Mauvaise main de Gilbert Gallerne


Le livre :  Mauvaise main de Gilbert Gallerne. Paru le 10 janvier 2019 chez French Pulp éditions dans la collection polar. 18€. (254 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv : 

Mauvaise main

Éric, quasiment à la rue avec une femme sur le point d’accoucher, n’a plus de travail.

Il n’a qu’une seule solution pour s’en sortir : quitter la ville pour rejoindre la scierie familiale, perdue en pleine ligne bleue des Vosges.

Un retour aux sources compliqué quand on n’a pas vu les siens depuis des années.

Il y a ça, et surtout les secrets de famille, sans compter les magouilles du frère aîné qui règne en véritable tyran sur le domaine.

Une France profonde et noire où il ne fait pas bon s’aventurer…

 

L’auteur : Gilbert Gallerne a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 2010 pour son roman Au pays des ombres. Il avait publié avant cela une vingtaine d’ouvrages dans les différents registres de la littérature populaire, de la SF jusqu’au Gore. Depuis quelques années il s’est orienté avec succès vers l’écriture de thrillers. Il est par ailleurs l’auteur d’une dizaine de traductions, parmi lesquelles Danse avec les loups et Basic Instinct.

 

Extrait :
Léo et Michel ont monopolisé la conversation, ce dernier généralement pour approuver ce que dit son aîné. Les femmes n’ouvrent la bouche que pour manger. Annabelle jette de temps à autre des regards circonspects à son beau-frère. De ce qu’Élise fera ce soir dépendra son futur statut. Elle demeure à sa place. Finit son assiette. Michel se tourne vers la table des enfants et interpelle sa fille pour l’envoyer aider sa grand-mère.
L’adolescente proteste qu’elle n’a pas terminé, mais son père la fait taire et elle se lève pour se diriger vers la cuisine en traînant les pieds. Élise se demande combien de temps elle restera à la scierie. Que peut-elle envisager d’autre ? Des études ? Ou bien est-elle condamnée à demeurer Ici pour torcher les plus petits tandis que les hommes débitent le bois, jusqu’à ce qu’un voisin vienne la chercher comme une pièce de bétail ? Élise n’est là que depuis quelques heures, mais déjà elle n’en peut plus. Elle jette un regard vers Éric, ses yeux lui mangent le visage. Il fixe ses frères, sa mère, avec une avidité qui l’effraye.Il parlait rarement de sa famille, qu’l avait depuis longtemps rayée de sa vie. Le destin qui s’acharne sur eux et le contraint à revenir ici s’apprête-t-il à lui jouer un nouveau mauvais tour ? Élise a l’impression de se trouver plongée dans une de ces romanes qu’elle lit à l’occasion. Sauf qu’il n’y a pas de château, pas de bel aristocrate ténébreux. Juste une scierie au bord de la ruine, et une famille qui n’a pas voulu d’Éric autrefois et ne semble pas davantage désireuse de l’accueillir aujourd’hui.
Éléonore revient avec un plat chargé de viande et Élise oublie ses soucis pour ne plus penser qu’à la faim qui la tenaille. Solange suit, portant une marmite d’où monte une bonne odeur de chou. Elle la pose sur la table.
– Voilà ! dit Michel. C’était pas dur ! Tu peux aider, tout de même ! T’es presque une adulte maintenant !
– Presque une adulte, tu parles ! intervient Léo en saisissant sa nièce par la taille. C’est déjà une vraie petite femme ! Regarde ça : elle a des nichons !
Et il referme les doigts sur la poitrine de Solange. La gamine se tortille pour échapper à son étreinte. Elise ouvre de grands yeux. Pétrifiée. Tout le monde s’est figé et fixe la scène. Il n’y a plus que Solange qui se débat et son oncle qui lutte pour garder son emprise.
– Lâche-la !
Le cri jaillit de la table des enfants. Ludovic bondit au secours de sa soeur en renversant sa chaise. Il saisit le bras de Léo mais celui-i tient bon, amusé par les efforts de sa nièce. Léo repousse l’adolescent d’un revers de coude et, gloussant, il écrase le sein de Solange qui gémit.
– C’est du ferme, dis donc !
Il est le seul à rire. Élise agrippe la table, se tourne vers Éric. Son mari a reculé sur sa chaise, dépassé par cette violence. Personne ne bouge. Ludovic se dresse seul contre son oncle. Bernard, le fils de Léo, fait mine de se lever à son tour pour secourir son père. Elise regarde les autres. Pourquoi demeurent-ils tous à leur place, laissant Ludovic se débrouiller ? pourquoi Michel se contente-t-il d’arborer un sourire niais devant son frère qui tripote sa fille, comme si la scène n’avait pas d’importance ? Pourquoi Annabelle reste-t-elle clouée sur sa chaise, la bouche ouverte sur une protestation qui ne vient pas ? Elise se tourne pour dégager son ventre de sous la table et prend appui pour se lever.
– Ça suffit ! Lâche-là !
L’ordre a tonné de l’autre bout de la pièce. Éléonore fixe son fils. Léo la défie du regard avant de pivoter vers Solange, toujours prisonnière, puis vers Ludovic qui tire sur son bras sans succès. Il demeure ainsi trois longues secondes. Il finit par relâcher la gamine. Elle recule en trébuchant, le rouge aux joues et les larmes aux yeux. A peine Solange écartée, Léo attrape Ludovic par le col. Il contraint l’adolescent à s’abaisser jusqu’à ce que leurs visages se frôlent.
– Et toi, petit con, me parle plus jamais comme ça. Quand tu seras un homme, on verra. D’ici là, reste à ta place !
Il le rejette. Ludovic lutte pour conserver son équilibre, le défiant toujours du regard. Léo se raidit.
– Ludo ! Ça suffit ! Va t’asseoir.
L’enfant fixe sa mère sans comprendre, ce qui lui fournit une excuse pour détourner les yeux et rompre le duel  qui l’opposait à son oncle. Mâchoires crispées, contenant des larmes de rage et d’humiliation, il regagne sa place.
– Bon, dit Éléonore. L’incident est clos. Qui veut du chou ?
– Commence par Élise, dit Léo en regardant sa belle-soeur. Je crois qu’elle a tellement faim qu’elle a failli se lever
Élise prend conscience que ses phalanges sont toujours crispées sur le rebord de la table. Elle se relâche, sans cesser de fixer Léo. Elle perçoit de l’amusement dans ses yeux, mais cela ne la rassure pas. Annabelle prend son assiette et la tend à Éléonore.

 

Chronique d’une flingueuse :

Les petits mots de Flo

Mauvaise main de Gilbert Gallerne

Eric est au chômage, sa femme Elise est enceinte. En grande difficulté financière, le couple n’a pas d’autre solution que de trouver refuge dans la famille du jeune homme, qui tient une scierie dans les Vosges.
L’accueil n’est pas des plus chaleureux. Il y a là Eléonore, la mère d’Eric qui l’a confié à sa soeur à l’âge de 12 ans pour que cette dernière l’élève. Marcel, 56 ans, est l’oncle d’Eric, un personnage inquiétant, qui observe, ne s’exprime que par bribes incompréhensibles.
Les deux frères d’Eric, Léo et Michel ont pris les rennes de la scierie et sont tous les deux mariés, le premier avec Rose-Marie, femme peu aimable avec le jeune couple. Michel est marié à Annabelle, qui va se lier d’amitié avec Elise. Il y a aussi les enfants des deux couples qui observent la venue de cet oncle, Eric, porteur d’une prothèse à la main et qu’ils n’ont jamais vu.
Elise va observer, découvrir le fonctionnement de ce clan dans lequel son mari tente de s’intégrer. Et progressivement les événements vont prendre une tournure angoissante.
Gilbert Gallerne signe un roman noir très prenant, à coup de chapitres courts au terme desquels la tension va crescendo. le premier chapitre donne d’emblée le ton du roman, en décrivant une scène terrible tirée de l’enfance d’Eric.
C’est finalement Elise, le personnage principal de ce roman, celle qui va observer, ressentir, entendre, réfléchir, analyser et ce personnage féminin est vraiment très réussi.
L’atmosphère est pesante, la tension en augmentation perpétuelle ; nous sommes dans un quasi huis-clos. Les scènes qui se déroulent à l’extérieur du territoire familial sont peu nombreuses. La violence est omniprésente, sourde ou affirmée, qu’elle soit verbale, physique, sexuelle mais le roman se lit très bien car Gilbert Gallerne n’est jamais dans la surenchère.
L’écriture de l’auteur est précise, très visuelle et je n’ai pu m’empêcher de me rappeler certains films vus dans ma jeunesse, comme “Les granges brûlées” de Jean Chapot ou bien encore “La veuve Couderc”, pour l’ambiance rurale dramatique.
Un vrai coup de coeur que je vous invite à découvrir !

Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda


Le livre : Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda. Paru le 28 novembre 2018  aux éditions JC Lattès. 18 € ; (256 pages) ; 13×20 cm. Traduit du japonais par Corinne Atlan.

4ème de couverture :

Au retour d’une expédition de vol à l’étalage avec son fils, Osamu recueille dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même et qui lutte pour survivre dans le froid glacial. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu’elle comprend que ses parents la maltraitent.

Malgré leur pauvreté, les membres de cette famille semblent vivre heureux, jusqu’à ce qu’un événement inattendu ne révèle leurs secrets les plus terribles…
L’auteur :  HIrokazu Kore-eda est né à Tokyo en 1962. Lui qui rêvait de devenir romancier a fait ses débuts comme assistant réalisateur à T.V. Man Union et s’est lancé dans le cinéma. Il est notamment l’auteur de Nobody knows (2004), Tel père, tel fils (2013), Notre petite sœur (2015) et Après la tempête (2016). Son œuvre est marquée par les thèmes de la filiation, la mémoire, la perte et la mort, ainsi que par l’entremêlement de la fiction et du récit documentaire.
Corinne Atlan, la traductrice, est romancière et essayiste, et a traduit une soixantaine d’œuvres japonaises, parmi lesquelles les romans de Murakami.
Extrait :
– Si on te tapait, tu sais, ce n’est pas parce que tu avais été vilaine. Et puis, c’est un mensonge, de dire à quelqu’un qu’on le tape parce qu’on l’aime ou parce que c’est pour son bien.
Nobuyo se souvenait de sa propre expérience, trente ans plus tôt. Sa voix, quelque part, ressemblait un peu à celle de sa mère.
– Quand on aime quelqu’un, voilà ce qu’on fait, dit-elle en serrant l’enfant contre elle, fort, très fort, jusqu’à ce que leurs joues soient collées l’une contre l’autre.
Elle sentait les larmes couler le long de ses joues. Des larmes tiédies par la chaleur du feu qui brulait le survêtement. Rin se tourna vers elle et essuya ces pleurs  de sa petite main.
  

Les émotions de lecture de Cécile

L’histoire d’une famille japonaise vivant de la débrouille. Le père vole à l’étalage aidé de son fils déscolarisé, la mère fait les poches des clients de la blanchisserie où elle travaille tandis que la fille aînée s’exhibe dans un peep-show. Ils recueillent un jour, dans la rue, une fillette maltraitée. Roman écrit par le réalisateur à partir de son film Palme d’or au Festival de Cannes 2018.

Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda

 

Après la Corée, j’ai pris le ferry direction le Japon pour un voyage chez ses laissés-pour-compte du Japon contemporain. Ce sont un peu des frères ennemis, un passé colonial, la seconde guerre mondiale, les plaies sont assez profondes entre les deux pays mais pourtant les liens sont forts même dans leur différence. La culture n’y échappe pas et leurs sensibilités littéraires m’enchantent.

Hirokazu Kore-eda a pris pour la première fois la plume pour cette affaire de famille qui est aussi un film. Je finirai par aller le voir sans crainte puisqu’il est à la fois le réalisateur et l’auteur de cette perle d’émotions. Que j’aime ces âmes cabossées, les lire comme les écrire, ces familles qu’on se choisit, ou qu’on se crée !

Leurs destins, leurs passés comme leurs avenirs ne font pas de cadeaux à cette famille de bric et de broc. Une veille dame indigne, une mère revêche, un père feignant et expert en vol à l’étalage, un fils qui ne peut pas dire papa à cet homme, une jeune femme avec le peep show comme seul moyen d’obtenir l’attention qu’elle n’a pas, et une petite fille maltraitée ! Sur le papier, peu de choses pour les aimer mais, pourtant, l’auteur-réalisateur avec son style cinématographique nous emporte avec eux.  C’est aussi doux que dur à la fois, ancré dans le réel mais avec une vraie poésie, brute et tendre, cru et délicat. Un mélange doux-amer comme je les apprécie !

 Le Japon comme la Corée gâtent mes émotions et mes lectures en ce moment.

Le fruit de ma colère de Mehdi Brunet


Le livre : Le fruit de ma colère de Mehdi Brunet. Paru le 15 mars 2018 chez Taurnada dans la collection Le tourbillon des mots. 9€99 ; (224 p.) ; 18 x 11 cm.

4e de couv :

Le jour où Ackerman vient demander de l’aide à Josey Kowalsky, le compte à rebours a déjà commencé. Il faut faire vite, agir rapidement.

Josey n’hésite pas un seul instant à venir au secours de cet homme qui, par le passé, a su le comprendre. Ensemble, ils vont découvrir que la colère et la vengeance peuvent prendre bien des visages. Et s’il était déjà trop tard ?

 

 

 

 L’auteur : Mehdy BrunetNé en 1974 à Bressuire dans les Deux-Sèvres, Mehdy Brunet aime le changement : Gironde, Haute-Savoie, Genève, île de la Réunion, Lozère, la Manche, un sentiment de liberté anime sa vie. Agent de maîtrise dans l’industrie technologique, ce n’est que très tard qu’il découvre sa passion pour l’écriture. Au fil des mots, une facette méconnue de sa personnalité va poindre à l’ombre de sa plume.
Extrait :
Disons que la loi est un outil formidable qu’il faut connaître sur le bout des doigts si l’on ne veut pas qu’elle se retourne contre soi, et malheureusement les procédures font parfois la part belle aux criminels. Toujours est-il que quelques jours après, ma collègue a aperçu la môme sur le trottoir en face du commissariat. Elle se tenait debout les bras le long du corps et se balançait d’un pied sur l’autre, comme si elle attendait quelque chose. Je suppose que ce qu’elle souhaitait, c’était apercevoir la seule personne qui avait su lui apporter un peu de réconfort. Seulement voilà, Valérie, c’était le nom de ma collègue, n’a pas eu le courage d’aller à sa rencontre. Elle est restée tétanisée derrière la fenêtre de son bureau et s’est contentée de l’observer, déversant toutes les larmes de son corps.

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Le fruit de ma colère de Mehdi Brunet

Une suite du premier roman de cet auteur où l’on retrouve avec plaisir Paul Ackerman, flic démissionnaire et Josey Kowalski exilé en Espagne. Ils sont bien mal en point nos deux personnages rescapés de leur précédente aventure. Cette fois c’est Paul qui va solliciter Josey pour retrouver son frère jumeau Eric. Au bout du chemin, y aura-t-il vengeance ? Quelle vengeance peut être légitime quand la maltraitance est au cœur des rapports humains, des modes opératoires diront certains ? Qui a raison, qui a tort et surtout jusqu’où serions-nous prêt à aller si nous étions à leur place ? C’est cette question que nous pose encore une fois Mehdi Brunet, sous un angle cependant différent du premier opus. Néanmoins on y retrouve l’importance de la famille. Un bon moment de lecture, rythmé et douloureux … même si je me suis un peu perdue dans la construction de la multinationale matriarcale et dans la traque finale, je ne regrette pas et je constate que l’auteur confirme son talent de conteur.

Vous pouvez aussi retrouvez ICI l’avis de Fanny sur Le fruit de ma colère

Sinestra d’Armelle Carbonel


Le livre : Sinestra d’Armelle Carbonel – Paru le 08 novembre 2018 aux éditions Ring dans la collection Ring Noir . 19.95 € ; ( 390 pages) ; 14x 22 cm

4ème de couverture :

Suisse 1942.

Le Val Sinestra, refuse isolé au cœur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le Mal a franchi la frontière avec eux.

Surnommée la ‘nécromancière’, Armelle Carbonel est avec son style viscéral et son extrême maîtrise du suspense en huis clos, l’une des voix les plus captivantes du thriller contemporain. Récompensée à onze reprises, experte en manipulation et rebondissements, la nouvelle référence française du thriller psychologique entraîne le lecteur au coeur d’une véritable symphonie paranoïaque, dont l’intensité suscite une angoisse quasi inédite dans le monde du thriller.

L’auteur : Armelle Carbonel est une jeune auteure née en 1975 à Paris. C’est dès l’âge de huit ans qu’elle commence par écrire des poèmes, puis viendra roman fantastique et pièce de théâtre. Le thriller va suivre rapidement, exutoire de ses propres démons et blessures d’enfance. La Nécromancière était née…

 

 

Extraits :
« Il lui arrivait parfois d’entendre les cloisons craquer. Il observait alors la pression qu’exerçaient les murs pour se rapprocher. On les aurait crus sur le point de resserrer dans le but de compacter sa carcasse de gringalet entre quatre planches minuscules qui l’empêchaient de respirer »
« Chacune d’elles tentait indépendamment de donner un sens à l’inconcevable. Aucune d’elle ne quitterait cet enfer pour un autre. Pas sans mettre un nom sur le changement qui s’opérait à l’intérieur, dans la tristesse et la douleur. Personne pour leur expliquer la mue de l’enfance à la conscience adulte, cette membrane fragile rongée par l’acidité de la vie »
« Un centre expérimental conçu en plein chaos, un sous-sol rempli de bocaux exposés en guise de trophées. Des membres sciés, des cranes chauves désolidarisés de leurs corps minuscules. Des répliques macabres recouvertes par des poussières d’années. »

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Sinestra d’Armelle Carbonel

Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas été perturbée de la sorte par une lecture … ça fait deux nuits que je rêve de ce Val de Sinestra ! Comment fait donc Armelle Carbonnel, avec son sourire d’ange, pour imaginer de telles horreurs ? Du grand art ! J’avais commencé l’année avec Avalanche Hôtel de Niko Tackian où le bâtiment était lui aussi un personnage à part entière … deux lieux anxiogènes suisses du même acabit, néanmoins les monstres des Grisons sont encore plus inquiétants et là s’arrête la comparaison.
Certes le martyre d’enfants pendant la seconde guerre mondiale a déjà été traité maintes fois, ici les lecteurs le vivent de l’intérieur …à noter que le bâtiment est de temps à autre le narrateur. L’antisémitisme n’y est pas le mobile des exactions. On y trouve des personnages parfois caricaturaux, les odieux parfois bienveillants, les mères possessives et exclusives, des enfants pas souvent innocents, chaque catégorie n’étant pas « étanche » aux caractères dominants des autres. Ces 390 pages font de Sinestra un thriller d’horreur bien noir avec son lot de rebondissements inattendus et de manipulations malveillantes à lire assurément en prenant le temps de l’imprégnation de l’ambiance gore et glauque à la fois. L’auteure a usé du rythme et de l’alternance des situations pour donner aux lecteurs les temps de pause nécessaire pour supporter la tension.

Deuxième roman que je lis d’Armelle et la même angoisse, la pudeur en plus. Très bon moment de lecture que je recommande !

Lu en version papier

 

Parasite de Sylvain Forge


Le livre : Parasite de Sylvain Forge – Paru le 13/03/2019  aux éditions Mazarine dans la collection Thriller . 17 € ; (426 pages) ;  13 x  21 cm

4ème de couverture :

La capitaine  Marie Lesaux, fraîchement débarquée au sein de la brigade de protection de la famille de Clermont-Ferrand, se voit confier, sous le sceau de la plus grande des confidentialités, l’étrange mission de tester les capacités de son nouveau coéquipier. Valmont, réputé infaillible et doté d’une puissance de travail sans égale, serait capable d’élucider des affaires non résolues, quelle que soit leur complexité.

De fait, Valmont n’est pas un policier comme les autres, mais bien une somme d’algorithmes, un formidable programme expérimental ultra secret à la puissance de calcul phénoménal mis en place par l’État français pour lutter contre toutes les formes de criminalité  : un savant mélange d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle que Marie va devoir appréhender pour mieux comprendre le formidable champs des possibles permis par la police 2.0.

Assistée d’Ethan Milo qui a travaillé sur le projet et qui vit cloué dans un fauteuil des suites d’un attentat, mais en but à l’hostilité de certains de ses collègues, la jeune capitaine va mettre Valmont sur le cas du «  suicide  » d’une fillette d’origine africaine retrouvée au pied d’une tour.
La gamine est-elle vraiment tombée toute seule ? Quel crédit accorder à cette rumeur insistante dans les quartiers, entre terreur et légende urbaine, indiquant qu’une «  hyène  »  vaudou, mi-homme, mi-animal, tournerait dans les citées pour «  voler  » des jeunes filles  ?

Le fait est que des disparitions ont bel et bien eut lieu et que la population se tait. Un symbole étrange, là où il n’y avait été question que de morts naturelles ou d’accidents, se trouve sur bien des scènes de ce qui va très vite devenir des crimes irrésolus.

Il se trame quelque chose dans l’illusoire banalité des jours…

Marie et Ethan Milo, aidés du programme Valmont, vont bientôt être confrontés à une épouvantable vérité venue du fond des âges.

L’auteur …Né(e) à : Vichy , 1971. Après une enfance en Auvergne, des études de droit et un passage à Paris, Sylvain Forge voyage et s’imprègne de multiples ambiances, de l’Afrique du Sud au Canada. Il vit désormais à Nantes.
Un premier roman – resté dans un tiroir – plante en lui les germes d’une passion future pour l’écriture. Durant plusieurs années, il bâtit des scénarios de jeux de rôle qui lui donnent le goût de raconter des histoires. Élaborer une intrigue bien ficelée : voilà son plaisir.
Son premier livre, « La ligne des rats », paru en mai 2009 aux éditions Odin (Nantes), est un thriller écologique sur les pesticides.
Sylvain Forge est aussi amateur d’histoire ; ancien guide touristique, il a signé avec « Le vallon des Parques » (éditions du Toucan) un deuxième opus dont les péripéties se déroulent à Vichy en 1943.
L’auteur a bouclé un troisième roman paru fin 2013 « La trace du silure » dont l’intrigue se déroule à Nantes.
Il a reçu le Prix 2018 du quai des Orfèvres au nouveau siège de la PJ parisienne pour son roman « Tension extrême ».  
Extraits :
  « Les escape room, selon ce qu’il comprenait, étaient des jeux d’évasion grandeur nature où les participants, réunis en groupes, disposaient d’un temps donné pour s’échapper d’un endroit clos. Pour ce faire, ils devaient découvrir des objets et résoudre des énigmes, en se prenant pour des chevaliers, des détectives ou les passagers d’une navette spatiale, selon les thèmes du moment.
Un truc pour se faire peur.
L’antre de Jack, sans surprise, proposait une immersion dans un décor londonien, contemporain de Jack l’Éventreur. Masson voulut téléphoner au commissariat avant de se raviser : monter une opération mobilisant du personnel en si peu de temps relevait de la mission impossible. Il se contenta d’un coup de fil à la brigade, prétextant un motif personnel. Le collègue qu’il cherchait décrocha.
— Salut Pierre, dis-moi, j’ai logé un drôle de pistolet qui bosse dans une salle de jeu dénommée L’antre de Jack. Tu connais ?
— Et comment !
— Pour quel motif ?
— C’est la Mecque de l’escape room. Tous les ados y sont. Ils ont au moins trois parcours. Il y a des espaces un peu sales, genre backroom. On sait que ça deale pas mal et il doit y avoir du racolage. Si mes gamins vont là-bas, je les tue. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Parasite de Sylvain Forge

On attendait le lauréat du mythique prix du Quai des Orfèvres 2018 … saura-t-il transformer l’essai ? En fait d’essai Sylvain Forge signe ici son huitième thriller (Pire que le mal étant une réécriture de La ligne des rats) et situe son action en Auvergne, sa région natale. Dans la même région que Sous la ville, mais en surface cette fois et le lieu importe peu dès lors que l’action se situe en province.

Après Tension extrême où le lecteur était plongé dans le quotidien flippant et connecté et qu’il proclamait la main sur le cœur qu’il ne se laisserait pas prendre et qu’il veillerait à cette hyper dépendance, cette fois il se dit qu’il peut être le jouet des manipulations de ses congénères … sans aucune forme de réaction possible.

Heureusement la haute technologie lui fait entrevoir le salut, sous la forme d’un logiciel expérimental. On sent très présent le professionnalisme de l’auteur sur le sujet.

Un darknet sous-jacent, de la maltraitance et l’exploitation des personnes fragiles, la souffrance des victimes, autant de thématiques humanistes que développe Sylvain Forge au fil de ses romans.

Deux volets donc dans ce thriller : l’humain et la technologie, qui font leur petit bonhomme de chemin au cours de ces 426 pages, très richement documentées, en s’imbriquant progressivement.

Que dire de plus que la 4ème de couverture déjà bien (trop) évocatrice, sans déflorer l’intrigue ?

J’ai beaucoup aimé !

Le rythme y est soutenu, les chapitres courts, les personnages attachants et singuliers, même Valmont qui inspire la crainte mais démontre son efficacité contre vents et marées.

Oui Sylvain Forge tient ses engagements et cependant promet de changer (oui vraiment) de genre pour 2020 avec tout de même du noir, mais moins de flics !

Je remercie l’auteur pour sa confiance et les éditions Fayard-Mazarine pour m’avoir permis de lire ce thriller en avant-première

extraits 2 – 3 et 4 :
« Marie fit un pas dans sa direction quand il lui sembla que quelque chose vivait dans les ramifications du taillis. Une chose que Marie aurait pu tirer de sa torpeur et qui, désormais, flairait sa présence. La jeune femme se figea aussitôt. Le végétal occupait pratiquement toute la cave. Les feuilles vibraient et bougeaient, sans brise aucune, et ses fruits faisaient de même, comme des clochettes. Jamais Marie n’avait rencontré pareille créature. Le duvet de ses bras se dressa sous ses manches comme les poils d’un chat avant même qu’elle n’eût pris conscience de la terreur qui venait de la submerger. »
 
« À un certain niveau d’implications, la criminalité devient intouchable, comme l’argent de la drogue lorsqu’elle est réinjectée dans l’économie légale. Et avec la pédophilie, c’est pareil ».
« L’imagerie cellulaire à haut débit a bouleversé notre compréhension de la vie parasitaire, commenta la scientifique en cliquant sur un fichier présent sur le bureau de son ordinateur.
— De quoi s’agit-il ?
— Une séquence reproduite à l’aide d’un microscope automatisé : des milliers d’images qui témoignent comme dans un film de l’activité du toxoplasme. »
 
« — En général, le toxoplasme se fixe dans la zone du cerveau dite « limbique », là où sont régulées diverses émotions, comme la peur. Chez la souris, quand tout fonctionne normalement, des neurotransmetteurs déclenchent une attirance face à l’odeur d’une femelle et une répulsion lorsque surgit l’odeur du chat. C’est ainsi que le rongeur est conditionné pour survivre. Mais ce que nous voyons en ce moment, c’est comment le parasite s’y prend pour tout court-circuiter.
— Il affecte le cerveau du chien, comme celui des rongeurs ou des chimpanzés ? lança Marie.
— Exactement. »
 

mots clefs : 

Des poignards dans les sourires de Cécile Cabanac


Le livre : Des poignards dans les sourires  de Cécile Cabanac. Paru le 07 février 2019 aux éditions Fleuve éditions  dans la collection Fleuve Noir  19.90 €   ;  (480 pages) ; 14 x 21  cm. 

 4ème de couverture :

Avec ce huis clos provincial où les faux-semblants ont de beaux jours devant eux, Cécile Cabanac signe un premier polar chabrolien hautement maîtrisé.

Catherine Renon n’a plus vu son mari François depuis des jours et ne semble pas s’en émouvoir. Dans ce coin d’Auvergne où les rumeurs blessent et tuent, pas question de prêter le flanc à la calomnie. Et surtout pas à sa belle-mère, veuve solitaire qui voue à son fils un culte tout en démesure.
Virginie Sevran et Pierre Biolet, du SRPJ de Clermont-Ferrand, ont été appelés pour constater la présence d’un corps démembré et en partie brûlé au Col des Goules.
C’est la première enquête de Virginie depuis qu’elle a quitté le 36, quai des Orfèvres pour la province, à la stupéfaction de ses proches. Quant à Pierre, il observe sa nouvelle coéquipière d’un œil à la fois bienveillant et inquiet. Qu’est-elle venue chercher ?
Quand l’enquête met un nom sur ce corps, celui de François Renon, les questions les plus folles surgissent, avec une seule certitude : tous les meurtriers possibles de ce fils de bonne famille sont autant de facettes d’une victime annoncée.

L’auteur : Native du Pays Basque, Cécile Cabanac née au Pays Basque en 1976, fait ses armes en presse écrite au journal Sud-Ouest.
Après une Maîtrise d’histoire contemporaine à l’Université Montaigne à Bordeaux elle a ensuite intégré l’Ecole de Journalisme de Lille. Elle s’y spécialise dans l’audiovisuel.
Diplômée de la 75 ème promotion, elle rejoint, en 2001, TF1 à Paris comme JRI (journaliste reporter d’images).
Maniant avec dextérité la caméra, elle réalise de nombreux reportages pour journaux télévisés de TF1 et LCI.
En tant que journaliste réalisatrice, Cécile intègre ensuite « Le magazine de la santé » sur France 5. Elle sera également chroniqueuse au « Magazine de la Santé » ainsi qu’aux « Maternelles » sur France 5.
En parallèle elle réalise des documentaires de société pour France 5 et de nombreux numéros de l’émission « Faites entrez l’accusé » sur France 2.
Passionnée par la création, l’art, la musique, la mode et l’image bien sûr, Cécile met aujourd’hui sa solide expérience à profit au sein de Bonne-Graine dans une région chère à son cœur. Elle a quitté Paris il y a quelques années pour repartir au Pays basque avec son mari et son fils.
« Des poignards dans les sourires » est son premier roman. 
 
 Extrait :
« Son corps est aussitôt agité de secousses. Son arme lui échappe des mains, elle est prise d’une subite suée, sa vue se brouille. Elle manque de chavirer.
Biolet découvre à son tour la scène d’horreur et vomit aussitôt, pris de fortes convulsions. La salle de bains grouille d’insectes et de larves. L’odeur est maintenant insoutenable. Dans la baignoire, un cadavre en décomposition. Les jambes flageolantes, Sevran s’approche du corps en tenant plus fermement son pull sur sa bouche et son nez. Le macchabée qui gît à ses pieds n’a plus rien d’humain.
Un hurlement strident se met à déchirer le silence, une créature bondit sur elle et s’enfuit entre ses jambes. Un cri de peur et de nervosité s’échappe de la gorge de la capitaine qui devient blême et méconnaissable. Un chat avait dû se nicher au plus près de son maître. La tête enfoncée dans les épaules, elle a l’air soudain minuscule. Le sol en carrelage est un cimetière de mouches et de larves dont elle écrase les petites carcasses à chaque pas. Ce broiement excite encore davantage les insectes en plein travail. Elle s’approche pour examiner plus en détail le corps allongé devant elle. Il y a du sang noir sur les parois et au fond de la cuve. La tête est sans visage, pourtant une bouche ouverte semble se distinguer encore. Biolet est livide. Il tient à peine debout contre le mur. Elle lui fait signe de quitter les lieux. Ils dévalent les escaliers, terrorisés.
Une fois dehors, elle lâche son pull et gonfle ses poumons d’oxygène, tandis que son équipier tombe à genoux sur le sol. Il leur faut quelques minutes pour reprendre leurs esprits. Jamais Sevran n’a assisté à un aussi terrible spectacle. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

« Là où nous sommes, il y a des poignards dans les sourires des hommes, proche du sang, plus proche du sanglant. »

Macbeth, 1623, William Shakespeare. »

Un père de famille détestable à souhait disparaît, sa femme ne déclare pas sa disparition, trop heureuse de cette aubaine. Elle va enfin profiter de la vie, changer de look et c’est ce qui va déranger les bien-pensants locaux …

Un corps sans tête et démembré est retrouvé au milieu de nulle part, l’enquête est confiée à un tout nouveau duo d’enquêteurs de Clermont-Ferrand, qui s’apprivoise en peinant à identifier le corps…

Il n’y a que le lecteur pour y voir des convergences. Mais si le lecteur se trompait …

Des fausses pistes comme s’il en pleuvait, de la malversation politico-économique et l’immersion dans les milieux libertins,  des trahisons à l’usurpation d’héritage, de bons vieux secrets de famille à vous légitimer n’importe quel mobile, bref une profusion de mensonges…

480 pages pour une intrigue dense et une enquête qui piétine … le lecteur peut parfois s’impatienter car pour partie, il sait lui. Mais il sera récompensé par le dénouement assez inattendu quoique …

En même temps c’est une chronique rurale, dans les environs de Clermont-Ferrand, en hiver donc il faut prendre des précautions pour ne pas déraper sur les pistes de l’assassin !

Lu en version numérique. epub 13.99 €

Extraits :
« L’enquêtrice se concentre sur les gestes de la légiste pour éviter de donner le champ libre à ses pensées. Elle note que son visage est marqué ce matin. La professeure pose sa lame à la base du cou et trace une ligne droite le long de l’abdomen. Soudain, une odeur de viande pourrie et d’excrément insoutenable s’échappe des fentes ouvertes du cadavre. Sevran est prise d’un haut-le-cœur. Elle se penche en avant dans un mouvement automatique et tente de retenir une contraction de son estomac. De l’autre côté de la table d’examen, Sophie Brun explose de colère :
— Putain de bordel de métier à la con ! »
 « Le vent froid lui glace les os. L’odeur de crottin et de bois humide s’engouffre dans ses poumons. Elle voudrait s’enfoncer profondément dans la forêt et ne plus jamais revoir un des membres de cette famille vipéreuse.»

Le voyage de Madison de Chris Loseus


Le livre : Le voyage de Madison de Chris Loseus – Paru le 22/02/2019 aux éditions Eaux Troubles  – Le prix broché 21 € – epub variable selon les plateformes (294 pages) ; format 14.5 x 21  cm

 

4ème de couverture :

Un road trip, depuis Détroit jusqu’à San Diego, de la jeune et jolie Madison, au volant d’une vieille Chevrolet Camaro, qui se transformera au fil des kilomètres en un voyage angoissant et troublant. Plusieurs meurtres jalonneront sa route qui aurait dû être paisible. Pour percer ce mystère il faudra ouvrir les portes cachées de ce thriller psychologique habilement composé par Chris Loseus.

L’auteur : Chris Loseus né le 26/08/71, est un auteur Français de romans et séries de langue française.Passionné de ski, il a vécu de sa passion jusqu’en 2003. Il raccroche les skis à 31 ans et devient alors Sales Manager durant une dizaine d’années. Il multiplie les voyages sur l’international et découvre des cultures différentes et des émotions nouvelles. Il partage aujourd’hui sa vie entre l’écriture de ses romans, le ski, et des missions de consulting.
Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants.
Depuis 2013, Chris Loseus comptabilise plusieurs dizaines de milliers de lecteurs…

 Extraits :
Une certaine vision de la France …
« — Alors… des ruelles pavées… Très étroites, un peu sombres. Et puis de grandes avenues, avec de la lumière. Des contrastes. Et dans ces ruelles, des restaurants derrière des carreaux. Des terrasses de café, des gens qui fument, qui parlent, qui rient. Des arbres dans la ville. Des filles qui sentent le savon et l’eau de Cologne. De beaux immeubles, un peu anciens, et des grands magasins… Avec des vitrines pleines de robes. Une certaine légèreté, de l’insouciance…
Elle avait marqué un temps d’arrêt, enfourné le contenu de sa fourchette, mâché, hoché la tête.
— Oui, c’est ça ! J’imagine une ville pleine de contrastes. Et les Français, un peu bruts, mais vivants. C’est comme ça que j’imagine la France. Alors ?
— C’est assez juste. Je voulais m’assurer que tu n’étais pas dans les caricatures… Et tu n’y es pas. La France, c’est… Oui, on peut le dire comme ça. C’est comme une friandise, tu vois. Quelque chose de pas parfait, mais de bon. Les gens râlent souvent, et puis deux minutes après, ils rigolent et trinquent. Tu as Paris, ces lumières lorsque la nuit tombe, cette impression que le temps s’est arrêté, que la vie continue, qu’elle est à croquer à pleines dents. Pas de coins obscurs, mais des quartiers ; pas comme chez nous, pas des blocs, des quartiers, avec une identité propre à chacun. Et puis des terrasses de café, les gens qui s’y retrouvent pour refaire le monde, comme ils disent. Et la friandise absolue, le Sud… Ce petit coin pittoresque qui ridiculise Los Angeles par sa simplicité et sa vérité. Des ruelles gorgées de soleil, un accent qui rend incompréhensible le peu de français que tu maîtrises. Une joie de vivre, les places avec des fontaines, des platanes, et toujours ces fameuses terrasses de café face à la Méditerranée. Il y a des marchés avec des gens qui parlent fort pour vendre leurs produits, des étals avec des fruits, des légumes, du fromage… Tout en plein air, sans protection, sans film plastique ou paraffine… C’est sans doute le plus beau coin qu’il m’ait été donné de connaître. Des klaxons, des petits ports de pêche, et toujours les Français qui parlent trop fort, crient et rient. C’est ça, la France, Madison. Une friandise… Pas parfaite, mais vivante, on y mange, on y boit, on y danse… Pas comme chez nous, en toute simplicité, un peu comme une image sépia, avec un côté passé et empreint de nostalgie. » 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Le voyage de Madison de Chris Loseus

Ça commence comme Thelma et Louise, le film de Ridley Scott mais après ça se complique …l’angoisse va grandissante au fil des pages. Elle est sympathique cette Madison et elle provoque l’empathie du lecteur avec ses meurtrissures et la perte de son compagnon.

Madison a la mémoire qui flanche, elle a perdu ses souvenirs d’enfance et de jeunesse. Au fur et à mesure de la narration, au cours de ce voyage qui l’emmène au chevet de sa mère mourante, elle va nous ouvrir ses tiroirs secrets où se sont oubliés ses souvenirs.

Le récit de ce road trip est dérangeant … à la fois trop simple et trop complexe pour ne rien cacher de cette évidence pleine de surprises et de perversité, de la vérité. Mais quelle vérité ? Il faudra attendre l’épilogue pour donner tout son sens au puzzle de cette manipulation mentale.

C’est le premier roman que je lis de Chris Loseus qui a su remarquablement écrire au féminin. J’ai aimé la finesse du ton et la pudeur dans l’expression des sentiments. Tout est fluide et intime sans excès, même la violence. Les rires y côtoient les larmes et le lecteur est leurré jusqu’à la fin. Très agréable lecture.

 Merci aux éditions Eaux Troubles et à l’auteur pour leur confiance.

Lu en version numérique.

Remerciements auteur-éditeur

Extraits :
« — Tu vois de quoi je veux parler, Madison ? On va les appeler tiroirs… Tu en as plein dans ta tête. Des souvenirs, des beaux, des moins agréables, que tu as entreposés dans ton cerveau. C’est un peu comme un endroit où tu te rends de temps en temps. Imagine un vieux grenier, avec toutes ces choses qui traînent. Tu te promènes au milieu, certains coins sont éclairés par la lumière qui passe par la petite lucarne, et d’autres sont cachés dans l’ombre, et tu ne t’en approches pas. Un peu comme s’il pouvait y avoir un monstre. Tu sais, comme quand tu es dans ta chambre le soir, et que des ombres apparaissent quand ta maman éteint la lumière. Les choses les plus simples peuvent devenir inquiétantes. Tu sais qu’elles sont là, tu les as déjà vues, mais tu ne les regardes pas. Tu vois ce que je veux dire ? »
 « Hey ! Tu parles de quoi avec tes parents ? Tu leur dis qui tu es ? Ce que tu aimes ? Ce qui te fait peur ? Ils te posent des questions ? »
« C’était compliqué, tout n’était pas clair, des pans entiers de son existence avaient disparu dans les tiroirs secrets de monsieur Grands-yeux-verts-derrière-ses-lunettes. C’était comme si tout s’était arrêté au moment où elle avait entendu les pas d’une fuite s’éloigner sur le béton, quand les sirènes arrivaient et que Stan cessait de respirer.
Mais elle tenait quelque chose. Les pièces manquantes allaient lui être données, elle en était sûre.»

 

L’empreinte de la chair de Sabine Bolzan


Le livre : L’empreinte de la chair Volume 1, Justine de Sabine Bolzan – Paru le 23 novembre 2018 aux éditions L@ liseuse –  16.99 €  (224 pages) ; format  23 x 15  cm

 4ème de couverture :

Un thriller psychologique en région de Sauternes. Une jeune fille de dix-sept ans a disparu sur une plage du Cap Ferret. C’est le sixième enlèvement – à caractère sexuel – en cinq ans. Les corps de cinq autres jeunes filles ont été retrouvés, grâce aux visions de Justine Edison, amie d’enfance du lieutenant de police Alexis Beauregard. En lutte avec les affres de l’anorexie depuis son adolescence, Justine est devenue médium suite à un accident de voiture qui l’a privée de l’usage de ses jambes et l’a contrainte à changer son regard sur elle-même. Tout pousse à croire que les meurtres ont été perpétrés par le même tueur. Mais cette fois, Justine a vu la jeune fille vivante, ainsi que le lieu où elle a été enlevée. Justine Edison parviendra-t-elle à fournir assez d’indices, pour que la police retrouve l’adolescente, avant qu’il ne soit trop tard ? Au fur et à mesure que l’enquête avance, l’étau se referme petit à petit sur Justine et son entourage, révélant les blessures passées et un lourd secret. Sabine Bolzan signe là un thriller avec les codes classiques du genre, mais aussi un roman plus personnel et émouvant.

 

L’auteur : Après un Bac Littéraire, Sabine Bolzan s’oriente vers des études d’Anglais et enchaine Deug, Licence, et Capes. Enceinte de sa fille ainée, elle ne poursuit pas dans la voie de l’enseignement, afin de se consacrer au magnifique bonheur d’être maman. En 2006, elle ouvre des chambres d’hôtes, ce qui lui permet d’exprimer sa passion de recevoir, de cuisiner et son envie de prendre soin des autres. Au fil de ces années, elle a la joie de devenir maman deux autres filles. Elle décide alors de créer son blog Les Ateliers de Sam , où elle décrit toutes ses passions : la cuisine, la déco, la lecture, l’écriture, la nature, les animaux, les gens…Fin 2010, Sabine a l’idée d’une rubrique sur les femmes de notre temps : actives, mères, épouses, filles de, amies de… C’est ainsi qu’elle devient journaliste puis coordinatrice de la rédaction du magazine Bordeaux Madame et Bordeaux Madame Maison. Elle participe également au lancement du magazine Côte Basque Madame. Conjointement, elle crée son entreprise de décoration et réalise de nombreux chantiers. Fin 2015, l’identité de Justine s’infiltre dans son cerveau. Sabine doit alors raconter son histoire. Elle se met donc au clavier. Depuis, entre Sauternes, Bordeaux et le Cap Ferret, Sabine virevolte pour trouver la sagesse, la plénitude et la contemplation.
Extrait :
« Minette le tire de sa rêverie. Elle monte sur ses genoux et relève sa jupe. Elle prend ses mains et les pose sur ses seins durcis sous l’effet du désir. Elle est toujours ainsi quand ils ont enlevé une nouvelle proie : impatiente, ne tenant plus en place. Elle a conservé la fougue de ses jeunes années tout en devenant plus machiavélique et extrêmement violente. Il aime ça.
Il n’en revient toujours pas. Grâce aux réseaux sociaux et à internet, ils ont rapidement trouvé des contacts pour vendre les tableaux de Minette, qui s’arrachent à prix d’or. Il y a vraiment des pervers partout. Ces mecs-là, ils ont ce truc en eux qui les excite sans toutefois passer à l’acte. Minette et lui sont devenus leurs dealers en quelque sorte. Et ils s’en mettent plein les poches ! »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Si je vous dis qu’il s’agit de la saga familiale d’une petite fille riche et que l’auteur annonce d’entrée qu’il s’agit d’une trilogie … j’aurai sans doute raison mais c’est très réducteur tant ce premier roman, véritable roman noir, thriller psychologique, premier volume d’une trilogie certes, est complexe sous bien des aspects. Saga familiale oui mais dans une famille atypique, dans des paysages somptueux du Sauternais et du Cap-Ferret, où la grand-mère n’est pas la grand-mère, où le jumeau n’est plus tout à fait le jumeau, où l’enfant n’est en fait pas vraiment l’enfant, où l’émancipation passe par la guérison de l’anorexie chronique sous fond d’enlèvement en série et de médium temporaire.

Tous ces éléments constitutifs de la personnalité de Justine, ambitieuse, ambigüe et féministe vont emmener le lecteur à sa poursuite avec la question lancinante … ange ou démon ? Faut-il aimer ou haïr Justine ? La réponse au bout de ces 224 pages d’une très agréable lecture.

Lu en version numérique. – epub 2.99 €

Extraits : 
« Il sourit en revoyant une scène. C’était fin septembre. Il a oublié l’année. Mais c’était à l’époque où tout allait bien entre eux et où les enfants étaient encore si petits. Tous les quatre avaient couru le long des rangs jusqu’aux chais. Charles était en train de verser le raisin dans la cuve. Il avait attrapé Estelle et Antonin et les avait bloqués sous ses bras. Ils hurlaient de rire. Puis, il leur avait demandé d’enlever leurs chaussures et avait nettoyé leurs pieds au jet d’eau. Leur fille criait « ça fait des chatouilles ». Il les avait de nouveau soulevés pour les déposer au milieu des grappes. Les enfants avaient fait les gros yeux. Justine et lui s’étaient également déchaussés à la hâte et avaient sauté dans la cuve. « C’est ce qu’on appelle le foulage, les enfants. On m’a toujours dit que c’est ainsi qu’on extrayait le meilleur du raisin. Alors, allez-y explosez les graines ! ».
Il entend encore leurs rires. Si cristallins, si enfantins. Le jus ainsi tiré devint le vin de leur famille. Petite production, mais c’était celle de huit pieds.
« — Tatie, elle est où maman ? Je l’aime pas le monsieur, il m’a tapé et maman aussi.
Je le serre fort contre moi, en lui murmurant que tout va bien.
Je le prends dans mes bras et me dirige vers les toilettes.
Là, je pose Corentin au sol, puis soulève la trappe.
— Écoute-moi, mon ange. Je vais d’abord passer par le trou que tu vois dans le mur.
— Pourquoi tu parles doucement ?
— Parce qu’on fait comme si on jouait aux pirates. Et nos ennemis ne doivent pas nous entendre.
— Comme le méchant monsieur ?
— C’est ça. Et le trésor qu’on doit trouver est tout au bout du souterrain.
— C’est un passage secret ?
— Oui.
— Je « trouvera » le trésor, alors ?
— Bien sûr. Mais pour ça, il faut être un grand garçon et ne pas avoir peur du noir.
— Tu restes avec moi ?
— Je ne te quitte pas. Alors, une fois que j’ai enjambé le trou, tu me rejoins, OK ?
Corentin pince ses lèvres tout en hochant la tête. Je sais qu’il est terrifié, mais l’idée de trouver un trésor l’aide à combattre la peur. »

 

Parasite – Arnaud Codeville


Le livre : Parasite d’Arnaud Codeville – Paru le 17 janvier 2019 – autoédité – Le prix broché 16 € – epub … €( 412 pages) ; format 20 x 13 cm

 

4ème de couverture :

Au cœur de la forêt de Raismes, près de Valenciennes, quatre adolescents repèrent un monastère en ruine. Ils y découvrent une crypte condamnée où résonnent encore les rites d’un culte païen. Ils ne sont pas seuls ; Tapie dans l’ombre une menace les guette.

 

 

L’auteur : Arnaud Codeville né en 1980 dans le nord de la France, ce jeune graphiste et web designer est avant tout un passionné. Adolescent, il découvre le cinéma horrifique et comprend immédiatement que cet univers va prendre une place importante dans sa vie. Il aime avoir peur.À 17 ans, Arnaud croise la route du jeu de rôle L’appel de Cthulhu . Il dévore dès lors les textes de H.P. Lovecraft, devient maître de jeu et écrit ses propres scénarios.

 

 

 

 

 Extraits :

« Ben gravit les escaliers en courant et lorsqu’il découvrit l’état dans lequel son père avait laissé sa chambre, il crut tomber en syncope. Tout était sens dessus dessous. Le bureau était désossé, tiroir et contenu, renversés. Les livres de sa maigre bibliothèque étaient à terre et tous ouverts. Certains avaient le dos déchiré comme si on avait essayé de révéler un secret caché dans leurs entrailles. Par chance, ceux que Samuel lui avait prêtés étaient encore intacts. L’armoire dépouillée de vêtements et même le matelas avaient été retournés. Qu’est-ce qu’il espérait trouver ? des faux billets, de la drogue… et quoi ? des armes ?
L’attitude de son père reflétait bien la confiance que celui-ci lui portait : proche du néant. Ben le savait. Il redressa son lit qui retomba lourdement sur le plancher. Il replaça le matelas et s’assit un instant pour remettre de l’ordre dans ses idées. Les coudes sur les genoux, il balaya la pièce du regard. Depuis des mois, la famille ne vivait plus que sur l’indemnité versée par la société minière après le licenciement de son père ; le peu que possédait Ben avait donc beaucoup de valeur pour lui. Il avait toujours pris soin de ses affaires ; voir son antre, son refuge, son havre de paix dans cet état-là était pour lui une véritable souffrance. Il se leva et commença à rassembler les morceaux de planches de son bureau. Sa poubelle aussi avait été retournée. Parmi les détritus, il aperçut un bout de papier chiffonné. Il tendit la main pour le ramasser.
C’était un mot d’Alexandre. »

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Parasite – Arnaud Codeville

Je ne suis pas fan des romans fantastiques mais j’avais lu avec plaisir les deux premiers d’Arnaud Codeville et j’avais aimé son écriture. Je le remercie donc de la confiance qu’il m’a témoignée en me permettant de lire celui-ci.

D’abord une riche idée que de situer son action sur la Trouée d’Arenberg, tout le monde connait ce lieu, grâce au Tour de France, par tous temps c’est devenu mythique et son environnement minier dévasté est maintenant bien ancré dans notre inconscient collectif. Pourtant on n’y a pas froid en cet été 1982, alors que commence l’aventure de cet étrange « club des 4 » cyclistes adolescents, avides de découvertes et d’étrange.

Une quinzaine d’années plus tard nous retrouvons Ben, jeune veuf confronté à un deuil difficile, sous traitement et sujet à des hallucinations. Il va essayer de résoudre les mystères laissés sans réponse depuis cette terrible journée de 1982.

Symboles païens et religieux, envoûtement, phénomènes paranormaux parfois extrêmes (là c’est la mécréante qui parle) servent ce suspense bien rythmé.

Une écriture efficace, agrémentée de la fraîcheur de ces adolescents à la solidarité (presque) sans faille, prêts à prendre les risques qu’il convient à leur âge, au temps de leurs premières amours, confrontés aussi à la maltraitance indélébile.

Lu en version numérique.

 

 Extrait : 
Une référence à la tour de Sélénite …
« Il se leva et alluma le téléviseur d’un geste las. Une émission culturelle sur Antenne 2 relatait l’expédition macabre d’un groupe d’universitaires qui s’étaient rendus dans un phare en Loire-Atlantique. Ben s’y attarda quelques minutes, les paupières à moitié closes, lorsqu’une phrase prononcée par son père éveilla son intérêt : « Je te dis que les gosses sont tombés sur un autre conduit, un de ceux que l’équipe B avait trouvés avant de …  »
 
« Il se leva et éclaira des cartons rongés par l’humidité. Il en déplaça une bonne dizaine, délogeant ainsi une myriade d’insectes en tout genre. Il ne se laissa pas décourager, riva la lampe entre ses dents afin de bénéficier de plus de latitude dans ses mouvements. Au bout de cinq longues minutes, il découvrit avec nostalgie son ancien vélo. Celui-ci ne correspondait plus vraiment au souvenir qu’il en avait gardé : le cadre était rouillé, les pneus, grignotés par la moisissure, et les câbles pendaient comme de vulgaires spaghettis. Il caressa le guidon et fut projeté plus de dix ans en arrière.
La Trouée d’Arenberg… Chloé, Samuel et Alexandre… « Diable, qu’ils me manquent ! » lâcha-t-il dans un soupir. »

Toxique de Niko Tackian


Le livre: Toxique de Niko Tackian. Paru le 4 janvier 2017 chez Calmann-Levy dans la collection Calmann-Levy Noir. 18€90 ; (299 p.) ; 22 x 14 cm.

Rééditer en poche le 03 janvier 2018 chez Le Livre de Poche. 7€60 ; (309 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Elle aime saboter la vie des autres, elle n’éprouve aucune empathie, elle poursuit un but, elle est toxique.

Mais ça, Tomar Khan, un des meilleurs flics de la Crim, ne le sait pas Nous sommes en janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau.

Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crim dépêche donc Tomar, chef de groupe de la section 3, surnommé le Pitbull et connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes.

À première vue, l’affaire est simple, « sera bouclée en 24 heures », a dit un des premiers enquêteurs, mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît.

 

niko tackianL’auteur Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français, né le 5 avril 1973 à Paris. Il a réalisé plus de trente albums dans lesquels il aime explorer différents genres, tels que science-fiction, dark fantasy, policier, fantastique. Il a également réalisé de nombreux téléfilms. Il a notamment créé avec Franck Thilliez la série Alex Hugo pour France 2. Il a commencé une carrière d’écrivain de thrillers en 2015 avec Quelque part avant l’enfer.  Son premier roman, paru en 2015, a reçu le Prix Polar du public des bibliothèques au Festival Polar de Cognac. 

 

Extrait:images
« Faut pas oublier tes racines, gamin, ce sont elles qui font de toi ce que tu es. » (Page 64)

L’expertise de Cathie

 

Toxique de Niko Tackian

Excellent thriller que ce troisième roman de Niko Tackian: psychologie des personnages approfondies sans être trop lourde; décors sobres mais bien plantés; pas de descriptions inutiles ni de bla-bla. On se sent happé par ce récit sombre et addictif: le lecteur suit fébrilement l’auteur sur le chemin que celui-ci lui trace à coups de machette, y compris dans le dédale des rêves de Tomar, peut-être les seuls passages un peu trop longs…

Le +: pas d’esprit vengeur malgré les difficultés et les traumatismes vécus, mais la pensée qu’il existe une explication pour tout comportement humain, qu’il sociopathe ou autre. Il ne s’agit pas d’excuser mais de comprendre afin de permettre une reconstruction possible. Niko Tackian nous transmet ce message que rien n’est noir ou blanc, dans la vie; que la méchanceté, même absolue, le mal trouvent leurs racines dans un terreau fait de nos peurs, de maltraitances physiques ou morales, de traumatismes remontant à la prime enfance et que la vengeance brutale ne résout rien. Ce qui ne veut pas dire se résigner,mais en comprendre les causes afin de rebondir et de se reconstruire…