Autopsie en huis clos : Nous rêvions juste de liberté, de Henri Loevenbruck.


Autopsie en huis clos

Nous rêvions juste de liberté, de Henri Loevenbruck.

Au collectif Polar, on vous a initié à la double (voire triple) chronique.

Poussons le bouchon un peu plus loin…

Et si on chroniquait avec un auteur sur un autre auteur ?

Une fois n’est pas coutume : Geneviève valide le projet.

Il nous faut un binôme de flingueuses : Dany et Miss Aline et un auteur.

Pour cette troisième édition d’Autopsie en huis clos

c’est Samuel Delage qui a répondu présent.

Après une discussion on est tous d’accord pour…. une autopsie en huis clos autour de

Nous rêvions juste de liberté, de Henri Loevenbruck.


le livre : Paru le 29 mars 2017 chez J’ai lu dans la collection Thriller.  7,80 € ; (491 p.) ; 18 x 11 cm.

  4e de couv :

Nous rêvions juste de liberté

Providence, le grand nulle part.

La bande d’Hugo, dit Bohem, s’englue dans un avenir opaque. Pour s’en affranchir, vivants et libres, ces rêveurs intrépides entreprennent une traversée du pays qui n’épargnera rien ni personne. Guidant leur devoir d’insoumission, trois valeurs tutélaires : loyauté, honneur et respect.

Sur la route, Bohem et les siens feront l’expérience de la vie, splendide et décadente. À la fin du voyage, au bout de l’initiation, un horizon : la liberté.

« Jusqu’où iriez-vous par amour de la liberté ? »

L’auteur : Henri Lœvenbruck est né en 1972 à Paris, dans le quartier de la Nation, où il a passé toute son enfance et son adolescence. Après le bac, hésitant entre la musique et la littérature, il tente d’allier ses deux passions : la semaine, il étudie en khâgne au lycée Chaptal et le week-end il se défoule en concert ou en studio avec de nombreux musiciens.
Après avoir étudié la littérature américaine et anglaise, l’heure du service national venue, il fait une objection de conscience et passe 17 mois comme maquettiste aux Editions Francophones d’Amnesty International, puis il part vivre en Angleterre, près de Canterbury, où il enseigne le français dans un collège.
De retour en France, il exerce divers métiers, de barman à web-designer en passant par professeur d’anglais, avant de se diriger vers le journalisme littéraire. Pigiste pour la radio (TSF) et la presse écrite (L’Express), il signe de nombreuses chroniques sur les littératures populaires avant de créer son propre magazine (Science-Fiction magazine). Après être resté rédacteur-en-chef de ce titre pendant deux ans, il publie à 25 ans son premier roman aux éditions Baleine, un polar futuriste où l’on devine l’influence manifeste de Philip K. Dick… Cette fois, son choix est fait, il décide de se consacrer pleinement à l’écriture. Il publie alors deux trilogies de Fantasy, La Moïra et Gallica, lesquelles rencontrent un succès inédit pour un auteur français (La Moïra dépasse en France les 300 000 exemplaires, toutes éditions confondues, et les droits sont vendus dans 11 pays). Suivront de nombreux thrillers aux éditions Flammarion (Le Syndrome CopernicLe Rasoir d’Ockham…) qui lui vaudront d’être qualifié par le Nouvel Observateur de « nouveau maître du thriller français ».
Membre fondateur de la Ligue de l’imaginaire aux côtés, entre autres, de Bernard Werber, Franck Thilliez, Bernard Minier et Maxime Chattam, en juillet 2011, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
En 2015, son roman Nous rêvions juste de Liberté rencontre un joli succès médiatique et fait à présent l’objet d’un projet d’adaptation cinématographique avec l’un des plus grands réalisateurs français.
Passionné par l’histoire de la contre-culture américaine en générale, et du mouvement biker en particulier, Henri Lœvenbruck tient une rubrique historique dans le mensuel Freeway. Aujourd’hui, il partage son temps entre l’écriture et l’assouvissement de ses deux passions : la moto et la collection de montres cassées…
Extraits :
« Plus le temps passe,plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abimer comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches , »pour son bien ».J’ai le sentiment que,chaque jour,une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour règlementer encore un peu plus toutes nos petites vies et mettre des sens interdits partout sur nos chemins »

 

« Parce qu’en vrai Oscar avait raison, on nageait dans la merde depuis le jour de notre naissance, et il n’y avait pas un seul enfoiré pour nous jeter une bouée de sauvetage, et c’était fatigant, à force, de faire semblant de croire encore à quelque chose »

 

« J’ai caressé lentement la couverture et fait tourner les pages jaunies.C’était une édition vraiment ancienne, du genre originale peut-être.Les vieux bouquins, on a beau les essuyer ou les secouer comme on veut, on a toujours l’impression qu’il reste de la poussière dessus-dedans.Et plus ils sont anciens, plus ils ont cette heureuse odeur d’humidité moisie qui est comme une promesse d’aventures. »


Autopsie en huis clos.

Monsieur Delage, prenez le scalpel … c’est parti pour l’autopsie d’un roman en huis clos.

Nous rêvions juste de liberté, de Henri Loevenbruck.

 

Miss Aline : Bonjour Samuel, bonjour Danièle et bonjour Geneviève
Samuel, nous allons « explorer » ta facette lecteur. Nous allons parler d’un livre qui t’a marqué : Nous rêvions juste de liberté, de Henri Loevenbruck.

Samuel : 👍

Dany : Bonjour vous … Coucou Samuel

10:32

Samuel : Hello !
J’étais embarqué dans mon écriture… et le temps à filé !

Miss Aline : ce n’est pas grave Samuel. Veux tu que l’on reporte à ce soir ou un autre jour.?

Samuel : Non non, ce sera parfait 😉

Miss Aline : Qu’est ce qui t’a amené à faire ce choix de lecture ?

Samuel : J’ai toujours adoré les livres de cet auteur. Séduit par son univers, par la force de ses lignes, de ses mots, et sa fabuleuse façon de structurer les récits. Il a l’art et la manière, il raconte, l’émotion est à vif sur la peau, et c’est le frisson.

Miss Aline : que penses-tu de cette histoire en particulier ?

Samuel : Celle-ci, elle dégage peut-être davantage que toutes les autres. On y perçoit la sensibilité de l’auteur avec une touche autobiographique. Un univers qui lui colle à la peau, l’humain, tout ce qui le caractérise et qui émane de lui.

Miss Aline : Hugo est un personnage fort, dense. qu’en penses tu ?

Samuel : Hugo, on le découvre page à page, et l’auteur est un malin qui nous attrape sans qu’on s’en aperçoive. Il part de loin avec ce héros, et il nous le donne à voir, à grandir, et  nous attache à lui.
Une épopée puissante le fait vivre cheveux au vent, capable d’encaisser tous les coups de la vie, et son besoin de liberté devient le nôtre.

Miss Aline : pourquoi encaisse-t-il autant ? Sa vision du monde, de l’amitié est une vision hors du commun .

Samuel : C’est peut-être une vision du monde, et quel que soit notre parcours, les valeurs humaines restent les plus importantes mais aussi le respect de notre liberté. C’est une énergie touchante qui habite ce récit. Chaque personnage y a sa place. Chacun a subit des coups, et a fait en sorte de les transformer pour vivre. Certains y sont arrivés mieux que d’autres. On découvre aussi que les dérapages ne sont pas gratuits, et qu’il faut savoir les assumer.

Miss Aline : c’est quoi justement cette liberté ? Assumer ses choix, vivre selon son propre code…?

Samuel : C’est un savant mélange des deux, une forme de respect du libre arbitre pour soit et pour les autres. Savoir partir pour revenir, savoir laisser partir sans retenir. Se suivre et se retrouver.
Ce livre a une force intemporelle, c’est brillant, et ce qu’il dégage se diffuse longtemps après la lecture.
Ce livre, c’est un Goncourt. Il aurait dû tout rafler.

Miss Aline : il laisse en effet une très forte impression qui dure encore et encore.
Est ce le livre que tu aurais aimé écrire ?

Samuel : Clairement, à 100%… mais je ne pense pas que je l’aurais aussi bien réussi. C’est donc une chance extraordinaire pour moi d’être un lecteur et de le découvrir.

Miss Aline : je suis ravie aussi de l’avoir découvert et ne pas être passée à côté. Outre la liberté il est aussi question de code d’honneur, de parole donnée dans ce roman.

Samuel : 👍

Samuel : Et puis ce livre, c’est Henri Loevenbruck, ce loup au grand cœur, cette âme de rocker et de rider, bagues aux doigts et tatouages sur la peau, cuir sur le dos, gang à motos.

Miss Aline : Loup et motard un code à part, une meute, on se lie  et on vit pour le bien de la meute.

Samuel : Ça sent l’huile et la mécanique, l’amour des pièces détachées comme les coups pris dans la gueule, et les soudures comme les poignées de mains avec les potes.

Miss Aline :👍

Samuel : Il y a comme un écho à notre programmation génétique d’être et de vivre ensemble, tout en sachant survivre en solo.
on n’existe par et dans le regard de l’autre.

Miss Aline : 👍

Samuel : Ce côté primitif nous frappe de plein fouet dans ce roman.

Miss Aline : oui je suis d’accord avec toi. toujours la meute, même quand on s’en éloigne, on y revient

Samuel : 👍

Geneviève : Oui l’homme est un animal grégaire.

Samuel : 👍

Geneviève : Samuel,  ne trouves-tu pas que ce livre sent un peu trop la testostérone ?

Samuel : C’est viril, masculin, en force, mais la place du féminin s’y trouve, avec une audace et une liberté de vivre tout aussi éclatante et complémentaire. C’est une fois encore amené avec justesse, là où beaucoup d’auteurs se seraient sans doute moins habilement démenés. C’est un livre qui plait beaucoup aux lectrices… elles sont nombreuses à l’avoir énormément aimé.

Dany : Je confirme, même lu en octobre 2015 … il laisse des traces !
Le lieu de l’action, est-ce que tu penses qu’elle aurait pu se dérouler ailleurs (hors référence à la justice locale) ?

15:29

Samuel : (j’avais une réunion pour les séries TV… mais me revoilà 😉 )
Je trouve que le lieu de l’action a été parfaitement géré. Les « chapitres » des MC pour se poser, et la route, encore la route, les rencontres, les dérives… les retrouvailles, la racine point de départ et l’arrivée. Tout cela donne un road movie brillamment mené.
Et c’est dans le vécu qu’on devine de l’auteur que toute la richesse de ce livre prend sa dimension.

Dany : Et l’époque …

Samuel : La façon dont est traité le livre, au niveau du positionnement dans le temps, lui donne d’une certaine façon un côté intemporel ou presque. Ce livre pourra se lire longtemps avec un sentiment de proximité ou une forme d’ancrage idéalisé, qui donne l’impression d’être dans le timing parfait.
J’ai le sentiment que ce livre peut donner à chaque lecteur l’envie de placer ce récit au moment de sa vie qui le fera le plus rêver.

Dany : Une sorte d’universalité

Samuel : 👍

Samuel : Avec 3 temps. Le premier, l’adolescence, puis le passage à l’âge adulte et une forme de sagesse poignante vers la fin du récit.
Une sorte de quête initiatique tout au long du récit.
Notre héros du départ donne l’impression d’avoir plus de cheveux gris à la fin

Dany : Avec la fougue de l’auteur, tu peux comprendre qu’il ait mis 3 ans à produire son dernier (mais pas ultime) bébé ?

Samuel : Chacun de ses livres donne le sentiment d’être muri, gorgé du meilleur de son fruit, c’est un plaisir à lire.

Dany : Si tu devrais donner 3 bonnes raisons de lire ce livre …

Samuel : Découvrir une définition au mot liberté
Découvrir une nouvelle définition au mot égalité
Découvrir une nouvelle définition au mot fraternité

Dany : …  Bigre … à retenir !

Samuel : Étonnant ces mots qui sonnent comme républicain et qui pourtant sont si humain et présent dans ce roman.

Dany : 3 adjectifs pour qualifier ce roman 

Samuel : Authentique, vivant, inoubliable

Dany : Et l’auteur …

Samuel : bagué, tatoué, talentueux

Dany : Tu as lu d’autres roman de Loevenbruck, y trouves-tu une « filiation »?

Samuel : Il est différent de tous les autres celui-ci. Là, l’auteur a exprimé autre chose enfoui en lui.
Et il l’a exprimé avec le talent qu’on lui connait, et franchement, ça claque.

Dany : Plus intime ?

Samuel : Incontestablement oui

Dany : Un modèle ?

Samuel Une figure de la littérature française. Rares sont les auteurs contemporains capables de se distinguer ainsi.
Je suis vraiment séduit par sa plume, sa justesse, et sa capacité à raconter des histoires aussi habilement construites.

Dany : Nous l’accordéon une petite pause café …. ou chocolat …
Accordons et pas accordéon bien sûr ……..correcteur automatique !!!

Samuel : Pause chocolat en accordéon, ça fait guinguette sympathique avant l’heure 😉

Dany : 😆

Samuel : (j’vous mets pas le plus moche 😉 )

Dany : 😆

Geneviève : Dis moi Samuel, tu me donnerai presque envie de le relire là ! 😉

Miss Aline : À moi aussi ça me donne envie de le relire.
As tu quelque chose à ajouter sur ce roman ou son auteur ?

Samuel : Lisez le suivant 😉

Dany : je valide, le suivant prends tout autant aux tripes mais sur un autre registre
je ne sais plus où j’ai lu que le prochain était un retour vers le suspense historique mais pas moyenâgeux … j’irai aux infos à la source le 11 mai !!!

Samuel : 👍

Miss Aline : Merci Samuel pour cet échange encore une fois intéressant et constructif.

Samuel : Merci à toutes ! C’était un plaisir de parler lecture … et excellente lecture même 😉

Dany : Oui merci Samuel pour ce partage d’émotions. A bientôt !

Miss Aline : Le plaisir est partagé sois en certain.
On te rend à tes mille et une activité.
À très bientôt.

Samuel : 👍

Geneviève : Merci cher Samuel, merci les flingueuses, encore un beau boulot. Je suis sans doute une des seule lectrice à avoir peu apprécié ce titre, mais là je l’avoue, Samuel tu m’as donné envie de revoir mon jugement.

Et vous chers lecteurs et chères lectrices, l’avez vous lu ?

Vous en avez pensez quoi ?

Et nous Samuel, on se retrouve à Saint Maur en Poche 😉😆

Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda


Le livre : Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda. Paru le 28 novembre 2018  aux éditions JC Lattès. 18 € ; (256 pages) ; 13×20 cm. Traduit du japonais par Corinne Atlan.

4ème de couverture :

Au retour d’une expédition de vol à l’étalage avec son fils, Osamu recueille dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même et qui lutte pour survivre dans le froid glacial. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu’elle comprend que ses parents la maltraitent.

Malgré leur pauvreté, les membres de cette famille semblent vivre heureux, jusqu’à ce qu’un événement inattendu ne révèle leurs secrets les plus terribles…
L’auteur :  HIrokazu Kore-eda est né à Tokyo en 1962. Lui qui rêvait de devenir romancier a fait ses débuts comme assistant réalisateur à T.V. Man Union et s’est lancé dans le cinéma. Il est notamment l’auteur de Nobody knows (2004), Tel père, tel fils (2013), Notre petite sœur (2015) et Après la tempête (2016). Son œuvre est marquée par les thèmes de la filiation, la mémoire, la perte et la mort, ainsi que par l’entremêlement de la fiction et du récit documentaire.
Corinne Atlan, la traductrice, est romancière et essayiste, et a traduit une soixantaine d’œuvres japonaises, parmi lesquelles les romans de Murakami.
Extrait :
– Si on te tapait, tu sais, ce n’est pas parce que tu avais été vilaine. Et puis, c’est un mensonge, de dire à quelqu’un qu’on le tape parce qu’on l’aime ou parce que c’est pour son bien.
Nobuyo se souvenait de sa propre expérience, trente ans plus tôt. Sa voix, quelque part, ressemblait un peu à celle de sa mère.
– Quand on aime quelqu’un, voilà ce qu’on fait, dit-elle en serrant l’enfant contre elle, fort, très fort, jusqu’à ce que leurs joues soient collées l’une contre l’autre.
Elle sentait les larmes couler le long de ses joues. Des larmes tiédies par la chaleur du feu qui brulait le survêtement. Rin se tourna vers elle et essuya ces pleurs  de sa petite main.
  

Les émotions de lecture de Cécile

L’histoire d’une famille japonaise vivant de la débrouille. Le père vole à l’étalage aidé de son fils déscolarisé, la mère fait les poches des clients de la blanchisserie où elle travaille tandis que la fille aînée s’exhibe dans un peep-show. Ils recueillent un jour, dans la rue, une fillette maltraitée. Roman écrit par le réalisateur à partir de son film Palme d’or au Festival de Cannes 2018.

Une affaire de famille  de Hirokazu Kore-eda

 

Après la Corée, j’ai pris le ferry direction le Japon pour un voyage chez ses laissés-pour-compte du Japon contemporain. Ce sont un peu des frères ennemis, un passé colonial, la seconde guerre mondiale, les plaies sont assez profondes entre les deux pays mais pourtant les liens sont forts même dans leur différence. La culture n’y échappe pas et leurs sensibilités littéraires m’enchantent.

Hirokazu Kore-eda a pris pour la première fois la plume pour cette affaire de famille qui est aussi un film. Je finirai par aller le voir sans crainte puisqu’il est à la fois le réalisateur et l’auteur de cette perle d’émotions. Que j’aime ces âmes cabossées, les lire comme les écrire, ces familles qu’on se choisit, ou qu’on se crée !

Leurs destins, leurs passés comme leurs avenirs ne font pas de cadeaux à cette famille de bric et de broc. Une veille dame indigne, une mère revêche, un père feignant et expert en vol à l’étalage, un fils qui ne peut pas dire papa à cet homme, une jeune femme avec le peep show comme seul moyen d’obtenir l’attention qu’elle n’a pas, et une petite fille maltraitée ! Sur le papier, peu de choses pour les aimer mais, pourtant, l’auteur-réalisateur avec son style cinématographique nous emporte avec eux.  C’est aussi doux que dur à la fois, ancré dans le réel mais avec une vraie poésie, brute et tendre, cru et délicat. Un mélange doux-amer comme je les apprécie !

 Le Japon comme la Corée gâtent mes émotions et mes lectures en ce moment.

Demain c’est loin de Jacky Schwartzmann


Le livre : Demain c’est loin de Jacky Schwartzmann. Paru le 12 octobre 2017 chez Seuil dans la collection Cadre Noir. 17€.  (182 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche chez Point le 11 octobre 2018. 6€60 . (182 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

 » J’avais un nom de juif et une tête d’Arabe mais en fait j’étais normal.  » Voici François Feldman, originaire de la cité des Buers à Lyon, plus tout à fait un gars des quartiers mais n’ayant jamais réussi non plus à se faire adopter des Lyonnais de souche, dont il ne partage ni les valeurs ni le compte épargne. Il est entre deux mondes, et ça le rend philosophe. Juliane, elle, c’est sa banquière. BCBG, rigide et totalement dénuée de sens de l’humour, lassée de renflouer le compte de François à coups de prêt.  » Entre elle et moi, de sales petites bestioles ne cessaient de se reproduire et de pourrir notre relation, ces sales petites bêtes contre lesquelles nous ne sommes pas tous égaux : les agios.  » Mais le rapport de force va s’inverser quand, un soir, François lui sauve la mise, un peu malgré lui, suite à un terrible accident. Et la banquière coincée flanquée du faux rebeu des cités de se retrouver dans une improbable cavale, à fuir à la fois la police et un caïd de banlieue qui a posé un contrat sur leurs têtes. Pour survivre, ils vont devoir laisser leurs préjugés au bord de la route, faire front commun. Et c’est loin d’être gagné.

L’auteur : À vingt ans, Jacky Schwartzmann a lu tout Arthur Rimbaud et connaît tout de NTM. Puis les petits boulots s’enchaînent, autant pour gagner sa vie que pour vivre la vie des travailleurs normaux. Éducateur, barman, libraire à Lyon, puis assistant logistique chez Alstom, expérience qui lui inspire son roman Mauvais Coûts (La Fosse aux ours, 2016 et Points, 2017).
Avec Demain c’est loinJacky Schwartzmann signe un polar sous haute tension, violemment drôle et d’une belle humanité.
Extrait :
Si on proposait aux gens de pouvoir tarter impunément quelqu’un dans leur vie, je parie qu’il y aurait pas mal de banquiers qui s’en prendraient une. Y aurait des assureurs, des députés, peut-être un ou deux chauffeurs de taxi, mais il y aurait surtout des banquiers. C’est pour ça qu’ils embauchent que des têtes à claques pour ces jobs, ça doit être un prérequis.

 

la Kronik d’EPPY FANNY

DEMAIN C’EST LOIN de Jacky SCHWARTZMANN aux Editions du Seuil

Suite aux conseils d’Ida Mesplède, lors d’un dîner, j’ai découvert l’auteur, Schwartzmann Jacky lors de TPS et y ai fait l’acquisition de ce roman. Eh bien je n’ai pas été déçue !

Ce roman policier-sociétal déjanté est un délice.

L’histoire :

Celle de François Feldman, non, pas le chanteur, juste un mec à la ramasse avec une tête de beur et un nom juif. Ce n’est pas le tiercé gagnant. Il est clair que les fées ont oublié de se pencher sur son berceau.

François, il a grandi dans la cité des Buers à Lyon. Une cité qui craint grave. Il y a tellement traîné avec les arabes de la cité qu’il a comme surnom le Rebeu blanc en plus du Juif. Puis comme il a été bien nourri par la cuisine orientale des mères de ses potes on l’appelle aussi « le Gros ». Là, pas d’ambiguïté, ça colle nickel !

Pour trouver sa place dans la société et devenir un vrai Français, il a quitté la cité et s’est installé à Lyon où il a monté sa boutique. Il y vend des T-shirt avec de fausses citations de son cru :

Extrait P.16 : « Une de mes préférées était : « on est bon, avec les nouveaux freins ? Ayrton Senna. » J’avais aussi : « Mais puisque je vous dis que ça passe ! Capitaine du Titanic. » Enfin voilà ce genre de trucs. »

Une boîte sur le déclin qui lui vaut d’être convoqué régulièrement par sa banquière, Juliane Baccardi. Un monde les sépare. Même si, à la grande surprise de François, ils ont en commun la cité des Buers, où Juliane œuvre dans une association d‘aide aux pauvres.

François fait un petit tour chez Fouad, son coiffeur, et voilà notre pied nickelé avec une nouvelle idée de génie. Il lui faut la financer d’urgence. Oui mais , bernique niveau banque pour un prêt. Faut dire que c’est pas malin de confondre la Banque Populaire avec une succursale des pompes funèbres Algériennes !

Une solution, comme une évidence : aller taper son pote Saïd, le caïd de la cité. Oui mais voilà la mort c’est sacré chez les rebeus et l’accueil n’est pas celui espéré.Voilà notre François qui repart la queue entre les jambes.

Puis une belle journée de merde comme celle-ci ne peut que se terminer en apothéose.

Une Audi A3 écrase le cousin de Saïd contre un mur, au volant se trouve sa banquière, et, comme un con, il saute dans la voiture. Tant qu’à lui sauver la peau à cette conne ce sera contre le prêt dont il a besoin. Faut pas confondre Feldman avec l’abbé Pierre.

Les voilà en fuite pour sauver leur peau. C’est que pour Saïd la famille c’est sacré !

Un répit de quelques heures chez Brigitte et Chonny (j’en pleure encore de rire), mais à l’impossible aucun étalon n’est tenu et tant pis si Juliane gueule.

Puis l’idée : l’agence immobilière du père de Juliane et ses clés de maisons vides à disposition… Ouf ! Enfin ouf c’est vite dit…

Cette histoire nous entraîne dans un road movie hilarant où l’on croise des êtres humains de tous horizons, où les truands les plus futés ne sont pas tous dans les cités, où il fait bon se mettre au vert du côté d’Alger. Où les sentiments, bons comme mauvais, sont présents et parfaitement décrits, et où l’humour, par moments, a un goût de pudeur.

Une excellente peinture sociale de la vie en cité et une peinture au vitriol de notre Sté actuelle. Un roman où l’on appelle un chat, un chat et une chatte, une chatte. Jubilatoire.

Je me suis régalée de ce roman qui m’a donné envie de découvrir les autres écrits de Jacky. Ida, mon banquier ne te dit pas merci. Moi oui !

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic


Le livre : De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic. Paru le 2 mai 2019 aux Editions Albien Michel dans la collection Thrillers. 21€90 ; (420 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

De bonnes raisons de mourir

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment.

Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante.

Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

 

L’auteur : Morgan Audic est né à Saint-Malo le 30 janvier 1980 et a grandi à Cancale. Il vit depuis plus de dix ans à Rennes, où il enseigne l’histoire et la géographie en lycée.
Il est l’auteur de « Trop de morts au pays des merveilles« , un thriller publié en 2016.

 

 

 

 

Extrait :
Grincements métalliques, respirations sifflantes.
Il s’éveilla dans une pénombre inquiétante, traversée de flashs vert et bleu chaque fois qu’il clignait les paupières. L’air était lourd, saturé d’une puanteur âcre de corps mal lavés mêlée à des d’odeurs d’antiseptique et d’alcool fort.
Où je suis ?
Ses yeux s’habituèrent à la faible luminosité de la pièce et il aperçut une rangée de lits plaqués contre le mur en face de lui. Ils étaient occupés par des êtres informes et gémissants qui remuaient lentement leurs membres comme des scarabées à demi écrasés agitent leurs pattes avant de s’éteindre.
Bouge !
Une pulsion au fond de son crâne lui criait de fuir. Il essaya de se redresser, mais ses poignets et ses chevilles refusèrent de se décoller du matelas. Avec horreur, il réalisa qu’ils étaient attachés au cadre du lit par des sangles. Il tira de toutes ses forces pour arracher ses liens, mais l’effort lui fit tourner la tête au point qu’il crut s’évanouir. Désorienté, le corps baigné d’une sueur froide et grasse, il tenta de se rappeler comment il était arrivé ici.

 

Le post-it de Ge

De bonnes raisons de mourir – Morgan Audic

Un cadavre mutilé est découvert à Pripiat, ville près de Tchernobyl. Le commandant Melnyk, policier ukrainien animé par le sens du devoir, est chargé d’enquêter tandis qu’Alexandre Rybalko, policier russe a été engagé par le père de la victime pour retrouver l’assassin et le tuer. Leurs investigations se croisent et les conduisent sur la trace d’un double homicide commis la nuit du 26 avril 1986.

J’ai adoré ce bouquin, j’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de Morgan Audic Trop de morts au pays des merveilles, qui avait été un de mes coup de coeur 2016.
Mais là quel coup de maître, Morgan Audic nous offre un roman policier parfait. A la fois roman noir, roman d’espionnage, cold case est un formidable thriller. De bonnes raisons de mourir, est la révélation de ce premier semestre 2019.

Je vous le disais, tout y est.
L’intensité de l’intrigue, le charisme des personnages, la véracité des thèmes exploités.
C’est parfait et parfaitement dosé. C’est formidablement maîtrisé. L’écologie, géopolitique, les enjeux économiques rien ne manque. Sans oublier cette guerre larvée au cœur de notre bonne vieille Europe.
Bien mieux qu’un bon documentaire sur ses sujets, ce titres se lit avec un tel plaisir, une telle intensité qu’on ne peut le lâcher
L’écriture et le style de notre auteur en font un magnifique thriller qu’on lit d’une traite malgré ces 420 pages.

C’est très cinématographie, ça s’imprime sur votre rétine et ça reste gravé dans votre cerveau.
Un putain de bouquin, un page turner certes mais qui restera longtemps dans nos esprits.

Surtout ne passez pas à coté.

Vous ne le regrettez pas, foi de porte flingue.

Vlast de Peter Higgins


La journée fantastique

Vous le savez déjà, le 28 du mois chez Collectif Polar c’est notre journée SFFF.

Aujourd’hui c’est un peu spécial car une alors vous proposé une double chronique.

J’ai je l’avoue un peu obligé notre Jumelle infernale à lire ce titre que j’avais énormément aimé.

Alors c’est partie pour le double chronique de Vlast 1/2


Le livre :Vlast de Peter Higgins. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Arnaud Demaegd. Paru le 19 mars 2014 au éditions Bragelonne. 20€ ; (505 p.) ; 21 x 14 cm.

4e de couv :

La corruption règne à Mirgorod.

Entre agents du parti et révolutionnaires fanatiques, cabarets décadents et exécutions sommaires, survivre est un défi quotidien dans la gigantesque capitale du Vlast. Lorsque l’inspecteur Vissarion Lom est chargé d’arrêter un terroriste qui menace le parti, il ne se doute pas encore que son enquête va le mener jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, et lui faire découvrir un secret lié à son propre passé. Sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme, Maroussia, proche du criminel qu’il est censé traquer, achève de faire basculer Lom dans un monde de faux-semblants, ambigu et vénéneux…

 

L’auteur :Peter Higgins a enseigné l’anglais à Oxford, a été chercheur et a travaillé dans la haute administration britannique. À mi-chemin entre Boulgakov et John Le Carré, unanimement salué par la critique, Vlast nous entraîne dans les bas-fonds d’un univers crépusculaire et envoûtant.

 

 

 

Extrait : 
C’est le futur. Un futur qui requiert de nouveaux modes de pensée : une nouvelle philosophie, une nouvelle moralité, un nouveau genre d’hommes. Tout ce qui est vieux et inutile doit être détruit pour laisser la place à l’avenir.

La journée fantastique  de Ge

La journée fantatisque est un peu spéciale aujourd’hui.

En effet, je vais vous parler d’un roman que je qualifierais de transgenre.

De plus en plus les genres SF et polar se mélangent. L’anticipation devient elle aussi un nouveau genre du roman policier.

On va au-delà de la simple critique sociale, on projette celle-ci pour imaginer le monde de demain et tenter de décrypter ses dérives possibles.

Dans une Russie soviétique imaginaire l’inspecteur Lom traque un terroriste. Il côtoiera des agents du parti, des révolutionnaires fanatiques, des anges, des géants… Entre les éléments déchaînés et les exécutions sommaires il découvrira les secrets les mieux gardés. Et découvrant la corruption qui gangrène la ville, le policier décide de rejoindre la résistance. Un roman dense et déroutant basé sur l’histoire et les mythes de la Russie. Un roman comme je les aime, mélangeant les genres, les détournant. Jouant avec tous les codes connus pour nous faire vivre une aventure épique et singulière. Une Urban Fantasy très réussi, un excellent premier roman , il n’est pas sans me rappeler « The City and the City » de China Mieville.

Vlast de Peter Higgins : le souffle et l’âme russe entre légendes et roman noir.

 

Les petits + de Collectif Polar

C’est le premier titre de la nouvelle collection de Bragelonne : L’Autre.

« Il y a toujours eu dans notre catalogue des ouvrages différents de l’image générale de Bragelonne : des romans littéraires, hybrides et originaux. Des romans qui ne correspondent pas exactement à un genre, une cible, une catégorie. Soit parce qu’ils mélangent les genres, les références et les inspirations au point de ne pouvoir être rangés sous aucune des étiquettes habituelles (SF, Fantasy, fantastique, policier etc.). Soit parce que les éléments imaginaires n’y sont qu’un mince prétexte, se fondent dans le récit plutôt que d’être développés et explorés, et servent à déclencher et mettre en valeur une histoire essentiellement humaine et universelle. Ce sont des romans fusion, inclassables, étonnants, qui surprennent et provoquent, mais savent aussi toucher et convaincre le grand public par leur puissance, leur personnalité et leur sensibilité littéraire. L’Autre Bragelonne est la collection qui réunit désormais ces ouvrages. » (cf. Le blog de Bragelonne).

Petite précision de votre porte flingue :

Vlast et le premier tome d’une trilogie. Mais les deux tomes suivant ne sont toujours pas édité en français. Alors si Bragelonne nous entend, s’il vous plais, faites que la suite de Vlast soit vite disponible pour les lecteurs car nous sommes tous, je suis très impatiente de lire le suite et la fin de cet opus qui déjà semble être une oeuvre majeur.

Le fruit de ma colère de Mehdi Brunet


Le livre : Le fruit de ma colère de Mehdi Brunet. Paru le 15 mars 2018 chez Taurnada dans la collection Le tourbillon des mots. 9€99 ; (224 p.) ; 18 x 11 cm.

4e de couv :

Le jour où Ackerman vient demander de l’aide à Josey Kowalsky, le compte à rebours a déjà commencé. Il faut faire vite, agir rapidement.

Josey n’hésite pas un seul instant à venir au secours de cet homme qui, par le passé, a su le comprendre. Ensemble, ils vont découvrir que la colère et la vengeance peuvent prendre bien des visages. Et s’il était déjà trop tard ?

 

 

 

 L’auteur : Mehdy BrunetNé en 1974 à Bressuire dans les Deux-Sèvres, Mehdy Brunet aime le changement : Gironde, Haute-Savoie, Genève, île de la Réunion, Lozère, la Manche, un sentiment de liberté anime sa vie. Agent de maîtrise dans l’industrie technologique, ce n’est que très tard qu’il découvre sa passion pour l’écriture. Au fil des mots, une facette méconnue de sa personnalité va poindre à l’ombre de sa plume.
Extrait :
Disons que la loi est un outil formidable qu’il faut connaître sur le bout des doigts si l’on ne veut pas qu’elle se retourne contre soi, et malheureusement les procédures font parfois la part belle aux criminels. Toujours est-il que quelques jours après, ma collègue a aperçu la môme sur le trottoir en face du commissariat. Elle se tenait debout les bras le long du corps et se balançait d’un pied sur l’autre, comme si elle attendait quelque chose. Je suppose que ce qu’elle souhaitait, c’était apercevoir la seule personne qui avait su lui apporter un peu de réconfort. Seulement voilà, Valérie, c’était le nom de ma collègue, n’a pas eu le courage d’aller à sa rencontre. Elle est restée tétanisée derrière la fenêtre de son bureau et s’est contentée de l’observer, déversant toutes les larmes de son corps.

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Le fruit de ma colère de Mehdi Brunet

Une suite du premier roman de cet auteur où l’on retrouve avec plaisir Paul Ackerman, flic démissionnaire et Josey Kowalski exilé en Espagne. Ils sont bien mal en point nos deux personnages rescapés de leur précédente aventure. Cette fois c’est Paul qui va solliciter Josey pour retrouver son frère jumeau Eric. Au bout du chemin, y aura-t-il vengeance ? Quelle vengeance peut être légitime quand la maltraitance est au cœur des rapports humains, des modes opératoires diront certains ? Qui a raison, qui a tort et surtout jusqu’où serions-nous prêt à aller si nous étions à leur place ? C’est cette question que nous pose encore une fois Mehdi Brunet, sous un angle cependant différent du premier opus. Néanmoins on y retrouve l’importance de la famille. Un bon moment de lecture, rythmé et douloureux … même si je me suis un peu perdue dans la construction de la multinationale matriarcale et dans la traque finale, je ne regrette pas et je constate que l’auteur confirme son talent de conteur.

Vous pouvez aussi retrouvez ICI l’avis de Fanny sur Le fruit de ma colère

Son autre mort de Elsa Marpeau


Son autre mort de Elsa Marpeau. Paru le 7 mars 2019 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 20€ ; (288 p.) ; 21 x 14 cm.
4e de couv :
Alex mène une vie normale jusqu’à l’arrivée de l’écrivain Charles Berrier dans le gîte rural qu’elle tient avec son mari. Une nuit, l’homme essaie de la violer. En cherchant à se défendre, elle le tue. Paniquée, craignant que les conséquences de son acte ne détruisent sa famille, Alex dissimule le corps. Avant que la disparition de Berrier ne soit connue, et pour éloigner d’elle les soupçons, Alex décide de s’infiltrer dans son entourage pour trouver qui, parmi les proches de l’écrivain, aurait pu l’assassiner…

Elsa Marpeau• Crédits : Francesca Mantovani/Gallimard

L’auteur : Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Son autre mort est son sixième roman à la Série Noire, après notamment Les yeux des morts, prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011, L’expatriée, prix Plume de Cristal 2013, ou encore Et ils oublieront la colère en 2015. Elle est également la créatrice de la série Capitaine Marleau.

 

Extraits : 
« Quand ils s’étaient rencontrés, elle avait dix-neuf ans. Elle en aurait quarante dans quelques jours et elle n’imaginait pas comment elle avait vécu ou aurait pu vivre sans lui. Elle aimait la monotonie du quotidien, les bonheurs minuscules, les moments où l’habitude abolissait l’angoisse. Quiconque eût interprété cet amour comme une forme de résignation serait passé à côté de l’essentiel. Certains jours, Alex aimait Antoine avec exaltation. »
« En temps normal, Antoine déposait les filles à l’école en se rendant à Nantes, au lycée Clemenceau où il enseignait. Dans la mesure du possible, Alex évitait les interactions avec l’école, les parents d’élèves, le personnel enseignant, qui l’effrayaient tout particulièrement. Sa scolarité, du primaire au lycée, ne lui avait laissé que des souvenirs de combats et de cruauté. On la disait trop sensible.
Ses filles semblaient mieux armées qu’elle pour affronter cet univers brutal. Elle préférait néanmoins ne pas être témoin des conflits quotidiens auxquels elles se livraient et qu’Alex trouvait insurmontables.
Elle ne se rappelait plus depuis combien de temps elle les craignait. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne. Elle se revoyait à six ans, ravie parce qu’une « grande » de CM1 l’avait prise sous sa protection. Pourtant elle n’était pas battue, pas même harcelée. Alors de quoi fallait-il être protégée ?
Elle craignait la cruauté des autres – physique mais surtout mentale. Aujourd’hui encore. Elle ne comprendrait jamais ceux qui n’ont pas peur, ceux qui n’y pensent pas, ceux qui ont confiance. Derrière chaque visage, elle imaginait l’abîme de noirceur. La main de celui qui appuie sur le bouton pour déclencher la décharge électrique dans l’expérience de Milgram. Quelle confiance ? Confiance en quoi, si n’importe qui, soumis à un ordre, est prêt à vous torturer jusqu’à la mort ? Depuis la découverte de la Solution finale, de Dachau, d’Auschwitz, de Buchenwald, de Ravensbrück, de Belzec, de Sobibor, de Treblinka, qui pouvait encore croire en l’humanité ? Une espèce qui non seulement massacre toutes les autres mais se détruit elle-même doit être évitée à tout prix. Il ne s’agit pas de cultiver son jardin, mais d’y dresser des murs, des barricades, pour se mettre à l’abri.
Aucune bête aussi féroce. Aucun animal plus cruel. »

 

Le post-it de Ge

Son autre mort d’Elsa Marpeau

 

Vous savez ce que j’aime chez Elsa Marpeau, c’est qu’elle se réinvente à chaque nouveau bouquin. Pas de héros récurrents, des nouveaux personnage à s’approprier à chaque nouvelle histoire. Des nouveaux lieux aussi.

Mais il y a chez Elsa une constante que j’admire, elle nous présente toujours des héroïnes fortes même lorsque leur intégrité physique est en jeu.

Ici nous allons suivre Alex. Alex que l’on présente comme une femme discrète. Une femme dévoué à sa famille. Une femme aimante. Alex qui sait écouter, qui observe, qui ne se place jamais au centre des débats, des conversations.

Alex toute en retenue, interagissant peu avec les autres, effacée en société, réservée presque invisible.

Alex tient des chambres d’hôtes dans la campagne nantaise. Ce n’est pas la foule dans ce coin trop tranquille aussi pour passé le temps, Alex écrit. Elle s’essaie à l’art subtil de la nouvelle. Un jour elle reçoit un hôte un peu particulier. Un de ses auteurs favoris. Un prix Goncourt,  Charles Berrier. Un auteur qu’elle admire. Il s’est mis au vert pour écrire son prochain roman.

Elsa Marpeau met en place tranquillement tout les ingrédients de son histoire. Elle nous révèle par petites touches les personnalités de ses diverses protagonistes. Simplement, elle tisse les liens qui les relient les uns aux autres. Peu à peu, on sent monter la tension et on attends avidement le drame.

Avec son écriture clinique, elle nous tiens à distance, juste ce qu’il faut pour mieux nous plonger ensuite dans le tourmente.

Oui l’écriture d’Elsa Marpeau, clinique presque froide. Une écriture qui montre simplement. Qui place l’histoire à distance, juste ce qu’il faut pour que nous lecteurs ou lectrices nous puissions nous immiscer dans les interstices que nous laisse l’auteur afin de mieux ressentir l’atmosphère, le suspense, la tension qui monte et les motivations des protagonistes. Bref que nous ressentions les émotions de chaque situation.

En effet, la vie d’Alex va exploser le jour de ses 40 ans. Le jour où  Charles Berrier tentera de la violer.

Et là démarre une autre histoire.

A partir de là Alex va devenir une autre. Je ne vous dit pas comment, je vous le laisse découvrir. Cette autre Alex, c’est que du plaisir. Et si elle devient cette autre c’est pour mieux enquêter sur la personne mais aussi le personnage qu’est et que joue au quotidien Charles Bernier. Elle va totalement devenir lui, penser comme lui. Elle va faire revivre au yeux de tous cette homme qu’elle a tuait et dont elle a dissimulé le corps.

Ainsi décide-t-elle de prendre son destin en main. Et notre auteur une nouvelle fois nous bluffe en nous faisons nous attacher à une meurtrière. Alex a tué, pourtant je vous jure que tout au long du bouquin j’ai souhaité qu’Alex s’en sorte !

Et en plus de nous servir une intrigue menée avec brio, Elsa Marpeau nous propose quelques autres pistes. Des pistes de réflexions sur la création littéraire, sur le petit monde qui gravite autour de la littérature. Ce microcosme diffus qui grouille autour d’un auteur, d’un auteur à succès qui plus est. Une réflexion sur le statut d’écrivain.

Elle nous parle aussi des réseaux sociaux, des dérives qui en découlent, des faux-semblants, des hypocrisies,  de la violence qu’ils peuvent engendrer.

Elle nous parle des femmes et du monde qui les entoure.

Elle nous offre un parfait suspense psychologique. Alex, la phobique sociale va se métamorphoser et nous allons suivre cette périlleuse et pernicieuse transformation. Et jusqu’à bout on se demande comment tout cela va-t-il bien pouvoir finir.

Encore un super scénario de dame Marpeau !

Né d’aucune femme de Franck Bouysse


Le livre : Né d’aucune femme de Franck Bouysse. Paru le 10 janvier 2019 aux édition La manufacture de livres. 20€90 euros; (336 p.) ;  14 x 20 cm.

4ème de couverture :

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine..

 

L’auteur :  Franck Bouysse , né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

 

 

Extrait :
« Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde. »

 

Chronique d’une flingueuse

La Chronique d’Isabelle

 

 

Vous avez lu l’extrait ci-dessus ? L’écriture de Franck Bouysse s’y déploie dans toute sa puissance et sa délicatesse. Elle vous touche au cœur, vous entraîne dans son sillage. Ce livre a suscité un engouement unanime (Télérama lui attribue 3T !) que je comprends sans le partager totalement, malgré mon admiration pour l’écrivain et un plaisir manifeste à la lecture. Pourtant la nature des thèmes traités ne pouvait que me toucher : l’esclavage et la maltraitance, la violence faite aux femmes, l’enfermement.

 Né d’aucune femme est un roman choral, orchestré autour de Rose et de ses cahiers. Rose, justement. Quelle femme magnifique, qui jamais ne renonce, qui lutte et chemine dans l’obscurité, tirant son courage d’étincelles de bonheur laborieusement grapillées.

Gabriel, autre grande figure du roman, est le dépositaire d’une histoire qui le ronge. Sa silhouette croquée d’un trait sûr traverse le roman à grandes enjambées. J’avoue que ses envolées spirituelles m’ont un peu égarée.

Les autres personnages masculins ne sont pas fréquentables. Des monstres,  des faibles, des perdants. Edmond, confondant de lâcheté, Onésime, le père, écrasé par la misère au point d’en avoir le cœur étouffé et le jugement amoindri. Ses décisions enfoncent sa famille dans le drame, comme aspirée par la vase poisseuse d’un marais. Le maître de forge et le médecin, mauvais jusqu’à la moëlle, bouffis de morgue et de cruauté.

Né d’aucune femme est aussi un roman pictural. J’ai admiré la puissance évocatrice des mots. Bouysse manie avec dextérité le pinceau-brosse qui trace à grands traits la trame, noire et tordue telle un vieux sarment. Le couteau qui vient rompre l’harmonie, équarrit le récit, en tronque les rondeurs.  La soie des pinceaux fins qui révèle chaque détail, creuse les ombres, apporte de rares et précieuses touches de lumière.

Sur la toile au final, une vie qui chaque fois s’élance et chaque fois retombe, coupée dans son élan par le sort qui s’acharne. Las, cette dynamique répétitive, cette plongée lente dans le drame, cette surenchère de malheurs ont fini par me lasser. Le début du récit, volontairement énigmatique, m’a aussi déconcertée.  J’aurais voulu qu’il en soit autrement. Pas besoin des 3T pour m’en convaincre ; je sais, je sens que c’est un bon roman. Peut-être n’étais-je pas assez réceptive. Peut-être était-ce juste une question de timing, de disponibilité affective. Je le relirai un jour, pour oublier ce rendez-vous manqué.  

 

Mars le Mois du Polar


Mars le Mois du Polar

En ce joli moi de mars, le polar fleuri à tout va.

J’ai relevé 219 titres et je ne suis pas exhaustive.

A l’heure où je vous parle plus de 80 ont du trouver une place dans vos librairies.

Pour vous on n’en a déjà lu quelques uns que l’on peut vous conseiller sans se tromper.

Voici notre petite sélection


On a retenu 15 titres

 

Les Sorties du jour et de la veille

Animal de Sandrine Collette

Humain, animal, pour survivre ils iront au bout d’eux-mêmes. 
Un roman sauvage et puissant.

Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre.
Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher.
Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs.
Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu.
Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse.
Elle a quelque chose d’animal. Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours.
Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même.
Humain, animal, les rôles se brouillent et les idées préconçues tombent dans ce grand roman où la nature tient toute la place.

 

Manhatan Chaos de Michaël Mention

New York, 13 juillet 1977. L’été de tous les extrêmes : alors que la ville est en faillite, une canicule sans précédent sévit et le tueur Fils de Sam rôde dans les rues. Tandis que le soleil se couche sur Manhattan, une coupure de courant survient. Huit millions d’habitants sont plongés dans l’obscurité : c’est le black-out et la panique s’empare de la ville. Cloîtré chez lui, rongé par la drogue, le célèbre musicien Miles Davis a mis un terme à sa carrière et s’enlise dans la dépression. En manque d’héroïne, il se résout à sortir en quête d’un dealer lorsque des émeutes se déclenchent. Débute une nuit de terreur, où il va se heurter aux pillards et aux fantômes de Manhattan. Traqué d’un siècle à l’autre, la star déchue fera tout pour survivre, alors qu’un mal mystérieux le ronge de l’intérieur.

 » Michael Mention est l’un des meilleurs auteurs français de romans noirs !  »

 

Son autre mort d’Elsa Marpeau

Alex mène une vie normale jusqu’à l’arrivée de l’écrivain Charles Berrier dans le gîte rural qu’elle tient avec son mari. Une nuit, l’homme essaie de la violer. En cherchant à se défendre, elle le tue. Paniquée, craignant que les conséquences de son acte ne détruisent sa famille, Alex dissimule le corps. Avant que la disparition de Berrier ne soit connue, et pour éloigner d’elle les soupçons, Alex décide de s’infiltrer dans son entourage pour trouver qui, parmi les proches de l’écrivain, aurait pu l’assassiner…

Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Son autre mort est son sixième roman à la Série Noire, après notamment Les yeux des morts, prix Nouvel Obs-BibliObs du roman noir 2011, L’expatriée, prix Plume de Cristal 2013, ou encore Et ils oublieront la colère en 2015. Elle est également la créatrice de la série Capitaine Marleau.

 

Le prieuré de Crest de Sandrine Destombes

Sandrine Destombes continue d’explorer le territoire du fait divers avec Le prieuré de Crest, une enquête où les femmes sont coeur de l’intrigue.
 » Madame, je vais vous demander de sortir du véhicule, s’il vous plaît.  »
Le sous-lieutenant Benoit se remémorera longtemps cette scène avec une seule question en tête : aurait-il agi différemment s’il avait su ce que déclencherait ce simple contrôle routier ?
Une enfant de huit ans tourmentée.
Une mère disparue à cause du 6-6-B.
Une conductrice qui finit sa course dans le fossé.
Un cadavre aux yeux énuclés.

Telle une comptine macabre, voilà les quelques mots qui se trouveraient dans le rapport du gendarme avant que les Experts du Pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale ne débarquent à Crest.
Toute cette agitation vient troubler cette commune tranquille de la Drôme. La tranquilité, c’est aussi ce que sont venues chercher la hiératique Joséphine et ses protégées ; ces femmes du prieuré, sorte de gynécée où les hommes n’ont pas droit de cité.

 » Une atmosphère envoûtante et une écriture ciselée.  »

 

Un jour comme les autres de Paul Colize

L’auteur d’ Un long moment de silence revient avec un roman noir qui flirte avec la littérature générale.
Emily vit seule en Italie où elle passe ses journées à trouver le mot juste – elle est traductrice littéraire de métier – et à faire parler les chiffres qu’elle affectionne. Mais surtout, elle passe ses journées à attendre.
614 jours qu’elle attend. Presque deux années à se repasser en boucle la dernière journée d’Éric.
En apparence un jour comme les autres. À essayer de comprendre. À ne pas pouvoir faire son deuil. Alain est reporter d’investigation au Soir, en Belgique. Il passe ses journées à enquêter, creuser, recouper les informations. Éric, il l’a connu. Suffisamment pour s’intéresser à sa disparition.
Et encore plus quand il réapparaît…
Paul Colize signe un polar qui flirte avec la littérature générale. Ses héros nous touchent, autant qu’ils nous déroutent. Un roman polymorphe sur les parts d’ombre de chacun, sur ces secrets que l’on garde et qui finissent toujours par réapparaître.
Pour Un long moment de silence : Landerneau ; Polars Pourpres ; Boulevard de l’Imaginaire
Pour Concerto à 4 mains :  Arsène Lupin ; Plume de Cristal ; Sang d’Encre des lecteurs

Art et décès de Sophie Hénaff

 

Silence, on tue ! C’est sur un plateau de cinéma que la plus sympathique bande de loosers du 36 Quai des Orfèvres fait son come-back, avec toujours à sa tête la célèbre commissaire Anne Capestan, obligée d’interrompre son congé parental pour sauver une ex-collègue. La Capitaine Eva Rosière, qui se consacre désormais à sa carrière de scénariste, est accusée du meurtre d’un réalisateur, retrouvé un couteau entre les deux omoplates, défoncé à la kétamine ! Eva avait, il est vrai, juré de le tuer…

Le Cluedo peut commencer. Sa gamine sous le bras, Anne Capestan est prête.

Après le succès de Poulets grillés (prix des lecteurs du Livre de Poche) et de Rester groupés, Sophie Hénaff poursuit sa série désopilante et savoureuse. On en redemande !

 

 Mi mars  les 13 et 14

Et le mal viendra des Camhug.

Bon j’avoue ce dernier opus de Jérôme Camut et Nathalie Hug c’est un peu mon précieux de ce moi de mars

 

 » On vous a alertés sur la valeur inestimable de l’eau, vous n’avez pas voulu voir. Alors on vous a assoiffés, et vous vous êtes entretués. Va-t-il falloir que l’on entasse six mille cadavres d’enfants devant vos portes pour que vous réagissiez enfin ?  »

L’eau est devenue une ressource rare. Les hommes s’entretuent pour acquérir ce précieux liquide.

Haut le choeur de Gaëlle Perrin-Guillet

« Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver. »
Depuis qu’Éloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l’angoisse que la criminelle sanguinaire s’évade de prison…
Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d’Éloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse…
Une promesse de sang…

La journaliste Alix Flament, autrefois spécialiste des affaires criminelles, a dû renoncer à sa carrière dans le fait divers suite à la publication, six ans plus tôt, de ses entretiens avec Eloane Frezet, une tueuse en série. Mais cette dernière vient de s’évader et entend bien poursuivre ses crimes, menant Alix au bord de la folie.

 

 

Crow de Roy Braverman

NE CHASSE À L’HOMME HALETANTE ET SANS PITIÉ DANS LES PAYSAGES SAUVAGES DE L’ALASKA

Hunter et Crow, deux fugitifs accusés de crimes odieux, décident de se soumettre d’eux-mêmes à l’esprit de la loi en s’isolant au cœur des Brooks Range. Mais les flics locaux et le FBI, dont l’obsession est d’appliquer la loi à la lettre, les laisseront-ils faire ? L’obstination d’un ex-agent du FBI, devenu sérial killer pour l’occasion, déclenche une chasse à l’homme haletante et sans pitié à travers les paysages sauvages de l’Alaska. Une terre rude et immense où tout chasseur devient un jour la proie de quelqu’un d’autre.
Tour à tour chassés ou chasseurs, Hunter et Crow vont poursuivre, croiser ou fuir une shérif amoureuse d’un orignal, une agent spéciale du FBI surnommée Fiasco suite à l’échec de sa dernière mission, une trappeur romantique qui ne craint ni les loups ni les ours, un collecteur de dettes arménien et mélomane, un gang de rednecks qui carbure à la bière locale, un pilote de brousse hippie fan de Jefferson Airplane… Tout ça pour sauver sa peau, appliquer la loi ou mettre la main sur un butin de plus d’un million de dollars. Voire les trois à la fois !

À propos de Hunter
« Un indéniable plaisir de lecture, un irrésistible talent de conteur, des hectolitres d’hémoglobine : on croirait lire du Bret Easton Ellis ou du James Ellroy. On vous souhaite de parvenir à dormir quand même.’ (Le Devoir)
« Un livre coup de poing dont on sort KO debout.’ (Claude Mesplède)
« Entre Délivrance et Fargo. Une écriture directe, qui vous embarque avec une grande élégance et une redoutable efficacité.’ (Le Temps)

 

Minuit dans le jardin du manoir  de  Jean-Christophe Portes

Denis Florin, un jeune notaire solitaire, vit avec sa grand-mère Colette dans un manoir en Normandie. En rentrant un soir, il découvre une tête plantée sur un piquet dans le jardin, des pièces d’or à l’emplacement des yeux et des dents. Colette a disparu et il devient le premier suspect. La journaliste Nadget croit en son innocence et veut découvrir la vérité.

Il y a un manoir sombre et isolé, avec un grand jardin autour.

Il y a Colette, la vieille folle du manoir.

Il y a Denis, son petit-fils, un notaire timide et maladroit.

Et puis il y a, ce matin brumeux, la tête d’un inconnu plantée sur un piquet.

Les ennuis commencent alors pour Denis. Le genre d’ennuis qui changent votre vie. Pour le meilleur… ou plutôt, pour le pire.

Une aventure rocambolesque et explosive où des vies ordinaires basculent dans l’extraordinaire sous la plume incisive et cadencée de Jean-Christophe Portes. Lauréat du prix polar Saint-Maur en poche 2018 pour sa série historique « Les enquêtes de Victor Dauterive », il signe avec Minuit dans le jardin du manoir son premier polar contemporain.

Parasite de Sylvain Forge

A Clermont-Ferrand, Marie Lesaux, capitaine de la brigade de protection de la famille, doit tester les capacités de son nouvel et étrange équipier, Valmont, qui, loin d’être un policier comme les autres, est en réalité une somme d’algorithmes. Ce puissant programme expérimental à la force de calcul phénoménale est en effet missionné par l’Etat pour lutter contre toutes les formes de criminalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dernier tiers de mars 

Le nouveau roman de Bernard Minier
Bienvenue à Hong Kong.
Chez M.
Au bord de l’abîme…

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y aura surtout la sortie des bouquins de nos Flingueuses et autre Nervi

Le 12

Laisse Tomber de Nick Gardel

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d’un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l’a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin… Ceux qui sont encore en vie…

 le 25 mars 

Sale temps pour les grenouilles d’Isabelle Bourdial

« Sale temps pour les grenouilles : Attention Burn Out » d’Isabelle Bourdial. Une comédie noire drôle et caustique contre le harcèlement au travail et afin d’éviter le burn-out.

Le 29

L’ombre de Nola de Sacha Erbel

Talia revient en France après un événement traumatique qu’elle a vécu à la Nouvelle-Orléans. Une expérience dont elle se remémore avec douleur et rancoeur mais qui lui a offert la capacité de voir l’avenir. Alors qu’elle tente de se reconstruire, ses visions lui apportent l’image d’un homme pendu et de rituels mystérieux. Elle doit retourner sur les traces des esprits vaudous en Louisiane.

 

 Voilà  mes polardeux, je vous ai débroussaillé le terrain.

De 219 titres nous sommes passés à 15 bouquins.

15 titres que vous retrouverez dans nos pages dans les jours et les semaines à venir.

Alors belles lectures à venir.

 

 

L’appétit de la destruction de Yvan Robin


Il y a quelques jours je vous présentée une nouvelle flingueuse : Florence.

Aujourd’hui notre apprentie Flingueuse vous propose sa première chronique sur Collectif Polar?

Allez c’est parti


Le livre : L’appétit de la destruction de Yvan Robin. Paru le 25 janvier 2019 aux éditions Lajouanie dans la collection Roman policier mais pas que…18€ ; (206 p.) ; 13 x 19 cm.
4 ème de couverture :
L’Appétit de la destruction relate les dernières heures d’un groupe de rock (Âme  less), les
frasques de son leader, les coulisses d’un milieu qui suscite bien des fantasmes.
On pense évidemment à Bertrand  Cantat (Noir  Désir), à Nicolas  Sirkis (Indochine) mais
aussi aux Rolling  Stones, aux Clash, aux Sex  Pistols, à Nirvana… à toutes ces formations
géniales menées tambour battant par des rockstars déjantées, s’autorisant tous les abus.
Une fiction parfois trash, passionnante, qui mêle tragique, transgression, disparition…
Du rock donc, des excès, du sexe… Bref de la littérature. Pas un polar mais presque…
Des libraires conquis :
“ On a envie de lire ce genre de roman, qui bouscule, qui dérange même, qui explore des
procédés narratifs sans tomber dans l’outrance, et qui malgré tout raconte quelque chose.
J’ai adoré. Dès les premières lignes, j’étais dedans et j’ai eu du mal à le lâcher. J’ai terminé
le livre un peu sonnée, un peu K-O. ” Anne – Librairie le Gang de la clef à molette.
“ Au-delà de la plume, toujours aussi maîtrisée et juste, la narration est très réussie. On est
happé de bout en bout. ” Martin – Librairie Le Passeur.
“ La démesure des personnages aux appétits destructeurs s’entremêle à la beauté des mots.
Yvan Robin explore et ose. Repousse les limites. Bouscule les émotions. Dans un souffle
alcoolisé, il nous murmure de la poésie. ” Karine – Maison de la presse Mondésir.
L’auteur : Yvan Robin est né le 10 novembre 1983. Il vit à Bordeaux. Il a grandi en Saintonge, fréquenté le collège de Jonzac et poursuivi ses études au lycée dePons. Avec des copains d’enfance, il crée un groupe “Les gens“. Cet ensemble rencontre lesuccès et se produit un peu partout en France. Avec sa nouvelle formation, « L’œil du Maître« , il a sorti un CD “Histoire d’île et d’ailes“ enregistré avec Norbert Labrousse. La disgrâce des noyés, son premier roman, a été publié aux éditions Baleine en 2011.Travailler Tue aux éditions Lajouanie en 2015. L’Appétit de la destruction aux éditions Lajouanie en 2019.
Extrait :
– Déjà la rouille de l’oubli ronge le groupe. L’effervescence du début de carrière se mue en lointain souvenir. L’antre bordelais n’est plus réservé qu’aux deuxfrères.
– Sage décision.
– Des soirées orgiaques organisées par le passé, il ne reste qu’un vague relentglaireux …
Pierre s’est mis en tête de rénover lui-même le vaste bâtiment, quifut naguère un hôtel particulier. Adrien n’aperçoit plus Alissa Von Rathqu’entre les pages Internet de sites peu fréquentables. Leur histoire n’a pas survécu à l’épisode du Fentanyl, dont la presse s’est courageusementemparée. Peu lui importe. Il garde intact en mémoire le souvenir indéfectible de Marie Delaunay. Qui vivote avec son musicien sans gloire et sans talent, une idylle qui n’a rien à envier aux platitudes des steppes mongoles … Alorsque les matériaux s’entassent au bas de l’escalier, Adrien prend le large et le train en direction de Montpellier. Il éprouve le besoin d’ajuster les distances.
Le recul aidant, les deux frères prennent conscience du versant fusionnel de leur relation. Adrien entre dans le premier hôtel qu’il trouve en sortant de la gare Saint-Roch, et paye d’avance une semaine. Il passe le plus clair de son temps à errer dans la ville, à faire la sortie des écoles à dévisager les passagers des transports en commun … A force d’opiniâtreté, il parvient à identifier la silhouette de l’homme qui lui a pris sa place dans les bras de Marie. Qui lui a volé son costume d’époux et de père.
– Matthieu Larnaudie.
– En personne …
Il sort d’une séance d’enregistrement au studio Vox, l’étui de ses cymbales sous le bras. Il déambule élégamment, chemise blanche rentrée dans un pantalon de serge bleu.
– Une dégaine de premier de la classe.
– A peu près, oui.
Adrien le suit dans les rues piétonnes du centre-ville, jusqu’au domicile familial, rue Campan. Il regarde le jour s’éteindre, et les lumières s’allumer derrière les vitres. Le lendemain, il quitte Les Alizés, pour emménager à l’hôtel Rhénan, situé dans la même rue que l’appartement. De sa fenêtre, il peut suivre à loisir les allées et venues de sa femme et de ses fils. Louis et Ferdinand sont méconnaissables. Ils ont perdu leurs joues, et leur allure bonhomme de culbuto. Fins comme des cierges, ils lui semblent poussés trop vite.

Chronique d’une flingueuse

Les mots de Flo

Il m’a fallu un peu de temps pour accrocher à cette lecture. J’avais l’impression de lire quelque chose de facile, ce que nous imaginons tous des groupes délurés, immatures, ne parvenant pas à gérer leur succès. Certes il y a de cela mais mieux encore. Ma persévérance a été récompensée dans ce roman très noir.

Côté narration, un dialogue incluant un proche du groupe nous permet d’en découvrir l’histoire, de la naissance au lycée jusqu’au présent. Nous saurons tout : la rencontre des membres, les premiers morceaux, l’arrivée du succès, la vie sentimentale des membres du groupe, les processus créatifs, la scène, le quotidien des tournées, les cures de désintoxication, la séparation puis la reformation du groupe.

A coups de chapitres très courts, Robin nous propulse dans la tête du leader charismatique, qui carbure à l’alcool, aux psychotropes, et nous fait vivre de l’intérieur la chute de cet homme, chanteur, musicien mais aussi comédien chargé de jouer son rôle de rock star sur scène lors de chaque concert. Chute, déchéance aussi car c’est bien de cela dont il s’agit, nous en prendrons conscience très rapidement.

Qu’est-ce qui fait que ce roman a fini par me plaire autant ? Deux raisons à cela : la construction du roman est particulièrement réussie. Moi qui ne le fais jamais, arrivée au terme de ma lecture, je suis retournée au début du livre, pour retracer le chemin des différents narrateurs du récit. Et cette relecture a été magique ! Yvan Robin parvient à faire coexister le réalisme de certaines scènes où drogues, alcool, sexe, dégradations des lieux, errance dans les rues avec des tournures poétiques, des extraits de chansons qui forment au final un tout parfaitement homogène et hypnotique. L’écriture d’Yvan Robin est tout simplement magnifique, une poésie crue.

 Les tous derniers chapitres sont particulièrement puissants et émouvants. Je ne suis pas prête d’oublier cette lecture !