Né d’aucune femme de Franck Bouysse


Le livre : Né d’aucune femme de Franck Bouysse. Paru le 10 janvier 2019 aux édition La manufacture de livres. 20€90 euros; (336 p.) ;  14 x 20 cm.

4ème de couverture :

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine..

 

L’auteur :  Franck Bouysse , né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

 

 

Extrait :
« Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde. »

 

Chronique d’une flingueuse

La Chronique d’Isabelle

 

 

Vous avez lu l’extrait ci-dessus ? L’écriture de Franck Bouysse s’y déploie dans toute sa puissance et sa délicatesse. Elle vous touche au cœur, vous entraîne dans son sillage. Ce livre a suscité un engouement unanime (Télérama lui attribue 3T !) que je comprends sans le partager totalement, malgré mon admiration pour l’écrivain et un plaisir manifeste à la lecture. Pourtant la nature des thèmes traités ne pouvait que me toucher : l’esclavage et la maltraitance, la violence faite aux femmes, l’enfermement.

 Né d’aucune femme est un roman choral, orchestré autour de Rose et de ses cahiers. Rose, justement. Quelle femme magnifique, qui jamais ne renonce, qui lutte et chemine dans l’obscurité, tirant son courage d’étincelles de bonheur laborieusement grapillées.

Gabriel, autre grande figure du roman, est le dépositaire d’une histoire qui le ronge. Sa silhouette croquée d’un trait sûr traverse le roman à grandes enjambées. J’avoue que ses envolées spirituelles m’ont un peu égarée.

Les autres personnages masculins ne sont pas fréquentables. Des monstres,  des faibles, des perdants. Edmond, confondant de lâcheté, Onésime, le père, écrasé par la misère au point d’en avoir le cœur étouffé et le jugement amoindri. Ses décisions enfoncent sa famille dans le drame, comme aspirée par la vase poisseuse d’un marais. Le maître de forge et le médecin, mauvais jusqu’à la moëlle, bouffis de morgue et de cruauté.

Né d’aucune femme est aussi un roman pictural. J’ai admiré la puissance évocatrice des mots. Bouysse manie avec dextérité le pinceau-brosse qui trace à grands traits la trame, noire et tordue telle un vieux sarment. Le couteau qui vient rompre l’harmonie, équarrit le récit, en tronque les rondeurs.  La soie des pinceaux fins qui révèle chaque détail, creuse les ombres, apporte de rares et précieuses touches de lumière.

Sur la toile au final, une vie qui chaque fois s’élance et chaque fois retombe, coupée dans son élan par le sort qui s’acharne. Las, cette dynamique répétitive, cette plongée lente dans le drame, cette surenchère de malheurs ont fini par me lasser. Le début du récit, volontairement énigmatique, m’a aussi déconcertée.  J’aurais voulu qu’il en soit autrement. Pas besoin des 3T pour m’en convaincre ; je sais, je sens que c’est un bon roman. Peut-être n’étais-je pas assez réceptive. Peut-être était-ce juste une question de timing, de disponibilité affective. Je le relirai un jour, pour oublier ce rendez-vous manqué.  

 

Ma bête de Jean-François Regnier


Le livre : Ma bête de Jean-François Regnier – Paru le 25/05/2018… en autoéditon chez Librinova – 12.90 € – epub 4.49 € ; (178 pages) ;  14×21  cm

 4ème de couverture :

Ma Bête, c’est ainsi que Weston Forrester surnomme Duncan Smith qu’il capture à Boston, sur le parking d’une station-service. Le ravisseur veut faire de sa victime le meurtrier qu’il n’a pas le courage de devenir. Weston Forrester a tous les atouts pour mener le jeu et faire de Duncan Smith un criminel. La rencontre de ces deux hommes, dans un face à face tendu, va les amener à se découvrir aux limites de leurs forces et de leurs valeurs respectives.

 

 

 L’auteur Le parcours professionnel de Jean-François Regnier le conduit de sa Dordogne natale jusqu’à Toulouse où il se fixe à la fin des années 80.
Son goût pour l’écriture, qui tient une place importante dans son métier de travailleur social, s’est renforcé au fil du temps, l’incitant à publier, en 2009, son premier roman L’Acte.
En neuf ans, il a publié quatre romans. Ma bête (2018) est son premier thriller, après des romans plus classiques.

L’appel du fond (2010) : « Les ravages causés partout dans le monde par le virus Mendoz, plonge le petit village français de Boujac dans l’angoisse de la contamination. Bastien Giraudel, l’un de ses habitants, imaginant le pire pour sa famille, décide de fuir dans la montagne alentour. Mais après avoir « touché le fond » pendant cinq années d’isolement, de solitude, peut-on continuer à vivre face à soi-même en tournant le dos au passé ?

Relâche (2012) : D’un côté, un berger qui s’ennuie ferme entre des moutons « moqueurs » et un père vieillissant. De l’autre, une belle inconnue venue se mettre au vert qui va chambouler la vie de notre paysan, avant de disparaître mystérieusement. Une rencontre qui sera le début d’une longue histoire à travers une ville et des êtres attachants. Et tout au bout, dans cette quête obstinée de l’être aimé, une vérité inespérée.

Solus (2017) : Est-il possible de refonder un couple après le décès du compagnon auprès duquel on a partagé vingt ans de vie commune ? Telle est la question que Marc se pose, alors que, sur les conseils d’une amie, il profite de quelques jours de repos à la mer. Au hasard d’une soirée, il croise Louis, un pianiste classique. Se noue une relation chaotique, compliquée par les attentes de chacun. Solus est un suspense « amoureux ». L’histoire de la renaissance d’un homme engagé sur un choix de vie où guette la solitude.

Extraits : 
«  l’histoire nous a montré que les plus grands tyrans ont eu pour compagnie des femmes de tête, des femelles excitées par l’envie de couper les couilles à l’élu de leur cœur, pour échapper au devoir de bien s’en occuper. »
«  Aujourd’hui,  l’info est délivrée en direct, de manière brute, sans aucune analyse, sans aucun recul. On ne se soucie pas de la vérité puisqu’il faut scotcher le téléspectateur à son écran, l’hypnotiser. Qu’importe ce qu’on lui dit, il doit être subjugué.
Les chaînes d’information radotent. »
« le sort me pousse à mal faire et à faire le mal. Il plane sur moi comme une malédiction. Je ne peux m’accomplir pleinement. Je suis dans une fuite permanente, dans une quête affective sans issue. C’est la même histoire pour ce qui est de faire ma vie avec quelqu’un, homme ou femme. A trop multiplier les plans cul à deux balles et bacchanales, à mèche lente, je m’enferme dans une quête de rien, avec, paradoxalement, la ferme certitude que je vais rencontrer quelqu’un. »

 

 

La chronique jubilatoire de Dany

Ma bête de Jean-François Regnier

Un court roman avec une construction originale, qui interpelle le lecteur tour à tour dans la tête d’un criminel, d’une victime et d’un complice malgré lui.

Certes la séquestration a déjà été traitée dans les thrillers dont le genre convient tout à fait à ce genre de huis clos. Ici la domination est moins humiliante que dans Des nœuds d’acier de Sandrine Collette, la confrontation est moins frontale que dans les morsures de l’ombre de Karine Giebel, la situation n’en est pas moins inattendue et dérangeante. Ducan Smith enlève Weston Forester pour en faire le tueur qu’il n’a pas pu recruter … plusieurs cibles à lui imposer et des crimes presque parfaits. Les questions habituelles de circonstances atténuantes ou pas, de victimes qui se rebellent et deviennent tortionnaires, sont bien amenées dans cet opus.

A noter l’épilogue original qui interroge le lecteur sur le crédit à apporter aux informations et aux investigations à visée littéraires …

Je remercie l’auteur pour la confiance qu’il a témoignée en me proposant cette lecture, un bon moment passé dans un univers anxiogène et sombre, avec des personnages féminins secondaires à ne pas négliger.

Lu en version papier

 

Helena – Jérémy Fel


Attention « Double Chronique »

Aujourd’hui les jumelles Flingueuses on décidait de nous proposer chacune leur avis sur un même bouquin

Ce matin c’était,

Ophélie qui nous soumettait son Off de Oph

 Ce soir c’est

Maud qui nous parle de sa lecture

Allez c’est parti pour un second avis!


Le livre: Helena de Jérémy Fel. Paru le 22 août 2018 chez Rivages. 23 euros; 733 pages; 20,5 x 2,7 x 14 cm.

 

4ème de couverture:
Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire. Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent. La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena… Jusqu’où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu’ils commettent l’irréparable ? Après Les Loups à leur porte, Jeremy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

L’auteur: Jérémy Fel fut libraire pendant quelques temps, spécialisé dans les littératures de l’imaginaire, avant de décider de se consacrer à l’écriture. C’est après ses études de lettres et de philosophie au Havre, puis quelques scénarios de courts métrages, qu’il s’est orienté vers l’écriture de nouvelles.Les loups à leur porte (2015), son premier roman, est un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante.
En 2018, il publie Helena« , un des titres phares de la rentrée littéraire chez Rivages.

 

Extraits :
« Le petit garçon obéit et s’assit sur le lit. Il était tout nu, sa bouche pleine du goût des bonbons à la fraise que son papa lui avait donnés avant de rentrer dans la maison aux belles fleurs mauves, son papa qui, à présent, se tenait dans le fond de la pièce, derrière la grosse caméra. Tout était flou autour de lui, il se sentait si fatigué. Le monsieur aux cheveux gris s’approcha alors du lit, nu lui aussi, tenant à la main un objet long et humide qui brillait sous la lampe accrochée au plafond. (…).
Pour à nouveau l’attacher, le mordre, s’insinuer en lui pour ne laisser ensuite que la douleur. »

Les Lectures de Maud :


Le destin de deux familles, en apparence sans lien, va être bouleversé suite à une rencontre fortuite. Rien ne les prédestinait à ce que leurs chemins se croisent et pourtant leurs vies va basculer dans l’horreur.

Norma, une mère de famille qui est prête à toi pour protéger ses enfants m’a de suite été antipathique. Cette volonté ou déni qu’elle a de masquer la vérité et ne pas la regarder en face m’a été insupportable.

Hayley, jeune fille des quartiers riches qui va vivre un drame qui la marquera à jamais, et sera à l’origine de toute la descente aux enfers qui va suivre.

L’auteur a encore réussi une splendeur avec ce livre, réunir des personnages qui n’ont rien en commun mais que le destin décide de se faire rencontrer. Les actes de chacun auront forcément des conséquences sur les autres ; c’est le début d’un cercle infernal et sans fin. L’enchaînement d’évènements imbriqués les uns dans les autres, nous montre la noirceur de chacun d’eux. Leur volonté de se venger va prendre le pas sur leur quotidien jusqu’à en faire partie intégrante. Une plume toujours aussi noire et pourtant si addictive ; le lecteur ne ressort pas indemne de cette lecture. L’alternance des rêves (ou cauchemars) et la réalité, chaque chapitre dédié à un personnage ; donne du rythme et du suspense à cette lecture.

Ayant lu Les Loups à leurs portes récemment, je dirai que j’aurais une préférence pour le premier livre (la vie des personnages) ; mais les deux sont de véritables cocktails d’émotions et de noirceur.

Je remercie Bepolar pour cette découverte et leur confiance

Tags : Etats-Unis, violence, manipulation psychologique, thriller, séquestration

Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel


Le livre : Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel – Paru le 22/03/2018 – éditions Belfond dans la  collection Thrillers .21.90 €  –  (744 pages) ;  22 x14  cm.               epub 14.99 €

 4ème de couverture :

Maman disait de moi que j’étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Ce que maman a oublié de dire, c’est que les anges qui tombent ne se relèvent jamais.
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés. Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude.
Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer.
Une rencontre va peut-être changer son destin…

Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

L’auteur : Karine Giébel est une auteure française de romans policiers, ou plus précisément de thrillers psychologiques.
Après des études de droit et l’obtention d’une licence, elle cumule de nombreux emplois dont celui de surveillante d’externat, pigiste et photographe pour un petit journal local, saisonnière pour un Parc National ou encore équipier chez McDonald.
Elle intègre ensuite l’administration. Elle est actuellement juriste dans la fonction publique territoriale et s’occupe des marchés publics au sein d’une communauté d’agglomération.
Elle publie deux premiers romans, Terminus Elicius (Prix Marseillais du Polar 2005) et Meurtres pour rédemption, dans la collection « Rail noir » aux éditions La Vie du Rail en 2004 et 2006.
Les Morsures de l’ombre, son troisième roman, a obtenu le Prix Polar du festival de Cognac en 2008 et le Prix SNCF Polar 2009.
En huit romans, souvent primés, elle s’est fait une place à part dans le thriller psychologique.
Juste une ombre, paru au Fleuve Noir en mars 2012, a reçu le Prix Marseillais du Polar et le Prix Polar du meilleur roman français au Festival Polar de Cognac. En 2013 c’est Le purgatoire des innocents puis Satan était un ange en 2014
En mars 2016, paraît son 9ème roman : De force.
En mars 2018, paraît chez Belfond son dernier roman : Toutes blessent la dernière tue.
Ses romans sont traduits en 9 langues (allemand, italien, néerlandais, russe, espagnol, tchèque, polonais, vietnamien et coréen). Juqu’à ce que la mort nous unisse paru en 2009, adapté au cinéma, devrait sortir prochainement.
Extraits :
« Je suis sur la mauvaise pente, je n’ai pas fait les bons choix. Je sais que j’avance sur des chemins dangereux, bordés de ravins vertigineux. Il serait si facile de chuter… Et de ne jamais remonter.
Mais je veux du danger, de la vitesse, du fric. Je veux de l’excès, de la violence en tout. Je veux le pouvoir.
Frémir à chaque instant, ne pas savoir si la journée qui commence sera la dernière ou si je verrai mes quatre-vingts ans.
Parce que vivre, c’est ça. Vivre, c’est avoir peur, avoir mal. Vivre, c’est risquer. Vivre, c’est rapide et dangereux.
Autrement, ça s’appelle survivre.
Toute mon enfance, j’ai survécu. Désormais, je veux vivre. Ou mourir.
Quand je regarde Tama, tous ces sentiments me frappent la tête.
Je l’ai sauvée et elle dépend entièrement de moi. Je peux la protéger et même la rendre heureuse.
Mais je pourrais aussi la détruire, l’asservir.
Je ressens une puissance absolue. Ainsi qu’une terrible charge sur mes épaules.
Dans ma tête, c’est un drôle de mélange. Presque un carambolage.
Quand je regarde Tama, je ne sais plus qui je veux être. Qui je veux devenir. »

  

La chronique jubilatoire de Dany

Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel

« Vulnerant omnes, ultima necat.

Toutes les heures m’ont blessée, la dernière me tuera. »

Toute classification de ce thriller serait inexacte … disons qu’il s’agit d’une étonnante histoire d’amour, cruelle et haletante, en milieu hostile. Mais au-delà de cela, ces 740 pages sont surtout un manifeste contre l’esclavage moderne, qu’il soit domestique ou sexuel. Tama est à l’image de ces toutes jeunes enfants déracinées, confiées à des familles métropolitaines sans scrupules et soumises à l’exploitation la plus ignoble, celle qui frappe des faibles vendues par leurs familles, elles aussi victimes du mensonge … Ne nous leurrons pas … cet asservissement frappe à côté de chez nous et ne sommes-nous pas complices du fait de ne pas vouloir voir ?

Quelques rares moments de répit au cours des errances de Tama peuvent laisser espérer une issue positive, c’est cependant bien une aventure humaine, cruelle et  haletante que nous allons vivre avec les petits braqueurs ratés, les voitures de luxe et les trafics en tous genres.

Karine Giébel met tout son talent de conteuse au service du suspense qui entoure cette intrigue, sur deux tableaux, deux temporalités différentes mais imbriquées qui permettent au lecteur de découvrir le passé de Tama. Avec ce récit aussi fort que Meurtres pour rédemption, sans aucun doute Tama restera au panthéon de ses personnages emblématiques, au même titre de Marianne.

Lu en version numérique.

Extrait 2
« Hier, j’ai lu un article sur le tourisme sexuel. Des enfants, des petites filles, atrocement exploités. En refermant le quotidien, je me suis dit que j’avais eu de la chance, finalement. Moi, je n’ai servi que de bonne, de servante alors que d’autres finissent dans des bordels. J’ai échappé au pire.
Oui, j’ai eu beaucoup de chance, quand j’y songe.
J’ai également découvert Internet. De temps en temps, je m’y connecte lorsque Izri laisse son ordinateur portable à la maison. La Toile est si vaste que je m’y perds pendant des heures. Izri m’a prévenue que c’était moins fiable que les livres, mais j’y ai appris des choses étonnantes. Il y a quelques jours, j’ai lu une citation d’Anatole France qui m’a bousculée.
Mieux vaut la liberté dans les enfers que l’esclavage dans les cieux. »

 

esclavage moderne, éducation, séquestration, vengeance, violence, femmes, amour, prison, maltraitance

Photos en PJ :

Extrait 3 et 4  :
« Toutes blessent, la dernière tue.
Toutes les heures blessent, la dernière tue.
Aujourd’hui, je comprends à quel point c’est vrai. Je n’ai pas encore dix-sept ans et j’ai connu la servitude, les humiliations, les insultes, les brimades. On m’a frappée, si fort que j’ai failli mourir. On m’a planté un clou dans la main, privée de nourriture. Privée de tous mes droits. Mejda m’a violée. Greg me viole tous les jours.
Et je n’ai pas encore dix-sept ans.
Mais le plus terrible, c’est le mensonge.
On a menti à mon père. On a menti à Izri.
Menti à ceux que j’aime le plus pour leur faire croire que je suis mauvaise.
Mon père est parti en pensant que j’étais une ingrate, que je l’avais trahi. Il est parti sans connaître la vérité. Qu’en sera-t-il d’Izri ?
Les heures à venir me blesseront-elles plus encore ? »
  
« Elle était la voix de l’horreur, de l’indicible et de l’intolérable.
La voix des esclaves.
À cette seconde, terrible, Tayri était toutes les femmes blessées, torturées. Elle était leur douleur, leur souffrance, leur courage. Leurs larmes et leur désespoir.
Tayri était l’enfance bafouée, volée, abandonnée.
Elle était les échines courbées, les rêves brisés, les détresses silencieuses, les longues nuits de solitude.
Elle était les appels au secours qu’on n’écoute pas, les cris qu’on n’entend plus.
Tayri était le monde tel qu’il est, tel qu’on refuse pourtant de le voir.»

La liste de nos interdits de Koethi Zan


La liste de nos interdits de Koethi Zan. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Séverine Quelet. Paru le 11 juin 2015 chez Fleuve édition dans la collection Fleuve Noir.  19€90 ; (353 p.) ; 23 x 14 cm.

Réédité en poche le 14 septembre 2017 chez Pocket. 7€50 (379 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

Elles croyaient que tout prévoir, tout anticiper les sauverait du pire. Elles se trompaient. 
Ne pas sortir sans bombe lacrymo
Toujours repérer les sorties
Toujours avoir un plan de secours
Ne jamais se retrouver coincée
Ne jamais paniquer…

Et la règle n°1 : ne jamais monter dans la voiture d’un inconnu.

Elles avaient tout prévu. Rédigé une liste exhaustive des dangers qui peuplent notre environnement. Établi tous les interdits. Pris toutes les mesures de sécurité pour rendre leur monde plus sûr.
Aucun imprévu ne devait plus pouvoir les surprendre.
Elles ont enfreint la première règle : elles ont pris un taxi.
Dès lors, le cauchemar n’aura plus de fin.

L’auteur : Koethi Zan a grandi en Alabama et est une ancienne juriste dans le domaine du divertissement et des médias . La Liste de nos interdits est son premier roman. Koethi Zan vit près de New York avec sa famille.

 

Extrait :
Les premiers trente-deux mois et onze jours de notre captivité, nous étions quatre dans ce sous-sol. Et puis, tout à coup et sans crier gare, nous n’étions plus que trois. Même si la quatrième ne faisait pas de bruit depuis des mois, la pièce est tombée dans un silence de mort après son départ. Longtemps ensuite, nous sommes restées sans parler, sans bouger, dans l’obscurité, chacune se demandant laquelle serait la prochaine dans la boîte.
Jennifer et moi n’aurions jamais dû finir dans cette cave. Nous n’étions pas comme les autres filles de dix-huit ans, qui font fi de toute prudence quand elles sont lâchées pour la première fois sur un campus universitaire. Pour nous, la notion d’indépendance était une affaire sérieuse, et nous contrôlions cette nouvelle liberté très attentivement. Nous connaissions les risques que le monde comportait et nous étions déterminées à ne pas nous y exposer.

L’accroche de Miss Aline

La liste de nos interdits – Koethi Zan. Pocket édition

J’ai tourné autour de ce livre plusieurs fois. Finalement j’ai craqué et je ne le regrette pas.

Sarah et Jennifer ont effectivement tout prévu…. sauf ce qui allait leur arriver. Dés les premières lignes tu es avec elles dans ce sous-sol. Et puis Sarah nous parle de sa vie d’avant : comment Jennifer en est venue à en faire partie, comment elles envisagent l’avenir et surtout toutes ces choses interdites à observer. Ca doit être épuisant cette vigilance de tout les instants. Elles sont tombées sur plus fort qu’elles, elles ne s’y attendaient pas.
Sarah va s’isoler du monde extérieur pour mieux survivre à l’horreur. Puis son monde va basculer : son bourreau demande la liberté conditionnelle. Que faire ? Agir ? Mais comment et qui va l’aider. Jennifer ? si seulement.. Commence alors une longue traque des indices qu’il aurait pu disséminer dans ses lettres. Traque des lieux et des individus qu’il a fréquenté. Il faut tout faire pour l’empêcher de sortir. Même si pour cela il faut affronter le passé et ses douleurs. Des douleurs physiques, morales, laisser l’inconscient revenir à la surface, affronter.
Comme en thérapie, Sarah va avancer, trouver, avoir peur à nouveau, pleurer, comprendre. Jusqu’à la touche final et ça elle ne l’avait absolument pas prévu.

On n’est pas dans une noirceur affichée ouvertement. Non, tout est suggéré et c’est pire, ton imagination cavale. Comme Sarah, tu avances petit à petit. Il n’y a pas d’action à proprement parlé. Toutefois tu te retrouves avec une furieuse envie de lire, il faut que tu avances. Tu ne peux pas laisser Sarah seule à se démener. Tu dois lui apporter la délivrance en dévorant les pages et l’amener là ou tout s’arrête…ou pas.

Bonne lecture !

Des nœuds d’acier – Sandrine Collette


 Salut les polardeux

Aujourd’hui j’ai le plaisir d’accueillir un nouveau Chroniqueur.

Et c’est sa première chronique que je vous propose, une première chronique un peu comme un clin d’œil ou comme un cadeau. Car il s’agit ici, du tout premier roman de Sandrine Collette.

Allez, je vous laisse découvrir le ressenti de Jean Paul

Le livre : Des nœuds d’acier de Sandrine Collette.  Paru le 29 janvier 2014 chez Le Livre de Poche.  6€90 ; (261 p.) ; 18 x 12 cm
4e de couv :
Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.
Mais qui pourrait sortir de ce huis clos sauvage d’où toute humanité a disparu ?
Un premier roman d’une intensité stupéfiante, révélation d’un nouveau nom du thriller français.
Sandrine Collette narre avec une maîtrise étonnante un huis clos étouffant. Elle a su, avec une sensibilité rare, par touches, brosser l’escalade de la terreur, l’imagination sans cesse renouvelée des humiliations […]. 
Roger Martin, L’Humanité.
Cet excellent captivity thriller (comme disent les Américains) rappelle les classiques du genre et le Misery de Stephen King. 
Le Figaro Magazine, Philippe Blanchet : 
Vous n’allez plus jamais voir les vieillards de la même façon !
Gérard Collard, Le magazine de la Santé
L’auteure : Sandrine Collette est née en 1970.  

Elle partage sa vie entre ses chevaux,  le campagne et l’écriture.  

Des noeuds d’acier, son premier roman, a reçu le Grand Prix de littérature policière 2013.

Extrait : 
Certains matins de beau temps, la lumière qui filtre par le soupirail de la cave est douce et orangée. Des particules de poussière s’y entremêlent dans une confusion totale. Dans ces moments-là, je rêve de pouvoir m’asseoir devant cette lumière et de me réchauffer le dos d’une infime chaleur.
Adossé au soleil, à m’engourdir en étant presque bien. Les yeux à demi fermés, je me contente d’imaginer ce que cela pourrait être.
Parce que la chaîne est trop, courte.
Au mieux, en tendant le bras j’arrive à sentir cette douceur sur ma main, mais je ne peux pas rester longtemps le bras tendu comme ça.
Alors je le baisse et je recule dans mon coin d’ombre.
……………………

Le “ressenti” de Jean-Paul

Ce roman à obtenu le Grand Prix de littérature policière en 2013, mais pour moi, c’est plutôt un roman noir ou un thriller très bien ficelé…

Encore une fois, c’est une femme qui repousse les limites psychologiques dans une escalade de terreur et de cruauté dans un huis clos particulièrement maîtrisé. Pas un instant de répit. Théo doit survivre dans un univers clos, glauque, enfermé, torturé physiquement et psychologiquement par ses deux bourreaux.

C’est très bien écrit et je me demande ce que j’aurai pu faire à la place pour ne pas sombrer dans la folie ?

Roman qui pour le coup n’est pas adressé à tous les publics mais que je conseille vivement pour ceux qui aiment les histoires étouffantes et angoissantes car c’est un univers vraiment particulier dans la littérature et Sandrine Colette le fait très bien !

J’ai d’ors et déjà tous ses autres romans dans ma PAL !

Sandrine et Jean Paul à Livre Paris le 16 mars dernier où j’ai fait la connaissance de Jean Paul et surtout où je l’ai débauché.

Lumière noire de Lisa Gardner


Vous le savez aujourd’hui nous faisons une spéciale double chronique

Comme promis, voici donc le second billet sur le dernier

Lisa Gardner.

Cette fois c’est notre chroniqueuse de choc, Kris qui nous donne son petit avis


Le livre : Lumière noire de Lisa Gardner. Paru le 4 janvier 2017 aux Editions Albin Michel. 22,50€ ; 155 mm x  225 mm

Résumé de l’éditeur :

472 jours : c’est le temps qu’a passé Flora aux mains de son bourreau. 472 jours plongée dans un abîme de ténèbres, à n’espérer qu’une chose : survivre.

Sortie miraculeusement de cette épreuve, elle cherche depuis à retrouver une existence normale. Pourtant, les murs de sa chambre sont tapissés de photos de filles disparues.
Quand, à la recherche de l’une d’elles, Flora se fait de nouveau kidnapper, le commandant D.D. Warren comprend qu’un prédateur court les rues de Boston, qui s’assurera cette fois que Flora ne revoie jamais la lumière…

Après le succès du Saut de l’ange, Lisa Gardner, l’un des grands noms du thriller psychologique, se met dans la peau d’une femme pourchassée par son passé, dans une enquête qui nous confronte aux plus insoupçonnables déviances humaines.

« À ne manquer sous aucun prétexte. »
Harlan Coben

 

L’auteur : Lisa Gardner est diplômée de l’Université de Pennsylvanie.  Elle a reçu le « Prix Daphné du Maurier » du suspense pour son roman La fille cachée publié, aux Éditions J’Ai Lu. Elle publie également sous le pseudonyme d’Alicia Scott.
Elle est l’auteure de deux séries: D.D. Warren, une policière (sergent-détective) du Boston Police Department et  FBI Profiler où, parmi les personnages récurrents, on retrouve les profileurs Pierce Quincy et sa fille Kimberly Quincy, aidés par Rainie Conner, ancienne avocate devenue enquêtrice privée.
Extrait :
Les êtres humains sont des créatures intéressantes. Notre capacité d’adaptation est réellement impressionnante. Notre colère devant nos souffrances. Notre indomptable besoin de trouver une échappatoire, de faire quelque chose, n’importe quoi, pour adoucir notre sort.

 

Le petit avis de Kris

Lumière noire – Lisa Gardner – Editions ALBIN MICHEL

Sept ans après avoir été kidnappée et séquestrée pendant 472 jours, Flora Dane s’intéresse grandement à des cas de filles disparues. Alors qu’elle recherche l’une d’elles à Boston, elle est à nouveau enlevée. D.D. Warren mène l’enquête.
472 jours séquestrée, dont une grande partie dans une caisse en bois type cercueil, avec la visite terrifiante de son bourreau, puis l’attente impatiente de son retour, s’en sortir, non grâce à l’intelligence de la police mais grâce à la bêtise du kidnappeur.
Essayer de continuer à vivre avec ces dégâts, et ceux collatéraux, se sentir coupable de s’en être sortie, reprendre confiance et ne pas vouloir abandonner ceux qui ont disparu et retourner dans la spirale.
Une autre jeune fille disparaît et Flora se dit qu’elle la retrouvera et l’incroyable se produit ….
Haletant jusqu’à la dernière page !
Je ne dis que ça !!

 

En douce de Marin Ledun


Le livre : En douce de Marin Ledun. Paru le 24 août 2016 chez Ombres Noires.  18€ ; (250 p.) ; 21 x 14 cm.

 

4ème de couv :

Sud de la France.
Un homme est enfermé dans un hangar isolé. Après l’avoir séduit, sa geôlière, Émilie, lui tire une balle à bout portant. Il peut hurler, elle vit seule dans son chenil, au milieu de nulle part.
Elle lui apprend que, cinq ans plus tôt, alors jeune infirmière, elle a été victime d’un chauffard.
L’accident lui a coûté une jambe. Le destin s’acharne.
La colère d’Émilie devient aussi puissante que sa soif de vengeance.

 

L’auteur : Marin Ledun est un romancier français né en Ardèche en 1975 .  Il est ingénieur de recherches en sciences humaines et sociales sur l’industrialisation des rapports sociaux, le contrôle social et les technologies de l’information et de la communication.

Marin Ledun est un auteur de romans noirs et de nouvelles à multiples facettes et particularités.

Après un travail sur les enfants martyrs dans « Modus operandi » (Au Diable Vauvert, 2007), puis sur l’enfant cobaye et les biotechnologies, dans « Marketing viral » (Au Diable Vauvert, 2008), il poursuit sa réflexion sur le contrôle social et l’héritage culturel que le monde contemporain lègue à ses enfants dans « Le Cinquième Clandestin » (La Tengo, 2009) et « Un Singe en Isère » (Le Poulpe, 2010).

Docteur en communication politique, il a été un spécialiste des questions liées au vote électronique. Il a publié un essai sur la démocratie assistée par ordinateur en 2005, et ses recherches actuelles portent sur l’émergence de nouvelles pathologies liées à l’organisation du travail.

Extrait :
Les « temps » ne couraient pas vraiment, dans le coin. Ils stagnaient plus ou moins, comme si le cours de l’histoire n’avait aucune prise sur eux. L’ascenseur social semblait en panne, mais les enfants continuaient d’entretenir les espoirs de leurs parents. Une sorte d’inertie bienveillante en forme de petite chapelle de marins, plantée au sommet d’une dune grignotée année après année par l’océan et menaçant de se renverser avant d’être engloutie par les flots à jamais, à l’image des blockhaus ensablés, vestiges du Mur de l’Atlantique, qui s’égrenaient le long de la côte.
Elle alluma une deuxième clope, tira une bouffée et refit le fil de la soirée [d’anniversaire] – grosso modo, la même que celles des dix ou quinze années précédentes. Cadeaux à la con, amis qui n’en étaient pas vraiment, picole chaque fois un peu plus sévère, virée [en boîte] et baise rapide, rarement mémorable, avec le premier venu à qui elle devrait annoncer, dès la reprise du boulot, qu’il s’agissait d’une histoire sans intérêt et sans lendemain. Elle établit son autocritique. Elle détesta ce qu’elle vit et fut prise de vertiges et d’une furieuse envie de vomir.
En douce de Marin Ledun. Réédité en poche le 11 octobre 2017 chez J’ai lu dans la collection J’ai lu Thriller 7€60 ; (250 p.) ; 18 x 11 cm

 La chronique jubilatoire de Dany

Bien loin des thrillers politiques précédents, un roman noir foncé …
Emilie est victime de la double peine : elle a perdu une jambe suite à un accident de voiture et son boulot suite à la dépression post-traumatique et ses dommages « collatéraux ». Elle se sent humiliée, dévalorisée, bref en régression. Elle décide alors de retrouver Simon qui était dans l’autre voiture et aucunement responsable et de le faire payer. S’en suit une quête de vengeance assortie de violence extrême dont l’issue est improbable parce que la rédemption n’est pas a priori dans le schéma de pensée d’Emilie.

Une fable sociologique sur la déchéance psychique, physique et matérielle, due à un fâcheux concours de circonstance qui n’aurait jamais du mettre en présence les deux protagonistes.

On y retrouve l’analyse sociologique précise et le style affûté, dont a déjà fait preuve Marin Ledun dans ses précédents romans.
On peut se dire « trop court ce roman » mais au bout du compte tout est dit pour notre plus grand plaisir de lecteur après avoir subi les frayeurs avec Simon.

Prix Transfuge du meilleur polar 2016

En douce est un roman dévastateur, où l’injustice se heurte à la force de vie d’une héroïne lumineuse.

L’affaire Clémence Lange de Laura Sadowski


L’affaire Clémence Lange de Laura Sadowski :

Un premier roman magistral, un coup de foudre inévitable.

 

 Le livre :L’affaire Clémence Lange de Laura Sadowsky . Paru le 15 mai 2008 chez Odile Jacob. 19,90 € ; (286 p.) ; 22 x 15 cm.

L’edition en poche chez le même éditeur est parue le 4 juin 2009. 7,90 € ;  (281 p.) ; 18 x 11 cm

 

 

4e de couv

L’affaire Clémence Lange

Maître Nicolas Kléber appartient à cette catégorie de jeunes gens à qui tout sourit : il est beau, brillant et promène à son bras une ravissante créature. Il doit justement la rejoindre dans quelques heures sur les cimes enneigées de Chamonix pour fêter le Nouvel An.

Mais, avant cela, il lui faut se rendre à Fleury-Mérogis, où l’une de ses clientes comparaît devant le conseil de discipline. Simple formalité… qui va virer au cauchemar. Car Clémence Lange compte bien faire payer à son avocat la légèreté dont il a fait preuve lors de son procès : elle lui a valu quinze ans de réclusion pour le meurtre de son amant dont elle se dit innocente.

Séquestré dans une cellule prototype de la prison, notre fringant avocat va vivre une véritable descente aux enfers…

 

L’auteur :  On ne sait pas grand chose de Laura Sadowski, si ce n’est qu’elle est avocate, elle habite Paris et qu’elle a écrit 6 romans policiers, 1 roman SFFF et 1 recueil de 3 nouvelles policières elles aussi.

Elle dit aussi en parlant de son enfance : « J’ai eu une enfance studieuse. J’ai aimé l’école et les universités passionnément » .

Elle se définit comme un écrivain-sculpteur qui, à partir d’une matière, façonne, modifie, transforme… Elle part d’une idée directrice, forte. Ensuite, elle s’attache au début et à la fin. Son travail d’écriture va consister à tramer entre ces deux pôles.

 

Ma petite lecture

Avant de partir à Chamonix rejoindre sa fiancée, Nicolas Kléber doit se rendre à Fleury-Mérogis où Clémence Lange, une détenue dont il a perdu le procès aux assises trois ans auparavant, est accusée d’insubordination et doit comparaître devant le conseil de discipline. Rongée par la rancœur depuis son incarcération, elle veut punir son avocat de l’incompétence qui l’a privée de 15 ans de liberté.

L’écriture de ce livre est parti d’un fait divers. Il aura fallu à l’auteur broder autour de celui-ci pour nous proposer un des premier legal thriller français. Cette catégorie de polar est plutôt l’apanage des auteurs made in USA. On connaît Michael Connelly, John Grisham, Scott Turow. Et bien maintenant il faut compter avec Laura Sadowski.

Laura SADOWSKI est avocate de formation. A travers ce titre elle nous fait revivre et découvrir tous les aspects procéduriers et juridiques d’un procès aux assises. Cet exercice est périlleux mais grâce à sa plume fluide et son style concis, elle rend tout cela attrayant. Et jamais ces aspects techniques de la justice française ne nous paraissent ennuyeux. Bien au contraire, c’est eux qui créent la tension dramatique.

 

Extrait : « Ainsi, tous les témoins acquis aux débats étaient présents. Cependant ces derniers n’étant pas autorisés à assister aux échanges qui précèdent leur déposition, ils doivent, après l’appel, se retirer dans la pièce qui leur est réservée et dont ils ne devront sortir que pour déposer séparément. Aussi, sur invitation de l’huissier, les sept individus quittèrent la salle d’audience par la porte devant laquelle ils s’étaient regroupés. » 

 

Laura nous livre aussi un plaidoyer contre les conditions de détention dans les prisons françaises. Leurs états de délabrement. A Fleury Mérogis, la majorité des cellules sont prévues pour être individuelles avec une superficie de 11 m², équipées d’un lavabo et de toilettes mais elles comportent deux lits superposés. Allez comprendre.

Mais surtout l’auteur nous entraîne dans un huit clos glaçant, où les deux protagonistes vont devoir jouer leur partition avec minutie. Où chacun va devoir tenir ou revoir ces positions. Ici le lieu devient un élément essentiel, un personnage à part entière de la pièce qui se joue. Cette cellule participe à la dramaturgie qui se noue. Elle oblige à la proximité, à l’empathie.

 

Extrait 2 : « Voilà. A présent, il connaissait les raisons de sa captivité. Clémence Lange n’était ni folle à lier, ni de mauvaise foi, ni ignorante de la réalité : elle était un bras vengeur qui réclamait justice. Et elle désignait son défenseur, son principal accusé »

Un huis clos terrifiant, où Laura Sadowski réinvente le thriller judiciaire en y incluant une pointe de roman noir.

Laura nous ravit par son talent, malheureusement pas encore assez reconnu. Mais c’est surtout par son humanité qu’elle nous séduit.

Lisez les romans de Laura Sadowsky mais surtout n’hésitez pas à aller à sa rencontre.

On repart toujours heureux d’une rencontre avec Laura Sadowsky. Elle sait nous mettre en avant, et nous reprenons confiance. Avant même de nous parler de ses romans, elle nous parle de nous. Elle ravive chaque fois la part d’humanité qu’il reste en nous. On ressort toujours bienveillant d’une lecture d’un livre de Laura Sadowsky. Bref. Il faut lire Laura et surtout la faire connaitre.

 Extrait 3 – 4 et 5:
 «Cette pièce est mon royaume, Maître, rétorqua-t-elle en désignant la pièce d’un geste large des bras. Ici, j’ai tous les droits. Je suis votre geôlière, votre juge, votre avocat, votre infirmière, votre pire ennemie ou votre meilleure amie. C’est à vous de décider.»
«C’était à présent l’épouvante qui dominait en lui, la terreur de devoir payer son incompétence. »
«Tant de sentiments le submergeaient en ce moment, le remords, la stupéfaction, la peur, la colère… C’était à peine s’il parvenait à respirer »
 

 En savoir plus:

 Une autre lecture de L’affaire Clémence Lange avec mon ABCdaire

Pour mieux connaitre  notre auteure et surtout pour écoutez Laura Sadowski :

http://blogs.paris.fr/alairlivre/2012/09/04/paris-est-la-ville-du-crime/

 


 

 

Alex de Pierre Lemaître.


Le livre: Alex de Pierre Lemaître. Paru le 2 février 2011 chez Albin Michel dans la collection Thriller.  21€50 ; (392 p.) ; 22 x 15 cm.
Réédité en poche le 15 janvier 2014 chez Le Livre de Poche dans la collection Thriller.  7€90 ; (396 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu’on l’a enlevée, séquestrée, livrée à l’inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu. Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n’oublie rien, ni personne.

Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l’on retrouve l’extraordinaire talent de l’auteur de Robe de marié. Prix des lecteurs du Livre de poche 2012, catégorie policier.

L’auteur : Né à Paris, Pierre Lemaitre a beaucoup enseigné aux adultes, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale. Il est aujourd’hui écrivain et scénariste. Il a rendu hommage à ses maîtres (James Ellroy, William McIlvanney, Bret Easton Ellis, Émile Gaboriau…) dans son premier roman, Travail soigné, qui a obtenu le Prix Cognac en 2006. Il a reçu le Prix Goncourt 2013 avec Au revoir là-haut.
Citation: 
« …..Camille sourit. Il a toujours été très fort pour lui faire perdre les pédales. Louis Mariani a été longtemps son adjoint, il le connaît comme s’il l’avait tricoté« …..

Le billet de Geneviève

Alex – Pierre Lemaître.

C’est le dernier live que j’ai lu de Pierre Lemaître. Le premier fut Travail Soigné. Entre les deux que de navigation par toutes les palettes de sentiments différents au cours de la lecture de son récit. M’ayant laissée après quelques lectures de cet auteur dans un « drôle d’état », je me suis  dis : « Et hop, il remet le couvert à sa manière si délicieuse et subtile ».

Le commandant Verhoeven enquête sur l’enlèvement et la séquestration d’Alex et sur la découverte, après l’évasion de la jeune femme, du corps de son tortionnaire, qui se serait suicidé.

Le livre est écrit en trois parties au niveau de l’enquête.

Le début dans l’ironie caustique m’a fait souligner très souvent des extraits de textes, où à chaque fois, il me fait rire en lisant les commentaires de Camille Verhoeven.

******

« C’est curieux, comme tu épouses tout le temps la même femme  » lui a dit Camille la dernière fois. « Qu’est-ce que tu veux, quand on a des habitudes, a répondu Le Guen. Tu remarqueras que je n’ai jamais changé de témoin non plus, c’est toujours toi ! » Il a ajouté, bougon : « Et puis, quitte à changer de femme, autant prendre la même », montrant ainsi que sur le terrain de la résignation, il ne craint vraiment personne.

Le Guen : Divisionnaire de Camille

******

L’auteur s’amuse et le lâche. Je pense que c’est voulu. Dans un autre livre et précédemment à celui-ci Camille Verhoeven qui remonte la pente s’était juré des tas de trucs et puis finalement se laissera emporter bien malgré lui. Cela c’est Pierre Lemaître qui l’écrit et veut nous faire croire. Haha !!!

******
Le problème, avec Camille, c’est qu’il ne désarme pas. Jamais. Quand il a une idée….Le Guen lui a dit un jour :
« T’es vraiment con ! Même les fox-terriers savent faire marche arrière !
– Très élégant a répondu Camille. Pourquoi tu ne me compares pas plutôt à un basset. Ou mieux, tiens à un caniche nain ? »

Dixit l’autodérision de l’auteur sur la taille de Camille Verhoeven.

******

 Monsieur Lemaître, c’est vous qui vous nous emportez dans vos délires, car la suite, soit l’enlèvement, c’est du haut vol, c’est le cas de lire, pour ceux et celles qui ont lu le livre.

Cette seconde partie centrée sur Alex, ainsi que la plongée dans l’enquête par rapport à cet enlèvement nous font nous poser bien des questions, les premières en ce qui me concerne. Sauf que personnellement, j’ai tout de même pensé à cette phrase écrite par l’auteur où Alex a un échange avec sa maman. C’est ce qu’elle raconte. Là il m’avait mis sur une piste très sombre ainsi que dans une impasse, comme l’enquête. Mes pensées s’orientaient vers d’autres ailleurs. Sans vouloir dévoiler ce qui se passe dans le livre, oui, l’auteur nous balade, et dans ce récit où Axel devient alors le centre de nos préoccupations de lecteur ou lectrice, je me posais constamment la question : Pourquoi ? Quelle en est la raison ? Dans une enquête, n’y a t-il pas autant de portes de sortie qui deviennent des impasses ? C’est cela le jeu non ? Personnellement j’adore.

Et puis : « Non, je me trompée, mince, flute c’est quoi tout cela pour un bazar ? » Je cherche aussi, j’essaie de comprendre, je piste dans les mots, les phrases.
La première partie m’a beaucoup fait rire de par l’humour caustique de l’auteur, comme d’habitude. J’adore ses monologues, ses pensées intérieures, et cet humour si intelligent, si particulière lié à l’auteur.
La deuxième partie, c’est du noir, de chez noir.
Ma seule question ? Comment un auteur peut aller chercher de tels faits ? Dans son imagination ? Dans les faits divers ? (Dixit Sandrine Collette. Elle l’a avoué légèrement dans son premier interview suite à la sortie de son premier roman)
Quelle imagination. C’est sordide et fait bien l’enveloppe du contenu.

Pour la dernière partie du livre, l’auteur en connaît un rayon sur la psychologie de l’âme humaine. Je trouve qu’il y excelle. Et avec quelle intelligence.
Il m’a même rendue triste. Je ne puis avouer pourquoi. Je suis émue pour les deux personnages. Pour l’un des deux, cela prend aux tripes. Et à nouveau l’auteur m’a trimbalé en m’entraînant dans les abysses de l’être humain, dans dialogues ciselés, si intelligents. Cela c’est moi qui le pense bien entendu. Ce que je ressens. Et après, Pierre Lemaître me retourne au moins trois fois comme une crêpe dans mes raisonnements. Pour la fin chapeau. Il avait semé des indices. Et c’est à ce moment là que ceux-ci me sont revenus en mémoire.

– Je peux y aller ? demande le chauffeur à voix basse, comme s’il craignait d’être entendu.

-Hein ? Non, toi, je te garde.

Camille le regarde, avec sa tête longue comme un jour sans pain. Il lui sourit.

– T’es monté en grade. Tu es chauffeur personnel d’un commandant de police. Tu es au pays de l’ascenseur social, tu savais pas ?