En attendant le jour – Michael Connelly


Le livre : En attendant le jour de Michael Connelly. Paru le 13 mars 2019 chez
Calmann-Lévy, dans la collection Clamann- Levy Noir .21€90 ;  (450 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv :

L’inspectrice Renée Ballard,
la nouvelle héroïne de Michael Connelly
Reléguée au quart de nuit du commissariat d’Hollywood, l’inspectrice Renée Ballard se lance dans des enquêtes qu’elle n’a pas le droit de mener à leur terme. Le règlement l’oblige en effet à les confier aux inspecteurs de jour dès la fin de son service. Mais, une nuit, elle tombe sur deux affaires qu’elle refuse d’abandonner: le tabassage d’un prostitué laissé pour mort dans un parking, et le meurtre d’une jeune femme lors d’une fusillade dans un night-club. En violation de toutes les règles et contre les désirs mêmes de son coéquipier, elle décide de travailler les deux dossiers de jour tout en honorant ses quarts de nuit. L’épuisement la gagne, ses démons la rattrapent et la hiérarchie s’acharne, mais Renée Ballard n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.


Auteur de plus de 30 romans dont Créance de sang, Le Poète, La Défense Lincoln, Ceux qui tombent et Jusqu’à l’impensable, Michael Connelly est traduit en trente-neuf langues et a vendu près de 65 millions de livres dans le monde. Ses romans ont été adaptés au cinéma et la saison 5 de la série Bosch est déjà en préparation pour la télévision.
Extrait :
Ballard et Jenkins montèrent à la maison d’El Centro Avenue peu avant minuit. C’était le premier appel du service. Il y avait déjà une voiture de patrouille garée devant, le long du trottoir, et Ballard reconnut les deux policiers en tenue. Debout dans la véranda du bungalow, ils parlaient avec une femme à cheveux gris vêtue d’un peignoir de bain. John Stanley était le chef de veille – le boss du terrain – et Jacob Ross, son coéquipier.
— Je crois que celui-là est pour toi, dit Jenkins.
Ils travaillaient ensemble depuis deux ans et s’étaient aperçus que Ballard était la meilleure de l’équipe quand la victime était une femme. Non que Jenkins aurait été un ogre, mais Ballard comprenait mieux les émotions des femmes. La réciproque était vraie lorsqu’ils se trouvaient en présence d’un homme.
— Reçu cinq sur cinq, répondit-elle.

Le petit  avis de Kris

En attendant le jour – Michael Connelly

L’inspectrice Renée Ballard est cantonnée aux patrouilles de nuit du commissariat d’Hollywood. Cela l’empêche d’enquêter sur les affaires qu’elle doit transmettre chaque matin aux équipes de jour. Transgressant le règlement de la police et contre l’avis de son coéquipier, elle décide de travailler sur le dossier d’un jeune prostitué tabassé et d’une jeune femme tuée dans une boîte de nuit.


Frustrée de ne pouvoir revoir Michael Connelly au Quai du Polar a Lyon, je me suis jetée sur son dernier bébé traduit de l’anglais par Robert Pépin. J’appréhendais un peu de ne pas retrouver Harry mais Renée lui succède avec brio. Nul doute Renée est bien l’équivalent feminin de Harry. Plus que des Cold Case, c’est le milieu des équipes de nuit du Commissariat d’Hollywood qui est ici en première ligne.
Enquêtrice de choc, Ballard, suit, tout comme Harry ses intuitions et nous entraîne avec elle dans ces milieux interlopes dont on soupçonne forcément l’existence mais qui sont ici décrits avec tout le talent de Michael Connelly.
Comme Harry elle souffre des rivalités et jalousies de ses coéquipiers et supérieurs mais, en fin limier, elle coiffera tout le monde sur le poteau. Encore un coup de maître du boss, Connelly.
Ce ne sera pas un coup de  mais il se place dans les 4 meilleurs que j’ai lu depuis le début de l’année (sur 16)

 

Avis d’Expert : Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher. Episode 7


Avis d’Expert : Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher. Episode 7

 

Avis d’Expert : Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher. Episode 7

Souvenez-vous il y un peu plus d’un mois  Sylvie nous présentait son mémoire en Criminologie appliquée à l’expertise mentale.

Et puis on plongeait dans la folie.

Il y un mois nous abordions l’histoire de la psychiatrie

Il y a 3 semaines nous faisons connaissance avec Joseph Vacher

 il y a 2 semaines, nous nous attachions à découvrir la personnalité de Vacher

,

Enfin la semaine dernière les médecins se prononçaient sur le cas Vacher

Ce soir  nous regardant l’affaire Vacher du point de vue du droit

 

Allez c’est parti pour l’épisode 7


Avis d’Expert

Mémoire sur l’affaire Joseph Vacher.

Par Sylvie Buttard

Episode 7 : L’AFFAIRE JOSEPH VACHER DU POINT DE VUE DU DROIT

L’AFFAIRE JOSEPH VACHER
JUSTICE ET PSYCHIATRIE DE LA FIN DU 19e
SIECLE
SERAIT-IL JUGE RESPONSABLE DE SES
ACTES AUJOURD’HUI ?

 

III/ L’AFFAIRE JOSEPH VACHER DU POINT DE VUE DU DROIT (première partie)

A/ Apparition et évolution de la notion de responsabilité pénale :

Il est à noter quelques points de repère historiques quant à la responsabilité pénale depuis le code pénal de 1810.

« La responsabilité pénale est une obligation de répondre de ses propres actes devant l’autorité compétente », comme le disait Benigno di Tullio, psychiatre et anthropologue italien.

L’individu est présumé libre de ses actes, mais quand il sait faire la différence entre le Bien et le Mal, et malgré tout, emprunte le mauvais chemin, il en répond devant ses juges.                                                                    Mais celui qui montre avoir agi sans son libre arbitre, celui-là échappe au châtiment. C’est ce que Joseph Vacher tente de prouver lors de ses deux passages en prison. La première fois, en 1893, il fut effectivement déclaré irresponsable pénalement par le docteur Guillemin. En revanche, il n’en fut pas de même pour l’expertise 1897 effectuée par les trois experts aliénistes désignés par le juge Emile Fourquet.

Le Code Pénal de 1810 et son article 64 parle de « démence » et la question se posait de savoir si le mis en cause était ou n’était pas en état de démence au moment des faits qui lui étaient reprochés.                                                          Notion de démence très importante car c’était LE critère d’irresponsabilité. Soit on est fou, soit on ne l’est pas.

Le sort de Joseph Vacher dépendait de cet article de l’ancien Code Pénal, le nouveau code n’étant entré en vigueur qu’en 1994. L’article 122.1 du code pénal de 1994 aurait peut être fait une différence sur la responsabilité pénale de Vacher, ou pas !

Plusieurs textes comme la circulaire Chaumié du 12 décembre 1905, du nom du Garde des Sceaux en exercice à cette époque, commençèrent à réformer le code de 1810.                                                                                                                        En effet, cette circulaire faisait apparaître « la notion de responsabilité atténuée au plan pénal, au bénéfice des sujets dont le libre exercice de la volonté se trouvait entravé, pour quelque motif que ce fut ». Ce qui entraînera une sorte de graduation dans la notion de responsabilité pénale :

– entière

– légèrement atténuée

– atténuée dans une certaine mesure

– atténuée dans une large mesure

Psychiatrie et Justice vont donc se compléter dans les affaires criminelles comme celle de Joseph Vacher, car lorsque le juriste constate les conséquences d’un acte, le psychiatre ou l’aliéniste, lui, cherche à comprendre, sans ignorer les effets de l’acte, l’état d’esprit dans lequel se trouvait l’individu au moment des faits, sachant qu’un état passionnel ou une perte de contrôle, par exemple, n’entraîne aucunement d’une irresponsabilité pénale.

A l’époque, on peine à diagnostiquer les personnes souffrant de monomanies car elles conservent la conscience de leur état. Or, bien souvent, une pathologie mentale est révélée car, entre autres facteurs, le sujet nie son état. Il dit et pense qu’il n’est pas malade.                                                                  Ce qui n’était pas le cas de Joseph Vacher car lui criait haut et fort que son sang avait été vicié par le traitement qu’il avait reçu après une morsure de chien enragé à six ans. Il ne parle pas de pathologie mentale, mais cherche malgré tout une excuse médicale aux actes qu’il a commis.

Pour revenir aux personnes souffrant de monomanies, elles ont un discours sensé et justifient leurs actions par des motifs plausibles. Ce qui entraînera des conflits entre magistrats et aliénistes.

Jean-Etienne Esquirol, médecin aliéniste français du 18e siècle, et à l’origine de l’organisation de la psychiatrie française, déclare « qu’une investigation sérieuse faite par un médecin aliéniste est nécessaire pour que le tribunal puisse être éclairé », et une fois la pathologie démontrée, il n’y a plus aucun doute sur l’aliénation mentale, par conséquent sur l’irresponsabilité pénale.

Toutefois, comme cela était le cas pour l’affaire Burton, le sujet connaissait parfaitement bien la nature et les conséquences de l’acte qu’il avait commis (un meurtre). Il savait que c’était un crime puni de la peine capitale. Dans ce cas, peu importe que le sujet soit fou ou pas. Il avait la volonté de passer à l’acte, et connaissait la différence entre le Bien et le Mal, donc il fut déclaré responsable pénalement.

Les données actuelles et l’étroite relation entre la maladie mentale et le Droit pénal, se basent sur le nouveau Code Pénal, c’est à dire celui qui est en vigueur depuis 1994.

Il peut être utile, voire nécessaire d’étudier la vie du sujet et le contexte dans lequel il a évolué pour tenter de mieux comprendre les motivations de ses actes. C’est pour cette même raison que l’expert psychiatre doit étudier son état mental. Il doit pouvoir démontrer si le sujet était ou non sous l’emprise d’un trouble psychique ou neuropsychique au moments des faits.

Si c’est le cas, l’article 122.1 du Code Pénal déclarera le mis en cause irresponsable pénalement des faits qui lui sont reprochés.                      L’alinéa 1 signifie que le discernement du sujet était complètement aboli, lui enlevant ainsi toute responsabilité pénale, alors que l’alinéa 2 le nuance avec une altération du discernement, ce qui veut dire que la responsable pénale du mis en cause reste pleine et entière, mais que la peine prononcée à son encontre pourra être diminuée ou aménagée.

 

Voilà pour la première partie, la semaine prochaine nous ferons connaissance avec ses juges, nous déterminerons la responsabilité pénale de Joseph Vacher  et nous parlerons du procès.

Et puis souvenez vous le dernier polar de Sacha sort dans 4 jours

Un fils parfait de Mathieu Ménégaux


Le livre: Un fils parfait de Mathieu Ménégaux, paru le 01 Février 2017 aux éditions Grasset.  17€50 ; (234 p.) ; 21 x 13 cm.

 
4eme de couverture :

Quand on épouse le prince charmant, beau et brillant, qu’on a avec lui deux petites filles adorables, comment imaginer un seul instant que le pire puisse arriver ? Qu’il a menti sur tout, tout le temps ? Qu’il va falloir se résoudre à affronter celui qu’on a tant aimé dans une lutte sans merci ?
Inspiré d’une histoire vraie, le récit poignant du combat d’une mère contre la machine judiciaire.

Lu la version poche aux éditions Points (01/02/2018); 168 pages; 6,50 euros;  11 x 18 cm

L’auteur Mathieu Ménégaux est né à Paris en 1967. Son premier roman, ‘Je me suis tue’, publié chez Grasset en 2015 et Points en 2017, a obtenu le prix du premier roman des 29e Journées du Livre de Sablet (Vaucluse).
En 2017, il revient avec ‘Un fils parfait’ qui reçoit le prix Claude Chabrol du roman noir et qui est en cours d’adaptation pour la télévision. Son troisième roman, est-ce ainsi que les hommes jugent? est paru en mai 2018.
Extrait:
 » Claire jouait par fois dans un registre que je trouvais régressif et qui me rappelait ses angoisses de la Dame Blanche: « Maman, ne pars pas, le loup vient quand tu n’es pas là ». Je n’ai jamais accordé plus d’attention que cela à cette phrase qui revenait, et que je classais au rang d’une enfantine et passagère mélancolie dominicale. »

Le OFF de OPH

Daphné a épousé son Prince, ce Prince dont on rêve toutes quand on est petite… Notre Ken quand on était fan de Barbie… Notre Spiderman quand on rêvait d’être Marie-Jane… Elle vie la vie dont elle a toujours rêvé, jusqu’au jour où…

Un fils parfait, chronique d’un uppercut!

Il y a la lettre à Elise de Beethoven et la lettre qu’écrit Daphné à Elise, sa belle-mère. Moins mélodieuse, plus difficile à entendre… Cette lettre là n’a rien d’un moment de pleinitude…

En faisant ce choix, Mathieux nous livre, comme pour son précédent roman, un récit à la première personne du singulier. Un moyen de renforcer l’aspect émotionnel de son histoire. Bien qu’il s’inspire de faits réels, Mathieu a largement romancé les faits tout en parvenant à transmettre la douleur qui déchire les entrailles de Daphné lorsqu’elle apprend que son Prince est loin d’être le Charmant auquel elle croyait tant.

Une plume qui percute et uppercute pour nous livrer un récit bouleversant.

Outre le récit en lui même, l’auteur profite de cette tribune pour rappeler que le terme « inceste » a été rayé du vocabulaire judiciaire depuis 1791 et que bien que mentionné de nouveau dans le code pénal depuis 2016, il ne fait pas l’objet d’une infraction à part entière. On parle toujours de viol sur mineur par ascendant, pas d’inceste. Un adjectif retenu pour surqualifier une infraction, quand on estime à quatre millions le nombre de victimes de « viols incestueux » en France.

Une histoire qui prend aux tripes, révolte… J’ai retrouvé dans ce roman la capacité qu’a Mathieu de donner vie à son narrateur, ce sentiment qu’il ressent lui même cette descente aux enfers, cette douleur du coeur qui devient physique tant elle ronge. L’impression qu’il ne fait qu’un avec Daphné comme s’il avait vécu lui-même ce combat contre le rouleau compresseur de la justice ou plutôt de l’in-justice…

Au-delà de ces aspects, Mathieu fait le tour de force d’apporter beaucoup de rythme dans la narration et nous emporte au point de lire le roman d’une traite.

Un fils parfait est l’illustration d’un combat sans merci contre un système défaillant, un roman choc écrit avec maestria.

Les lois de la frontière de Javier Cercas


Le livre : Les lois de la frontière de Javier Cercas. Paru le 08 janvier 2014 chez Actes Sud dans la collection Lettres hispaniques. Traduit de l’espagnol par Beyer, Elisabeth Beyer et  Aleksandar Grujicic. 23€ ;  (345 p.) ; 15×24 cm.

Réédité en poche dans la collection Babel le 2 septembre 2015. 9€70 ; (411 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

À l’été 1978, un adolescent de la classe moyenne en délicatesse avec son milieu croise la route du charismatique Zarco et de son amie Tere et devient un habitué de leur qg, un bar interlope dans un quartier malfamé de Gérone. Bientôt ils l’entraînent de l’autre côté de la “frontière”, au pays de ceux qui ne sont pas bien nés, l’initiant au frisson des braquages et au plaisir des tripots. Le garçon navigue entre les deux rives pendant tout l’été, irrésistiblement attiré par les lois de cette jungle dont il préfère continuer d’ignorer les codes, jusqu’au coup qui tourne mal.
Vingt ans plus tard, avocat établi, il assure la défense de son ancien camarade multirécidiviste et doit plaider. Pour le symbole vivant d’une rébellion salutaire, la victime expiatoire d’un système frelaté, ou les zones d’ombre de sa propre jeunesse ? Un écrivain, chargé de raconter l’histoire, recueille au cours d’entretiens divers les souvenirs et impressions des protagonistes. Lui-même cherche la vérité inattendue et universelle du romancier : l’ambiguïté.
C’est dans cette ambiguïté qu’excelle Javier Cercas, qui démystifie ici le romantisme de la délinquance comme celui de la rédemption, la démocratie espagnole et son miroir aux alouettes, les tourments qui toujours gouvernent l’exercice de la liberté.

 L’auteur : Javier Cercas Mena (né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres) est un écrivain et traducteur espagnol. Il est également chroniqueur du journal El País.
Extrait :
Bref, a conclu l’inspecteur Cuenca, quand j’ai fini de lire le livre, je me suis souvenu d’avoir entendu un jour un professeur dire à la télé qu’un livre est comme un miroir, et que ce n’est pas le lecteur qui lit les livres mais les livres qui lisent le lecteur, et je me suis dit que c’était vrai. Je me suis aussi dit: Putain, les meilleures choses qui me soient arrivées dans ma vie me sont arrivées à cause d’un malentendu, parce qu’un livre horrible m’a plu et que j’ai pris un malfrat pour un héros. L’inspecteur Cuenca s’est tu; puis, sans cesser de me regarder avec une malice infiniment ironique, avec une ironie absolument sérieuse, il a demandé: C’est drôle, non?

 Le post-it du bibliothécaire

Ce roman rassemble tous les ingrédients de l’efficacité et de l’excellence des récits de Javier Cercas : une intrigue tenue avec brio jusqu’à la dernière page, des personnages surprenants, anti-héros de leurs propres vies et miroirs opaques de leurs faiblesses les plus profondes, et ce subtil mélange entre histoire et fiction qui caractérise l’écriture de cet auteur.

A l’époque de la transition démocratique espagnole, nous partons ici en quête de l’identité d’un jeune délinquant, qui de souffre-douleur va devenir malgré lui le pilier d’une relation indéfinissable entre deux personnages à la fois solitaires et inséparables : Zarco, figure impossible de l’amitié, et Tere, figure impossible de l’amour. Ce trio infernal va traverser une série d’épisodes douloureux, porté par son irrésistible propension à la chute.

Ce roman de Javier Cercas fait preuve d’une écriture brillante, parfois incisive, parfois rondement développée, mais qui n’oublie jamais la raison d’être de l’intrigue : l’écriture, la figure même de l’auteur. Le récit est en effet porté par la reconstitution de l’histoire de Zarco par un écrivain. C’est ce double jeu entre l’invention d’une histoire et sa transcription qui rend les personnages de Javier Cercas si réels et si attachants.

La daronne de Hannelore Cayre


Ce matin j’ai le plaisir de vous présenter une nouvelle chronique

« L’arrêt sur image de Marc … »

Et oui la famille s’agrandit et voici un nouveau mister Flingueuse.

On vous le présentera et on vous en dira plus bientôt promis

Pour l’heure place à l’avis de Marc


Le livre : La daronne de Hannelore Cayre. Paru le 09 mars 2017 aux éditions Métailié dans la collection Noir. 17€ ; (176 pages) ; 14 x 21 cm.

Réédité en poche le 8 mars 2018 chez Point dans la collection Point Policier. 6€60 ; (176 p.) ; 18 x 11 cm

 4ème de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne.

 

L’auteure : Française, Hannelore Cayre est né en 1963 et vit à Paris. Elle est avocate à la cour d’appel de Paris. Elle est aussi scénariste et réalisatrice. Commis d’office sorti en 2004 est son premier roman.

 

Extrait :
 « Je ne dis pas que j’ai vécu comme une nonne pendant vingt ans, mais ma vie sexuelle se bornait à des rencontres d’un soir, toujours avec des avocats pénalistes par essence narcissiques, menteurs, coureurs et infidèles… et je parle d’un temps où ils me plaçaient encore dans la catégorie Milf – mother I’d like to fuck . Parce qu’une fois la quarantaine passée, c’était fini. « 

L’arrêt sur image de Marc …

La daronne – Hannelore Cayre

Il est des livres qui soufflent un air frais sur nos lectures, et qui permettent de souffler entre deux thrillers. La daronne est de ceux-là. Moins de 180 pages ce n’est pas un pavé, mais ce format va très bien à cette histoire. Patience est une femme qui est seule avec ses filles, depuis le décès de son mari. Elle partage sa vie entre son boulot de traductrice judiciaire, et ses visites dans l’EHPAD ou sa maman survit. Une vie monotone et sombre, qui ne laisse pas beaucoup de place à l’épanouissement. Mais un jour elle découvre qu’elle peut changer ça, grâce aux écoutes qu’elle traduit pour les enquêteurs de la brigade des stups. Cette femme est culottée, et très maline et va berner tout le monde pour notre plus grand plaisir. Totalement jubilatoire, le récit qui fleurte souvent avec le politiquement incorrect, et qui marche à l’humour noir, vous donne le sourire.

Hannelore Cayre a réussi son pari. Parler de sujets graves, avec beaucoup d’humour. Une très belle découverte pour moi. 

Torrents de Christian Carayon


Le livre : Torrents de Christian Carayon. Paru le 06 octobre 2018 aux éditions Fleuve éditions dans la collection Fleuve noir policier . 19.90€ ;  (336 pages) ; 21 x 14 cm. epub 13.99€

 4ème de couverture :

  1. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l’incompréhension s’emparent des habitants, jusqu’à l’arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l’amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille. Bouleversé par ces événements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l’histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l’Occupation que Pierre Neyrat a tenté d’oublier. Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence. Deux époques, deux enquêtes, pour un polar mené de main de maître.
L’auteur : Christian Carayon, originaire du Sud-Ouest, enseigne l’histoire et la géographie en lycée depuis plus de 15 ans. Il vit actuellement dans la Sarthe.
Véritable cinéphile, il est également féru d’écriture depuis son enfance. Il se lance dans l’écriture en 2012 et publie Le Diable sur les épaules (Les Nouveaux Auteurs, 2012 ; Pocket, 2013), un thriller historique se déroulant dans le Tarn, finaliste du prix du jury du Polar historique de la revue Ça m’intéresse-Histoire.
Les Naufragés hurleurs, son deuxième roman, reprend le personnage du criminologue Martial de la Boissière.
Un souffle, une ombre (Fleuve Editions, 2016) est son troisième roman, vendu en plusieurs langues avant même publication française. Torrents est son quatrième roman, chez le même éditeur en 2018. Pour en savoir plus, son site ICI
Extrait :
« Je ne crois pas qu’on puisse revenir de l’autre côté une fois qu’on y a basculé, contrairement à ce qu’a avancé un soi-disant expert en psychologie. Une troisième possibilité, ma préférée, est apparue, et c’est cette dernière que je tente de suivre. Notre gars a eu peur de se faire pincer. Il a commis une erreur, une imprudence, appelle cela comme tu veux, mais il a cru que les poulets allaient débarquer chez lui. Ce qui l’a obligé à faire le ménage.
— Cette fameuse erreur, ce serait d’avoir été repéré par sa future victime.
— Tu réfléchis aussi vite que ton paternel… Je penche cependant pour quelque chose de plus radical. Tu ne fais pas déplacer les flics parce que tu affirmes qu’un inconnu n’arrête pas de mater tes jolies fesses. En revanche, pour une tentative d’agression… Je crois qu’il a raté son coup. Qu’il y a quelque part une miraculée qui ne se doute sûrement pas de ce à quoi elle a échappé. Je dirais dans un maximum de trois semaines avant que, ton père et mézigue, on se mette à repêcher des bras en lieu et place des truites. »

   

La chronique jubilatoire de Dany

Torrents de Christian Carayon

 

François, dessinateur de vocation, a tout perdu quand sa compagne Emilie a disparu en 1979. D’autres disparitions, par la suite, perturbent le microcosme campagnard où vit sa famille, avec en prime la découverte de restes humains dans le torrent. François va revenir dans son village natal car il ne croit pas en la culpabilité de son père, soupçonné d’être « le dépeceur ».  L’enquête qu’il va mener avec l’aide de Camus, ancien flic, va l’entraîner à révéler les secrets de famille, ceux que le père a enfouis quand il a changé de région, après la seconde guerre mondiale et les exactions commises au nom de « l’épuration sauvage ». Ce père va passer de la position de notable à celle de proscrit … et s’il était innocent ? Comment François va-t-il pouvoir passer du doute au mensonge pour préserver le peu d’honneur qu’il reste à sa famille ?

Ce sont bien ces questions que se pose le lecteur au cours de cette double enquête. On sent très bien la patte de l’historien quand François est obligé de rouvrir les vieux dossiers.

Des chapitres courts et rythmés, trois narrateurs, contribuent à impliquer le lecteur dans la quête de la vérité avec un suspense final bien mené.

C’est le quatrième roman de Christian Carayon … auteur à suivre notamment pour l’ambiance campagnarde qui n’est pas sans rappeler celle de Franck Bouysse, attirante et étouffante à la fois où le silence est une valeur partagée, complice de la religion du secret.

Lu en version numérique.

 

 Extraits :
« Il y a ce film qu’il adore où un shérif défend sa prison, seulement secondé par un jeunot, un boiteux et un soûlaud. Putain ! Il en parle tout le temps. C’est quoi le titre, déjà ?
— Rio Bravo. Papa t’écorcherait vif de ne pas t’en souvenir.
— Ouais, c’est ça : Rio Bravo. Lui, il était comme John Wayne. Un John Wayne désarmé et en cravate. Il leur a répliqué que toute personne qui passerait outre à la loi serait poursuivie jusqu’à ce qu’elle ait l’occasion de voir ce qu’était la vraie justice, pas celle des lâches qui, à dix contre un, ont la prétention d’être à la fois juges et bourreaux. Ça, je m’en souviens très bien. Il a ajouté que l’empressement avec lequel certains éliminaient ou souhaitaient éliminer les suspects ressemblait fort à une manière de les faire taire à jamais, de peur qu’ils n’aient à livrer les noms de leurs complices qui, entre-temps, étaient peut-être devenus leurs accusateurs. Nom de Dieu ! Il était en train de les pousser à bout. Avec les deux autres, on s’est regardés, fatalistes. On s’est dit que, ce coup-ci, ça y était, qu’on allait tous y passer. »
« Je sais qu’on me trouve froid et parfois indifférent au sort des autres. Ce n’est pas vraiment de l’indifférence. C’est simplement que me soucier des miens accapare tout mon temps. Cette inquiétude constante est épuisante. J’ai trouvé une parade pour m’en soulager quelque peu : m’éloigner, me retirer de la scène. D’une certaine manière, je fuis. Je ne fuis pas une vie qui me déplaît, au contraire. Je fuis le fait d’avoir trop à perdre. Mon refuge a été mon travail, puis Combe-Sourde. J’ai déplacé cette peur, je l’ai emportée dans la montagne, comme on envoyait les tuberculeux soigner leur mal en altitude. Je l’ai confinée là-haut, promettant de venir la voir tout le temps si elle acceptait de ne plus redescendre. »

Au 5ème Etage de la faculté de droit 


Souvenez vous, il y a quelques jour nos Flingueuses Jumelles nous racontaient leur soirée spéciale Albin Michel avec Christos Markogiannakis.

Aujourd’hui elles nous offrent leur double chronique du polar de Christos Markogiannakis, Au 5ème Etage de la faculté de droit .

Aussi ce matin c’est Maud qui débute cette double chronique. Cet après-midi ce sera au tout d’Oph de nous faire part de son ressenti.

Allez c’est parti pour la Double chronique


Le livre : Au 5ème Etage de la faculté de droit de Christos Markogiannakis. Traduit du grec par Anne-Laure Brisac.  Paru le 28 Mars 2018 aux Editions Albin Michel dans la collection Thriller. 19€90 ; (288 pages.) 16×23 cm

4ème de couverture :
Cinquième étage de la faculté de droit d’Athènes, section de criminologie. Anghélos Kondylis, doctorant en criminologie, découvre le corps sans vie de la professeure Irini Siomou… avant d’être tué à son tour.
Chargé d’enquêter sur ce double meurtre, Christophoros Markou, jeune capitaine fraîchement diplômé, entre dans l’univers secret de l’Université : un effrayant dédale où s’entrelacent ambitions professionnelles, compromissions, lâchetés et vanités.
Markou trouvera-t-il la lumière ?

L’auteur : Christos Markogiannakis est né en 1980 à Héraklion. Il a étudié le droit et la criminologie à Athènes et à Paris et travaillé pendant plusieurs années comme avocat pénaliste. Il est auteur de romans policiers et d’installations mêlant l’art et le crime, ses « Criminarts ». En 2017, il a publié un essai intitulé Scènes de crime au Louvre (éditions Le Passage) qui analyse la représentation du crime dans les tableaux du Louvre, et qui a reçu un très bon accueil critique. Au 5e étage de la faculté de droit est son premier roman traduit en français. Puisant dans sa propre expérience, Christos Markogiannakis, diplômé de criminologie et de droit, auteur d’un essai remarqué, Scènes de crime au Louvre, signe un brillant premier polar qui dévoile la personnalité atypique du capitaine Markou, empêcheur de tourner en rond dans une Grèce au bord du chaos.
Extraits :
« Je suis perdue. Tu me diras , c’est normal, ce n’est pas mon job, je ne suis pas flic, mais putain, j’ai lu des dizaines de livres sur la nature humaine et le crime, j’ai dévoré des bibliothèques entières de polars, ça devrait bien servir à quelque chose, non ?»

Les Lectures de Maud :

Au 5ème Etage de la faculté de droit de @Christos Markogiannakis


Nous voici plongés au cœur d’une enquête palpitante ayant pour décor la faculté de droits d’Athènes. Deux victimes : un professeur, un étudiant. Quel lien existe-t-il entre elles ? Le capitaine Christophoros Markou va enquêter au milieu de ses anciens professeurs dans un endroit qu’il connait parfaitement pour l’avoir lui-même fréquenté quelques années auparavant.
Tout le dilemme est là pour le policier, il connait les suspects et les victimes. Comment va-t-il réussir à mener son enquête en mettant de côté ses connaissances des personnes ? Au fur et à mesure des interrogatoires, des rencontres, il va s’avérer que tous avaient un mobile…Va-t-il réussir à conserver sa neutralité et ne pas se laisser emporter par ses affinités ? Qui est le véritable coupable ? Et pourquoi ?
L’auteur signe ici, un magnifique livre, de nombreux rebondissements, avec un nombre de personnages restreints, le lecteur a l’impression que le coupable va rapidement être débusqué ; et pourtant tout le talent réside dans le fait qu’au fur et à mesure de la lecture, plus de doutes émergent que de solutions. Un plume très agréable et dynamique, un rythme en alternance qui permet au lecteur de souffler et de s’interroger aussi. En effet, on ne peut s’empêcher de se poser des questions. Quelques mots sur la fin : magistrale, un véritable coup de théâtre, totalement inattendus tant le suspense est maintenu jusqu’aux dernières pages. Je suis restée sans voix, totalement estomaquée. Mais je vous laisse découvrir par vous-même et vous souhaite un excellent moment de lecture !!!!

« Je félicite Christophoros Markou pour son enquête » (ceux qui ont lu le livre comprendront l’allusion) et j’espère le retrouver bientôt dans de nouvelles aventures !!!

Je remercie les @Éditions Albin Michel pour leur confiance et suis ravie de rencontrer l’auteur le 14 Septembre 2018. Je profite de mes publications pour faire un clin d’œil à la Grèce

Je t’aime de Barbara Abel


Barbara Abel sera avec nous à Saint Maur en Poche les 23 et 24 juin prochain

Allez à sa rencontre, surtout n’hésitez pas

 


Le livre : Je t’aime de Barbara Abel. Paru le 3 mai 2018 chez Belfond dans la collection  Thrillers. 19€50 ; (461 p.) ; 23 x 14 cm

4e de couv :

Après un divorce difficile, Maude rencontre le grand amour en la personne de Simon. Un homme dont la fille, Alice, lui mène hélas une guerre au quotidien. Lorsque Maude découvre l’adolescente en train de fumer du cannabis dans sa chambre, celle-ci la supplie de ne rien dire à son père et jure de ne jamais recommencer. Maude hésite, mais voit là l’occasion de tisser un lien avec elle et d’apaiser les tensions au sein de sa famille recomposée.

Six mois plus tard, Alice fume toujours en cachette et son addiction provoque un accident mortel. Maude devient malgré elle sa complice et fait en sorte que Simon n’apprenne pas qu’elle était au courant. Mais toute à sa crainte de le décevoir, elle est foin d’imaginer les effets destructeurs de son petit mensonge par omission…

Ceci n’est pas exactement une histoire d’amour, même si l’influence qu’il va exercer sur les héros de ce roman est capitale. Autant d’hommes et de femmes dont les routes vont se croiser au gré de leur façon d’aimer parfois, de haïr souvent.

Parce que dans les livres de Barbara Abel, comme dans la vie, rien n’est plus proche de l’amour que la haine…

 

 

L’auteur : Barbara Abel est  née le 3 décembre 1969 à Bruxelles en Belgique
Après avoir suivi à 15 ans des cours de théâtre à l’Académie d’Etterbeek, elle étudie à l’Université Libre de Bruxelles où elle obtient une licence en philologie romane. Elle s’inscrit ensuite à l’École d’interprétation du Passage de Paris, puis exerce pour un temps le métier de comédienne et participe à des spectacles de rue.
À 23 ans, elle écrit sa première pièce de théâtre, « L’Esquimau qui jardinait », qui est montée avec succès sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa.
Elle se lance peu après dans l’écriture, publie quelques textes dans différentes revues et, en 2002, un premier roman policier, « L’Instinct maternel », lauréat du Prix du roman policier du festival de Cognac.
Elle fait ensuite paraître d’autres récits de suspense qui évoquent souvent des milieux familiaux étouffants où germent délits et folie.
Elle assure également des chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique. Elle a collaboré à l’émission « Cinquante Degrés Nord » diffusée sur Arte Belgique et la RTBF.
Son roman « Un bel âge pour mourir » paru en 2003 a été adapté pour France 2 avec Marie-France Pisier et Emilie Dequenne dans les rôles principaux.
S’ensuivent « Duelle » en 2005, « La mort en écho » en 2006, « Illustre inconnu » en 2007, « Le Bonheur sur ordonnance » en 2009, « La brûlure du chocolat  » en 2010, « Derrière la haine » en 2012 (Prix des lycéens de littérature belge 2015), « Après la fin » en 2013, « L’innocence des bourreaux » en 2015 et « Je sais pas » en 2016.
Ses romans sont traduits en allemand, en espagnol et en russe…
Extraits :
« Lorsqu’une mère berce son enfant, elle imagine déjà l’homme qu’il sera plus tard. Une fois adulte, elle ne voit plus en lui que le bébé qu’elle berçait autrefois. »
« Il existe différentes sortes de silence. Certains s’étalent comme des carpettes, plats et immobiles, sur lesquelles on n’a d’autre choix que de marcher sur la pointe des pieds. D’autres sont électriques, saturés de tension, si lourds qu’ils peuvent exploser à tout moment dans un vacarme infernal. D’autres encore flottent à l’insu de tous : ils n’existent que par défaut, profitant d’une absence ou d’un sommeil.
C’est cette sorte de silence qui règne aux aurores à la Boutique. Il s’installe chaque nuit au rez-de-chaussée, à peine dérangé par le tic-tac régulier de l’horloge murale de la cuisine. À l’étage, il partage son territoire avec les ronflements et autres borborygmes des occupants assoupis. Depuis le temps, il s’est fait une raison et plane sur son domaine en patriarche affable et indulgent.
Ce matin pourtant, le calme est aux aguets. Il soupçonne la précarité de son état. Dans la rue, cinq silhouettes accompagnées d’un chien s’approchent de la maison alors que l’aube n’est encore qu’un vague projet. L’obscurité s’attarde au-dehors comme à l’intérieur, elle manipule les ombres à sa guise et se gausse du faisceau lumineux que l’éclairage public étire jusque dans le salon.
Dans la cuisine, l’horloge indique cinq heures cinquante-huit. À l’extérieur, quatre des hommes, ainsi que le chien, rejoignent la porte d’entrée tandis que le cinquième fait le tour par l’arrière et se poste devant la porte du jardin. Ils se déplacent sans bruit, avec une économie de moyens dont la synchronie n’a d’égale que l’efficacité. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Je t’aime de Barbara Abel

C’est l’histoire de quatre femmes et pas que.

C’est l’histoire de trois familles « normales » même si l’une d’entre elles est « recomposée » … et pas que.

C’est comme dans les autres romans de Barbara Abel, l’histoire de vos voisins, de vos amis, de votre famille, qui bascule à cause d’un événement certes imprévisible mais qui aurait pu être évité par tout un chacun, avec un peu plus d’attention portée à son entourage.

Mais bien au-delà de ça, l’auteure nous questionne sur nos réactions potentielles face à des accidents de la vie … qu’auriez-vous fait à leur place ?

A  la place de ces mères meurtries par la disparition de leur raison d’exister ? De ses pères aveugles au désarroi de leurs ados ? De ces flics face aux évidences ? Ha la justice …

« La justice est lente, complexe, elle manque de moyens. À quoi sert-elle, si ce n’est à sortir du cercle vicieux de la vengeance ? Protéger, décider, sanctionner » la devise de Nicole, sa raison de vivre.

Ainsi, avec le brio qu’on lui connaît, Barbara Abel s’attache à manipuler les créatures qu’elle a fait naître, avec beaucoup de malveillance et de torture morale. Quand on connait un peu l’auteure, que l’on sait qu’elle avoue que « manipuler la violence est jouissif, en parlant avant tout de la violence psychologique » on se dit que l’écriture de ce thriller a dû la combler de bonheur ! Oui 2018 est un très bon cru Abel dans la veine de « l’innocence des bourreaux ».

Pourvu que ça brule de Caryl Ferey


Collectif Kris
97822263259520-3718799Le livre : Pourvu que ça brûle : récit  de Caryl Férey. Paru le 4 janvier 2017 chez Albin Michel. . 20€ ; (297 p.) ; 21 x 14 cm

4ème de couv : 

De la Nouvelle-Zélande à l’Australie en passant par l’Indonésie, la Jordanie, le Chili ou les Etats-Unis, un carnet de route très rock, l’autoportrait en noir et blanc de l’auteur de Zulu, Mapuche et Condor, Caryl Férey, chantre du thriller engagé, avec qui la réalité devient fiction survoltée.

 

 

 

Résultat de recherche d'images pour "Pourvu que ça brule de Caryl Ferey"L’auteur : Caryl Férey vit à Paris. Après s’être aventuré en Nouvelle-Zélande avec sa «saga maorie» (Haka et Utu), en Afrique du Sud avec Zulu (récompensé entre autres par le Grand Prix de littérature policière en 2008 et adapté au cinéma en 2013) puis en Argentine avec Mapuche, il nous entraîne avec Condor dans une exploration sombre du Chili, dans une course-poursuite sanglante transfigurée par l’amour. Le nouveau roman de Caryl Férey nous fait voyager et frémir autant que réfléchir et nous rappelle, s’il le fallait, que l’auteur s’est imposé comme le maître du thriller des grands espaces et de l’ailleurs.

 

Extrait : 
Quinze jours passèrent encore, puis soudain mon amour réapparut, là, au comptoir du Cornerbar où l’attendait mon désespoir le plus féroce. J’oubliai jusqu’à respirer en l’abordant, mais Francesca m’entraîna à l’écart pour m’expliquer la situation. Roscoe était jaloux et lui interdisait de parler aux garçons, en particulier moi, qui traînais dans leur bar fétiche. Je lui répondis qu’on s’en foutait de Roscoe, mais le lâche avait chargé ses copains maoris de la surveiller. Je n’eus pas le temps de lui conseiller d’envoyer paître son idiot du village qu’une poigne d’acier comprima ma gorge : d’une solide manchette, un Maori de cent dix kilos me tira en arrière sous les yeux atterrés de Francesca. Manquant d’oxygène, mes bras s’accrochèrent au vide tandis que le colosse me soulevait de terre. J’eus une dernière vision de Francesca, le regard à la fois désolé et furieux, avant de me faire jeter dehors.
Je ne parle pas le maori mais nul besoin de traduction : j’approchais d’elle encore une fois, le guerrier me mâchait menu et me renvoyait en France sous forme de Canigou.
Roscoe, son of a bitch.
Roméo et Juliette, Othello, je traversais Shakespeare par l’express du soir.

 

Chronique de lecteurs

Le petit avis de Kris

POURVU QUE CA BRULE – Caryl Ferey

A mi-chemin entre fiction et réalité, le romancier raconte ses voyages, ses rencontres et quelques événements de sa vie.
Découverte d’un Caryl aventurier un peu à l’image de ses personnages et on comprend mieux l’intensité et l’épaisseur de ses héros.
Une quête incessante dans ces pays souvent touchés par la pauvreté, le gangstérisme ou plus simplement l’ignorance.
Un roman qui est en réalité l’essence même de l’auteur. Plus habituée aux polars et thrillers j’ai été subjuguée par la force de cette écriture et je l’ai dévoré comme un roman d’aventures.
Découvrir la naissance, le cheminement, l’élaboration (parfois sur plusieurs années) des héros de romans tels que ZULU et MAPUCHE apporte une lumière différente sur ceux-ci et les sublime encore plus s’il en est besoin.
Toutefois l’écriture de MAPUCHE reste un morceau d’anthologie ! Ah Jana !!     
Et l’émotion de Cannes pour Zulu … grandiose !
Enfin les clins d’œil à l’éditrice font mouche à chaque fois.

 

Ne sautez pas de Frédéric Ernotte


collectif-emilie
feLe livre : Ne sautez pas de Frédéric Ernotte. Paru le 26 août 2016 aux Editions Lajouanie dans la Collection Roman pas policier mais presque… 19€ ; (291 p.) ; 19 x 13 cm

4e de couv :

Ne sautez pas !

Assis sur le toit d’un gratte-ciel de Bruxelles, Mathias, un laveur de vitre débonnaire, est songeur.

Il réfléchit au travail d’intérêt général que la justice lui a imposé : vendre des gadgets pour une association humanitaire ! Surgit un homme paniqué.

Mathias n’imagine pas à quel point les minutes qui vont suivre bouleverseront sa vie. Un impitoyable engrenage vient de s’enclencher…

Est-ce forcément mal de ne pas faire le bien ? En tentant de répondre à cette interrogation existentielle, le héros de Frédéric Ernotte va vivre une aventure pour le moins hors du commun. Un roman délicieusement surprenant, bigrement mouvementé. Émotion, humour et suspense garantis.

frederic-ernotte_5069L’auteur : Frédéric Ernotte est né à Namur, le 28 janvier 1982. Fervent amateur de littérature policière, il a écrit son premier roman pour relever un défi lancé par un de ses professeurs. Une réussite puisque le dit-roman, C’est dans la boîte (Éditions Avant-Propos), a reçu le prix du Balai de la découverte en 2013.
Extrait :
À l’université, il m’a fallu deux semaines pour réaliser que j’avais atterri en enfer. Lire le plan du cours de Biologie des cellules, des organismes et des populationssuffisait à me donner illico mal au crâne. Vous allez me dire qu’il n’y a rien de chinois là-dedans quand on veut être vétérinaire. Je répondrais qu’il n’y a rien de chinois, mais qu’il y a beaucoup d’anglais. On a tenté de me faire croire qu’un article scientifique dans la langue de Shakespeare a plus de gueule qu’un texte en français. Un professeur m’a dit que c’était pour que le savoir soit partagé aux quatre coins du globe. J’ai répondu qu’un globe n’a pas de coin. La discussion était close et je suis rentré chez moi avant la fin du cours.
 Je savais que je n’entretenais pas un amour passionnel avec l’école. Il faut être honnête, je suis passé chaque année par la petite porte avec le sentiment que tout irait mieux plus tard, quand j’étudierais nos amies les bêtes. Étrangement, mes parents se sont dit la même chose. J’avais une telle conviction dans la voix quand je parlais de mon cabinet qu’ils se sont pliés à mon fantasme. J’allais devenir travailleur et brillant du jour au lendemain. C’était clair comme de l’eau de roche.
Bref, en quinze jours, mes belles certitudes ont volé en éclats. Les images de chatons et de chiots dérapant sur ma table glacée se sont effacées peu à peu. Ces langues pendantes, ces gouttelettes de bave et ces poils en pagaille n’ont laissé qu’un immense point d’interrogation dans mon esprit.

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Emilie délivre son avis :

 NE SAUTEZ PAS de Frédéric Ernotte

Le résumé et  Mon avis  :

Est-ce forcément mal de ne pas faire le bien ? Assis sur le toit d’un des plus hauts gratte-ciel de Bruxelles, Mathias est songeur. Les jambes du laveur de vitres balancent dans le vide à plus de cent mètres du sol. Alors qu’il réfléchit au travail d’intérêt général que la justice lui a imposé (vendre en porte à porte des gadgets pour une association humanitaire), un homme paniqué surgit derrière lui. Mathias ne le sait pas encore, mais la minute qui va suivre va radicalement changer sa vie. Un engrenage impitoyable vient de s’enclencher…

:
Je suis ravie d’avoir eu l’opportunité de lire ce livre qui m’a été envoyé gratuitement par les éditions Lajouanie.
Ce livre est excellent. Il a tout bon.
Un personnage attachant, simple et généreux (même si ce n’est pas évident de prime abord).
Une histoire originale, plein d’amour, d’humour et d’émotions.
Un livre plein de suspense et de passion.
Un presque polar qui véhicule un message fort mais sans lourdeur.
Je suis bien heureuse d’avoir sauté à pieds joints (et sans nacelle lol) dans cette très belle histoire.
Je vous la conseille sans réserve.

Bonne lecture 🙂

Lire ICI le dédut de Ne sautez pas