tombée enceinte, disant qu’il ne voulait rien avoir à faire avec l’enfant. Après s’être effondrée un petit moment, elle a choisi de revenir s’installer en Australie. Bec est décidée à être mère célibataire, et à expliquer au bébé qu’elle s’est servie de l’ovocyte d’une donneuse.
« Quand elle sera assez grande pour comprendre. Je suis en paix avec l’idée maintenant. Un enfant est un enfant ; qu’est-ce que ça change, l’identité de sa mère biologique, hein ? De mon point de vue, mieux vaut n’importe quel bébé que pas du tout. »
 

 

mots clefs : maternité, fertilité, échange d’enfant, prématuré, psychiatrie, médecine légale, gémellité, dépression post-partum 

Une proie si facile de Laura Marshall


Le livre : Une proie si facile de Laura Marshall. traduit de l’anglais par Silke Zimmermann. Paru le 8 février 2018 chez Fleuve éditions dans la collection Fleuve Noir. 19€90 ; (379 p.) ; 21 x 14 cm
4e de couv :

Maria Weston demande à devenir ton amie.

Et si c’était ça, l’origine de tous les problèmes ?

Au collège, déjà, Maria Weston cherchait désespérément à être admise dans le cercle très fermé des filles les plus populaires de l’école. Mais les rumeurs précédant son arrivée en cours d’année avaient ruiné tous ses espoirs d’y parvenir. Pire encore, elle était devenue la victime facile de leurs manigances. Quand Louise reçoit un jour une demande d’ajout d’ami émanant du compte Facebook de Maria, elle est horrifiée… Car Maria Weston est morte vingt-cinq ans plus tôt.

Alors que Louise a mis des années à enfouir le souvenir de cette fille tout au fond d’elle-même, l’invitation et les messages inquiétants qui s’ensuivent font d’un coup ressurgir le passé. Tout comme le secret de Louise, si intimement lié à la disparition de sa camarade.

Un secret qui, révélé au grand jour, pourrait bien détruire sa vie.

L’auteur : Laura Marshall a grandi à Wiltshire et a étudié l’anglais à l’université du Sussex. En 2015, elle décide de se lancer dans l’écriture, et participe au Curtis Brown, Creative Writing. Son premier roman, Une proie si facile, a été finaliste au Bath Novel Award 2016 et présélectionné pour le Lucy Cavendish Fiction Prize 2016. Il est en cours de traduction dans plusieurs pays.

La chronique Jubilatoire de Dany

 

Une proie si facile de Laura Marshall

L’action se passe en Angleterre où Louise élève seule son fils Henry, depuis son divorce avec Sam. Elle s’installe dans sa nouvelle vie de mère célibataire hyperactive jusqu’à ce qu’un souvenir d’adolescence, réactivé par FaceBook, fasse voler en éclats son fragile confort. Même si le sujet me fait penser à David-James Kennedy et son roman « Malgré elle », l’auteure installe ici l’amour maternel comme véritable enjeu de l’intrigue de ce thriller très bien mené.

Au-delà du suspense, ce sont les dangers que représentent les amis virtuels avec qui nous rentrons en contact qui sont évoqués, tout comme les rites d’intégration bien réels ceux-là, de nouveaux venus dans des groupes constitués. Ces deux aspects concernent ici des adolescents mais nul n’a dans ce domaine le privilège de l’âge.

Des personnages attachants et une intrigue puissante font de ces 384 pages, un moment de lecture agréable et noir à souhait.

Lu en numérique

 

Vertige de Franck Thilliez : Autopsie en huis clos


Vertige de Franck Thilliez : Autopsie en huis clos

Au collectif Polar, on vous a initié à la double (voire triple) chronique.

Poussons le bouchon un peu plus loin…

Et si on chroniquait avec un auteur sur un autre auteur ? Une fois n’est pas coutume : Geneviève valide le projet.

Il nous faut un binôme de flingueuses : Dany et Miss Aline et un auteur.

Pour cette première édition Niko Tackian a répondu présent. Après une discussion on est tous d’accord pour…. une autopsie en huis clos autour de

Vertige de Franck Thilliez.

 


Le livre : Vertige de Franck Thilliez. Paru le 13 octobre 2011chez Fleuve Noir dans la collection Thriller. 19€90 ; (330 p.) ; 23 x 15 cm.

Réédité en poche le 11 octobre 2012 chez Pocket. 7€90 ; (344 p.) ; 18 x 11 cm.

  4e de couv :

Un homme se réveille au fond d’un gouffre, au coeur d’un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d’infortune. Il est enchaîné au poignet, l’un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d’un masque effroyable, qui explosera s’il s’éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s’imposera, impérieuse : jusqu’où faut-il aller pour survivre ?

Pour son 10e roman, Franck Thilliez réussit un tour de force dans ce huis clos étouffant et glacial à la fois, où il joue à décortiquer l’âme humaine confrontée aux situations de l’extrême. Sans jamais épargner son lecteur, manipulé jusqu’à la dernière ligne, et, qui sait, peut-être plus encore…

L’auteur : Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez, ancien ingénieur en nouvelles technologies, vit actuellement dans le Pas-de-Calais. Il est l’auteur de Train d’enfer pour Ange rouge (2003), La Chambre des morts (2005), Deuils de miel (2006), La Forêt des ombres(2006), La Mémoire fantôme (2007), L’Anneau de Moebius (2008) et de Fractures (2009), tous disponibles chez Pocket. La Chambre des morts, adapté au cinéma en 2007, a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006 et le Prix SNCF du polar français 2007. L’ensemble de ses titres, salués par la critique, se sont classés à leur sortie dans la liste des meilleures ventes.  Le Syndrome E et GATACA, sont parus aux éditions Fleuve Noir en 2010 et 2011 suivi de Puzzle, Angor, Pandemia, Rêver,  et enfin Sarko en 2017 et Le manuscrit inachevé cette année.  Il est aussi scénariste, collabore à des BD et autres projets culturels. Franck Thilliez est considéré comme le maître du thriller français.
Extrait :
Mon pouce droit vient de remuer. Une flexion suivie d’une extension. Les orteils à présent. Il semblerait que mes tendons se contractent, un à un, que mes muscles frémissent. Mes paupières papillonnent enfin. Tellement heureux, je répète ce mouvement à n’en plus finir. Ouvrir, fermer. Ouvrir, fermer, ouvrir, fermer. Je me sens revivre. Dans une minute ou deux, je décollerai mes soixante-dix kilos du sol et comprendrai enfin ce qui m’arrive.
Mais, soudain, un nouveau bruit me tétanise. Ce cliquetis que je viens de percevoir accompagnant l’agitation de mon poignet. A l’aveuglette, je me redresse traversé de vertiges, et palpe. Un cerceau rugueux me broie le poignet droit. Si stupide et irréel que cela puisse paraître, je crois que je suis entravé.

 

Autopsie en huis clos.

Au collectif Polar, on vous a initié à la double (voire triple) chronique. Poussons le bouchon un peu plus loin…Et si on chroniquait avec un auteur sur un autre auteur ? Une fois n’est pas coutume : Geneviève valide le projet. Il nous faut un binôme de flingueuses : Dany et Miss Aline et un auteur.

Pour cette première édition Niko Tackian a répondu présent. Après une discussion on est tous d’accord pour Vertige de Franck Thilliez.

Monsieur Tackian, prenez le scalpel … c’est parti pour l’autopsie d’un roman en huis clos.

 

Miss Aline : en ce qui me concerne j’ai lu peu de romans de Franck Thilliez. Sans spoiler (bien évidement) comment définiriez-vous ce roman ?

Dany : Déjà c’est un one-shot, ce qui est assez rare à côté de la série Sharko-Henebelle, un thriller psychologique à huis clos.
En plus du thème de la montagne, c’est aussi une descente dans les profondeurs de la conscience.

Niko : Pour moi c’est surtout un thriller en huis clos. C’est ce point qui le rend différent de la plupart de ses autres romans.
Et écrire un huis clos c’est un exercice particulier et difficile à maîtriser dont Franck et moi partageons le plaisir !

Dany : Puzzle, paru deux ans plus tard est aussi un huis clos … pourtant Vertige m’a laissé un plus lourd souvenir que Puzzle …

NikoVertige est un huis clos dès la page 2 … ce n’est pas le cas de Puzzle

Dany : Selon toi Niko, quels sont les ingrédients indispensables à un huis clos ?

Niko : Une situation de départ forte. Un cadre permettant de définir une ambiance car il sera un personnage à part entière. Peu de personnages (Max 4 ou 6). Une unité de temps généralement courte. Beaucoup de tension et de surprises. Et une écriture nerveuse …
C’est un genre à part entière auquel tout le monde ne se frotte pas forcément. Ça demande une certaine confiance en soit. Parce qu’on a très peu d’éléments dans la palette et on va devoir les exploiter au maximum.
(Les personnages) Qu’ils se connaissent ou pas n’a pas vraiment d’importance. L’important c’est ce qu’ils se cachent …
Dans le suspense ce sont les questions sans réponses immédiates qui permettent de créer la tension.

Dany : Pas toujours la violence donc comme premier rapport interpersonnel Dans Vertige nous faisons connaissance avec 3 compagnons d’infortune qui ne se connaissent pas.

Niko : Oui la situation de départ est très forte

Dany : Ils partagent une situation commune malgré eux … Une situation douloureuse … c’est autre chose que Mort sur le Nil où tous les touristes sont là pour le plaisir …

Niko : Oui ils sont enchaînés dans un glacier. Ce n’est pas la croisière s’amuse !

Dany : Et il y a un chien … assez rare aussi la présence d’un animal dans ce type de situation

Niko : C’est ce qu’on appelle du high concept en terme d’audiovisuel

Dany : Tu peux développer ?

Niko : Un high concept c’est un concept qui tient à un pitchpin très fort indépendamment des personnages.
Juste en vous racontant la situation vous avez envie d’en savoir plus. Pas besoin de développer les personnages … Pour vous donner envie

Dany : Ça c’est pour le début car ensuite on fait leur connaissance, même intime ...

Niko : Bien sûr ! Mais le concept fonctionne sans.

Dany : Que dire de la question qui prend le lecteur aux tripes … qui sera le voleur, le menteur et le tueur ?

Niko : Oui ça met en place une sorte de jeu de piste.
Un truc que Franck adore. Il a un esprit très ludique.

Dany : C’est comme le jeu qu’il mène à chaque fois avec la chronologie et son chapitrage

Miss Aline : La montagne comme « un personnage à part entière». Ce huis clos ne pouvait-il se faire ailleurs ? Dans le désert par exemple ? Qui peut avoir des effets secondaires (pour certains) similaires à ceux de l’altitude ?

Niko : cet huis clos je ne sais pas, mais j’en ai écrit un dans le désert, donc oui, c’est un univers à part entière de huis clos. On appelle ça un huis clos à ciel ouvert.

Miss Aline : Le huis clos exacerbe les ressentis, les pensées, la suspicion. En même temps il faut compter avec ses compagnons d’infortune.
Là on a trois hommes qui ne se connaissant pas. Chacun réagit et essaie de survivre différemment. 
Les personnages sont très différents les uns des autres. Et en plus il nous faut chercher le menteur, le voleur, le tueur.

Niko : Oui c’est très fort car en plus de cette énigme, le lieu est particulièrement hostile et soulève une autre énigme : comment sont ils arrivés la ? Dès le départ Franck nous dit clairement : c’est une machination, sans doute une vengeance. L’enjeu est posé très vite.

Dany : On a parlé du lieu qui doit être hostile et si possible au climat extrême, des personnages qui doivent avoir un secret et partager le même lieu à l’instant T, d’une énigme, y a-t-il d’autres incontournables … je pense à la durée de l’action. Sans faire comme les tragédies classiques le tout en un jour et toutes les règles qui en découlent, souvent le temps est celui de la survie …

Niko : Oui il peut y avoir un Time lock, c’est à dire une action dont on sait qu’elle va avoir une issue funeste pour les personnages si elle n’est pas résolue. Ce n’est pas obligatoire mais ça aide à créer de la tension. C’est la structure de base du film catastrophe en huis clos par exemple.

Dany : Thilliez avait commis un précédent huis clos avec La forêt des ombres alors sans spoil, pourquoi Vertige affecte davantage le lecteur qui en garde un souvenir plus douloureux ?
Il y avait aussi un animal, il finissait mal le petit cochon !

Niko : Je n’ai pas lu La forêt des ombres mais je pense que ce qui rend Vertige inoubliable c’est l’originalité de sa situation de départ.

Dany : Pour le coup les lecteurs capables de s’identifier aux protagonistes ne courent pas les rues pour ce qui est de l’environnement … Thilliez a-t-il donc tout misé sur l’empathie, l’émotion, les phobies ?

Niko : Il commence par un enlèvement, donc il nous met dans le point de vue d’une victime pour laquelle, forcément, on a de l’empathie immédiatement. Car dans un huis clos, le point de vue est un point crucial. Par quel prisme allons-nous vivre cette aventure ?

Miss Aline : Le huis clos limite aussi le lecteur. L’énigme a forcément sa résolution parmi ce nombre restreint d’individus.

Niko : Ou pas, si on a une idée plus étonnante et qu’on « trompe » le lecteur …

Miss Aline : Ah oui mais là il faut qu’il y ait un élément (ou quoi que ce soit) qui nous livre un peu de l’extérieur.

Niko : Oui c’est vrai. Mais si on passe par certains outils comme le symbolisme c’est presque invisible 

Miss Aline : Vous pouvez développer le symbolisme comme outil ?

Niko : Et bien quand il s’agit de tromper le lecteur ou de l’influencer dans ses hypothèses (nous sommes tous des détectives) les symboles induisent un second niveau de lecture intéressant.
Personnellement je les utilise beaucoup pour l’inverse, c’est à dire montrer la vérité au milieu d’un récit complexe … tous mes romans sont constellés d’indices symboliques.

Miss Aline : Je vais décortiquer à la prochaine lecture ! 

Niko : Oui   bonne chance 

Miss Aline : Peut-on dire que Vertige, au-delà des difficultés dues au lieu de l’action, est aussi une descente dans la conscience. Chacun devant se regarder en face et assumer ses actes ?

Niko : Oui c’est très juste ! D’ailleurs c’est une des forces du huis clos de pousser à l’exploration intérieure sur les personnages. C’est un genre très existentiel

Miss Aline : Dans ce cas nous avons le facteur animal de compagnie. Pour une dimension plus « humaine », empathique ? L’animal attire la sympathie ?

Niko : Pas forcément. Pour moi les animaux dans les fictions, comme dans la vie d’ailleurs, ont des places à part entière en tant que personnages. Bien sûr on ne développe pas autant leur psychologie (mais pourquoi pas ?) mais ils peuvent jouer le panel des humains. Donc être des victimes (le plus souvent, comme dans la vie où nous les prenons largement en otage) ou des bourreaux (je pense à Cujo de S. King).
Dans Toxique j’avais réglé son compte à un petit teckel à poil dur, chien qui, dans la vie sauvage est une véritable furie capable de tuer un sanglier en lui mordant les testicules … mais face à Marie-Thomas, il ne faisait pas le poids.

Dany : Dans Vertige il n’y a pas de femmes en huis clos mais elles sont tout de même très présentes dans les histoires de chacun … faut-il que les micro-communautés dans les huis clos reflètent à ce point les sociétés humaines pour être crédibles ?

Niko : Il y aurait bien entendu pu y avoir des femmes dans ce huis clos ! Au contraire ça aurait densifié et complexifié le récit. Je pense que Franck est tellement un gentleman qu’il n’a pas voulu faire souffrir une femme dans ce glacier.  

Dany : Résumons-nous … 

Vertige est un huis clos, dans un environnement hostile et un climat extrême, où trois hommes détenant des secrets, victimes d’enlèvements sont retenus en otage, en compagnie d’un chien. Ils ont une énigme à résoudre qui leur permettra peut-être de ne pas connaître la fin funeste à laquelle l’auteur, gentleman au demeurant,  les destine à une échéance très probablement courte. Introspection, suspicion vont s’immiscer dans leurs esprits … C’est le talent de l’auteur qui fait l’envie du lecteur …
J’ai oublié quelque chose ?

Niko : Très joliment résumé

Dany: Merci !
Est-ce qu’un huis clos est possible avec des personnages récurrents ? Pour ma part je ne le pense pas …

Niko : Oui, dans le cadre d’un épisode. Par exemple imaginez que Tomar Khan soit victime d’une prise d’otage…

Niko : Oui certes mais tu serais obligé de le faire « survivre », peut-être en mauvais état comme Sharko quelques fois mais l’issue est alors prévisible …

Niko : c’est vrai !

Dany : Ou faire comme Jacques Saussey dans Enfermé.e … ne pas nommer les personnages et révéler l’identité à l’ultime page …
Ou le laisser pour mort et le faire revenir dans le tome suivant après … un long coma ?

Miss Aline : Ici pas de gentil à priori. En effet il nous faut deviner « le menteur »,  « le voleur » et « le tueur ». Un huis clos de hasard (une panne d’ascenseur ou une prise d’otage) pourrait-il y avoir un « gentil » dans ses murs ? Et surtout peut-il passer de l’autre côté de la barrière, devenir LE méchant ? Pour un auteur y a-t-il matière à travailler sur ce point de vue  ou n’y a-t-il pas assez d’options envisageables ?

Dany : Moi je trouve qu’au début il y a des ou un personnage plus sympathique(s) que d’autre(s)

Miss Aline : Schéma type Danièle ? Il faut que le lecteur soit du côté de quelqu’un pour avoir envie de poursuivre !

Dany : Oui schéma-type bien sûr … je suis de toutes façons bon public dans le sens où j’adhère à l’histoire à fond quand je commence une lecture … là j’ai été comblée avec les fausses pistes et hypothèses …

Niko, tu as déjà commis un huis clos en plein cagnard, es-tu tenté par un huis clos glaçant ?
En tant qu’auteur …

—————- quelques heures plus tard ——————

Dany : Hou Hou Niko ? Pas d’idées … ça m’étonne !

Niko : Hello ! Oui la preuve, mon prochain roman s’appelle Avalanche Hôtel !

Dany : Un huis clos ?

Niko : pas vraiment mais quand même si d’une certaine manière ☺

Dany : Pas dans un glacier tout de même …

Niko : ah bah non ! La réponse est dans le titre

Dany : Avalanche donc … je pense que tu ne nous en diras pas plus que sa date de sortie ? A moins que … quelques scoops ?

Miss Aline : Oui quelques mots …

Niko : Alors écoute, il faut surtout suivre ma page FB dans les trois prochaines semaines pour avoir des scoops, car j’organise en ce moment une petite aventure immersive qui vous fera presque « rentrer » dans le roman. Concernant l’histoire, je ne peux pas trop en dire plus, si ce n’est que ce sera un roman qui va vous happer sous une tonne de neige, vous rouler, vous glacer avec toujours au bout une petite lumière… une avalanche quoi… ☺

Dany : Il sort quand ?

Niko : le 3 janvier ! Par contre, je vais bientôt révéler la couverture et le pitch et je vous la ferai parvenir en même temps pour que vous l’ayez en premier !

Geneviève : Rhooo le jour de ma fête ! Pardon, pardon je m’emballe là !

Niko : c’est d’ailleurs la couverture sur laquelle j’ai le plus bossé de ma carrière et ils ont fait un truc de dingue !

Dany : J’ai vu la première photo indice … bel objet !

NikoAvalanche Hôtel est mon premier « thriller en one shot » dans la vénérable maison Hachette et j’y crois beaucoup beaucoup.

Dany : Ben nous aussi Niko on y croit … En même temps Fantazmë qui entame sa nouvelle vie … auteur comblé pour les fêtes ???

Niko : oui comblé et surtout surbooké car 2019 s’annonce très dense en écriture pour moi. Je suis sur la suite des aventures de Tomar, Alex Hugo n’a jamais aussi bien fonctionné sur France 2 et va prendre en densité d’épisodes et j’ai un gros dossier scénario en cours également…

Dany : Il restera tout de même une petite place pour échanger avec les flingueuses j’espère ?

Niko : et j’ai prévu de beaucoup me déplacer sur des salons en 2019 !
bien sur plein de place ! En fait, il y un truc qui a changé pour moi…

Dany : ??????????

Niko : ça fait 20 ans que je vis d’histoires dans différents milieux sans être jamais rentré dans aucun de ces milieux… avec le roman j’ai le sentiment d’avoir trouvé ma place, et ma famille, donc c’est toujours un plaisir de parler, d’échanger, de prendre le temps… et bien entendu les flingueuses, vous faites partie de cette famille. Vous êtes d’ailleurs parmi les premières à m’avoir fait confiance.

Dany : Nous aussi nous sommes comblées alors Niko … Je pense que pour cette expérience en huis clos on va s’arrêter là Aline ?
Pour ma part je te remercie de ta disponibilité et ta générosité et te dis à bientôt !

Niko : à bientôt !
Et merci à vous pour ce petit échange !

Geneviève : Est ce que je peux une petite question sur Avalanche Hôtel ?

Niko : mais oui

Geneviève : J’ai oui dire que la mise en place allait être à la hauteur de ton talent et des espoirs que ton éditrice porte en toi.

Niko : tu en sais plus que moi !
Enfin pas exactement

Geneviève : Il n’y pas des animations prévues autour de la sortie ?

Niko : Caroline et Philippe investissent énormément sur mon travail. Je sais qu’il y a une belle campagne de promo prévue, plus une soirée de lancement qui sera mémorable et dont les prémisses sont déjà lancées via mes récents post sur ma page FB (mystère !!!)… il y aura aussi un « escape game » grandeur nature Avalanche Hôtel qui va se déplacer de salons en salons… et plein d’autres surprises… bref OUI, ils vont mettre le paquet !

Geneviève : Oh, je suis ravie que ton travail soit récompenser, j’espère pouvoir faire une de ces murder party un de ces 4. Et longues vie à tous tes projets. ☺

Niko : Merci Geneviève !
Rdv mardi pour le second indice

Dany et Geneviève 

Geneviève : Et pardon  les Flingueuses d’être intervenue alors que je ne devrais être que l’œil de Moscou.

Dany : Cheffe on ne t’en veut jamais de … nous soutenir dans nos délires !

Geneviève : Ben moi j’adore vos délire, alors !

Miss Aline : Merci d’avoir soutenu ce « délire » Geneviève ! 

Niko,  un très grand merci pour avoir accepté de participer à notre première « Autopsie en huis clos ».
Je me joins à Danièle pour saluer ta disponibilité et ta générosité.
On te souhaite un très beau succès avec la sortie début 2019 de Avalanche Hôtel.
À très bientôt pour de nouveaux échanges en huis clos… ou pas !
Merci.

Niko : Merci Aline ! 

Le facebook de Niko Tackian

 

Vous en conviendrez avec nous, nous avons appris pas mal de chose sur le métier d’auteur et ses techniques de travail. Nous, nous avons passé un très bon moment d’échange et de convivialité. Un très grand merci à Niko pour sa disponibilité et sa gentillesse, comme toujours.

On vous donne rendez-vous pour une prochaine Autopsie en huis clos avec…. Ah non, on ne va pas vous le révéler maintenant !

 

Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain


Le livre : Tu tairas tous les secrets d‘Hervé Jourdain – Paru le 11/10/2018 aux éditions Fleuve édition dans la collection Fleuve noir – 19.90€   – epub 13.99 € (416 pages) ; format 21×14 cm

 4ème de couverture :

Une femme est retrouvée morte dans le parc naturel des Ardennes. À quelques kilomètres de là, le corps d’une autre est repêché dans la Seine. Sur le pull que portait la première victime, l’ADN de l’épouse d’une chef de brigade de la PJ de Paris. Au cou de la deuxième, un curieux médaillon en forme de chouette.Le commande Guillaume Desgranges est chargé de l’enquête parisienne. Et ce qui se passe dans les Ardennes, il refuse d’en entendre parler : il a élevé seul son fils et remué ciel et terre pour retrouver celle qu’il aimait. Le temps a passé. Son évaporation ne regarde qu’elle, à présent, où qu’elle soit. La brigadière Zoé Dechaume ne l’entend pas de cette façon et n’a qu’une idée en tête : remonter la piste ardennaise. Alors, en toute clandestinité, et en duo avec sa coéquipière Lola Rivière, elle va se lancer sur les traces d’une femme qu’elle ne connaît pas, mais dont elle a toutes les raisons de penser qu’elle vit encore. Entre Paris, la Belgique et les Ardennes, mettant en péril leurs carrières et bien plus encore, les deux jeunes femmes vont se heurter aux secrets qui contraignent au silence, écorchent, et finissent par tuer ceux qui les portent.

 

L’auteur : Hervé Jourdain est né le21/08/1972 à Sainte-Maure-des-Fossés, féru d’Histoire et de course à pied.
Il réussit le concours de gardien de la Paix et s’installe à 20 ans dans le sud de la région parisienne. Parallèlement à son activité professionnelle, il s’inscrit à l’université Paris-I et obtient une licence d’Histoire. Il intègre alors un service de renseignement en 1998 avant de devenir, deux plus tard, officier de police.
Lieutenant à la brigade des mineurs de Paris puis capitaine au sein de la brigade criminelle installée au mythique 36, quai des Orfèvres, il décide par défi de se lancer dans l’écriture de romans policiers.
Il est alors capitaine de police lorsqu’il publie Sang d’encre au 36 (2009), un premier roman qui lui vaut le prix des lecteurs du grand prix VSD du polar.
Il remporte en 2014 le prix du Quai des Orfèvres avec son roman Le Sang de la trahison.
Il a par ailleurs collaboré à l’écriture d’un long métrage, fait office de conseiller sur le tournage d’un téléfilm policier, effectué une brève apparition dans le film « Contre-enquête » (2007) aux côtés de Jean Dujardin.
En 2017, il reçoit le prix Sang d’encre décerné par le festival de Vienne pour son roman, Femme sur écoute, paru chez Fleuve Éditions en 2017.
Sous le pseudonyme Clovis Bienvenu (l’identité de son grand-père maternel), il est également l’auteur de Le 36, quai des Orfèvres à la croisée de l’histoire et du fait divers, paru chez PUF en 2012 dans la collection Questions judiciaires.…Il est aujoud’hui commandant de police.

 

Extraits :
« Certains comptabilisaient le nombre d’autopsies auxquelles ils avaient assisté. Un procédurier se targuait d’en avoir réalisé dix-huit la même année. Une autre enquêtrice, à coup sûr une fétichiste, conservait dans un tiroir un stérilet saisi sur le cadavre d’une femme tuée par son amant qu’elle se plaisait à montrer aux stagiaires de passage au 36. Peut-être pour les faire fuir. Ou pour les épater. Ou pour exorciser cet instant de découpe, cet acte de boucherie, ce dépeçage en règle d’un corps qui ressemblait à s’y méprendre au sien. »
« Selon la copie du rapport d’autopsie qu’elle avait consultée dans la foulée, le cadavre avait séjourné face contre terre durant un mois avant sa découverte. Au fil des heures et des jours, des escouades d’insectes nécrophages s’étaient nichés, développés et reproduits dans et aux abords du macchabée. Les orbites avaient été évidées, les tympans visités, les lèvres forcées, la bouche pénétrée. Les mouches bleues croisaient d’autres diptères dans les cavités gonflées par les larves de coléoptères. Le légiste avait prélevé de nombreux spécimens. Certains avaient été plongés dans du formol, d’autres avaient été conservés vivants dans des tubes aérés afin de dater au mieux la mort de la victime. Puis il avait autopsié ce qui pouvait encore l’être. Les meilleurs morceaux avaient été dévorés : cœur, poumons, rate, foie. Le larynx était intact, aucune fracture n’était signalée, pas plus que la présence de corps étrangers. En résumé, rien n’évoquait une mort violente. Ce décès paraissait inexplicable chez un sujet féminin qui ne semblait pas avoir plus de cinquante ans au vu de l’examen odontologique… »
 

La chronique jubilatoire de Dany

Titre et auteur : Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain

On retrouve les protagonistes de Femme sur écoute, dans une intrigue plus classique, mais avec un duo féminin immanquable ! Une enquête complexe où l’auteur nous entraine dans les Ardennes. C’est un peu le hasard qui fait se relier deux scènes de crime et qui va lancer Lola et Zoé sur les pistes de ces femmes disparues. Elles n’en ont pas la légitimité, elles devront jouer avec les personnages secondaires pour approcher de la vérité, toujours border line.

Que feriez-vous si, avisé que vous êtes gravement malade, on vous proposait un traitement miracle ? Les pieds sur terre ou la tête dans les nuages, une galerie de personnages bien campés  renforcent toute l’ambigüité posée par l’auteur.

De nombreux thèmes sont abordés par Hervé Jourdain à la périphérie de cette enquête : l’exploitation des immigrés clandestins, les médecines alternatives, les sectes, les maladies rares, l’amour maternel, les SDF … procurent aux lecteurs des moments d’émotions dans ce monde de brutes. Notons aussi la sobriété du ton : pas d’effets spéciaux de superproduction, tout est précision et minutie. En prime une visite du Bastion, le new 36, maintenant opérationnel … ou presque !

J’aime beaucoup, mais il n’aurait pas dû assassiner une 2CV !

 

Lu en version numérique.

 

 Extrait :
«  Le front collé contre la planche d’une étagère, elle attrapa une conserve en verre. Ce qui ressemblait à des abricots flottant dans un jus épais. Elle tira sur la languette afin d’ouvrir le couvercle. En vain. Trop faible. Elle l’agrippa avec les dents et poussa le bocal de ses deux mains. Pas mieux, le caoutchouc usé se déchira sans libérer l’air nécessaire. De colère, elle le jeta contre le mur. Le verre se brisa, le jus l’éclaboussa.
Elle se rua au sol telle une mendiante, pinça de la pulpe de fruit mêlée de terre entre ses doigts et la porta à sa bouche. Elle ferma les yeux. Ils se rouvrirent sur des larmes. Honte de ramasser de la nourriture tombée au sol, douceur du sucre, crainte d’être abandonnée, espoir d’être sauvée, elle était chahutée par des vents contraires.»

 

Torrents de Christian Carayon


Le livre : Torrents de Christian Carayon. Paru le 06 octobre 2018 aux éditions Fleuve éditions dans la collection Fleuve noir policier . 19.90€ ;  (336 pages) ; 21 x 14 cm. epub 13.99€

 4ème de couverture :

  1. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l’incompréhension s’emparent des habitants, jusqu’à l’arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l’amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille. Bouleversé par ces événements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l’histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l’Occupation que Pierre Neyrat a tenté d’oublier. Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence. Deux époques, deux enquêtes, pour un polar mené de main de maître.
L’auteur : Christian Carayon, originaire du Sud-Ouest, enseigne l’histoire et la géographie en lycée depuis plus de 15 ans. Il vit actuellement dans la Sarthe.
Véritable cinéphile, il est également féru d’écriture depuis son enfance. Il se lance dans l’écriture en 2012 et publie Le Diable sur les épaules (Les Nouveaux Auteurs, 2012 ; Pocket, 2013), un thriller historique se déroulant dans le Tarn, finaliste du prix du jury du Polar historique de la revue Ça m’intéresse-Histoire.
Les Naufragés hurleurs, son deuxième roman, reprend le personnage du criminologue Martial de la Boissière.
Un souffle, une ombre (Fleuve Editions, 2016) est son troisième roman, vendu en plusieurs langues avant même publication française. Torrents est son quatrième roman, chez le même éditeur en 2018. Pour en savoir plus, son site ICI
Extrait :
« Je ne crois pas qu’on puisse revenir de l’autre côté une fois qu’on y a basculé, contrairement à ce qu’a avancé un soi-disant expert en psychologie. Une troisième possibilité, ma préférée, est apparue, et c’est cette dernière que je tente de suivre. Notre gars a eu peur de se faire pincer. Il a commis une erreur, une imprudence, appelle cela comme tu veux, mais il a cru que les poulets allaient débarquer chez lui. Ce qui l’a obligé à faire le ménage.
— Cette fameuse erreur, ce serait d’avoir été repéré par sa future victime.
— Tu réfléchis aussi vite que ton paternel… Je penche cependant pour quelque chose de plus radical. Tu ne fais pas déplacer les flics parce que tu affirmes qu’un inconnu n’arrête pas de mater tes jolies fesses. En revanche, pour une tentative d’agression… Je crois qu’il a raté son coup. Qu’il y a quelque part une miraculée qui ne se doute sûrement pas de ce à quoi elle a échappé. Je dirais dans un maximum de trois semaines avant que, ton père et mézigue, on se mette à repêcher des bras en lieu et place des truites. »

   

La chronique jubilatoire de Dany

Torrents de Christian Carayon

 

François, dessinateur de vocation, a tout perdu quand sa compagne Emilie a disparu en 1979. D’autres disparitions, par la suite, perturbent le microcosme campagnard où vit sa famille, avec en prime la découverte de restes humains dans le torrent. François va revenir dans son village natal car il ne croit pas en la culpabilité de son père, soupçonné d’être « le dépeceur ».  L’enquête qu’il va mener avec l’aide de Camus, ancien flic, va l’entraîner à révéler les secrets de famille, ceux que le père a enfouis quand il a changé de région, après la seconde guerre mondiale et les exactions commises au nom de « l’épuration sauvage ». Ce père va passer de la position de notable à celle de proscrit … et s’il était innocent ? Comment François va-t-il pouvoir passer du doute au mensonge pour préserver le peu d’honneur qu’il reste à sa famille ?

Ce sont bien ces questions que se pose le lecteur au cours de cette double enquête. On sent très bien la patte de l’historien quand François est obligé de rouvrir les vieux dossiers.

Des chapitres courts et rythmés, trois narrateurs, contribuent à impliquer le lecteur dans la quête de la vérité avec un suspense final bien mené.

C’est le quatrième roman de Christian Carayon … auteur à suivre notamment pour l’ambiance campagnarde qui n’est pas sans rappeler celle de Franck Bouysse, attirante et étouffante à la fois où le silence est une valeur partagée, complice de la religion du secret.

Lu en version numérique.

 

 Extraits :
« Il y a ce film qu’il adore où un shérif défend sa prison, seulement secondé par un jeunot, un boiteux et un soûlaud. Putain ! Il en parle tout le temps. C’est quoi le titre, déjà ?
— Rio Bravo. Papa t’écorcherait vif de ne pas t’en souvenir.
— Ouais, c’est ça : Rio Bravo. Lui, il était comme John Wayne. Un John Wayne désarmé et en cravate. Il leur a répliqué que toute personne qui passerait outre à la loi serait poursuivie jusqu’à ce qu’elle ait l’occasion de voir ce qu’était la vraie justice, pas celle des lâches qui, à dix contre un, ont la prétention d’être à la fois juges et bourreaux. Ça, je m’en souviens très bien. Il a ajouté que l’empressement avec lequel certains éliminaient ou souhaitaient éliminer les suspects ressemblait fort à une manière de les faire taire à jamais, de peur qu’ils n’aient à livrer les noms de leurs complices qui, entre-temps, étaient peut-être devenus leurs accusateurs. Nom de Dieu ! Il était en train de les pousser à bout. Avec les deux autres, on s’est regardés, fatalistes. On s’est dit que, ce coup-ci, ça y était, qu’on allait tous y passer. »
« Je sais qu’on me trouve froid et parfois indifférent au sort des autres. Ce n’est pas vraiment de l’indifférence. C’est simplement que me soucier des miens accapare tout mon temps. Cette inquiétude constante est épuisante. J’ai trouvé une parade pour m’en soulager quelque peu : m’éloigner, me retirer de la scène. D’une certaine manière, je fuis. Je ne fuis pas une vie qui me déplaît, au contraire. Je fuis le fait d’avoir trop à perdre. Mon refuge a été mon travail, puis Combe-Sourde. J’ai déplacé cette peur, je l’ai emportée dans la montagne, comme on envoyait les tuberculeux soigner leur mal en altitude. Je l’ai confinée là-haut, promettant de venir la voir tout le temps si elle acceptait de ne plus redescendre. »

La coupure de Fiona Barton


Le livre : La coupure de Fiona Barton. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Séverine Quelet. Paru le 13septembre 2018 chez Fleuve Editions dans la collection Fleuve Noir. 20.90€  – (476 pages) ; format 21 x14 cm.                                

e-pub par éditions 12/21 : 13.99€  

 

 4ème de couverture :

Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer.
Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses.
Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais.
Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches.
Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

 

L’auteur :  Fiona Barton est journaliste et formatrice internationale dans les médias. De nationalité britanique, elle est née à Cambridge en 1957.
Elle a notamment écrit pour le Daily Mail (2005-2008), le Daily Telegraph (2002-2005) et a été rédactrice en chef du Mail on Sunday (1990-2002) où elle a d’ailleurs gagné le prix du reporter de l’année.
Fiona Barton est chef de projet à Fojo Media Institute depuis 2011.
Son travail de journaliste lui a permis d’observer les femmes des accusés lors des audiences et donné l’envie d’écrire « La Veuve » (The Widow, 2016), son premier roman, qui connaît un succès fulgurant dans plus de 30 pays.
Elle vit avec son mari près d’Abjat-sur-Bandiat en Dordogne depuis 2013.
son site ; Twitter

 

Extrait :
« À Cambridge, où elle l’avait rencontré, Will était spécial. Un garçon né pour réussir. Plus tard, elle avait plaisanté en racontant à ses collègues que le génie suintait par tous ses pores et qu’elle aurait pu en connaître le goût si elle avait léché sa peau.
–       C’est dégoûtant. Tu es sa servante, alors ? » avait répliqué avec une mine écœurée Erica, la greffière en chef du cabinet Bowen et Bailey.
Erica, elle, ne servait personne. C’était une féministe. C’était même marqué sur un écriteau sur son bureau, « Le sexisme est une maladie sociale », et elle ne ratait jamais une occasion de mettre son point de vue en avant. » 

 La chronique jubilatoire de Dany

La coupure de Fiona Barton

Tout d’abord nous retrouvons Kate, journaliste qui avait permis dans le premier roman de Fiona Barton, d’élucider l’énigme de l’enlèvement de Bella. Toujours aussi âpre à la tâche, avec ses méthodes border line, elle va aller où la police ne pense pas aller, se mettre en difficulté pour trouver qui est l’enfant dont on a retrouvé le squelette. La narratrice c’est Emma, pleine de problèmes d’adolescence non résolus, on comprendra pourquoi au fil de ces presque 500 pages que l’on tourne avec avidité. Mais comment l’ADN de la petite victime peut-il correspondre à deux suspectes qui ne se connaissent pas ?

Flanquée de son jeune stagiaire, notre journaliste n’hésitera pas à remonter le temps, pour retrouver les potentiels témoins et suspects, avec la bienveillance de la police jusqu’à un certain point …

A une centaine de pages de la fin, quand le lecteur tient toutes les ficelles en main, il n’est pas au bout de ses surprises.

Un roman noir plus que polar, une noirceur bien britannique, plaisante à lire, qui assène quelques vérités sur le temps qui passe.

Lu en version numérique.

 

 Extraits
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«    – Vous allez bien, Kate ? demanda Joe. Vous êtes un peu rouge. 
–       Ça va. C’est qu’il fait chaud ici, s’emporta-t-elle. —
–       Ah d’accord. 
Elle savait ce qu’il pensait. Ménopause. Et par ménopause, comprenez vieille femme irrationnelle qui a passé l’âge. Elle était furieuse qu’il juge son professionnalisme en fonction de son taux d’œstrogènes. Peut-être n’était-il même pas capable d’épeler œstrogène. Mais le sermon devrait attendre. Elle avait du travail. Elle se força à sourire et pensa à des choses rafraîchissantes pour évacuer la sensation de chaleur. Elle avait lu cette technique dans une brochure. Des foutaises sûrement, mais cela valait la peine d’essayer. »
—————————-
« Bien entendu, comme on pouvait s’y attendre, Charlie fut infidèle. Tout le temps. C’est le propre du musicien, semble-t-il. Mais cela ne signifiait rien, selon lui. Juste des filles comme ça, des groupies. Jude resta donc, accrochée à lui comme une moule à son rocher.
« Il me fait rire, il me rend heureuse, racontait-elle à ses amies. Il est drôle et je l’aime. »
Et c’était vrai, elle l’aimait. Il était le premier depuis Will à la fac à lui donner le sentiment d’être vivante.
Toutefois, elle ne le présenta pas à ses parents. Elle n’avait aucune envie que leur désapprobation entache son bonheur. Elle les informerait le moment venu, quand elle serait prête. Quand tout serait en place.
Parce que, voyez-vous, sa décision était prise : elle épouserait Charlie, coûte que coûte. Son horloge biologique se rappelait à elle et elle devait veiller à ce qu’il s’engage, c’était tout. »

Mad de Chloé Esposito


Le livre : Mad de Chloé Esposito, paru le 14/06/2018 aux éditions Fleuve Editions … Le prix broché 20,90 € – epub 14,90 €  (480 pages) ; format 21×14 cm

 4ème de couverture :

Alvie est une catastrophe ambulante sans avenir, virée de son boulot et même de son appartement par ses colocataires. Tout le contraire de sa sœur jumelle, Beth, qui réside dans une somptueuse villa de Taormine en Sicile avec son mari, un superbe Italien, et son adorable petit garçon. De quoi lui donner des envies de meurtre ! Alors, quand Alvie reçoit un appel de sa sœur qui lui propose un vol en première classe pour la rejoindre, elle ne saute pas immédiatement de joie… avant de céder à l’appel du luxe et du soleil. Mais la gentillesse n’est pas gratuite : Beth lui demande de se faire passer pour elle le temps d’un après-midi.
Cet échange d’identité va se révéler la première étape d’un tourbillon diabolique et irrésistible ! Entre faux-semblants et rebondissements, Alvie se découvre de nouvelles passions peu ordinaires et apprendra que la vie de rêve peut parfois avoir un goût de… sang..

 

L’auteur :  Britanique, Chloé Esposito est titulaire d’un BA et d’un MA d’anglais de l’Université d’Oxford.
Elle est également diplômée de la Faber Academy.
Elle a été consultant senior en management, professeur d’anglais dans deux des meilleures écoles privées du Royaume-Uni et styliste de mode à Condé Nast.
Mad (2017) est son premier roman et le premier tome d’une trilogie.
Originaire de Cheltenham, elle vit à Londres avec son mari et sa fille.

 

 

Extraits :
« Je m’extirpe péniblement du lit et pose le pied en plein sur ma pizza d’hier, dont je n’ai mangé que la moitié avant de m’écrouler vers quatre heures du matin. Me voilà avec de la sauce tomate partout sur le pied et une rondelle de salami entre les orteils. Je la prends et l’enfourne dans bouche avant d’essuyer la sauce avec une chaussette. Puis je m’habille avec ce que je trouve par terre ; une jupe en nylon ne nécessitant aucun repassage et un tee-shirt en coton qui en aurait eu besoin. Je me regarde dans le miroir et fronce les sourcils. Pas génial. Je me frotte les yeux pour effacer le mascara qui a coulé, j’ajoute une touche de rouge à lèvres prune, coiffe mes cheveux gras avec mes doigts. Çà suffira bien; je suis en retard. Encore une fois. Je pars au travail. Je relève le courrier à la porte et je l’ouvre tout en marchant, une Malboro au bec. Des factures, des factures, des factures, une carte d’une entreprise de VTC, une broche pour des pizzas à emporter.  » DERNIER APPEL », « AVIS D’HUISSIER », »RÈGLEMENT EN URGENCE ». Toujours le même refrain. Taylor Swift n’a pas à s’emmerder avec ça, elle. Je fourre les lettres dans les mains d’un sans-abri posté près de la bouche métro : maintenant, ce n’est plus mon problème. »

 La chronique jubilatoire de Dany

Mad de Chloé Esposito

 

« Les deux moments les plus importants d’une vie sont le jour oú on vient au monde et le jour oú on découvre pourquoi. »

Mais qu’est-ce qui est donc fou dans cette histoire … tout et assurément le grain de folie de l’auteure est contagieux pour le plus grand bonheur des lecteurs ! Rendez-vous compte c’est un premier roman étonnamment maîtrisé, bourré de citations cinématographiques et musicales !
L’auteure nous immerge dans la tête d’Alvie, sa narratrice, à moins que ça ne soit Beth sa jumelle … on peut parfois douter. Alvie : ange ou démon, victime ou manipulatrice, Alvie ou Beth ??? Tout l’entourage s’y trompe alors que nous quittons un quartier sordide de Londres pour la Sicile ensoleillée et mafieuse. Et comme en supplément il y a beaucoup de désirs et de fantasmes chez Alvie, avec un humour décapant et parfois hard, quelques scènes scabreuses et d’autres sanglantes, elle s’amuse à repousser ses limites pour assouvir ses désirs d’amour, d’argent, de voiture et de … maternité, pour enfin découvrir sa vocation… Un vrai suspense dont le lecteur est en droit de se demander comment va donc s’en sortir l’auteure … c’est pour ça que la fin peut sembler un peu abrupte mais quelle autre alternative y avait-il ?
Jubilatoire et coup de cœur. Je tiens à décerner une mention particulière à la traductrice qui a si bien rendu le ton et les émotions dans un langage très juste.

« Je repose le livre sur la table. Je stresse suffisamment comme ça, autant éviter de lire des tragédies. Je commanderai un recueil de recueil de poèmes […] demain matin ; un truc joyeux, Baudelaire par exemple.»

La liste de nos interdits de Koethi Zan


La liste de nos interdits de Koethi Zan. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Séverine Quelet. Paru le 11 juin 2015 chez Fleuve édition dans la collection Fleuve Noir.  19€90 ; (353 p.) ; 23 x 14 cm.

Réédité en poche le 14 septembre 2017 chez Pocket. 7€50 (379 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

Elles croyaient que tout prévoir, tout anticiper les sauverait du pire. Elles se trompaient. 
Ne pas sortir sans bombe lacrymo
Toujours repérer les sorties
Toujours avoir un plan de secours
Ne jamais se retrouver coincée
Ne jamais paniquer…

Et la règle n°1 : ne jamais monter dans la voiture d’un inconnu.

Elles avaient tout prévu. Rédigé une liste exhaustive des dangers qui peuplent notre environnement. Établi tous les interdits. Pris toutes les mesures de sécurité pour rendre leur monde plus sûr.
Aucun imprévu ne devait plus pouvoir les surprendre.
Elles ont enfreint la première règle : elles ont pris un taxi.
Dès lors, le cauchemar n’aura plus de fin.

L’auteur : Koethi Zan a grandi en Alabama et est une ancienne juriste dans le domaine du divertissement et des médias . La Liste de nos interdits est son premier roman. Koethi Zan vit près de New York avec sa famille.

 

Extrait :
Les premiers trente-deux mois et onze jours de notre captivité, nous étions quatre dans ce sous-sol. Et puis, tout à coup et sans crier gare, nous n’étions plus que trois. Même si la quatrième ne faisait pas de bruit depuis des mois, la pièce est tombée dans un silence de mort après son départ. Longtemps ensuite, nous sommes restées sans parler, sans bouger, dans l’obscurité, chacune se demandant laquelle serait la prochaine dans la boîte.
Jennifer et moi n’aurions jamais dû finir dans cette cave. Nous n’étions pas comme les autres filles de dix-huit ans, qui font fi de toute prudence quand elles sont lâchées pour la première fois sur un campus universitaire. Pour nous, la notion d’indépendance était une affaire sérieuse, et nous contrôlions cette nouvelle liberté très attentivement. Nous connaissions les risques que le monde comportait et nous étions déterminées à ne pas nous y exposer.

L’accroche de Miss Aline

La liste de nos interdits – Koethi Zan. Pocket édition

J’ai tourné autour de ce livre plusieurs fois. Finalement j’ai craqué et je ne le regrette pas.

Sarah et Jennifer ont effectivement tout prévu…. sauf ce qui allait leur arriver. Dés les premières lignes tu es avec elles dans ce sous-sol. Et puis Sarah nous parle de sa vie d’avant : comment Jennifer en est venue à en faire partie, comment elles envisagent l’avenir et surtout toutes ces choses interdites à observer. Ca doit être épuisant cette vigilance de tout les instants. Elles sont tombées sur plus fort qu’elles, elles ne s’y attendaient pas.
Sarah va s’isoler du monde extérieur pour mieux survivre à l’horreur. Puis son monde va basculer : son bourreau demande la liberté conditionnelle. Que faire ? Agir ? Mais comment et qui va l’aider. Jennifer ? si seulement.. Commence alors une longue traque des indices qu’il aurait pu disséminer dans ses lettres. Traque des lieux et des individus qu’il a fréquenté. Il faut tout faire pour l’empêcher de sortir. Même si pour cela il faut affronter le passé et ses douleurs. Des douleurs physiques, morales, laisser l’inconscient revenir à la surface, affronter.
Comme en thérapie, Sarah va avancer, trouver, avoir peur à nouveau, pleurer, comprendre. Jusqu’à la touche final et ça elle ne l’avait absolument pas prévu.

On n’est pas dans une noirceur affichée ouvertement. Non, tout est suggéré et c’est pire, ton imagination cavale. Comme Sarah, tu avances petit à petit. Il n’y a pas d’action à proprement parlé. Toutefois tu te retrouves avec une furieuse envie de lire, il faut que tu avances. Tu ne peux pas laisser Sarah seule à se démener. Tu dois lui apporter la délivrance en dévorant les pages et l’amener là ou tout s’arrête…ou pas.

Bonne lecture !

Les hordes invisibles de Louise Mey


Le livre : Les hordes invisibles de Louise Mey. Paru le 24/05/2018 chez Fleuve éditions dans la collection Fleuve Noir. 19€90 – epub 13.99€ ; (448 pages)  ; 14×21 cm.

 

4ème de couverture :

«  Il n’avait rien de spécial. Il était le visage dans la foule, le copain, le frère, le fils, il était ordinaire et sa capacité à la haine aveugle n’en semblait que plus inquiétante.  »
Francesca. Ilana. Clémentine. Des femmes comme elles, il y en a des milliers, qui prennent la parole sur les réseaux sociaux. Et de l’autre côté de l’écran, dans l’intimité d’une chambre ou la foule d’une rame de métro, des hommes guettent, harcèlent, menacent de viol ou de mort. Sous pseudonyme, en ligne et en liberté. Et avec le sentiment d’une totale impunité.

Le quotidien d’Alex et Marco au sein de la Brigade des crimes et délits sexuels n’obéit qu’à un credo : fais comme tu peux. Sauf qu’Alex a décidé d’arrêter la bière, son antidote n°1 à l’angoisse- juste derrière sa fille et les statistiques, qu’elle compile obstinément. Le jour où les plaintes de Francesca, Ilana et Clémentine arrivent sur son bureau, des difficultés nouvelles surgissent. Comment traquer des individus sans signe distinctif et qui ne laissent aucune trace ?  »

L’auteur :  Louise Mey a 33 ans. Cette jeune auteure, qui démarre dans le monde du polar avec un premier roman réussi, Les Ravagé(e)s, demeure bien mystérieuse. Normal direz-vous pour quelqu’un qui écrit du thriller. Mais quand même… A part son âge et le fait qu’elle a grandi et qu’elle habite Paris, rien. Nada. Pour vivre heureuse vivons cachée ? Peut-être. Ha si, elle a dévoilé une petite facette de sa personnalité lors d’une interview sur un blog, dans laquelle elle avoue détester les pédiluves à la piscine et ne pas savoir faire les omelettes… Avec ça, on est bien avancés… Une chose est sûre, elle écrit et prépare déjà un second roman qui devrait paraître l’an prochain.

source : Marc Fernandez (LCI)

Bretonne de naissance (Saint-Malo), elle habite Grimaud. 
Extraits :
« Constitue un viol tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. »

« — Pouvez-vous décliner votre état civil ?
— Dueso, Alexandra.
— Votre fonction ?
— Je suis officier de police judiciaire à Paris.
— Vous travaillez à la BCDS, c’est cela ?
— Oui.
— Pouvez-vous expliquer aux personnes présentes dans ce tribunal aujourd’hui le rôle de cette brigade et votre fonction exacte ? J’aimerais que chacun ici comprenne bien votre travail et votre expertise.
— La BCDS est la Brigade des crimes et délits sexuels. Nous sommes basés dans le nord de Paris mais nous intervenons dans toute l’agglomération ; jusqu’à la Grande Couronne et bien sûr dans tout le pays, si les services de gendarmerie font appel à nous. La BCDS intervient dans tous les cas d’agression sexuelle, de viol, de harcèlement…
— On a beaucoup entendu parler de la BCDS l’année dernière, durant la vague d’agressions et de viols qui a frappé la France et s’est achevée avant l’été.
— C’est exact. » 

 La chronique jubilatoire de Dany

Pour son troisième roman, Louise Mey nous entraîne dans la suite des Ravagées, dans le quotidien de la Brigade des Crimes et Délits Sexuels (BCDS) avec son lot de faits d’agressions d’une criante actualité. Des binômes enquêtent, traquent, recherchent coupables et victimes de vrais méchants bien tordus qui malheureusement sont tout à fait réalistes. Le lecteur n’est pas épargné par les descriptions, les lectrices sont sans doute aussi d’avantage meurtries dans leur intimité par cette horreur « ordinaire ». Ils connaîtront tout de la panoplie des sévices perpétrés. Dans la seconde partie de ce thriller, nous serons confrontés aux interférences de la politique et de l’actualité criminelle, aux manques de moyens, à la justice anormalement clémente pour ce genre de crimes, sur un rythme qui s’accélère, passant ainsi du style d’un document de journalisme d’investigation à une véritable enquête policière d’aujourd’hui.
C’est un roman dérangeant car il nous interpelle sur la non-réaction des spectateurs d’agression, les différences de traitement selon le « statut » de la victime, sur les dangers d’internet et des réseaux sociaux et bien d’autres choses encore. Un roman riche entre deux genres où le suspense démarre réellement après la première moitié plutôt descriptive.
A ne pas bouder !

Lu en version numérique.