Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda


Le livre : Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda. Paru le 28 novembre 2018  aux éditions JC Lattès. 18 € ; (256 pages) ; 13×20 cm. Traduit du japonais par Corinne Atlan.

4ème de couverture :

Au retour d’une expédition de vol à l’étalage avec son fils, Osamu recueille dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même et qui lutte pour survivre dans le froid glacial. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu’elle comprend que ses parents la maltraitent.

Malgré leur pauvreté, les membres de cette famille semblent vivre heureux, jusqu’à ce qu’un événement inattendu ne révèle leurs secrets les plus terribles…
L’auteur :  HIrokazu Kore-eda est né à Tokyo en 1962. Lui qui rêvait de devenir romancier a fait ses débuts comme assistant réalisateur à T.V. Man Union et s’est lancé dans le cinéma. Il est notamment l’auteur de Nobody knows (2004), Tel père, tel fils (2013), Notre petite sœur (2015) et Après la tempête (2016). Son œuvre est marquée par les thèmes de la filiation, la mémoire, la perte et la mort, ainsi que par l’entremêlement de la fiction et du récit documentaire.
Corinne Atlan, la traductrice, est romancière et essayiste, et a traduit une soixantaine d’œuvres japonaises, parmi lesquelles les romans de Murakami.
Extrait :
– Si on te tapait, tu sais, ce n’est pas parce que tu avais été vilaine. Et puis, c’est un mensonge, de dire à quelqu’un qu’on le tape parce qu’on l’aime ou parce que c’est pour son bien.
Nobuyo se souvenait de sa propre expérience, trente ans plus tôt. Sa voix, quelque part, ressemblait un peu à celle de sa mère.
– Quand on aime quelqu’un, voilà ce qu’on fait, dit-elle en serrant l’enfant contre elle, fort, très fort, jusqu’à ce que leurs joues soient collées l’une contre l’autre.
Elle sentait les larmes couler le long de ses joues. Des larmes tiédies par la chaleur du feu qui brulait le survêtement. Rin se tourna vers elle et essuya ces pleurs  de sa petite main.
  

Les émotions de lecture de Cécile

L’histoire d’une famille japonaise vivant de la débrouille. Le père vole à l’étalage aidé de son fils déscolarisé, la mère fait les poches des clients de la blanchisserie où elle travaille tandis que la fille aînée s’exhibe dans un peep-show. Ils recueillent un jour, dans la rue, une fillette maltraitée. Roman écrit par le réalisateur à partir de son film Palme d’or au Festival de Cannes 2018.

Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda

 

Après la Corée, j’ai pris le ferry direction le Japon pour un voyage chez ses laissés-pour-compte du Japon contemporain. Ce sont un peu des frères ennemis, un passé colonial, la seconde guerre mondiale, les plaies sont assez profondes entre les deux pays mais pourtant les liens sont forts même dans leur différence. La culture n’y échappe pas et leurs sensibilités littéraires m’enchantent.

Hirokazu Kore-eda a pris pour la première fois la plume pour cette affaire de famille qui est aussi un film. Je finirai par aller le voir sans crainte puisqu’il est à la fois le réalisateur et l’auteur de cette perle d’émotions. Que j’aime ces âmes cabossées, les lire comme les écrire, ces familles qu’on se choisit, ou qu’on se crée !

Leurs destins, leurs passés comme leurs avenirs ne font pas de cadeaux à cette famille de bric et de broc. Une veille dame indigne, une mère revêche, un père feignant et expert en vol à l’étalage, un fils qui ne peut pas dire papa à cet homme, une jeune femme avec le peep show comme seul moyen d’obtenir l’attention qu’elle n’a pas, et une petite fille maltraitée ! Sur le papier, peu de choses pour les aimer mais, pourtant, l’auteur-réalisateur avec son style cinématographique nous emporte avec eux.  C’est aussi doux que dur à la fois, ancré dans le réel mais avec une vraie poésie, brute et tendre, cru et délicat. Un mélange doux-amer comme je les apprécie !

 Le Japon comme la Corée gâtent mes émotions et mes lectures en ce moment.

Une putain d’histoire – Bernard Minier


Une putain d'histoire MinierLe livre : Une putain d’histoire de Bernard Minier. Paru le 12 mai 2016 8€30 ; (597 p.) ; illustrations en noir et blanc, cartes ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Hors des flots déchaînés, une main tendue vers le ciel. Un pont de bateau qui tangue, la pluie qui s’abat, et la nuit… Le début d’une «putain d’histoire».

Une histoire d’amour et de peur, de bruit et de fureur. L’histoire de Henry, 17 ans, que le meurtre de sa petite amie plonge dans l’enfer du soupçon. Sur son île, Glass Island, battue par les vents, cernée par la brume 360 jours par an et uniquement accessible par ferry, tout le monde connaît tout le monde, jusqu’au plus noir de ses secrets. Ou du moins le croit-on.

Quand la peur gagne, la vérité s’y perd…

 

 

 

bernard minier fsn
L’auteur : Dès la parution de son premier roman, Glacé, prix du meilleur roman francophone du festival Polar 2011 de Cognac, Bernard Minier rencontre un très grand succès. Ses deux derniers ouvrages, Le Cercle et N’éteins pas la lumière, le confirment comme un auteur incontournable du polar français. Ses romans sont traduits dans quatorze langues.

 

 

Extrait :
J’ai continué à fixer les photographies – ces témoignages d’une enfance heureuse. Heureuse : vraiment ? Existe-t-il témoignage plus mensonger que celui d’une photographie ? Plus je les scrutais, plus j’avais l’impression de voir autre chose dans ces souvenirs : un petit garçon qui jouait, qui s’amusait, mais qui avait toujours un air triste. Parce qu’au fond de lui, il savait que la situation n’était pas ce qu’elle aurait dû être. Il l’avait toujours su, ce petit garçon – je m’en rendais compte à présent -, il avait toujours su que sa mère n’était pas une de ces femmes, qu’elles avaient pris sa place, qu’elles jouaient son rôle mais qu’elles ne la remplaceraient jamais.
Les larmes se sont mises à couler sur mes joues.
Il savait pertinemment, au tréfonds de son être, qu’il était un orphelin, un enfant adopté, un petit être déplacé… Il le savait d’instinct, comme un animal sauvage, qui feint d’être domestiqué mais qui n’en oublie pas pour autant la liberté d’antan.

Le OFF de OPH

 » Une putain d’histoire » de Bernard Minier, jamais un roman n’aura porté aussi bien son nom!

Quand Henry et ses amis se mettent à la recherche de l’assassin de l’une de leurs amie, ça vous donne une « putain d’histoire » dans laquelle je me suis revue à quinze ans à me raconter les miennes devant les fictions télé… le récit à la première personne du singulier m’a permis de m’identifier à chaque fois à Henry, retrouvant les codes des adolescents dans un récit résolument moderne.

« Une putain d’histoire » c’est un vrai polar comme je les aime, avec des personnages si bien dépeints qu’ils ont pris vie dans mon esprit au point d’en devenir presque palpables… Henry, Charlie, Naomie auraient pu être ces ados que je croise chaque jours dans le métro… Mais les personnages à eux seuls ne font pas toute une histoire et Bernard Minier nous sert ici un repas complet avec mise en bouche pour vous ouvrir l’appétit, un plat copieux mais terriblement bien assaisonné et un dessert explosif qui vous laisse scotché dans les dernières pages!

 » Au commencement était la peur…

Hors des flots déchaînés, une main tendue vers le ciel. Un pont de bateau qui tangue, la pluie qui s’abat, et la nuit… Le début d’une  » putain d’histoire « .
Une histoire d’amour et de peur, de bruit et de fureur. L’histoire de Henry, 17 ans, que le meurtre de sa petite amie plonge dans l’enfer du soupçon. Sur son île, Glass Island, battue par les vents, cernée par la brume 360 jours par an et uniquement accessible par ferry, tout le monde connaît tout le monde, jusqu’au plus noir de ses secrets. Ou du moins le croit-on.
Quand la peur gagne, la vérité s’y perd… « 

Je me suis attachée à Henry et ses amis, j’ai eu peur avec eux au cours de l’enquête, je voulais comme eux retrouver l’assassin de leur amie… Mais quand la tempête a cessé et que le calme est revenu sur Glass Island, j’ai eu du mal à me remettre de cette « Putain d’histoire »!

Son autre mort de Elsa Marpeau


Son autre mort de Elsa Marpeau. Paru le 7 mars 2019 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 20€ ; (288 p.) ; 21 x 14 cm.
4e de couv :
Alex mène une vie normale jusqu’à l’arrivée de l’écrivain Charles Berrier dans le gîte rural qu’elle tient avec son mari. Une nuit, l’homme essaie de la violer. En cherchant à se défendre, elle le tue. Paniquée, craignant que les conséquences de son acte ne détruisent sa famille, Alex dissimule le corps. Avant que la disparition de Berrier ne soit connue, et pour éloigner d’elle les soupçons, Alex décide de s’infiltrer dans son entourage pour trouver qui, parmi les proches de l’écrivain, aurait pu l’assassiner…

Elsa Marpeau• Crédits : Francesca Mantovani/Gallimard

L’auteur : Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Son autre mort est son sixième roman à la Série Noire, après notamment Les yeux des morts, prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011, L’expatriée, prix Plume de Cristal 2013, ou encore Et ils oublieront la colère en 2015. Elle est également la créatrice de la série Capitaine Marleau.

 

Extraits : 
« Quand ils s’étaient rencontrés, elle avait dix-neuf ans. Elle en aurait quarante dans quelques jours et elle n’imaginait pas comment elle avait vécu ou aurait pu vivre sans lui. Elle aimait la monotonie du quotidien, les bonheurs minuscules, les moments où l’habitude abolissait l’angoisse. Quiconque eût interprété cet amour comme une forme de résignation serait passé à côté de l’essentiel. Certains jours, Alex aimait Antoine avec exaltation. »
« En temps normal, Antoine déposait les filles à l’école en se rendant à Nantes, au lycée Clemenceau où il enseignait. Dans la mesure du possible, Alex évitait les interactions avec l’école, les parents d’élèves, le personnel enseignant, qui l’effrayaient tout particulièrement. Sa scolarité, du primaire au lycée, ne lui avait laissé que des souvenirs de combats et de cruauté. On la disait trop sensible.
Ses filles semblaient mieux armées qu’elle pour affronter cet univers brutal. Elle préférait néanmoins ne pas être témoin des conflits quotidiens auxquels elles se livraient et qu’Alex trouvait insurmontables.
Elle ne se rappelait plus depuis combien de temps elle les craignait. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne. Elle se revoyait à six ans, ravie parce qu’une « grande » de CM1 l’avait prise sous sa protection. Pourtant elle n’était pas battue, pas même harcelée. Alors de quoi fallait-il être protégée ?
Elle craignait la cruauté des autres – physique mais surtout mentale. Aujourd’hui encore. Elle ne comprendrait jamais ceux qui n’ont pas peur, ceux qui n’y pensent pas, ceux qui ont confiance. Derrière chaque visage, elle imaginait l’abîme de noirceur. La main de celui qui appuie sur le bouton pour déclencher la décharge électrique dans l’expérience de Milgram. Quelle confiance ? Confiance en quoi, si n’importe qui, soumis à un ordre, est prêt à vous torturer jusqu’à la mort ? Depuis la découverte de la Solution finale, de Dachau, d’Auschwitz, de Buchenwald, de Ravensbrück, de Belzec, de Sobibor, de Treblinka, qui pouvait encore croire en l’humanité ? Une espèce qui non seulement massacre toutes les autres mais se détruit elle-même doit être évitée à tout prix. Il ne s’agit pas de cultiver son jardin, mais d’y dresser des murs, des barricades, pour se mettre à l’abri.
Aucune bête aussi féroce. Aucun animal plus cruel. »

 

Le post-it de Ge

Son autre mort d’Elsa Marpeau

 

Vous savez ce que j’aime chez Elsa Marpeau, c’est qu’elle se réinvente à chaque nouveau bouquin. Pas de héros récurrents, des nouveaux personnage à s’approprier à chaque nouvelle histoire. Des nouveaux lieux aussi.

Mais il y a chez Elsa une constante que j’admire, elle nous présente toujours des héroïnes fortes même lorsque leur intégrité physique est en jeu.

Ici nous allons suivre Alex. Alex que l’on présente comme une femme discrète. Une femme dévoué à sa famille. Une femme aimante. Alex qui sait écouter, qui observe, qui ne se place jamais au centre des débats, des conversations.

Alex toute en retenue, interagissant peu avec les autres, effacée en société, réservée presque invisible.

Alex tient des chambres d’hôtes dans la campagne nantaise. Ce n’est pas la foule dans ce coin trop tranquille aussi pour passé le temps, Alex écrit. Elle s’essaie à l’art subtil de la nouvelle. Un jour elle reçoit un hôte un peu particulier. Un de ses auteurs favoris. Un prix Goncourt,  Charles Berrier. Un auteur qu’elle admire. Il s’est mis au vert pour écrire son prochain roman.

Elsa Marpeau met en place tranquillement tout les ingrédients de son histoire. Elle nous révèle par petites touches les personnalités de ses diverses protagonistes. Simplement, elle tisse les liens qui les relient les uns aux autres. Peu à peu, on sent monter la tension et on attends avidement le drame.

Avec son écriture clinique, elle nous tiens à distance, juste ce qu’il faut pour mieux nous plonger ensuite dans le tourmente.

Oui l’écriture d’Elsa Marpeau, clinique presque froide. Une écriture qui montre simplement. Qui place l’histoire à distance, juste ce qu’il faut pour que nous lecteurs ou lectrices nous puissions nous immiscer dans les interstices que nous laisse l’auteur afin de mieux ressentir l’atmosphère, le suspense, la tension qui monte et les motivations des protagonistes. Bref que nous ressentions les émotions de chaque situation.

En effet, la vie d’Alex va exploser le jour de ses 40 ans. Le jour où  Charles Berrier tentera de la violer.

Et là démarre une autre histoire.

A partir de là Alex va devenir une autre. Je ne vous dit pas comment, je vous le laisse découvrir. Cette autre Alex, c’est que du plaisir. Et si elle devient cette autre c’est pour mieux enquêter sur la personne mais aussi le personnage qu’est et que joue au quotidien Charles Bernier. Elle va totalement devenir lui, penser comme lui. Elle va faire revivre au yeux de tous cette homme qu’elle a tuait et dont elle a dissimulé le corps.

Ainsi décide-t-elle de prendre son destin en main. Et notre auteur une nouvelle fois nous bluffe en nous faisons nous attacher à une meurtrière. Alex a tué, pourtant je vous jure que tout au long du bouquin j’ai souhaité qu’Alex s’en sorte !

Et en plus de nous servir une intrigue menée avec brio, Elsa Marpeau nous propose quelques autres pistes. Des pistes de réflexions sur la création littéraire, sur le petit monde qui gravite autour de la littérature. Ce microcosme diffus qui grouille autour d’un auteur, d’un auteur à succès qui plus est. Une réflexion sur le statut d’écrivain.

Elle nous parle aussi des réseaux sociaux, des dérives qui en découlent, des faux-semblants, des hypocrisies,  de la violence qu’ils peuvent engendrer.

Elle nous parle des femmes et du monde qui les entoure.

Elle nous offre un parfait suspense psychologique. Alex, la phobique sociale va se métamorphoser et nous allons suivre cette périlleuse et pernicieuse transformation. Et jusqu’à bout on se demande comment tout cela va-t-il bien pouvoir finir.

Encore un super scénario de dame Marpeau !

On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat


Aujourd’hui c’est » double chronique ».

Enfin presque

 Trois flingueuses vous donnent leur avis sur une même lecture.

Ce matin c’est notre second mister Flingueuse, Mister Marc qui nous offre son regard acéré

Il y a un mois et demi  c’était Fanny et miss Aline qui vous accrochaient avec ce même titre :

On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat

On a tous une bonne raison de tuer – Pétronille Rostagnat

Demain soir Miss Aline reviendra, mais cette fois elle laissera la parole à l’auteure.


Le livre : On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat. Paru le 19 janvier 2019 aux  21€ ; (344 p.) ; 22 x 14.5 cm

4ème de couverture :

« Gabrielle est découverte dans son bain les poignets tranchés. Tout laisse croire à la tentative de suicide d’une mère au foyer désœuvrée, mais Gabrielle n’a aucun souvenir de son acte. Poursuivie par la désagréable impression d’être en permanence observée, elle est presque sûre d’avoir été, en réalité, victime d’une tentative de meurtre.

Après avoir installé des caméras chez elle, elle surprend la visite d’une jeune inconnue puis découvre, lors d’un cocktail organisé dans le cabinet d’avocats de son mari, qu’il s’agit d’une proche collaboratrice de celui-ci. Trois jours plus tard, cette dernière est retrouvée assassinée.

Commandant au 36 quai des Orfèvres, Alexane Laroche se retrouve impliquée de plein fouet dans cette affaire. Son mari Charles est l’un des associés du cabinet et personne ne peut être exclu de la liste des suspects… »

L’auteur :  Pétronille Rostagnat a vécu en Chine et à Dubaï et vit désormais à Lyon. Mère de trois enfants, elle a été responsable marketing pendant une dizaine d’années avant de se consacrer à l’écriture de romans policiers.

 

 

 

 

 

 

Extrait :
Arrivée en bas du cabinet, elle eut un mouvement d’hésitation. Que penseraient ses collègues de son intrusion dans les locaux au début de l’enquête ? D’un côté, elle serait elle-même amenée à témoigner dans cette affaire, et était avant tout, et surtout à cet instant, femme de l’avocat touché par cette histoire, plus que commandant à la brigade criminelle de Paris.

L’arrêt sur image de Marc  :

On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat

 

Je n’ai pas eu à tourner beaucoup de pages dans ce livre pour comprendre que j’allais passer un très bon moment de lecture. L’écriture est plaisante, pas de pertes de temps inutiles, l’auteure sait apporter les précisions utiles sans se perdre dans de longues pages inutiles.

Deux avocats ont fondé leur cabinet il y a plus de 25 ans, et ils ont réussi à se faire un nom et une réputation. Ils sont également amis dans la vie, les deux familles sont très proches. Deux évènements, qui à priori ne semblent avoir aucun entre lien entre eux, va venir chambouler l’équilibre qui était bien installé depuis de longues années entre eux. La femme d’un des deux avocats a essayé de se suicider, et une des employées du cabinet est retrouvée assassinée. C’est à partir de là que des secrets vont monter à la surface, que tout le monde va se méfier de tout le monde, même de son, propre conjoint. Alexane, l’épouse du second avocat est commandant à la crim. Elle va essayer d’enquêter de son coté pour découvrir la vérité.

Je ne vais pas parler plus de l’intrigue, afin de dévoiler le moins de chose possible. Mais j’ai adoré l’évolution de l’histoire. Plusieurs fois j’ai pensé savoir qui était l’assassin, et plusieurs fois j’ai changé d’avis. Au final à aucun moment j’ai eu juste. C’est dans les toutes dernières pages que l’on découvre le coupable.

Et c’est d’ailleurs dans cet aspect précis de l’histoire que j’émets mon seul bémol. Une fin finalement sans originalité, et un coupable qui tombe un peu là comme ça, parce qu’il en fallait un. Malgré cette petite déception finale, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, je le conseillerais sans hésiter à ceux qui veulent une histoire prenante et passionnante à suivre.

Mon ombre assassine, Estelle Tharreau


Le livre : Mon ombre assassine, Estelle Tharreau.    Paru le 17 janvier 2019 aux Editions Taurnada, collection Le tourbillon des mots.  (258 pages) ; 9,99 € ; 18 x 11 cm.

4ème de couverture :

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.

Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs.

Celle d’une femme manipulatrice et cynique.

Celle d’une tueuse en série froide et méthodique.

Un être polymorphe.

Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.

Une ombre. Une ombre assassine.

L’auteur : Passionnée par la littérature, Estelle Tharreau se consacre entièrement à l’écriture depuis 2016. Après trois romans très bien accueillis par les lecteurs, elle publie aujourd’hui « Mon ombre assassine », un thriller saisissant de réalisme.

 

 

Extrait :
«  Surplombant le corps présenté au funérarium je m’amusai et m’enorgueillis d’être celle qui avait définitivement clos ce regard perfide et trompeur. Je  contemplais également les yeux baissés et piteux de tous ces arrogants qui assistaient à l’enterrement de l’un des leurs. Tous ces gens qui m’ignoraient ou ne me voyait pas. Tout ce monde dans lequel je ne comptais pas, mais que j’avais réuni en ce jour et dont j’avais brisé la condescendance, sans qu’ils se doutent une seule seconde que mon ombre assassine errait parmi eux. »

L’accroche de Miss Aline :

Mon ombre assassine, Estelle THARREAU

La 4ème de couverture nous laisse sans surprise, alors que peut bien nous raconter Estelle Tharreau dans son thriller Mon ombre assassine ?

Nadège Solignac, lors d’une confession, va nous livrer son CV de tueuse. Comment elle en est arrivée là et pourquoi. Sa vie étalée sur une table de  dissection. Chaque partie de son corps  va être prélevé, pesé, analysé. Avec sa confession elle ne cherche pas d’excuses, elle assume ce qu’elle est : une tueuse en série. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle en est fière (bien que…) mais une chose est certaine : elle fait le job et elle  le fait bien. Pas si bien que ça me direz-vous vu qu’elle est au fond d’une cellule. Elle n’a pas dit son dernier mot Nadège…

L’auteur nous livre une analyse méthodique et presque froide de ce qui se passe dans la tête de cette tueuse. Sur la table de dissection je vois  : la petite enfance isolée, la peur de mourir,  une mère évoluant dans son propre méandre, un père absent, … Tout est là, bien étalé à la vue de tout un chacun. Pourtant je ne peux avoir d’empathie pour elle. Nadège dés son plus jeune âge est manipulatrice, elle sait se fondre dans le décor, profiter de chaque moment pour observer, écouter, tirer profit d’une situation. Elle est presque dérangeante surtout enfant. On l’imagine très bien tapit dans le noir, assise sur des escaliers à observer comme un fauve guettant sa proie. Comment si jeune peut-on avoir une telle froideur, une telle capacité à faire et vouloir faire le mal ?

Certes ce thriller ne va pas vous faire battre le palpitant par son action. Mais il va battre devant cet être qui ressemble à madame-tout-le-monde et  qui cache extrêmement bien son jeu. Une manipulatrice  hors-normes. L’accent est mis sur le : vous-ne-connaissez-jamais-les-personnes-qui-sont-en-face-de-vous. Une personnalité malveillante peut se cacher au fond d’eux qui ne demande qu’à fondre sur vous.

J’avais déjà côtoyé Estelle Tharreau dans La boue dans  la bouche. Elle sait parfaitement dépeindre le genre humain, créer une ambiance, une atmosphère. Le livre vous englouti,  vous garde accrochée à lui jusqu’à ce que vous arriviez au mot « Fin ». Son univers, son style d’écriture à la particularité de vous mettre hors du temps. On évolue dans une autre dimension, celle de l’humain et ses états d’âmes, ses douleurs, ses espoirs, sa capacité à faire le bien ou le mal. Parfois la personnalité intérieure est beaucoup moins belle que son enveloppe !

Merci aux Editions Taurnada pour ce SP captivant.

Pour le bien de tous de Laurent Scalese


Le livre : Pour le bien de tous de Laurent Scalese – Paru le 14 mars 2019 aux éditions Belfond dans la collection Thrillers.20 €  ( 320 pages) ; format 14 x 22  cm

 

4ème de couverture :

Sur une route de campagne, un homme est percuté par une voiture. Mort sur le coup, ce n’est pourtant pas la collision qui l’a tué mais les balles qu’il a reçues dans le dos. Si la victime n’a pas de nom ni de papiers, son identité semble précieuse, puisque le véhicule des pompes funèbres qui le transporte est braqué, et le corps enlevé…
Les deux flics chargés de l’enquête forment le tandem le plus mal assorti de l’histoire de la police. Mélanie Legac est jeune, brillante, nerveuse. Le commandant Joseph Schneider a la soixantaine bien tapée, il ne peut plus courir après personne, et ce  » croulant « , comme elle l’a baptisé, pourrait être son père. C’est la première fois qu’ils travaillent ensemble et ils vont vivre la pire affaire de leurs carrières.
Laurent Scalese s’empare d’un grand drame de l’actualité dans ce thriller noir comme le monde. Heureusement qu’il existe des hommes et des femmes à l’image des héros dont l’auteur a le secret, attachants et drôles, profondément humains, et qui tentent de se battre POUR LE BIEN DE TOUS

 L’auteur : Né à Avignon, le 30/11/1967, Laurent Scalese est auteur de romans policiers et scénariste pour la télévision et le cinéma.
Il a une enfance sans histoire. Il ne porte pas l’école dans son cœur, même si il est loin d’être le plus mauvais élève de la classe. Il préfère les dictées et les rédactions aux mathématiques et aux sciences, physiques et naturelles.
Attiré très vite par la lecture, il dévore Agatha Christie, Conan Doyle, Isaac Asimov ou encore Stephen King, fasciné par le côté effrayant des intrigues.
Après quelques tentatives d’écriture tirant vers le fantastique, il entame une carrière professionnelle dans le prêt-à-porter mais la plume le démange toujours…
En trois ans, il rédige quatre romans de SF ainsi qu’un recueil de nouvelles d’anticipation. Heureux d’être classé parmi les dix premiers d’un concours de nouvelles policières organisé par LE SEUIL, il décide d’approfondir et se lance dans la rédaction d’un polar: son premier roman, Le Samouraï qui Pleure, paraît en 2000, puis dans la foulée L’ombre de Janus, une histoire du tueur en série, qui le rapproche un peu plus des éditeurs et élargit son public.
Son quatrième roman policier, Le Baiser de Jason (Belfond, 2005), a reçu le prix Sang d’Encre des lycéens. Prix du balai de bronze en 2016 pour La voie des âmes (Belfond 2015). Il entame une série avec son personnage névrosé et hypocondriaque Samuel Moss en 2016 avec Je l’ai fait pour toi, toujours chez Belfond.
Il est aujourd’hui un scénariste reconnu pour la télévision. Il est le co-créateur de la série Chérif tournée à Lyon et diffusée sur France 2.
Depuis sa création en 2008, il appartient à la très honorable Ligue de l’imaginaire. Ce collectif d’écrivains a pour étendard l’imaginaire et parmi ses membres, on trouve Maxime Chattam, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Bernard Werber…
Extrait :
« Âgé de quarante-huit ans, il était doté d’un physique intimidant. Après une courte carrière dans l’armée, il avait œuvré en tant que mercenaire pendant une dizaine d’années, au sein d’une SMP – société militaire privée – baptisée Fractal. À cette époque, il jouissait d’une excellente réputation dans le milieu. Ses principaux employeurs, multinationales et gouvernements qui privatisaient une partie de leurs opérations extérieures, le rémunéraient en conséquence, à prix d’or. Dans les zones de conflit, il avait pour mission de former les soldats et les policiers, de sécuriser les sites pétroliers et gaziers, ainsi que l’accès des populations aux ressources naturelles. Le complexe militaro-industriel des États-Unis l’avait souvent engagé pour mener des actions secrètes, et illégales, comme entretenir le chaos dans les régions les plus instables du monde, ceci afin de favoriser le trafic d’armes.
Armes vendues par les Américains via des sociétés-écrans.
Bref, Jason était loin d’être un enfant de chœur, il avait exploré les ténèbres tant de fois qu’il n’avait plus peur du noir. Les choses qu’il avait vues et faites durant cette période susciteraient l’incompréhension et l’effroi du commun des mortels. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Laurent Scalese : Pour le bien de tous

Contrairement à ce que dit la 4ème de couverture, les duos d’enquêteurs atypiques, comme ceux qui délaissent leurs familles, sont fréquents dans le monde du polar et pourtant cette fois, ça n’est pas une débutante qui se coltine un vieux routard, mais une mère de famille en instance de divorce qui doit faire équipe avec un préretraité arthrosique ! Ces deux-là vont nous entraîner dans une enquête à haut-risque, bien ciselée et rencontrer de méchants pervers, libertins pour certains, comme il est de coutume avec Laurent Scalese.

Emaillé de références à ses précédents romans et agréablement bienvenues, dans ce dernier thriller, l’auteur confronte ses lecteurs à deux problèmes sociaux bien actuels : l’exploitation des migrants et la montée de l’extrémisme de la droite radicale avec la théorie du grand remplacement tristement d’actualité. Toute ressemblance avec … n’est pas du tout fortuite. Ciel, il faut bien 320 pages pour en parler !
De la violence … oui mais pas que, sans voyeurisme ! De la quête du respect humaniste … oui mais pas que !

Un très bon moment de lecture, une écriture fluide et une fin qui laisse penser que malheureusement les problèmes sociétaux ne sont pas résolus avec l’élucidation de l’affaire.

Je remercie les éditions Belfond et NetGalley pour la confiance qu’ils m’ont témoignée en me confiant cette lecture.

 Lu en version numérique.- epub 13.99 €

Autres Extraits :
« On avait assuré à ces gens que le périple n’excéderait pas quinze heures.
Le cauchemar – car ç’avait été un cauchemar – avait duré quatre jours.
Le départ pour le Vieux Continent avait eu lieu mi-novembre, autant dire que les conditions météorologiques étaient loin d’être favorables à un voyage en mer. Serrés les uns contre les autres comme des sardines, brisés de fatigue, les occupants du canot avaient essuyé grain sur grain et failli être renversés par les vagues à plusieurs reprises.
Lorsqu’ils n’avaient plus pu se retenir, ils avaient fait leurs besoins sur eux. Ils avaient ressenti les morsures du froid glacial de la nuit et somnolé tout contre les morts – les plus faibles n’avaient pas survécu à des conditions aussi extrêmes. Quand l’odeur des cadavres était devenue insupportable, ils s’étaient décidés à les jeter par-dessus bord. Les oreilles saturées par les pleurs des enfants et les prières des mères, ils avaient cru perdre leurs derniers repères et sombrer dans la folie. Ceux qui avaient eu la chance de s’en sortir entendraient longtemps les éclats de rire que les Libyens lâchaient chaque fois que le zodiac disparaissait derrière la houle, avant de ressurgir dans un concert de cris terrifiés. »
« Mélanie l’observait à la dérobée pendant qu’il déblatérait. Si la tenue de motard rebelle, la boule à zéro de skinhead et le tatouage guerrier étaient des signes extérieurs d’appartenance à la mouvance extrême-droitiste, ils pouvaient induire en erreur sur ses origines et laisser supposer qu’il avait été élevé dans un milieu social défavorisé. Or le niveau de langue, le respect des négations, le vouvoiement, la façon d’argumenter, tout cela attestait qu’il était issu d’une famille bourgeoise et diplômé d’une grande école. À l’instar des « gauchos » qu’il accablait, le comble de l’ironie ! Ce qui les différenciait, c’était leur perception de l’autre, de l’étranger. La teneur de ses propos établissait qu’il avait grandi sous l’empire de la paranoïa, avec la certitude profondément ancrée en lui que l’immigré débarquait sur le sol français dans le seul et unique but de le déposséder de son identité, de sa culture et de ses biens. La lueur exaltée dans son regard indiquait qu’il était prêt à mourir pour défendre ses convictions.
— C’est la faute de ces branleurs si le grand remplacement… »
… clin d’œil à la voie des âmes :

« — Il y a ce flic, Richard Neville…
— Le fameux Richard Neville.
— On raconte qu’il lui suffit de toucher une personne décédée pour reconstituer ses derniers instants. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Paris, lors d’un séminaire sur la criminalité urbaine. Il m’a parlé de la « voie des âmes », un passage qui permettrait aux âmes des défunts de monter au ciel. Vous y croyez ? »
 
«  Pendant que j’y pense, il y a un truc dans votre dossier que j’aimerais éclaircir. Vous êtes antisémite, antisioniste, vous prônez le boycott des produits en provenance des colonies, et à côté de ça vous pratiquez le krav-maga, la méthode de self-defence israélienne. Et pas en amateur, au plus haut niveau. Si j’ai bien lu, la semaine dernière vous avez obtenu votre ceinture noire, troisième darga.
Elle le fixa pour le mettre mal à l’aise.
— Une contradiction – une parmi tant d’autres – qui nuit à votre crédibilité.
Joseph eut un mouvement de menton approbateur.
— C’est vrai, Jean-Marc, l’accabla-t-il, un chouïa théâtral. Comment voulez-vous qu’on vous prenne au sérieux ?
Le tatoué ouvrit la bouche pour se défendre, elle l’en empêcha :
— Et ne nous dites pas que c’est un point de détail !
La réplique le laissa ahuri. Les flics quittèrent la pièce. »
«  Avec elle, j’avais l’impression d’être une vieille peau.
Une expression songeuse se peignit sur ses traits.
— Si je voyais les choses ainsi, je deviendrais folle.
De l’index, elle désigna sa figure flétrie par l’âge.
— Ce ne sont pas des rides, ce sont des préjugés, lâcha-t-elle d’un ton affirmatif. Et les préjugés sont des abstractions, ils n’ont rien de réel, ils n’existent qu’à travers le regard des autres.
Une vague amertume l’étreignit un instant.
— Et le mien, lorsque j’ai la faiblesse de m’observer dans la glace.
Elle repoussa mentalement ce sentiment.
— Je n’ai jamais eu qu’une seule ride…
Incapable de rester debout plus longtemps, l’octogénaire contourna le fauteuil et s’y installa avec précaution.
— … et je viens de m’asseoir dessus, compléta-t-elle dans un soupir. »

La Parole du Chacal de Clarence Pitz


Aujourd’hui c’est Papote de Flingueuse.

On retrouve Maud et Ophélie nos jumelles Flingueuses autour d’une lecture commune.


Le livre : La Parole du Chacal de Clarence Pitz. Paru le 15 août 2018 chez Le Lys Bleu. 20€20, (340 pages) ; 15 x 21 cm

Présentation de l’éditeur

« Partez à la découverte du Mali ! Rencontrez son célèbre peuple, les Dogons, et partagez leur vie durant trois semaines ! Célébrez avec eux le fameux Sigui, fête religieuse qui n’a lieu que tous les soixante ans ! Profitez d’un voyage unique et exclusif en petit groupe. Inscrivez-vous dès maintenant, les places sont limitées. Dogons 2027, l’expérience d’une vie. »Claire aurait dû suivre son intuition et renoncer à ce voyage. L’ombre fantomatique qu’elle a aperçue au milieu des tombes dogons dans un documentaire ne présageait rien de bon. Surtout qu’Armand, guide charismatique et anthropologue renommé, était resté curieusement évasif lorsqu’elle lui avait posé des questions sur ces caveaux. Armand dont le coup de volant a plongé leur camionnette dans un marigot. Tout ça pour éviter un foutu chacal ! Le village dans lequel ils ont échoué après cet accident est peuplé d’habitants craintifs et entouré d’une nature hostile. Un village isolé et désuet où le temps semble s’être arrêté. Un véritable tombeau à ciel ouvert dont il est impossible de sortir. Dire qu’elle a entraîné Sacha, son fils de dix ans, dans cet enfer? Et que, chaque nuit, un mystérieux visiteur vient déposer d’étranges objets près du garçon.

 L’auteur : Clarence Pitz est une auteure belge qui partage sa vie entre Bruxelles, la Savoie et la Touraine. Professeure d’Histoire de l’Art et d’Anthropologie, dévoreuse insatiable de thrillers et passionnée de voyages, elle se lance dans l’écriture en 2017 et entame une série de romans où elle mêle culture et suspense. La parole du chacal a fait partie des finalistes du concours VSD-RTL du meilleur thriller 2018.

 

 

 

Extrait :
« Captivée, elle caresse distraitement les cheveux fins de Sacha. Les danseurs évoluent à l’écran sous des angles divers. Certains sont filmés de très près, à tel point que l’on peut deviner le regard des hommes qui se cachent derrière les masques et leur donnent vie. On aperçoit ensuite un plan plus vaste, offrant une vue panoramique sur les danses folkloriques.

Le regard de Claire se promène du village au ciel bleu, des spectateurs aux danseurs, des maisons traditionnelles à la roche. Une multitude d’anfractuosités au sommet de la falaise vient titiller sa curiosité. Scrutant ces ouvertures, hypnotisée par les miracles de la nature, la jeune femme ne peut s’empêcher, face à cette érosion millénaire, de se rappeler que, en fin de compte, l’humanité n’est qu’un bref intermède sur l’échelle du temps.

Soudain, elle sursaute, cognant la tête Sacha qui s’était assoupi. Au milieu de la roche, dans un des interstices, elle a cru apercevoir une ombre étrange, une sorte de silhouette blanche au visage fantomatique. Une forme cadavérique à vous donner la chair de poule. La fugacité de l’apparition la laisse dans le doute. »

 

Papote de Flingueuse.

Maud et Ophélie nous parle de La Parole du Chacal de Clarence Pitz

Maud : Coucou Ophélie, alors toi aussi tu as lu La Parole du Chacal de Clarence Pitz?

Ophé Lit : Coucou Maud. Oui je l’ai lu et je dois bien dire que ce premier roman m’a bluffé.

Qu’en as-tu pensé?

Maud : Toi aussi, c’est super !!

Moi j’ai beaucoup l’histoire, l’intrigue et les personnages et leur évolution

et toi ?

Ophé Lit : : Pareil. J’ai aimé l’histoire, très originale. Les personnages sont bien construits et attachants.

J’ai ouïe dire que certains ne le qualifie pas de thriller. Qu’en penses-tu?

Maud : Oui ça pour être originale elle l’est 

Pour moi il rentre dans la case « thriller » dans le sens, des morts sans enquêtes de policiers

et toi ?

Ophé Lit : Pour moi aussi. D’autant que les morts ne surviennent pas que dans de banals accidents comme on pourrait le croire. Dans la mesure où il s’agit bien d’homicides, qu’il y a un vrai suspens avec une explication ensuite, pour moi c’est réellement un thriller. Un thriller différent mais il respecte les codes du genre tout en étant original.

Maud : Entièrement d’accord !!!

Ophé Lit : D’ailleurs j’aime beaucoup la manière dont Clarence définit elle-même ce roman: ethno-thriller

Maud : Justement j’ai apprécié de mélange dans l’intrigue entre accident et homicide.

Ophé Lit : Moi aussi

Maud : Marquée par la dimension malienne, la références aux différentes tribus, leurs rites et leurs coutumes

D’ailleurs les personnages évoluent aussi il y a l’avant et l’après accident

Ophé Lit : Concernant la dimension Malienne, je trouve ça très enrichissant et bien pensé. Clarence nous fait découvrir un pays mais surtout un peuple, les Dogons, avec leurs traditions et leurs croyances. ce côté ethnique m’a beaucoup plus. Concernant les personnages oui, il y a une réelle évolution après l’accident et tout un travail autour de la culpabilité qui est très intéressant.

Maud : Oui tout l’aspect culturel de ce livre est intéressant. J’adore ce mélange de stéréotypes de profils lors de voyage organisé. Puis les instincts vont se réveiller, la survie prime sur le reste, dans un premier temps

Ophé Lit : Oui tout à fait. Ce besoin de survie et les réactions des personnages sont vraiment bien abordés et ne souffrent pas d’à peu près. Les stéréotypes m’ont fait sourire, surtout la vieille aigrie 

Maud : Sans être lourds, ces personnages au profil et origine différentes vont se trouver confronter au même problème, c’est leur manière de le gérer qui va les différencier. Oui la vieille acariâtre et son mari toutou 

Après la survie la prise de conscience et vient comme tu le soulignes justement la culpabilité. Là encore la manière dont chacun va gérer la sienne, ca va du déni de responsabilité jusqu’à l’apitoiement

Ophé Lit : Tout à fait. Et c’est bien ce qui est bluffant sur ce premier roman. Pour une jeune auteur, Clarence a pensé à brosser les différents aspects de ses personnages en fonction de leurs caractères, les faisant évoluer et sans tomber dans la facilité. Elle aurait pu choisir un chemin unique mais non, elle décrit leur évolution de manière distincte et cet aboutissement est à noter.

Ophé Lit : Que penses-tu du style général, l’écriture?

Maud : Chacun évolue différemment oui c’est vrai en fonction de ses priorités et de ses ressentis. L’environnement hostile dans lequel ils échouent et la Nature sont pour moi également des personnages à part entière du livre

Ophé Lit : Tout à fait oui pour les paysages et la nature

Maud : J’ai trouvé l’écriture et le style fluide. Tout s’enchaîne très bien, le suspense est bien maintenu !! Un régal de lecture

L’impression que la Nature répond aux Hommes d’une certaine manière

Une forme de personnification

Ophé Lit : Pour le style et l’écriture effectivement c’est fluide, assez percutant aussi parfois. Ce que j’ai particulièrement apprécié c’est l’emploi d’un vocabulaire assez moderne et sans chichi. Je trouve que c’est assez ancré dans une certaine réalité notamment dans les dialogues. En fait par moment tu ne te dis pas « on ne parle pas comme ça dans la vraie vie ». Au contraire, j’ai eu tendance à oublier l’aspect littéraire parfois et à avoir eu le sentiment d’être une petite souris participant à des conversations. Je ne sais pas si je suis claire mais en gros, le vocabulaire utilisé permet de se projeter réellement dans le livre et au Mali.

Comme tu le notes effectivement il y a une personnification de la Nature qui fait écho aux Hommes. Et c’est aussi ce qui contribue justement à cette projection je pense.

Maud : Aucune fioriture, aucun superflu, juste l’histoire, les relations humaines, pas de superflu

Le style direct donne aussi un rythme au livre

Ophé Lit : Oui c’est ça.

Qu’as-tu pensé des passages où Sacha, le petit garçon de onze ans écrit dans son cahier? As-tu trouvé ses propos adapté à son âge?

Maud : Les croyances aussi, ce côté « exotique » avec une notion de ni trop et ni pas assez, nous dépayse

Ophé Lit : Complètement oui

Maud : N’ayant pas d’enfant difficile de répondre mais oui j’ai trouvé le discours de Sacha cohérent pour son âge

Ophé Lit : Moi aussi. Et comme tu le sais j’ai un fils du même âge. Il est évident qu’un enfant de cet âge ferait des fautes mais ces passages auraient-ils pu être un exact reflet des écrits d’un enfant de onze ans? Je ne le pense pas. Je pense que ça aurait perturbé certains lecteurs. Après c’est, je pense, difficile de faire l’unanimité sur ce point. En revanche je trouve le vocabulaire et le mode d’expression assez bien adapté.

Maud : Les discours ou pensées de Sacha sont simples et directs, factuels. Moi j’ai bien ressenti que c’était un enfant

Ophé Lit : Oui je te rejoins une fois encore.

Nous ne parlons que de choses positives. Y a-t-il des aspects négatifs que tu souhaites évoquer?

Maud : Je n’en ai pas eu… je l’avoue et toi ?

Ophé Lit : Moi oui mais qui n’est pas à attribuer à l’auteur. Autant le dessin sur la couverture est original, autant ce qu’en a fait la maison d’édition est assez moche. Je trouve ça dommage vu la qualité du roman.

Maud : Je l’ai trouvé à la fois intrigante et mystérieuse cette couverture

Ophé Lit : Le dessin oui, ou plutôt l’image en visuel. Par contre le reste non. je pense que les couvertures ont un rôle important. Elles attirent ou pas le lecteur. C’est essentiel qu’elles soient de qualité. mais comme tu le dis souvent Avisdemoiquinengagequemoi 

Maud : Je ne dis pas qu’elle est jolie mais qu’elle reflète la part de mystère, des traditions et croyances, présentes dans le livre

Ophé Lit : Ça oui nous sommes d’accord

Maud : Piqueuse de phrase, mille rires 

Globalement tu recommandes ?

Ophé Lit : Oui c’est un livre que je recommande et sans aucune hésitation! Un thriller original qui sort des sentiers battus, un style agréable. Tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment de lecture.

Oui je te pique tes phrases cultes ahahaha

Maud : Je pense pareil, je surveillerai les prochaines sorties de l’auteur !!!

Je vois ça je vais les déposer mes phrases cultes 

Avant de se quitter tu peux dire ce que tu lis ?

Ophé Lit : Moi de même! Et mon petit doigt me dit qu’on en entendra bientôt parler! 

Maud : Oui oui

Ophé Lit : Alors je viens de commencer Crow de Roy Braverman à paraître le 14 mars 2019 chez Hugo Thriller. Deuxième opus d’une trilogie dont le premier tome, Hunter est paru l’année dernière. Et toi?

Maud : Je viens de finir Par Deux Fois Tu mourras d’Eric Fouassier et je vais commencer Sois-toi même les autres sont déjà pris de David Zaoui 

Ophé Lit : Chouette! Un peu de bonne humeur dans tout ce noir Je te souhaite une belle lecture alors ma jumelle!

Maud : Merci, très bel après-midi à toi aussi !!!

Ophé Lit : Merci 

On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat


La double Chronique,

Aujourd’hui 2 flingueuses vont vous donner leurs avis sur un même livre.

Ce matin c’est Fanny qui nous fait découvrir son billet,

Cet après-midi ce sera au tour de Miss Aline de nous proposer son accroche.


Le livre : On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat. Paru le 19 janvier 2019 aux Editions Incartades. 21€ ; (344 p.) ; 22 x 14.5 cm

4ème de couverture :

« Gabrielle est découverte dans son bain les poignets tranchés. Tout laisse croire à la tentative de suicide d’une mère au foyer désœuvrée, mais Gabrielle n’a aucun souvenir de son acte. Poursuivie par la désagréable impression d’être en permanence observée, elle est presque sûre d’avoir été, en réalité, victime d’une tentative de meurtre.

Après avoir installé des caméras chez elle, elle surprend la visite d’une jeune inconnue puis découvre, lors d’un cocktail organisé dans le cabinet d’avocats de son mari, qu’il s’agit d’une proche collaboratrice de celui-ci. Trois jours plus tard, cette dernière est retrouvée assassinée.

Commandant au 36 quai des Orfèvres, Alexane Laroche se retrouve impliquée de plein fouet dans cette affaire. Son mari Charles est l’un des associés du cabinet et personne ne peut être exclu de la liste des suspects… »

L’auteur :  Pétronille Rostagnat a vécu en Chine et à Dubaï et vit désormais à Lyon. Mère de trois enfants, elle a été responsable marketing pendant une dizaine d’années avant de se consacrer à l’écriture de romans policiers.

 

 

 

 

 

Extrait :
« La peur et l’angoisse montaient en elle. Elle restait intimement persuadée que l’on avait attenté à sa vie, sans savoir ni qui ni pourquoi. Mère au foyer depuis des années, menant une vie calme et rangée comme des milliers d’autres femmes autour d’elle, elle ne comprenait pas en quoi elle pouvait représenter une menace pour qui que ce soit. Ce qui la torturait le plus, c’était d’avoir été sauvée ; elle respirait encore…on allait donc s’en prendre à nouveau à elle… Restait à savoir quand, qui et comment. Elle n’avait pas identifié la menace, cela pouvait alors être n’importe qui ! Même son mari ! Elle jouait la comédie de la femme déprimée, droguée par les médicaments, inconsciente du drame qui s’était réellement joué ce soir-là. Elle devait gagner du temps, baisser la garde de son ennemi « invisible ».
Gabrielle prit encore une grande inspiration, il était temps d’agir. Elle s’installa à son bureau pour allumer son ordinateur. Ses recherches commencèrent par les mots « self defense », « stand de tir », « arme à feu », « vidéosurveillance ». »

Le petit billet de Fanny Louise :

On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat

Je ne connaissais pas Pétronille Rostagnat, j’ai donc abordé la lecture de ce roman sans aucun préjugé et ni aucune attente particulière, si ce n’est celle d’espérer prendre du plaisir. La quatrième de couverture était une promesse avec une bonne accroche et on peut dire que c’était une très bonne surprise qui m’attendait.

Ce roman est captivant dès les premières lignes, le suspens monte crescendo et il est très difficile de lâcher ce livre tant on est embarqué dans l’histoire. La lecture est très fluide, c’est détaillé mais pas trop, c’est précis mais pas ennuyeux.

L’auteure se joue du lecteur en le guidant d’une piste à l’autre pour aboutir à un final, qui s’il n’est pas révolutionnaire, n’en est pas moins surprenant car les clés ne sont données qu’en toute fin d’histoire.

J’ai beaucoup aimé le personnage d’Alexane, femme moderne, dévouée à son métier et à sa famille mais qui a aussi ses failles. Elle n’est pas parfaite et cela la rend d’autant plus attachante. Quand elle se retrouve embarquée malgré elle dans une enquête qui la touche de près, on la sent forte et fragile à la fois. L’auteure a su brosser un portrait de ses personnages féminins plutôt raccord avec la réalité. Au-delà de l’intrigue elle-même, ce sont vraiment les personnages qui m’ont conquise.

Cette histoire rythmée, où chacun semble avoir quelque chose à cacher, est rondement menée. Les thèmes de l’amitié, de la trahison, du temps qui passe sont abordés avec beaucoup de finesse et cela en parallèle d’une enquête policière très bien ficelée et aux rebondissements multiples.

Ce livre est vraiment un bon polar, qui se lit vite et qui vous attrapera de la première à la dernière ligne.

Merci aux Editions Incartades, ce fut un vrai bon moment.

Mission plaisir de lecture : accomplie !!

Mon ombre assassine – Estelle Tharreau


Aujourd’hui c’est double chronique avec 3 avis pour le prix d’un !

Ce matin c’est Daniele qui vous a offert sa chronique jubilatoire.

Ce soir c’est Aline et Fanny qui nous présente leur « Chronique Duo »


Le livre : Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau – Paru le 17/01/2019 aux éditions Taurnada  dans la collection Le tourbillon des mots –  9.99 € ; (260 pages) ; format 18 x 11 cm

 4ème de couverture :

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d’une femme manipulatrice et cynique.
Celle d’une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

 

 

 

L’auteur Estelle Tharreau, passionnée de littérature depuis l’adolescence, parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Ayant travaillé dans le secteur public et privé, elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

 

Extrait :
Le sort m’avait destinée à infliger la mort. Je ne savais pas quand. Je ne savais pas qui. Mais je savais que je tuerais encore, que je tuerais beaucoup et que je n’offrirais aucune occasion de m’arrêter. Je m’apprêtais à entamer une prédation méthodique. Le destin se chargerait de me désigner les proies.

 

 

Chronique duo Fanny Louise – Miss Aline.

******

Mon ombre assassine, Estelle Tharreau

Editions Taurnada.

 

Miss Aline : Bonjour Fanny, c’est notre première papote sur un roman. Ravie de partager cela avec toi. Nous avons donc lu Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau. Est-ce ton premier roman de cette auteure ?

Fanny Louise : Bonjour Aline. Ravie de faire mon premier duo avec toi !! Oui c’est une découverte pour moi. Tu connaissais cette auteure ?

Miss Aline : Oui j’avais déjà côtoyé la plume de l’auteure dans son roman La boue dans la bouche. Où j’ai découvert son style, son écriture qui est particulière.

Fanny Louise : Ce type d’écriture n’est donc pas propre au roman que nous venons de lire. C’est son « style », donc ? C’est en effet assez particulier. Intéressant certes, mais il m’a fallu un peu de temps pour m’y faire.

Miss Aline : Je trouve qu’elle a une façon bien à elle de nous mettre hors du temps. Le livre, l’histoire t’absorbent. Qu’est-ce que tu entends, toi, par « style assez particulier » ?

Fanny Louise : D’un chapitre au suivant on passe d’une narration et d’un style à un autre. La construction même du roman est inédite, pour moi en tout cas. Je n’avais jamais lu un roman construit de manière aussi tranchée, avec un parti pris radicalement opposé d’un chapitre à l’autre sur toute la longueur de l’histoire. C’est déroutant au début, ce qui explique sans doute que j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire.

Miss Aline : Parlons justement de l’histoire. La 4ème de couverture nous livre le contenu. Je me suis demandée ce que l’auteure allait bien pouvoir nous raconter…vu que nous savons qui est la « méchante » ! Mais c’est justement cette 4ème qui en a beaucoup dit, qui m’a attirée.

Fanny Louise : C’est vrai que la 4ème de couverture donne le ton du roman, on sait d’entrée à qui on va avoir à faire. C’est suffisamment attirant pour que l’on ait envie de plonger dans l’histoire mais cela ne donne pas d’indices précis sur le contenu. J’aime quand un livre se présente sans trop se dévoiler et ici c’est parfait et assez malin.

Miss Aline : Toutefois pas simple de se mettre dans la tête (froide) d’une tueuse en série.

Fanny Louise : Pas simple en effet mais justement c’est sûrement voulu car à priori personne n’a envie de se mettre dans la peau d’un tueur froid. Enfin je l’espère… Quels sont tes sentiments à l’égard de cette « héroïne » ?

 

Miss Aline : L’auteure nous livre une analyse méthodique et presque froide de ce qui se passe dans la tête d’une tueuse. Elle nous montre tous les éléments : la petite enfance difficile et isolée, la peur de mourir, une mère absente (et plus), idem pour le père. Je n’ai pourtant pas d’empathie pour cette « héroïne ». Dés son plus jeune âge elle est dérangeante, elle met mal à l’aise.

Fanny Louise : En effet il est difficile d’avoir une quelconque empathie pour elle mais j’ai  quand même le sentiment que les éléments de sa vie d’enfant et d’adolescente sont là pour donner une certaine légitimité à tous ses crimes. Comme si l’auteure avait voulu lui trouver des excuses tout en décrivant quand même une personnalité froide et sans cœur. Cet aspect m’a dérouté. N’as-tu pas été gênée par le parti pris de l’auteur de donner des circonstances atténuantes à son héroïne de par ce récit de sa vie passée ?

Miss Aline : Pour moi, Estelle Tharreau n’a pas donné de circonstances atténuantes. Elle a énoncé ce qui a amené Nadège à être ainsi. Nadège ne cherche pas d’excuses à ses actes, elle assume.

Fanny Louise : Je perçois les choses différemment, pour moi la description des sévices qu’elle a subi donnent une forme de justification à ses actes. Elle est devenue ce qu’elle est de part son vécu. C’est pour moi l’origine de son mal. Elle n’est pas née « mauvaise », elle l’est devenue. Si l’auteure n’avait pas donné à son héroïne ce passé, l’horreur aurait été absolue, le personnage aurait été le mal incarné. Alors que là, le lecteur peut avoir deux lectures différentes : soit il considère que le passé est une circonstance atténuante, soit il considère que le passé n’est que le détonateur qui révèle la personnalité de l’héroïne. Nadège détaille ses actions de manière chirurgicale en expliquant précisément sa relation avec chacune de ses victimes. J’ai l’impression qu’elle essaye de se dédouaner de ses actes en rejetant la faute sur ses victimes.

Mon ressenti est que l’auteure a voulu justifier les actions de Nadège et c’est précisément l’élément qui a fait que j’ai eu du mal à me mettre dans l’histoire. Car il faut reconnaître que Nadège est vraiment un personnage qu’on déteste et qu’on a envie de voir disparaître mais dont on se dit quand même aussi : wahou quand même elle en a bavé !

Tu n’as eu aucune empathie par moment pour Nadège ?

Miss Aline : Je n’ai pas d’empathie pour la femme qui se confesse au cœur de ce roman. Elle pose sa vie sur la table de dissection. Elle s’observe, s’analyse. Même enfant elle a un côté glaçant. J’ajouterai que ceci n’explique pas cela. Un enfant battu ne devient pas forcément un parent qui bat à son tour. Nadège a fait des choix. Elle aurait pu en faire d’autres. Je suis toutefois d’accord avec les deux niveaux de lectures que tu évoques.

Je trouve que l’auteure sait parfaitement dépeindre le genre humain, créer une ambiance, une atmosphère.

Fanny Louise : Je suis d’accord. On est en tension, oppressé, on veut voir où l’histoire va aboutir. C’est un excellent « page turner ». C’est haletant à souhait. C’est très narratif mais très bien rythmé.

Au-delà, du cœur de l’histoire, c’est un livre très bien construit et le suspens y est présent de bout en bout.

Miss Aline : Estelle Tharreau est forte sur la profondeur humaine. Ses états d’âme, ses douleurs, ses espoirs et surtout sur sa capacité à faire le bien ou le mal. Avec ce roman, elle appuie le fait que l’on ne connait jamais véritablement la personne qui nous fait face.

Fanny Louise : je n’ai pas d’élément de comparaison avec ses précédents écrits, ne l’ayant jamais lu mais sur ce livre, je reconnais que ton analyse est juste. Le récit est très factuel et c’est sûrement ce qui m’a dérouté au début. Nadège est froide et du coup le roman l’est aussi car c’est nécessaire à la construction de l’histoire. Les personnages sont disséqués de façon chirurgicale. Pas de place aux sentiments, c’est pointu et précis. Sur ce point, bravo à l’auteure car cela donne beaucoup de profondeur au roman. On n’est pas dans une description de situation. On est dans l’analyse, on creuse, on va au fond des méandres du fonctionnement humain.

Miss Aline : Ne pouvant aller plus loin dans notre analyse sans spoiler, je te propose de conclure Fanny. Pour ma part, ayant déjà lu Estelle Tharreau, je confirme ma curiosité à suivre son évolution dans l’écriture. Car incontestablement : auteure à suivre !

Fanny Louise : En effet, difficile d’en dire plus sans trop dévoiler l’histoire. Je pense que je vais lire les précédents romans de l’auteure car j’ai vraiment bien aimé sa plume. C’est une jolie découverte pour moi. Merci Aline de m’avoir permis de réalise ce premier retour duo.

Miss Aline : Le plaisir fut partagé Fanny.

Nous tenons à remercier les Editions Taurnada pour ce SP confié aux flingueuses du Collectif Polar. Nous remercions également Estelle Tharreau pour nous avoir fait entrer dans son univers livresque.

Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau


Aujourd’hui c’est double chronique avec 3 avis pour le prix d’un !

Ce matin c’est Daniele qui nous offre sa chronique jubilatoire.

Ce soir ce sera le tour d’Aline et de Fanny de nous nous présenter leur

« Chronique Duo »


 

Le livre : Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau – Paru le 17/01/2019 aux éditions Taurnada  dans la collection Le tourbillon des mots –  9.99 € ; (260 pages) ; format 18 x 11 cm

 4ème de couverture :

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d’une femme manipulatrice et cynique.
Celle d’une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

 

 

 

L’auteur Estelle Tharreau, passionnée de littérature depuis l’adolescence, parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Ayant travaillé dans le secteur public et privé, elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

 

Extraits :
« Le sort m’avait destinée à infliger la mort. Je ne savais pas quand. Je ne savais pas qui. Mais je savais que je tuerais encore, que je tuerais beaucoup et que je n’offrirais aucune occasion de m’arrêter. Je m’apprêtais à entamer une prédation méthodique. Le destin se chargerait de me désigner les proies.
« Des heures durant, dans le noir de certains conteneurs ou wagons mal fermés, j’épiais l’abjection des actes qui s’opéraient parfois à quelques centimètres de ma rage et de mon couteau broyé entre mes doigts impatients.
Des actes brefs, automatiques, réalisés dans la saleté et la crasse. Des hommes réduits à leur pénis et à leurs pensées dantesques. Des filles à la passivité froide et aux gestes mécaniques. Prise dans le rythme bestial de ces mouvements de chairs corrompues, parfois mes yeux remontaient jusqu’à la gorge offerte de ces femelles rêvant de la leur trancher net pour punir leur capitulation et les effacer de ce monde.
Mais je devais me maîtriser. Une autre proie m’attendait. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Les constats : le nombre de femmes criminelles augmente, celui des tueuses en série aussi … phénomène récent. Le plus sur moyen d’échapper à la justice est de faire reconnaître comme victime, ainsi on peut considérer que le crime parfait existe….

Forte de cette constatation, Estelle Tharreau va confier la narration à Nadège, son héroïne qui sera le fil rouge de cette saga familiale, sur plusieurs décennies. Son récit chronologique est ponctué d’extraits d’auditions de l’instruction d’une enquête contemporaine, pour le meurtre d’un policier Fabien Bianchi …

Méticuleusement, l’auteure nous distille le parcours de celle qu’elle annonce d’emblée comme une tueuse réfléchie et calculatrice, manipulatrice et excellente comédienne s’il en est. Elle se présente comme la nouvelle Némésis, l’expression de la juste colère.

Excellent moment de lecture … le lecteur est pris à partie par le personnage

Crimes parfaits en cascade et art de la dissimulation au sommet de l’art.

Laurent Scalese fait dire à Samuel Moss dans Je l’ai fait pour toi :

« Première loi : le crime parfait existe.
Deuxième loi : le criminel parfait n’existe pas.
Troisième loi : l’enquêteur doit donc concentrer ses efforts non pas sur le crime, mais sur le criminel. »

Démonstration réussie !

J’avais lu Impasse en 2017, 2018 est assurément un très bon cru pour Estelle Tharreau qui tient toutes ses promesses.

Lu en version numérique. epub 5.99 €

 Extraits :
« En effet, de quoi se repaissent les crimes, selon vous ? Le crime prend irrémédiablement racine dans vos faiblesses, vos défauts, vos mauvaises habitudes petites ou grandes. Il s’en inspire, s’en nourrit jusqu’à les phagocyter et vous engloutir avec elles. »
« J’étais entrée dans le quotidien de la famille de ma victime. J’espérais qu’elle en criait d’effroi si le mystère de l’au-delà le permettait. J’espérais qu’elle frémissait chaque minute quand ma main criminelle se posait sur eux. Qu’elle endurait les mêmes tourments que ceux qu’elle m’avait infligés en voulant m’imposer cette gamine handicapée, ce monstre tout droit surgi de mon passé.»
« …les criminels ne naissent pas ex nihilo. Que la société et chaque élément qui la compose ont leur part de responsabilité, grande ou petite. Que notre indifférence, nos négligences, qu’à chaque fois que nous détournons les yeux d’un enfant ou d’une personne en détresse, nous participons peut-être à la création d’une bombe en devenir.»