Grand Froid, Cyril Carrere : Trois flingueuses autour d’un livre 


Le livre : Grand Froid de Cyril Carrère. Paru le 22 Novembre 2018 aux Editions Nouvelle Bibliothèque. 18€ ; ( 366 pages.) ;  14 x 22 cm


4ème de couverture :
Le jour où sa mère est retrouvée morte, la vie de Lucas bascule. Délaissé par la police qui conclut à un suicide, ses doutes l’incitent à surmonter sa douleur pour mener sa propre enquête. La lettre anonyme qu’il reçoit confirme ses soupçons : quelque chose ne tourne pas rond. Et lorsqu’un mystérieux individu s’attaque à ses proches, il n’a plus qu’une solution : lui échapper et tout faire pour établir la vérité…

 

 

L’auteur : Originaire de Nîmes et vivant aujourd’hui à Tokyo, Cyril Carrere est féru d’innovation, de sport, de culture et de voyages. L’écriture le passionne depuis son plus jeune âge.
Le Glas de l’Innocence, son premier thriller, a été finaliste d’un concours organisé sur la plateforme Fyctia et parrainé par B.A. Paris.
Son second thriller, Grand Froid, a quant à lui été finaliste du concours VSD-RTL Michel Bussi 2018 (classé premier au nombre de votes du public) et a été publié en novembre de la même année.
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Papote de Flingueuses

Trois flingueuses autour d’un livre :

Grand Froid, Cyril Carrere avec Sofia, Sylvie et Aline.

 

Miss Aline : Avant de lire Grand Froid, connaissiez vous Cyril Carrere ? Si non, comment êtes vous venues à le lire ?

Sofia : je ne connaissais pas Cyril Carrere, on pourrait dire que c’est une (jolie) découverte hasardeuse.

Sylvie : J’en ai entendu parler sur Fb et  après des échanges, il m’a gentiment fait parvenir son livre (ebook).

Miss Aline : Pour moi également un premier contact via Fb d’abord pour Le glas de l’innocence (que je vous recommande)

De manière générale quel est votre ressenti sur Grand Froid ?

Sylvie : Bon polar.

Sofia : C’est rafraîchissant.

Miss Aline : Que veux-tu dire par « rafraîchissant » Sofia ?

Sofia : J’ai lu le roman sans connaître l’auteur, son style, sans même savoir de quoi parlait le roman. Une belle surprise, une écriture fluide, une intrigue qui t’entraines dès les premières pages.

Rafraichissant de part son ambiance, mais aussi, tu sais, ces bouquins que tu lis qui font du bien, tu te poses, tu bouquines, tu te laisses aller.

Comme une boisson fraîche après une journée fracassante.

Miss Aline : Donc tu t’es laissée happer, porter par le livre !

Sofia : C’est ça.

Miss Aline : Et toi, Sylvie, tu l’as perçu comment ce roman : page turner, moment de « détente » ?

Sylvie : L’intrigue est menée crescendo, chaque personnage est situé. Le pauvre Lucas voit sa vie basée sur le mensonge, s’écrouler comme un château de cartes…

Et je crois que le fait d’avoir écrit ce livre pour le concours Fyctia, où il faut écrire chapitre par chapitre m’a donné ce ressenti du début du livre où je vois les bases se poser une à une.

Sofia : C’est vrai que c’est bien construit. Tout tient la route, il y a une vraie progression dans le roman. Je l’ai vraiment ressenti à la deuxième moitié du bouquin où tu sens que l’écriture est plus affirmée.

Miss Aline : J’ai aussi cette impression de « bien construit ». Dans la première partie on installe les personnages et l’intrigue. Dans la seconde, tout s’accélère.

Sofia : C’est particulièrement frappant chez les personnages. C’est tout à fait ça Aline. Les personnages sont particulièrement bien travaillés.

Miss Aline : Oui comme une présentation avant de les animer.

Sofia : Ils s’étoffent, deviennent attachants.

Miss Aline : Exactement.

Sylvie : Oui, une histoire construite au fil des pages. On imagine, on cherche. La manipulation, le mensonge, le danger sont accentués de chapitre en chapitre. Cyril nous ficelle pour nous tenir en haleine.

Miss Aline : Je trouve que Cyril a l’art et la manière pour nous emmener là où on ne pensait pas aller.

Sofia : En tout cas de capter notre attention et de ne pas décrocher.

Sylvie : Un petit bémol, j’aurai bien aimé que Lucas soit un peu plus énervé. C’est-à-dire plus d’intensité dans le personnage.

Sofia : Alors moi aussi je me suis fait cette réflexion, mais finalement, c’est quelqu’un d’ordinaire à qui il arrive un truc extraordinaire. Dans un contexte assez déstabilisant, du coup, ça colle. Le côté pêchu, hargneux est du coup compensé par le flic.

Miss Aline : Heureusement que Loïc Mande est là parce que, oui, parfois tu voudrais secouer Lucas.

Sofia : Oui, un duo équilibré. Loïc/Lucas ont des tempéraments différents qui s’équilibrent.

Miss Aline : Que pensez-vous du titre par rapport à l’histoire ?

Sofia : C’est là où c’est intéressant, où l’auteur arrive à nous entrainer. Tu t’attaches aux personnages, et c’est comme si tu regardais une série où parfois tu te dis « mais punaise, vas-y ! Bouge !! »

Le titre ma posé problème mais finalement il trouve tout son sens une fois la lecture terminée.

Je m’attendais vraiment à une ambiance glaciaire mais l’auteur a veillé à apporter ce sentiment de froid. Une fois le roman terminé, tu comprends qu’il s’agit de l’origine, le commencement.

Sylvie : Hé bien, je n’ai pas lu la 4ème de couverture vu que c’était sur l’ordi mais je n’avais lu que de bons retours. Je découvre que l’histoire se passe à Nantes, pas de neige. Surprise effectivement par rapport au titre.

Il faut dire qu’il y a eut dernièrement pas mal de polar qui se passe dans le froid.

Miss Aline : Comme Sofia, je pense que le froid c’est une sensation présente dans tout le roman

Sylvie : Personnellement, je l’ai ressenti plus vers la fin.

Miss Aline : Ah oui, dans les lieux ou dans les sentiments ?

Sylvie : Les deux. Bien que courir après la vérité donne chaud parce que l’air de rien ça bouge.

Sofia : C’est vrai qu’il y a quelques coups de chaud.

Sylvie : ah oui, on passe du Grand Froid au chaud !

Miss Aline : Les rebondissements sont chaque fois surprenants !

Sylvie : Connaître ses origines une fois dans l’engrenage, aller au bout de sa quête, savoir à qui faire confiance !

L’écriture est fluide et addictive.

Parfois pour moi, les chutes ne sont pas crédibles. Qu’en pensez-vous ?

Sofia : Crédible oui. Un bémol cependant, la fin aurait pu être poussée un peu plus loin. Mais le contexte dans lequel a été écrit cette histoire explique peut-être cela.

Miss Aline : Pour moi c’est une fin ouverte.

Sofia : Tu as raison. C’est juste que j’aurai aimé plus de détails, aller plus loin sur les origines. Je ne peux en dire plus sans spoiler. En tout cas un très bon moment.

Sylvie : D’accord avec vous les filles.

Miss Aline : Recommanderiez-vous ce livre ?

Sylvie : Oh oui bien sur. C’est un deuxième roman. Je pense suivre Cyril sur le troisième.

Sofia : Oui je recommande cette lecture, on passe un très bon moment, il y a du rythme. Un bon polar entre deux lectures très noires, c’est parfait. Je pense que Cyril Carrere est un auteur à suivre. Il me tarde de voir ce qu’il nous réserve

 

Vous l’aurez compris, trois flingueuses d’accord pour vous dire  que Grand Froid est un bon polar.

Que Cyril Carrere va, très probablement, encore nous surprendre. Auteur à suivre incontestablement.

Les indésirables de Diane Ducret


Le livre : Les indésirables de Diane Ducret. Paru le 1er mars 2017 chez Flammarion dans la collection littérature française. 19€90 ; (312 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv :

Les indésirables

Nous avons ri, nous avons chanté, nous avons aimé. Nous avons lutté, mon amie, c’était une belle lutte. Je me suis sentie plus vivante à tes côtés que je ne le fus jamais.

Un cabaret dans un camp au milieu des Pyrénées, au début de la Seconde Guerre mondiale.

Deux amies, l’une aryenne, l’autre juive, qui chantent l’amour et la liberté en allemand, en yiddish, en français… cela semble inventé ! C’est pourtant bien réel. Eva et Lise font partie des milliers de femmes « indésirables » internées par l’État français. Leur pacte secret les lie à Suzanne « la goulue », Ernesto l’Espagnol ou encore au commandant Davergne. À Gurs, l’ombre de la guerre plane au-dessus des montagnes, le temps est compté. Il faut aimer, chanter, danser plus fort, pour rire au nez de la barbarie.

À la façon d’une comédie dramatique, Diane Ducret met en scène le miracle de l’amour, la résistance de l’espoir dans une fable terrible et gaie, inspirée d’histoires vraies.

 

photo_roberto_frankenberg_copyright_flammarion

L’auteur : Diane Ducret, est née à Anderlecht (Belgique) le 17 novembre 1982. Normalienne, historienne, philosophe et journaliste, Diane Ducret, alors qu’elle n’a pas 30 ans, a animé le Forum de l’histoire sur la chaîne Histoire, et réalise des documentaires pour l’émission « Des Racines et des ailes ».
En 2011, elle sort son premier livre, « Femmes de Dictateur », best-seller en France et traduit dans vingt langues. Un second tome paraît en 2012.
En 2013, elle publie « Corpus Equi », prix du premier roman à La Forêt des livres, coup de cœur de l’émission Le Masque et la Plume, un roman autobiographique véritable ode au cheval et à la liberté.
Elle publie en 2014 un essai sur le sexe féminin, « La Chair interdite » aux éditions Albin Michel.
En 2015, elle publie aux Éditions Perrin / Plon un ouvrage intitulé « Lady Scarface » qui raconte les destins croisés de femmes de gangster de la pègre américaine.
En janvier 2017, elle publie chez Pocket « Les Marraines du Crime », un ouvrage dans lequel, à partir d’archives déclassifiées, de journaux de l’époque, d’entretiens avec des descendants et de documents inédits, Diane Ducret dévoile l’intimité de ces femmes gangsters américaines durant les années folles.
En mars 2017, elle publie aux Editions Flammarion « Les indésirables ». Dans cet ouvrage, Diane Ducret nous raconte l’histoire du camp de Gurs dans les Pyrénées-Atlantiques.

 

Extrait : 
« – Nous vous envoyons trois mille femmes à interner. Allô ? Allô ? »
Au téléphone, l’attaché du cabinet du général Héring attend une réponse de la part du commandant. Au bout du fil, rien qu’un silence, puis, à peine plus fort, la chute d’un corps sur la laine d’un tapis. Le chef d’escadron Davergne, pris de stupeur, est tombé de sa chaise. Le nombre exorbitant résonne encore dans sa tête tandis qu’il recoiffe ses cheveux bruns ondulés d’une main et replace de l’autre ses petites lunettes rondes sur son nez, juste au-dessus de la moustache triangulaire qui relie équilatéralement chacune de ses narines aux extrémités de sa bouche. Sur la joue du jeune commandant de trente-cinq ans s’épanouit un grain de beauté. Il s’est vu confier la direction du camp depuis quelques mois seulement. »

 

Le post-it de Ge

Les indésirable de Diane Ducret

Mai 40, sur l’ordre du gouvernement français, près de 5000 femmes sans enfant sont entassées au Vélodrome d’Hiver à Paris. Pour la plupart des réfugiées. Beaucoup ont fui la guerre et le régime nazi en Allemagne.

Le Vel d’Hiv, tristement célèbre  pour sa rafle survenu deux ans plus tard en 42. Cette terrible rafle où plus de 13 000 juifs seront rassemblés sur décision du régime de Vichy en vue d’être déportés dans les camps de la mort.

Mais déjà en 40, la France était à la botte de Berlin.

Un peu plus tard une partie de ses femmes seront internées à Gurs dans les pyrénéens, dans un camp de détention français.

Un épisode mal ou pas connu de l’histoire de la France.

Ces femmes que l’on nomme « Les Indésirables » sont parquées là dans des conditions sanitaires terribles. Il y avait des Polonaises, des Belges, des Autrichiennes, des Allemandes, des Alsaciennes, juives et non-juives.

 Eva et Lise, deux amies  sont deux de ces indésirables. Elles sont internées là, ensemble par l’Etat français dans un camp au beau milieu des Pyrénées.

Il y a les brimades, il y a la faim, la dysenterie et la boue et les abus. La violence voire le viol. Il y a aussi les hivers et le froid. Et pourtant…

Pourtant ces indésirables ont compris que pour survivre il va falloir être désirable.

Et un jour le commandant du camps décide de leur offrir un piano. Oh ce n’est sans doute pas par pure bonté d’âme, non il a des choses qui pèsent sur sa conscience le commandant Davergne.

 Aussi ce simple piano va redonner l’espoir à ses femmes. Et avec l’espoir, la joie va revenir. Elles créent un cabaret, elles chantent et dansent l’amour et la liberté en allemand, en yiddish et en français. Un peu d’insouciance.

A travers Lise et Eva, l’auteur nous conte aussi une formidable histoire d’amitié. Eva l’aimé est née dans une famille bourgeoise allemande, mais pour échapper à l’idéologie galopante qui gangrène son pays et trouve écho dans sa famille, elle fuit vers la France, ce pays des droits de l’homme. Lise, elle a à peine trente ans quand elle se retrouve à Gurs. Elle habitait Berlin, mais pour une jeune femme juive, la vie n’était plus possible en Allemagne et quand en 1933 les premiers signes annonciateurs de l’horreur ont frappé le commerce de ses parents, elle a préféré se réfugier à Paris.  Croyant trouver la paix en France. Et voilà que 7 ans plus tard le gouvernement français, on est pas encore sous le régime de Vichy, ordonne aux ressortissants étrangers de se regrouper pour ensuite les parquer.

Enfin revenant à notre histoire. Diane Ducret met en scènes ces femmes, ces héroïnes, qui vont tout faire pour maintenir un peu d’humanité dans leur épouvantable détention. Elles vont nous parler d’amour, d’espoir, de vie simplement. Quoi de plus fort que la vie dans ce trou infâme dédié à la mort.

Ce que j’ai aimé aussi c’est que l’auteur laisse passer un peu de luminosité dans cet univers très noir. Qu’elle mette en lumière la solidarité, l’entraide, la compassion  que ces femmes ont l’une envers l’autre.

Le piano ne fait pas que redonner espoir à nos Indésirables, il nous tire des sourires, des larmes et parfois aussi des éclats de rire.

Bravo à Diane Ducret pour ce travail de documentation, et ce formidable travail d’écriture et de mémoire.

 

 J’irai tuer pour vous – Henri Lœvenbruck


La double chronique

Quand deux Flingueuses vous donnent leur avis sur un même livre.

Aujourd’hui c’est Mamie Danièle et  Jean Paul notre Mister Flingueuse.


Le livre : J’irai tuer pour vous de Henri Lœvenbruck. Paru le 24 octobre 2018 aux Éditions Flammarion. 22,00 € ; 640 p. ; 15,3 x 24,1 cm.

4ème de couverture :

1985, Paris est frappé par des attentats comme le pays en a rarement connu. Dans ce contexte, Marc Masson, un déserteur parti à l’aventure en Amérique du Sud, est soudain rattrapé par la France. Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État. Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne… Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ? Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ? Des terrains d opérations jusqu’à l’Élysée, des cellules terroristes jusqu’aux bureaux de la DGSE, Henry Loevenbruck raconte un moment de l’histoire de France qui résonne particulièrement aujourd’hui dans un roman d’une tension à couper le souffle. Pour écrire ce livre, il a conduit de longs entretiens avec « Marc Masson » et recueilli le récit de sa vie hors norme.

L’auteur : Henri Lœvenbruck est né en 1972 à Paris, écrivain, parolier et scénariste. Auteur de thrillers et de romans d’aventures, il est traduit dans plus de quinze langues.
Après le bac, hésitant entre la musique et la littérature, il tente d’allier ses deux passions : la semaine, il étudie en khâgne au lycée Chaptal et le week-end il se défoule en concert ou en studio avec de nombreux musiciens. Après avoir étudié la littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, l’heure du service national venue, il fait une objection de conscience et passe 17 mois comme maquettiste aux Éditions Francophones d’Amnesty International, il épouse d’ailleurs une Anglaise, puis il part vivre en Angleterre, près de Canterbury, où il enseigne le français dans un collège.
De retour en France, il exerce divers métiers, de barman à web-designer en passant par professeur d’anglais, avant de se diriger vers le journalisme littéraire. Après quelques pas dans le journalisme et la musique (il chantait et jouait de l’orgue Hammond dans divers groupes de rock parisiens), au milieu des années 90, il fonde Science-Fiction Magazine avec Alain Névant, un ami d’enfance.
Après être resté rédacteur-en-chef de ce titre de 1996 à 2000, il publie son premier roman en 1998 aux éditions Baleine, sous le pseudonyme de Philippe Machine. Il décide ensuite de se consacrer pleinement à l’écriture.
Il publie alors deux trilogies de Fantasy, La Moïra (2001-2002) et Gallica (2004), lesquelles rencontrent un succès inédit pour un auteur français (La Moïra dépasse en France les 300 000 exemplaires, toutes éditions confondues, et les droits sont vendus dans 11 pays).
Suivront de nombreux thrillers aux éditions Flammarion (Le Syndrome Copernic, 2007, Le Rasoir d’Ockham, 2008…) qui lui vaudront d’être qualifié par le Nouvel Observateur de « nouveau maître du thriller français ».
Auteur-compositeur-interprète, il écrit des chansons pour lui-même et pour d’autres artistes français. De 2013 à 2015, il rejoint le groupe de rock Freelers.
Membre fondateur du collectif d’artistes La Ligue de l’Imaginaire, en juillet 2011, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
En 2015, son roman Nous rêvions juste de Liberté, salué par la critique, est en cours d’adaptation pour le cinéma.

son site 

 

 Extrait :

« Mon père connaît le nom des arbres. Parfois, il les nomme, comme ça, devant moi, et je me contente de hocher la tête. Pin du Paraná, flamboyant rouge, palo borracho… Je ne dis rien, de peur de sortir une bêtise et que le padre, irrité, ne mette un terme à notre expédition. Ces moments de bonheur me paraissent si fragiles ! Je retiens mon souffle et je le regarde religieusement poser des pièges, construire des arcs, tailler des flèches, ramasser les baies comestibles, allumer un feu… Ici, mon père, ce n’est plus un modeste ouvrier, ce n’est plus une bête de somme. Ici, c’est un savant, un aventurier. Un guerrier. »
 

La chronique jubilatoire de Dany

Après Nous rêvions juste de liberté, les lecteurs attendaient le nouveau Loevenbruck. Certes, il a fallu patienter trois ans et demi, mais il est excusé car quand on voit la masse de travail de documentation qu’a dû demander ce thriller, on comprend que la gestation a été longue et semée d’embuches. La relation des sentiments et doutes de Marc, le personnage central inspiré d’un homme que l’auteur a côtoyé pour faire de sa vie un roman, est en soi un pari réussi. Il n’est sans doute pas aisé d’approcher les secrets d’Etat, mes méandres du renseignement et d’être fidèle à l’histoire, la petite et la grande. Nous en découvrons des choses qu’il est parfois plus confortable d’ignorer.  Tout ça n’en rend que plus précieux le résultat par ces 640 pages.

Soit un triangle, une pyramide si vous voulez, … au somment les politiques,  cyniques, qui ne pensent qu’à leur élection présidentielle, voire leur réélection, ils vont mener le jeu, la diplomatie qu’ils disent … Une sphère publique, dont on connaît les noms, soucieuse de l’image et de son avenir, dépendante de la haute finance qui tire les ficelles de la vente d’armes à l’international…

Entre le sommet et la base, les services secrets qui ont pour objectifs de démanteler les réseaux et commanditaires des attentats et des prises d’otages, parce que c’est leur job. Ils observent, analysent, préparent, choisissent les cibles, déploient la logistique nécessaire mais pas toujours suffisante…

Et enfin la base, niveau de l’exécution, qui ne doit pas se poser de questions sur le bien fondé des commandes à honorer, sans état d’âme ou presque.

La base, c’est bien le centre de ce thriller, l’auteur nous fait approcher le cheminement d’un obscur, la construction de sa personnalité, par son carnet qui ponctue le récit actuel. Les lecteurs comprennent alors pourquoi un petit aventurier devient barbouze sans scrupule, capable de mener de front ses deux identités.

L’action principale se situe au milieu des années 80, pendant une période d’attentats perpétrés à Paris, que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître … : les événements ont cependant une résonance particulière au vu de notre actualité récente. Nous allons assister au recrutement, à l’entrainement et aux actions de ce héros de l’ombre, attachant par ses questionnements et sa quête de bonheur. Au-delà des aventures qui, si elles n’étaient pas adaptées du réel, pourraient sembler improbables, la vie de Marc est donc tumultueuse et clandestine …

Il est peu aisé d’en dire d’avantage si ce n’est qu’il faut lire absolument ce dernier Loevenbruck, bien loin de l’ésotérisme et la fantasy auxquels il nous avait habitués dans ses premiers romans, plus proche de Nous rêvions juste de liberté par sa sensibilité et ses questionnements.

Rythmé et réaliste, précis et haletant, un style efficace, ce « témoignage » sera sans conteste un coup de cœur 2019 …

Lu en version numérique.

epub 13.99 € (640 pages)

 

Extraits :
« — Il y en a qui disent que nous, les musulmans, on ne dénonce pas assez les attentats, qu’on devrait les condamner publiquement, et que si on dit rien, c’est qu’on les cautionne. Mais le reste du temps, on nous demande de nous intégrer, de faire comme tout le monde, de pas faire de bruit, de pas nous faire remarquer. Du coup, moi, je me sens complètement paumée, au milieu de tout ça. J’ai l’impression qu’on m’enlève le droit d’être simplement triste et terrifiée, comme tout le monde. Comme n’importe quelle Française. Dans la rue, j’ai l’impression qu’on me regarde de plus en plus de travers, comme si j’étais complice. Comme si je devais me justifier.
— Ça fait partie du plan des terroristes, Samia. Ils veulent faire monter le racisme et le sentiment anti-islam en Europe, pour que les musulmans s’y sentent de plus en plus rejetés, incompris, détestés, et que du coup, par réaction, ils se radicalisent, qu’ils rejoignent le camp des fondamentalistes. C’est vicieusement parfait, comme stratégie. »
« — C’est une histoire de fric, comme toujours. Derrière tout ça, il y a juste des pays qui, pour des raisons d’argent, essaient de mettre la main sur la communauté musulmane qui s’est installée en Europe, en espérant peser à travers elle dans les choix économiques de nos pays.
— Et pourquoi les a-t-on laissés faire ?
— C’était une stratégie occidentale pendant la Guerre froide, Samia. Les Américains ont favorisé l’expansion d’un islam radical en espérant que cela empêcherait l’avancée du communisme et de l’influence soviétique dans le monde arabe. On a appelé ça la stratégie du « vert contre le rouge ». Une immense connerie…
— Et qu’est-ce qu’on peut faire, alors ?
— Toi et moi, pas grand-chose. Il faudrait que les gouvernements européens aient les couilles d’empêcher que l’islam en Europe ne soit financé depuis l’étranger. »
 
« Les sens aiguisés par la montée d’adrénaline, Marc enfila sa cagoule et se faufila entre les deux pans du mur éventré. Il avait tellement bien mémorisé le trajet planifié par la Boîte qu’il aurait pu le faire les yeux fermés.
À cet instant, dans ce moment de vérité, le jeune homme était entré, d’instinct, dans un état second. Un état d’ultraconscience, de concentration ultime, aiguisée, où chaque seconde comptait comme la dernière et où ses sens et son esprit n’étaient voués qu’à la seule réussite de sa mission. La condition d’un guerrier en chasse, une sagesse martiale. »
 
« On dit que la lecture est un plaisir solitaire, mais celui qui ne lit pas est bien plus seul encore. Il lui manque le monde entier. »
 
«… Vous préféreriez vivre sous un régime où la presse est bâillonnée ?
— Non, bien sûr. Mais parfois, j’aimerais juste vivre sur une île déserte, Hadès. Écouter le chant des oiseaux sur mon hamac en regardant le ressac…
— Damned ! Vous allez changer mon nom de code en Vendredi ?
— Ne m’en voulez pas, je vous aime bien, mais trente ans en tête à tête avec vous, non, je n’aurais pas la patience d’un Robinson Crusoé… Il suffit d’un indigène sur une île déserte, et ce n’est déjà plus une île déserte.
— « Le pluriel ne vaut rien à l’homme, et sitôt qu’on est plus de deux, on est une bande de cons », cita Masson.
— Pardon, mais Brassens disait « sitôt qu’on est plus de quatre », il me semble…
— Il était plus tolérant que moi, avoua Marc.
— Bon sang, ce qu’il me manque ! lâcha Dartan d’un air authentiquement mélancolique.
— À moi aussi, mais vous n’êtes tout de même pas venu à Lyon pour me parler de Brassens, Olivier ?
— Si seulement…, répondit l’officier en souriant. Mais commençons par demander au serveur de nous apporter à boire et à manger… »
 
«Je suis libre. Je suis libre et je veux boire ma liberté jusqu’à la dernière goutte, à présent que j’en connais le prix et la fragilité. Nul ne devrait jamais ignorer le prix de sa précieuse liberté, ni les combats qu’elle nécessite pour être préservée. »
 

 Grand Froid de Cyril Carrère.


Le livre : Grand Froid de Cyril Carrère. Paru le 22 Novembre 2018 aux Editions Nouvelle Bibliothèque. 18.00 euros. 366 pages. 14 x 2,1 x 21,6 cm


4ème de couverture :
Le jour où sa mère est retrouvée morte, la vie de Lucas bascule. Délaissé par la police qui conclut à un suicide, ses doutes l’incitent à surmonter sa douleur pour mener sa propre enquête. La lettre anonyme qu’il reçoit confirme ses soupçons : quelque chose ne tourne pas rond. Et lorsqu’un mystérieux individu s’attaque à ses proches, il n’a plus qu’une solution : lui échapper et tout faire pour établir la vérité…

 

 

 

L’auteur : Originaire de Nîmes et vivant aujourd’hui à Tokyo, Cyril Carrere est féru d’innovation, de sport, de culture et de voyages. L’écriture le passionne depuis son plus jeune âge.
Le Glas de l’Innocence, son premier thriller, a été finaliste d’un concours organisé sur la plateforme Fyctia et parrainé par B.A. Paris.
Son second thriller, Grand Froid, a quant à lui été finaliste du concours VSD-RTL Michel Bussi 2018 (classé premier au nombre de votes du public) et a été publié en novembre de la même année.
Page et actualité ici :

 

 

Extraits :
« Gaëlle fit volte-face et se retrouva nez à nez avec un homme qui ne lui disait rien. Grand, athlétique, il devait passer des heures sur les bancs de musculation. Le visage poupin, elle estima son âge à une trentaine d’années environ. Ses yeux étaient aussi verts que les siens. Ils tiraient même vers le gris. Son regard inexpressif comme figé, la mit mal à l’aise. Elle baissa les yeux et remarqua ses mains gantées de cuir et ses vêtements sombres. Vu la météo, impossible de le blâmer, pensa-t-elle. Mais quelque chose clochait chez ce personnage. Pourquoi l’appelait-il ? Ses trais se tirèrent, sa mâchoire se contracta. Les sautes d’humeur intempestives qui avaient pris leurs aises depuis le début de son traitement renforçaient la tension qui est montait en elle. Elle pensa à son fils, en bénissant le ciel qu’il ne l’ait jamais vu dans cet état.»

Les Lectures de Maud :

 Nous voici plongés dans une affaire qui débute par le suicide d’une avocate, motif de décès que son fils Lucas, médecin urgentiste, ne croit pas du tout. Dès lors, il va mettre tout en œuvre pour découvrir la vérité sur la mort de sa mère. Pour cela, il va braver les dangers, ne sachant plus à qui faire confiance. Aidé de Loïc, ils vont à eux deux, démêler ce mystère, qui au fil de leur enquête n’aura de fait que de s’épaissir. De nombreux retournements de situation vont mettre à mal ce duo… Des ombres planent au-dessus de leur tête. Que vont-ils trouver au bout de ce tunnel ?

Lucas, personnage attachant, qui vient de perdre sa mère dans des conditions douteuses. Il va devoir mettre sa peine et son chagrin de côté afin de faire éclater la vérité. Mais jusqu’où cette quête va-t-il le mener ?

Loïc, lieutenant de police, va aller contre les ordres afin de soutenir Lucas dans ses recherches, mettant en péril sa relation avec son père Commissaire et sa carrière. Un personnage qui est l’armure de Lucas mais pas que…

L’auteur, avec une écriture directe et efficace, nous emporte dans cette quête dans un rythme effréné. Le lecteur ressent le stress, les angoisses, les peurs et la douleur des protagonistes. Pareil il ne sait plus à qui faire confiance. Totalement absorbé par ce livre, le lecteur court aussi après les réponses, s’attendrit également. Les émotions sont très présentes dans ce livre. Jusqu’où ce duo va-t-il nous emmener ? Une fin surprenante, sur les chapeaux de roues, très bien ficelée.

Je remercie les Editions Nouvelle bibliothèque et l’auteur pour leur confiance

Version lue : Numérique

 

Le sommeil des nymphes de Philip D. Langhe


Le livre : Le sommeil des nymphes de Philip D. Langhe. Paru le 23 septembre 2016 chez Ravet-Anceau dans la collection Polars en Nord, n° 216. 14€ ; ( 328 pages) ; 13,5 x 21,5 cm – 
Quatrième de couverture

Au coeur de la forêt de Chantilly se niche un hôtel singulier. Son symbole : une abeille. Appelé le Château, son dernier étage n’accueille que des hôtes d’exception. De riches clients qui, selon la rumeur, bénéficient de services très particuliers. Mais le secret autour de ce lieu reste entier et peu savent ce qu’il s’y passe réellement.

Clara, jeune femme de chambre, vient d’être affectée au Château. Depuis, elle ne donne plus signe de vie à son amie Selena. Celle-ci s’inquiète. Aidée de Torn, un veilleur de nuit taciturne, elle entame une enquête périlleuse. Derrière les portes de l’hôtel se cache l’inimaginable. Une ruche grouillante où un présent glaçant rejoint un passé effrayant.

 

L’auteur : Né dans le Nord dans les années 1970, Philip D. Langhe vit aujourd’hui en Picardie. Cet ingénieur de formation a toujours aimé écrire. Après s’être essayé à la poésie et aux livres pour enfants, il publie avec Le sommeil des nymphes son premier polar. Il y convoque passé et présent pour illustrer les dérives de la société contemporaine.

 

 

Extrait :
Difficile d’imaginer, derrière cette rassurante stabilité, combien de petites mains s’affairent à vérifier le moindre détail, pour que rien ne vienne perturber une séquence bien huilée. Un personnel en effervescence au service d’une excellence invariable.

Le post-it de la bibliothécaire

 

Le sommeil des nymphes – Philip D. Langhe

Au coeur de la forêt de Chantilly, de mystérieuses activités se passent au dernier étage d’un hôtel. De riches clients s’y rendent pour obtenir des services particuliers. Clara, jeune femme de chambre affectée à l’établissement, ne donne plus signe de vie. Son amie Selena s’inquiète. Premier roman.

Une agréable surprise que ce premier roman policier, des personnages avec une psychologie bien bâtie, une intrigue machiavélique mêlant eugénisme, traite d’êtres humains le tout dans un endroit cossu en pleine forêt de Chantilly.

Un auteur à suivre.

Mortels Trafics de Pierre Pouchairet


Le livre : Mortels Trafics de Pierre Pouchairet. Paru le 16 Novembre 2016 aux Editions Fayard. Collection : Prix du quai des Orfèvres. 8€90 ; (416 pages) ; 11 x 18  cm

4ème de couverture :
À croire qu’il est plus important d’intercepter des « go fast » de cannabis que d’arrêter des tueurs…
Si la marchandise est perdue, rien ne vous protégera plus, même pas les barreaux d’une prison…
Une rumeur assassine s’en prend à l’innocence d’une famille.
La violence des trafics mobilise Stups et Crim’ au-delà des frontières, dans le secret d’enquêtes mettant à l’honneur des tempéraments policiers percutants, parfois rebelles, toujours passionnés.

Mention : Prix du quai des Orfèvres 2017

L’auteur : En France et à l’étranger, Pierre Pouchairet a vécu les procédures, les ambiances et les « milieux » qui inspirent ses romans. Dans ses livres éclate une vérité qui dépasse l’imagination, la vérité d’une vie engagée… Pierre POUCHAIRET est né en 1957. Dans une vie précédente, il était commandant de la police nationale, chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles… Il a également été à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure en Afghanistan, pays qu’il a parcouru du nord au sud. Il a passé plus de 4 ans à Kaboul, y a été témoin de nombreux attentats et y a travaillé en étroite collaboration avec les Afghans…
Aujourd’hui à la retraite, il vit à Jérusalem. Il a publié en 2013 un livre témoignage Des flics français à Kaboul et Coke d’Azur en 2014. Avec, à chaque fois, cette volonté de mettre au grand jour – et sous la lumière crue du terrain – la réalité brute de notre Histoire contemporaine.

 

Extrait :
« Pour la majorité d’entre eux, dans cet univers morne et triste, la police était clairement l’ennemie. Avec le chômage, les jeunes désœuvrés plongeaient dans la drogue, les plus malins comme dealers. Ici, la réussite sociale passait par s’imposer dans la bande, et régner par la violence…»

Les Lectures de Maud :

 De suite entraînée dans cette enquête qui va mettre les nerfs de toute l’équipe de la Crim’ du 36 à rudes épreuves, deux enfants assassinés à l’hôpital Necker. La question du « pourquoi ? » va mener hanter les premières heures des recherches. Ils sont loin de s’imaginer l’objectif des tueurs et encore moins leurs motivations premières.

Dans ce premier opus, le lecteur découvre Léanne, brigade des stup’ de Nice, et Patrick du 36 de Paris. Deux profils opposés, deux enquêtes, deux objectifs. Ils vont devoir, malgré leurs différences, faire équipe et ce n’est pas sans étincelles qu’ils vont faire connaissance et évoluer !!!

Un premier volet sur les chapeaux de roue, du rythme, du suspense, de l’intensité, une enquête bien ficelée, des rouages mis à nu ; le tout pour le plus grand plaisir du lecteur !!! Une écriture efficace, sans fioriture qui livre les indices peu à peu. Le lecteur ne voit rien venir !! De surprises en déconvenues, le lecteur est happé par cette aventure qui se déroule sous ses yeux. Une pluie de cadavre qui s’en suivra ; une fin glaçante sur fond de …. Aller je ne vous en dis pas plus et vous laisse le découvrir par vous-même. Mon premier livre de l’auteur mais sûrement pas le dernier !!!!!

Version lue : Numérique

 

Le chien arabe de Benoît Séverac


Le livre : Le chien arabe de Benoît Séverac. Paru le 17 mars 2016 à la Manufacture de Livre dans la collection Roman Noir. 18€90 ; (283 p.) ; 20 x 14 cm

Quatrième de couverture

« Vous devriez faire attention à vous, docteur Ollard. Vous pensez avoir tout compris à la condition des Maghrébines en France parce que vous avez rencontré une gamine et sympathisé avec elle ; mais nous, ça fait des années qu’on est au courant de ce qui se passe dans les cités, c’est notre métier. Nous savons qui fait quoi, et qui représente un réel danger. »

Sergine Ollard est vétérinaire à Toulouse. Une adolescente désemparée, Samia, lui demande d’examiner un chien souffrant d’un mal mystérieux que son frère aîné, Nourredine Ben Arfa, cache dans une cave. Dans ce quartier gangrené par le trafic de drogue et travaillé par l’islamisme radical, la jeune vétérinaire va se trouver embarquée malgré elle dans un combat entre deux camps qui partagent la même culture de violence.

4589748916L’auteur : Benoît Séverac Benoît Séverac, né le 19 août 1966, est un romancier et nouvelliste français. Il est auteur de littératures noire et policière, adulte et jeunesse. Il enseigne l’anglais à l’Ecole vétérinaire de Toulouse. Il est également musicien dans une fanfare jazz-latino rock, membre du conseil d’administration de Toulouse Polars du Sud et membre de 813(l’association des
amateurs de littérature policière).

 

Le post it de Ge

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Sergine Ollard est vétérinaire à une clinique des Izards, à Toulouse. Un jour, Samia, une adolescente, lui demande d’examiner un chien que son frère Nourredine Ben Arfa a caché dans une cave d’immeuble. Le docteur découvre que l’animal a le ventre rempli de drogue. La clinique est braquée par deux frères islamistes radicaux qui ont décidé de prendre le pouvoir sur le quartier. Mais ça Sergine ne le sait pas, elle pense que se sont les propriétaires du chien qui sont venu le récupérer.

Les Izards, quartier difficile, quartier Nord de Toulouse. Plaque tournante du trafic de drogue mais aussi base avant de l’islamisme radical. Voici le décor que nous propose Benoit Séverac pour son dernier roman. Il nous immerge au cœur des cités là où le chômage fait des ravages , la déscolarisation et le trafic de drogue font le reste ou presque. Puisque l’islam radical a aussi décidé d’y mettre son grain de sel.

Et pour compléter ce décor, l’auteur situe aussi son action en été, un été caniculaire. La chaleur est étouffante,la pelouse du seul terrain de foot est grillée par le soleil. On respire mal.

C’est dans cet environnement que nous découvrons ce roman noir de la France d’aujourd’hui. Un roman noir urbain où l’auteur montre sans porter aucun jugement la France d’en bas, les laissés pour compte qui décident de s’en sortir seul. Pour cela il y a l’économie souterraine. Celle des trafiquants qui font vivre presque toutes les famille de la cité. Mais il y a aussi la rédemption, celle que propose les frères musulmans, celle qui passe par la radicalisation. Celle qui nie le savoir vivre ensemble dans cette France multiculturelle.

Benoit Séverac tape juste. Il montre simplement les dérèglements de notre société contemporaine. Il met le doigt sur la pauvreté, la précarité des zones devenues de non droit que l’état a abandonné, reléguant ainsi nos quartiers en territoire de seconde zone. Et laissant s’installer toutes les dérives possibles.

Et si notre auteurs parlent de sujets sensibles, il n’y met aucun sensationnalisme, aucun jugement de valeur, il ne stigmatise aucune communauté. Il ne prononce aucun anathème !

J’ai lu ce livre dans le métro parisien lors de sa sortie. Et j’ai été très surprise par la réaction de certaines personnes lorsqu’elle découvraient la couverture de ce livre.

J’ai eu des petits regards de complaisance, des hochements de tête, des pincements de lèvres. Certains je devinais malheureusement ce qu’ils sous-entendaient. Un titre pris au pied de la lettre. Exprimant un racisme quotidien et ordinaire. J’ai eu aussi des regards noirs, des regards haineux, des regards menaçants même. Là aussi ce titre me valait d’être fustigée, j’étais assimilée à cette idéologie nauséabonde. J’avoue parfois avoir été mal à l’aise. C’est vrai que ce livre arrivait après les horribles et monstrueux attentats parisiens et que l’ambiance était à la défiance. Mais toute cette hostilité exprimée, juste autour de deux mots, m’en disait long sur la virulence que portaient ces sujets.

Aussi quand le livre est paru en poche, j’ai ressenti comme un soulagement en découvrant son nouveau titre.

En effet Le chien arabe était devenu Trafics ce  9 mars 2017.

Alors surtout n’hésitez pas à découvrir Trafics, c’est vraiment un excellent bouquins.

Un vrai coup de cœur pour moi !

 

Le gamin des ordures de Julie Ewa


Le livre: Le gamin des ordures de Julie Ewa, paru le 30 janvier 2019 aux éditions Albin Michel, collection spécial suspens; 416 pages;19,90 euros; format 14,5 x 3 x 22,5 cm
4eme de couverture :
Recroquevillés au fond d’une impasse où sont entreposées des bennes à ordures, deux enfants et un adulte tentent de s’abriter de la pluie. Lorsqu’elle les aperçoit, la jeune Lina leur apporte aussitôt de l’aide en leur procurant une tente.
Les Stanescu viennent de Roumanie. Le père a atterri ici, dans le nord de la France, avec ses enfants, Darius, neuf ans, et Cybèle, seize ans, espérant récupérer un peu d’argent pour rembourser sa dette au passeur.
Un destin tristement banal pour une famille Rom, à la merci des trafiquants en tout genre, qui bascule lorsque Darius et son père sont portés disparus. Alertée par Cybèle, Lina part à leur recherche avec l’aide de Thomas, un ami, remontant la piste périlleuse d’un réseau criminel aux ramifications puissantes.
Un suspense implacable et remarquablement documenté qui retrace le dangereux périple d’une famille Rom à travers l’Europe. Après Les Petites filles, Julie Ewa confirme sa singularité et se place parmi les jeunes voix du thriller français.

L’auteur Julie Ewa est née à Altkirch , le 16/06/1991.Auteure alsacienne, Julie Ewa est diplômée en philosophie à la faculté de Strasbourg. Elle oeuvre dans le domaine de la protection de l’enfance.
« Les petites filles » (2016) est son premier roman publié et reçoit le Prix des Lycéens Sang d’encre au Festival du Polar de Vienne. Elle publie aujourd’hui son second roman, Le gamin des ordures.

 

Extrait:
 » D’un pas volontairement lancinant, la Rmni se fondit à nouveau parmi les gadjé pour lui montrer l’exemple.Au lieu d’attendre que les passants viennent à elle, elle les interpellait ouvertement en brandissant son gobelet sous leur nez, sans se soucier des réactions virulentes qu’elle suscitait parfois.
« On finit par s’y faire… »
Non, Cybèle ne s’y ferait pas. Elle n’aurait pas la force de l’imiter! Depuis qu’elle avait commencé à mendier, chaque refus lui renvoyait l’image de sa propre médiocrité: le rien, le vide. […]
En les regardant, Cybèle éprouva le désagréable sentiment d’être complètement transparente: un mirage, un spectre, du vent… Pourquoi la fuyait-il comme la peste? Pensaient-ils qu’elle ne méritait par leur attention? »

Le OFF de OPH

Le gamin des ordures de Julie Ewa

Avec Le gamin des ordures , Julie Ewa nous emmène à la rencontre des Roms devant lesquels nous fermons si souvent les yeux… Qui sont-ils? Pourquoi viennent-ils en France? Que vivent-ils réellement? Au delà des clichés, des idées pré-conçues et au travers d’une intrigue criante de réalisme, la jeune auteur nous entraîne dans un roman écrit avec le cœur et l’âme.

Dans ce second roman de Julie Ewa, je retrouve sa plume caractéristique: des images chocs, des pointes d’humour, de la nervosité enrobée de douceur. Les chapitres sont courts et les 416 pages se lisent sans même que l’on s’en rende compte.

Les lieux et les références temporelles s’imbriquent les uns dans les autres sans pour autant nous faire perdre la chronologie des événements, contribuant à maintenir la tension narrative tout au long du roman.

Une fois encore, elle nous livre des personnages attachants qui nous font sourire, pleurer, qui nous touchent…

Mais ce qui marque le plus dans ce second roman, ce n’est pas l’intrigue, aussi bien menée soit-elle, ce n’est pas la forme, mais bien le travail de fond qu’a fait l’auteur et la passion qu’elle a mit dans l’écriture pour nous livrer cette histoire. Comme pour son précédent, Les petites filles, Julie se sert d’un roman pour nous faire entendre son cri.

Comme beaucoup, je détourne les yeux quand je vois des Roms. J’en ai une image négative, les a priori liés à mon métier, l’agressivité de certains, mais aussi et surtout cette capacité que nous avons tous à nous méfier de ce que nous ne connaissons pas.

Grâce à la plume de Julie, à l’histoire de Darius et de sa famille, mon regard a changé, je n’ai plus peur…

Bien que s’agissant d’un roman à suspens, Julie raconte les Roms, leur histoire, leurs us et coutumes, leur attachement à la famille, leur vision d’une France que les passeurs leur présentent comme un Eldorado pour s’engraisser sur le dos de leurs congénères. Elle revient sur leur arrivée plus massive en France depuis 2007 avec l’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union Européenne.

Roms, Tziganes, Manouches ou Gitans, plusieurs mots qui définissent une minorité ethnique sans pays, qui partage une origine commune et qui a évolué différemment selon les pays dans lesquels ils se sont installés.

Elle nous raconte la vie des Roms de Roumanie avant et après Ceausescu, le rejet des populations des pays dans lesquels ils vivent. Mal aimés, mis au banc des sociétés, l’Europe entière leur fait comprendre qu’ils sont des parias à nos yeux d’ « Hommes civilisés ».

Julie nous parle aussi de la mafia Roms, de ces individus qui par goût de l’argent et de la richesse, n’hésitent pas à exploiter les leurs, les enfants: réseau d’enfants voleurs ou encore de prostitution, partout l’argent corrompt l’humanité.

Enfin, l’intrigue se déroule en partie dans une ville du Nord, ne cherchez pas cette ville sur une carte, elle n’existe pas. Bugrassot pourrait être n’importe quelle ville de France…

Le gamin des ordures, une lecture qui marque et qui fait évoluer notre regard sur le monde…

Il y aura du sang sur la neige de Sébastien Lepetit


Sébastien Lepetit Il y aura du sang sur la neige

Le livre : Il y aura du sang sur la neige de Sébastien Lepetit – Paru le 14 janvier 2018 aux éditions Flamant Noir éditions dans la collection polars thrillers –  20 € – (280 pages) ; 21 x13 cm. 

epub 9.99 €

 

4ème de couverture :

LA TRANSJURASSIENNE. Célèbre rendez-vous du ski de fond français. Tous les ans, plus de 3 500 skieurs se retrouvent sur les pistes du Haut-Jura pour braver le froid glacial, le vent et la fatigue, autour du même objectif : donner le meilleur de soi et franchir la ligne d’arrivée ! Le commissaire Morteau connaît bien cette compétition dont il suit chaque édition. Mais cette fois, l’événement lui réserve des surprises… Depuis quelque temps, l’organisation de la course reçoit des menaces de mort très sérieuses. Morteau, accompagné de son jeune collègue, Fabien Monceau, est appelé à se rendre sur place pour évaluer les risques. Mais lorsqu’un homme est retrouvé assassiné de plusieurs balles dans la tête en pleine montagne, la situation devient plus complexe que prévu. Jalousie personnelle, rivalité sportive ou jeu pervers ? Cette année, la neige pourrait bien prendre la couleur du sang…

L’auteur : Né à Loudéac , le 30 août 1969, Sébastien Lepetit alias Saint-Fromond est un écrivain baladeur, atrabilaire et sauvage.
Un tantinet agoraphobe, il recherche le calme des sentiers de montagne ou de forêt où il cueille les pensées et les sensations qui deviendront l’âme de ses romans. Il est amoureux des pierres, des bâtisses et de leur histoire.
Dans ses romans, les lieux où vivent les personnages ont une place particulière, au point d’en devenir également des personnages à part entière. Il aime lire Umberto Eco, Pierre Magnan, Peter Tremayne, Anne Perry, et tant d’autres.
Enfin, il pense que les livres sont plus importants que les auteurs, faisant sienne cette phrase d’Umberto Eco dans l’Apostille au nom de la rose : « L’auteur devrait mourir après avoir écrit. Pour ne pas gêner le cheminement du texte ».
À la ville, en costume-cravate et chapeau, Sébastien Lepetit est un sous-préfet tout ce qu’il y a de plus sérieux. Aux champs, sans cravate, mais travaillant toujours du chapeau, il nous entraîne dans son univers, entre polar et poésie, culture et nature, suspense et gastronomie. De la belle littérature à déguster sans modération.Amoureux des mots en tous sens, du point-virgule qu’il aimerait remettre à la page, et du subjuguant imparfait du subjonctif, il aime les polars et la littérature du XIXe siècle, l’histoire et le vin jaune, la peinture et les promenades en montagne… Et il aime marier ces univers improbables dans ses romans.Breton, Charentais, Franc-Comtois, et Périgordin depuis peu, il rêve d’un endroit idéal où l’océan côtoierait les reculées jurassiennes et les vignobles charentais. En attendant, il déguste de temps à autre une crêpe aux morilles, arrosée d’un pineau, et ne rechigne jamais devant un foie gras poêlé, une omelette aux truffes et un verre de vin de Domme. Mais ça, c’est une autre histoire…Il est aujourd’hui l’auteur de 5 romans.
 
Extraits :
« — Le blessé est… mort. Il est encore là-haut, juste à côté du chalet des Ministres.
— Les Ministres ? interrogea Monceau.
— Tout le monde connaît le chalet des Ministres, précisa Morteau. C’est le point culminant de la Transjurassienne, et le sommet de la montée du Risoux, la plus grande difficulté de la course.
— Pourquoi les Ministres ? Encore une de vos anecdotes avec une réunion historique de ministres ?
Morteau adressa un sourire en coin à son adjoint.
— Ça aurait presque pu, puisque Les Rousses ont accueilli des négociations secrètes sur la fin de la guerre d’Algérie. Mais la vérité est bien plus rigolote ! En patois du coin, les Ministres, ce sont les mulets, ou les ânes, si tu préfères.
— Non… vous plaisantez ?
— Même pas… »

 

 La chronique jubilatoire de Dany

Le 8 février se déroule la mythique course de ski de fond la Transjurassienne. C’est à cette performance sportive et cosmopolite de 76 km, que nous convie Sébastien Lepetit.

Avec l’humour que j’avais découvert avec plaisir en 2015 dans Merde à Vauban, le même épicurisme accompagne son commissaire Morteau, amateur de vin et de bonne chère donc, qui ne crains pas les calories, dans une enquête chez les fondeurs. Il a succombé aux demandes pressantes d’un ancien camarade de promotion et ne va pas tarder à le regretter. C’est flanqué de son ours en peluche et de son adjoint Monceau qu’il débarque à la Combe du Lac.

Le froid jurassien nous agresse profondément, les lecteurs souffrent sur les pentes et peinent à démêler les rivalités des prétendants au podium. L’enquête se déroule sur une semaine et la course sur quelques heures … les deux récits nous sont offerts  simultanément sans préjudice pour la compréhension.

Au cours de cette semaine de galère, notre cinquantenaire endurci tâte de la romance flamboyante et une rapide rencontre avec son père qui nous vaut une critique acerbe du capitalisme, haute en couleur.

Une enquête « pas à pas » et bien menée et ancrée à la fois dans le Jura profond et dans le sport de haut niveau, une promesse de sang, que j’ai beaucoup aimée. Un très agréable moment de lecture à déguster au coin du feu !

Lu en version numérique.

Autres Extraits 
 Morteau soupira et regarda tranquillement son adjoint.
— Je veux simplement dire que tout colle trop bien. C’est suspect !
Le lieutenant Monceau ne put réprimer un rictus.
— C’est tout vous, ça. Vous dites toujours : « Soit ça colle, soit ça cloche ! » et pour une fois que tout colle, vous trouvez que ce qui cloche, c’est que ça colle trop bien. Faudrait savoir ce que vous voulez ! »
« — Tu lis trop de romans policiers. D’ici peu, tu vas me dire que tous les concurrents se sont ligués pour tuer Doucier, comme dans Le crime de l’Orient-Express13.
— Je ne connais pas…
Morteau soupira. Se pouvait-il que quelqu’un n’ait jamais lu Le crime de l’Orient-Express ? Cette nouvelle génération était à désespérer.
— Alors je corrige : tu ne lis pas assez de romans policiers… »
« — Tu n’exagères pas un peu ? On a toujours connu la guerre un peu partout, au Vietnam, en Algérie, en Afrique… Maintenant, elle est au Moyen-Orient. Les hommes sont comme ça. Ils disent détester la guerre, mais ils ne peuvent s’empêcher de la faire. Mais chez nous, c’est fini. On en a suffisamment bavé et on n’est pas près de se faire piéger de nouveau. L’Europe est faite pour ça.
— Détrompe-toi, Bruno. Elle arrive. Ma génération a connu la guerre, mais pas les jeunes. Tout est là. Il suffit de sentir l’atmosphère. On se croirait dans les années trente. Les pauvres sont de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches. Le pays n’a jamais été aussi riche et pourtant on a des millions de chômeurs qui se taisent et acceptent leur sort. Les riches se gavent comme jamais sur le dos de tout le monde, et ils ont réussi à faire croire aux gens de la rue que leurs problèmes viennent des plus pauvres qu’eux qui touchent trop d’aides et des émigrés qui fuient la guerre et la pauvreté. L’ennemi, c’est le pauvre, d’ici ou d’ailleurs. Combien de temps cela va-t-il durer ? »
 

Enfin (tous) réunis d’Annabelle Léna


Le livre : Enfin (tous) réunis  d’Annabelle Léna. Paru le 21 septembre 2013 aux ed. du Caïman. 12€ ; (254 p.) ; 19 x 12 cm

4e de couv :

Marseille, nowadays. Les maquereaux tombent les uns après les autres, un couteau planté dans le coeur. Le commissaire Rognes est chargé de l’enquête mais il s’en fout, comme il se fout de tout.

Sur le lieu d’un des meurtres, une photo sépia attire son attention. Une photo toute simple mais qui l’obsédera jusqu’à lui faire affrontée son propre album de famille.

Les intrigues se croisent, entre vengeance des prostituées du quartier et introspection d’un homme trop seul. Bien sûr, pour être heureux, il lui suffirait de rassembler les siens…

Mais comment faire ?

 

L’auteur : Annabelle Léna est née le 25 juillet 1979 à Marseille. Elle grandit à la campagne où, à l’abri d’un saule pleureur, elle s’assoit et reve durant des heures. Petite, elle veut devenir caissière indépendante mais ne trouva aucun débouche, à Page adulte. À défaut, et après des études bien ennuyeuses, elle devient donc contrôleur de gestion mais trop d’histoires se bousculaient dans sa tête en réclamant à sortir. Annabelle se fâcha alors avec les chiffres pour acheter un stylo quatre couleurs et écrire. Écrire, encore écrire. Elle fit ainsi la fortune de certaines papeteries et remplit ses tiroirs de feuillets fiévreusement raturés. Depuis elle a publié 2 romans. « A tort ou à raison » chez Eastern Editions. Et celui ci , Enfin (tous) réunis aux ed. du Caïman.

 

Extrait : « Rognes avait tout compris. Et il s’en maudissait.
Il se maudissait car peu importait si ces deux bonnes femmes se détestaient, se tripotaient ou bien s’echangeaient des secrets sur les méthodes d’epilation à la cire. Ce qu’il devait déchiffrer, lui, c’était pourquoi le coeur du type à terre avait été transperce par un couteau en G-10, c’est-à-dire en fibre de carbone avec résine, laminé en multicouche, soit un petit bijou dont le prix affichait plusieurs zéros et n’intéressait que les cultelluphilistes, le tout incliné en suivant un angle sud / sud-ouest impeccable.
Mais ça, Rognes n’en savait rien…
Et surtout, il s’en foutait. »

Le Post-It de Ge

 

A Marseille le commissaire Rognes enquête sur la mort de plusieurs souteneurs. Une vieille photographie découverte à côté de l’un des cadavres va l’obséder.

Enfin (tous) réunis est son deuxième  roman noir. Le ton y est incisif, les personnages torturés.

Annabelle Léna nous fait vivre la descente au enfer d’un flic torturé, dépressif, sans conteste. Un mec pas forcément sympa, il peut même être carrément odieux. C’est vrai, on lui trouve des excuses, il a perdu sa femme et sa fille, alors depuis il a une obsession. Il cherche à se recréer une famille. Et c’est aussi sans doute pour cela qu’il est attiré par les photos des autres. Peut-être cherche-t-il a ce composer un album digne de la famille qu’il aurait aimé avoir.

Alors on va suivre l’odieux commissaire Rogue dans son enquête marseillaise, à la poursuite d’un tueur en série s’en prenant aux proxénètes . Mais notre policier, il faut le dire ne met guère de cœur à l’ouvrage pour résoudre cette affaire qui secoue de la cité phocéenne.

La cité phocéenne, parlant en, c’est bel et bien le deuxième personnage de ce roman, même si sous la plume de l’auteur la ville est fantasmée voire magnifiée. On l’a découvre tantôt belle et enjouée et d’autres fois, sordide, sale ou encore misérable.

Vous l’aurez compris, Annabelle Lena nous propose un roman noir sans nuance, elle excelle quand elle nous parle et décortique l’âme humaine, quand elle compose ces personnages. Sa plume est alerte et sait se monter parfois ironique et aime jouer avec l’humour. Un humour noir, grinçant, il va sans dire.

Et même si l’intrigue policière passe au second plan, cela me m’a pas gênée dans ma lecture tellement le style et la maîtrise de l’écriture sont au rendez vous. Ce roman, je vous le dis, est une formidable découverte.

Extrait :
Quoi ? Vingt-quatre cadavres de filles dans la salle de bains ? Pourquoi n’ai-je pas été prévenu plus tôt ?
 Heu… non, commissaire. Vingt-quatre passeports…
(…)
Et que ceux, comme Ranc, qui voulaient sa place aillent se faire foutre car vingt-quatre cadavres pouvaient parfaitement s’entasser dans une salle de bains. Découpés en petits morceaux et bien alignés, ça devait tenir. Peut-être en utilisant quelques planches de bois pour éviter l’affaissement de l’édifice. Suffisait simplement d’être organisé, de vider le sang, de se débarrasser des organes spongieux, de réfrigérer la pièce et de s’équiper en formaldéhyde.