L’inconnue de l’équation – Xavier Massé


La double chronique

L’avis de Dany

Le livre : L’inconnue de l’équation de  Xavier Massé. Paru le 16 mai 2019 aux Editions Taurnada, dans la collection Les tourbillons des mots. 9€99 ; (260 p.) ; 18 x 11 cm

4ème de couverture :

Quatre heures. La police n’a que quatre heures pour démêler ce qui ne semblait être au départ qu’un simple drame familial : un couple, Juliette et François, retrouvé carbonisé, leur fils, Julien, gisant au sol. Deux salles d’interrogatoires, deux témoins de la tragédie : la mère de François et une flic présente sur les lieux. Deux versions, deux visions différentes. Accident, meurtre, ou vengeance ? Une toile d’araignée va se tisser peu à peu et d’une simple énigme va surgir une équation… aux multiples inconnues.

 

L’auteur : Né en 1977 à Roussillon (Isère), Xavier Massé est un jeune écrivain à l’imagination débordante. Passionné par le cinéma et la littérature, il devient très tôt fan du genre thriller, avec un goût toujours plus prononcé pour les scénarios complexes. Il sort en 2016 Répercussions qui remporte le prix du 1er roman Dora-Suarez 2018. Il décide de continuer l’aventure avec L’inconnue de l’équation, un huis clos qui ne laisse aucun répit au lecteur.

 

 

 

Extraits :
« Les factures grossissantes lui avaient imposé de prendre une décision rapidement et d’accepter le premier boulot qui passerait : aujourd’hui, les banques n’étaient plus aussi conciliantes.
Il avait beau se demander tous les jours « comment j’ai pu en arriver là ? », chercher quelle avait été son erreur, ce qu’il avait pu louper… La réponse était : rien… ou plutôt, un abus de confiance, et d’ignorance.
En deux ans, ils avaient tout perdu : leur société, leur amitié, et Caroline avait quitté Stéphane. »
« J’avais trouvé une méthode un peu radicale, mais assez performante, pour faire disparaître les corps. Ça tombait bien qu’elle travaille dans un laboratoire ! Savez-vous combien l’acide peut être efficace pour dissoudre beaucoup de choses ?
J’avais réussi à faire un sacré mélange…
a) De l’acide sulfurique,seulement dépassé par quelques superacides. Très utile pour le décapage de métaux en sidérurgie.
b) Du peroxyde d’hydrogène,il a la particularité de pouvoir être aussi utilisé seul comme monergol, comme dans les Rocketbelts de James Bond.
c) De l’hydroxyde de sodiumpur, appelé « soude caustique »… Ce produit étant extrêmement corrosif pour la peau, les yeux, les voies respiratoires et digestives. Elle doit être manipulée avec des gants, des lunettes de protection et une protection intégrale du visage.
Un mélange explosif ! »

 

La chronique jubilatoire de Dany

L’inconnue de l’équation – Xavier Massé

Très difficile de parler de ce thriller sans spolier aussi, je resterai sobre …

Trois chronologies s’imbriquent et permettent au lecteur de reconstituer la vie d’un couple, François et Juliette, parents d’un jeune Julien. Ils vont connaître la crise en 2005, financière d’abord puis familiale. On les retrouvera en 2010 puis 2013, grâce aux témoignages de Berger, enquêtrice et Mireille, la grand-mère.

L’auteur a opté pour un puzzle aux multiples pièces, perdant le lecteur parmi les hypothèses toutes extrêmes et plus improbables les unes que les autres.

Cela donne lieu à une lecture surprenante, où il faut s’attacher à chacun des détails, les recouper avec les différents interrogatoires, sans faire retomber sa vigilance car rien n’y est gratuit ! Surprenant et court, ce roman chahute le lecteur jusqu’au dénouement ! Intéressant et surprenant … mérite le détour.

Merci aux éditions Taurnada de m’avoir fait confiance et pour cette belle surprise.

Lu en version numérique. epub 5.99 €

Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel


La double chronique,

vous connaissez le principe maintenant la double chronique c’est deux avis pour le prix d’un.

Deux Flingueuses vous propose leurs avis respectifs sur une même livre.

Aujourd’hui c’est Mamie Danièle et Ge notre porte Flingue qui s’y collent.

Alors bonne lecture.

Allez on Poursuit par la chronique de Mamie Dany


Le livre : Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel. Paru le 27 mars 2019 aux éditions Marabout  dans la collection Black lab . 19.90 € ; (389 p.) ;  15 x 23 cm.

Résumé de l’éditeur

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…

Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

 

L’auteur : Nicolas Lebel est linguiste, traducteur et enseignant. Il est également auteur de romans policiers.
Nicolas Lebel a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais. Il enseigne aujourd’hui dans un lycée parisien.
Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins Les Frères du serment.
En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous, en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords puis, en 2017,De cauchemar et de feu, quatre romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent, des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces quatre romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.
Finaliste de la Plume de Cristal du FIFP Liège 2013 et finaliste du Prix du meilleur polar francophone Montigny 2013, il vit à Paris.
 Extraits :
« Elle se disait que, pour les femmes, rien n’avait finalement changé. À se demander même si les choses changeraient un jour : il y avait eu les Weinstein, les « MeToo », les « Balance ton porc ». Le monde occidental avait découvert avec effroi, dans un bêlement planétaire, que les femmes du XXIe siècle continuaient de subir harcèlements, insultes, agressions sexuelles et violences à tous les niveaux de la société, parce qu’elles étaient femelles, parce que, depuis le jardin d’Éden, Ève la pécheresse et ses descendantes avaient servi de sac de frappe et d’exutoire fanatique à la moitié couillue de l’humanité, aux Adams revanchards et aux dieux masculins de toutes les civilisations. On avait dès lors posé sur elles tous les anathèmes et tous les tabous, de l’interdiction de paraître en public à celle de jouir de leur corps, de celle d’aller à l’école à celle de parler en leur nom. Ainsi en allait-il depuis toujours de la domination de l’homme sur la femme, sur sa femme comme sur les femmes, au foyer comme au travail ou dans la rue, dans l’espace privé comme dans l’espace public. Il avait fallu qu’une voix célèbre, puis une autre s’élèvent à Hollywood pour que le monde s’offusque benoîtement de sa volontaire cécité. Se frotter aux femmes dans le métro, les insulter dans la rue, les harceler, les frapper, les violer, les opprimer ici ou ailleurs, c’était mal ; il ne fallait pas le faire. Puis le temps avait passé. Quelques championnes du féminisme, à l’acmé de leur ferveur, avaient clamé qu’on pouvait « jouir d’un viol » et qu’« un homme sur deux ou trois était un agresseur ». L’outrance du propos et le scandale médiatisé avaient porté un coup fatal au débat attendu, éteint le vent libérateur, étouffé ce « printemps des femmes ». Et Vincent Demagny avait pu de nouveau tabasser sa femme. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel

Cette fois Nicolas Lebel nous propose une narration chronologique, sans retours arrière comme c’était le cas dans De cauchemar et de feu et avec ce qui ressemble à deux intrigues parallèles et dont le lecteur se demande si elles ont un rapport entre elles. Une résurgence du mythe des vampires côtoie en plein Paris, le bien cruel problème des immigrés en provenance de la Syrie, confrontés au rejet de l’extrême droite.

Mehrlicht fume toujours autant, Dossantos interpelle le lecteur car il est impossible de le détester et pourtant …, Sophie n’en finit pas d’attendre les papiers de Djibril !

Côté détente on apprécie que Daniel se mette à la magie, qu’il n’abandonne pas « questions pour un champion » et surtout et toujours ses sonneries de téléphone.

L’auteur confirme s’il était besoin, son grand talent de conteur, son don du suspense, sa qualité d’écriture et l’attachement particulier à ses personnages.

Mais ne nous trompons pas, au-delà de cette histoire qui a su me captiver, retenir toute mon attention au cours de ses 320 pages, de nombreux thèmes sociétaux actuels sont abordés : l’immigration et la théorie fumeuse du « grand remplacement », les violences conjugales, la dure réalité des services qui ont pour mission d’assurer notre sécurité au quotidien. Un bien beau bouillon de culture dans la tête de Nicolas Lebel, pour notre plus grand plaisir …

Tous mes vœux de bonne santé à Mehrlicht !
Au fait, Nicolas Lebel n’aurait-il pas une affection particulière au Père Lachaise … ?

Lu en version numérique.  14€99 

Autres extraits
« Dans la Seine, on a ça toute l’année ! En marron… Ça s’améliore, mais pour l’eau cristalline, il vaut mieux plonger aux Caraïbes ! Et puis, avec les pluies qu’on a eues en mars, le débit est anormalement élevé pour la saison, ça secoue la vase, on y voit encore moins ! Non. On a un sonar à bord qui nous renvoie sur écran les signatures vidéo des masses immergées : les carcasses de voitures, les vélos… et les corps, qu’ils soient allongés au fond de l’eau ou qu’ils flottent à la verticale. C’est souvent le cas. Des suicides ou des règlements de comptes… Les cadavres sont lestés par les pieds et balancés à la baille. Une fois, on a eu un bonhomme qui s’est jeté d’un pont, son chien en laisse attaché à un pied et une boîte à outils accrochée à l’autre. On a aussi sorti un gars qui avait un sac à dos rempli de grosses pierres… Alors, lui était allongé, conclut le major, presque déçu par cette exception. »
« En une phrase, le type avait réussi à caser tous les éléments de langage chers à l’extrême droite, et à évoquer le grand complot antifrançais sans même parler de complot. En un tour de mots, les Français devenaient les victimes des envahisseurs migrants. Derrière lui, ses troupes continuaient de lancer des pierres et des boulons sur des familles à la rue, et raillaient les premiers blessés. Droit du sol, droit du sang. Où était le droit dans ce lynchage ? Ne restait que le sang sur le sol. Encore. »
« — On va finir par croire que vous portez malheur… Si tous les flics de France tombaient sur autant de cadavres que vous, le pays serait désert en moins de deux ans ! Remarquez, je me plains, mais à ce rythme-là, je pourrais tout aussi bien ouvrir ma boîte, ma start-up ! Ma startopsie ! Startopsie, le numéro un de l’autopsie ! Vue à la télé ! Offre de lancement : deux autopsies achetées, une autopsie offerte ! Parce que vos proches ont droit à une autopsie de qualité ! »

Le prieuré de Crest de Sandrine Destombes


Le livre : Le prieuré de Crest de Sandrine Destombes.  Paru le 7 mars 2019 aux Editions Hugo Roman dans la collection Hugo thriller. 360 pages ; 19,95 € ; 14 x 21 cm

 4ème de couverture :

« Madame, je vais vos demander de sortir du véhicule, s’il vous plait. »

Le sous-lieutenant Benoit se remémorera longtemps cette scène. Aurait-il agi différemment s’il avait su ce que déclencherait ce simple contrôle routier ?

Une enfant tourmentée.

Une mère recherchée.

Une conductrice dans le fossé.

Un cadavre aux yeux énucléés.

Telle une comptine macabre, son rapport sonne le glas es jours heureux pour la ville de Crest et la fin de la tranquillité pour les habitantes du prieuré, où l’intrigante Joséphine règne sur ses protégées.

Et lorsque les Experts du Pôle Judiciaire débarquent dans la Drôme, Benoit comprend que la mort aussi s’est invitée à Crest, et qu’elle semble s’y plaire.

 L’auteur : Sandrine Destombes vit à Paris et travaille dans la production d’événements. Le Prieuré de Crest est son sixième thriller. En 2018 elle a remporté, avec Les Jumeaux de Piolenc, le Prix VSD RTL du meilleur thriller français présidé par Michel Bussi.

Pour en savoir plus sur Sandrine c’est ICI

Extrait :
« Les pieds et les mollets étaient encore recouverts de terre. Les techniciens attendaient que le légiste arrive et fasse son examen préliminaire avant de déterrer le corps méticuleusement  pour prélever d’éventuels indices. Le visage de l’homme était dans un tel état que Benoit préféra commencer par le reste. L’image des larves grouillant autour des incisions ou sortant des oreilles de la victime était encore trop présente pour qu’il veuille s’y attarder. »

 

  L’accroche de Miss Aline :

Le prieuré de Crest, Sandrine Destombes

Du haut de tes huit ans, tu n’as pas mesuré les répercussions que pouvaient avoir  tes paroles Léa. Au cours d’un contrôle routier tu dis au sous lieutenant Benoit que la conductrice n’est pas ta mère. Quelques mots jetés et le drame se produit.

Qui es-tu Léa pour susciter autant de mystère, de convoitises, de violence ?

Qui sont toutes ces femmes qui gravitent autour de toi ?

Les Experts commandé par le capitaine Daloz vont avoir fort à faire pour retrouver cette enfant et l’identité de la conductrice. D’autant qu’un fugitif va refaire surface et pas au mieux de sa forme.

Une course contre la montre débute pour retrouver Léa et comprendre son histoire.

Sandrine Destombes nous place une nouvelle fois au sein d’une enquête complexe. Beaucoup d’interrogations, de pistes, de rebondissements. Chose étrange il y a beaucoup de femmes impliquées dans cette intrigue. Quant aux hommes ou ils enquêtent ou ils tombent comme des mouches. Et des mouches, larves et autres bestioles,  il va y avoir beaucoup !

Une fois n’est pas coutume, les protagonistes sont forts avec des personnalités complexes qui intriguent. L’individu portant en permanence des masques selon le public qui lui fait face.

Des révélations qui viennent compliquées encore l’enquête et notre cerveau de lecteur. Avec Sandrine Destombes à chaque roman, on entre dans un labyrinthe vers la vérité. Attention à prendre le bon virage !

Un très bon moment livresque offert par les Editions Hugo thriller et par Sandrine Destombes que je remercie à nouveau pour sa gentille dédicace.

Bonne lecture.

Les indésirables de Diane Ducret


Le livre : Les indésirables de Diane Ducret. Paru le 1er mars 2017 chez Flammarion dans la collection littérature française. 19€90 ; (312 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv :

Les indésirables

Nous avons ri, nous avons chanté, nous avons aimé. Nous avons lutté, mon amie, c’était une belle lutte. Je me suis sentie plus vivante à tes côtés que je ne le fus jamais.

Un cabaret dans un camp au milieu des Pyrénées, au début de la Seconde Guerre mondiale.

Deux amies, l’une aryenne, l’autre juive, qui chantent l’amour et la liberté en allemand, en yiddish, en français… cela semble inventé ! C’est pourtant bien réel. Eva et Lise font partie des milliers de femmes « indésirables » internées par l’État français. Leur pacte secret les lie à Suzanne « la goulue », Ernesto l’Espagnol ou encore au commandant Davergne. À Gurs, l’ombre de la guerre plane au-dessus des montagnes, le temps est compté. Il faut aimer, chanter, danser plus fort, pour rire au nez de la barbarie.

À la façon d’une comédie dramatique, Diane Ducret met en scène le miracle de l’amour, la résistance de l’espoir dans une fable terrible et gaie, inspirée d’histoires vraies.

 

photo_roberto_frankenberg_copyright_flammarion

L’auteur : Diane Ducret, est née à Anderlecht (Belgique) le 17 novembre 1982. Normalienne, historienne, philosophe et journaliste, Diane Ducret, alors qu’elle n’a pas 30 ans, a animé le Forum de l’histoire sur la chaîne Histoire, et réalise des documentaires pour l’émission « Des Racines et des ailes ».
En 2011, elle sort son premier livre, « Femmes de Dictateur », best-seller en France et traduit dans vingt langues. Un second tome paraît en 2012.
En 2013, elle publie « Corpus Equi », prix du premier roman à La Forêt des livres, coup de cœur de l’émission Le Masque et la Plume, un roman autobiographique véritable ode au cheval et à la liberté.
Elle publie en 2014 un essai sur le sexe féminin, « La Chair interdite » aux éditions Albin Michel.
En 2015, elle publie aux Éditions Perrin / Plon un ouvrage intitulé « Lady Scarface » qui raconte les destins croisés de femmes de gangster de la pègre américaine.
En janvier 2017, elle publie chez Pocket « Les Marraines du Crime », un ouvrage dans lequel, à partir d’archives déclassifiées, de journaux de l’époque, d’entretiens avec des descendants et de documents inédits, Diane Ducret dévoile l’intimité de ces femmes gangsters américaines durant les années folles.
En mars 2017, elle publie aux Editions Flammarion « Les indésirables ». Dans cet ouvrage, Diane Ducret nous raconte l’histoire du camp de Gurs dans les Pyrénées-Atlantiques.

 

Extrait : 
« – Nous vous envoyons trois mille femmes à interner. Allô ? Allô ? »
Au téléphone, l’attaché du cabinet du général Héring attend une réponse de la part du commandant. Au bout du fil, rien qu’un silence, puis, à peine plus fort, la chute d’un corps sur la laine d’un tapis. Le chef d’escadron Davergne, pris de stupeur, est tombé de sa chaise. Le nombre exorbitant résonne encore dans sa tête tandis qu’il recoiffe ses cheveux bruns ondulés d’une main et replace de l’autre ses petites lunettes rondes sur son nez, juste au-dessus de la moustache triangulaire qui relie équilatéralement chacune de ses narines aux extrémités de sa bouche. Sur la joue du jeune commandant de trente-cinq ans s’épanouit un grain de beauté. Il s’est vu confier la direction du camp depuis quelques mois seulement. »

 

Le post-it de Ge

Les indésirable de Diane Ducret

Mai 40, sur l’ordre du gouvernement français, près de 5000 femmes sans enfant sont entassées au Vélodrome d’Hiver à Paris. Pour la plupart des réfugiées. Beaucoup ont fui la guerre et le régime nazi en Allemagne.

Le Vel d’Hiv, tristement célèbre  pour sa rafle survenu deux ans plus tard en 42. Cette terrible rafle où plus de 13 000 juifs seront rassemblés sur décision du régime de Vichy en vue d’être déportés dans les camps de la mort.

Mais déjà en 40, la France était à la botte de Berlin.

Un peu plus tard une partie de ses femmes seront internées à Gurs dans les pyrénéens, dans un camp de détention français.

Un épisode mal ou pas connu de l’histoire de la France.

Ces femmes que l’on nomme « Les Indésirables » sont parquées là dans des conditions sanitaires terribles. Il y avait des Polonaises, des Belges, des Autrichiennes, des Allemandes, des Alsaciennes, juives et non-juives.

 Eva et Lise, deux amies  sont deux de ces indésirables. Elles sont internées là, ensemble par l’Etat français dans un camp au beau milieu des Pyrénées.

Il y a les brimades, il y a la faim, la dysenterie et la boue et les abus. La violence voire le viol. Il y a aussi les hivers et le froid. Et pourtant…

Pourtant ces indésirables ont compris que pour survivre il va falloir être désirable.

Et un jour le commandant du camps décide de leur offrir un piano. Oh ce n’est sans doute pas par pure bonté d’âme, non il a des choses qui pèsent sur sa conscience le commandant Davergne.

 Aussi ce simple piano va redonner l’espoir à ses femmes. Et avec l’espoir, la joie va revenir. Elles créent un cabaret, elles chantent et dansent l’amour et la liberté en allemand, en yiddish et en français. Un peu d’insouciance.

A travers Lise et Eva, l’auteur nous conte aussi une formidable histoire d’amitié. Eva l’aimé est née dans une famille bourgeoise allemande, mais pour échapper à l’idéologie galopante qui gangrène son pays et trouve écho dans sa famille, elle fuit vers la France, ce pays des droits de l’homme. Lise, elle a à peine trente ans quand elle se retrouve à Gurs. Elle habitait Berlin, mais pour une jeune femme juive, la vie n’était plus possible en Allemagne et quand en 1933 les premiers signes annonciateurs de l’horreur ont frappé le commerce de ses parents, elle a préféré se réfugier à Paris.  Croyant trouver la paix en France. Et voilà que 7 ans plus tard le gouvernement français, on est pas encore sous le régime de Vichy, ordonne aux ressortissants étrangers de se regrouper pour ensuite les parquer.

Enfin revenant à notre histoire. Diane Ducret met en scènes ces femmes, ces héroïnes, qui vont tout faire pour maintenir un peu d’humanité dans leur épouvantable détention. Elles vont nous parler d’amour, d’espoir, de vie simplement. Quoi de plus fort que la vie dans ce trou infâme dédié à la mort.

Ce que j’ai aimé aussi c’est que l’auteur laisse passer un peu de luminosité dans cet univers très noir. Qu’elle mette en lumière la solidarité, l’entraide, la compassion  que ces femmes ont l’une envers l’autre.

Le piano ne fait pas que redonner espoir à nos Indésirables, il nous tire des sourires, des larmes et parfois aussi des éclats de rire.

Bravo à Diane Ducret pour ce travail de documentation, et ce formidable travail d’écriture et de mémoire.

 

Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet


Coucou mes polardeux,

Souvenez vous lors de la présentation de notre bilan je vous parlais de quelques nouvelles rubriques sur Collectif Polar.

Et bien en voilà une : « Le jour décalé »

 

Nous allons, sous une forme ou une autre parler plus d’autres genres de fiction ou encore vous présenter des livres documentaires. Plus de littérature blanche., plus de BD… On vous présentera peut-être même des films, des séries. Bref des articles sans vraiment de rapports avec le polar quoique…


Le livre : Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Paru le 13 septembre 2018 chez Zone. 18€ ; (231 p.) ; 21 x 14 cm. ISBN : 9782355221224

4e de couv : 

Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?
Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante — puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant — puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.
Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.
L’auteur :  Mona Chollet, née à Genève en 1973, est une journaliste et essayiste franco-suisse. Après une licence en lettres à Genève, elle a étudié le journalisme à École supérieure de journalisme de Lille. Elle vit aujourd’hui à Paris. Journaliste (Le Monde diplomatique), elle anime également le site de critique culturelle « Périphéries ». Elle est notamment l’auteure de Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine et de Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (Zones, 2012 et 2015). Site personnel Périphérie

 

Extrait :
Il reste que, face aux femmes volontairement sans descendance, on brandit toujours cette menace : « Un jour, tu le regretteras ! » Cela traduit un raisonnement très étrange. Peut-on se forcer à faire quelque chose qu’on n’a aucune envie de faire uniquement pour prévenir un hypothétique regret situé dans un avenir lointain ? Cet argument ramène les personnes concernées précisément à la logique que nombre d’entre elles cherchent à fuir, cette logique de prévoyance à laquelle incite la présence d’un enfant et qui peut dévorer le présent dans l’espoir d’assurer l’avenir : prendre un crédit, se tuer au travail, se soucier du patrimoine qu’on lui léguera, de la façon dont on paiera ses études… (p. 120-121)

 Le post-it de Geneviève

 Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet.

Ici tout est dit dans le résumé

La journaliste interroge le lien entre la figure de la sorcière dans l’Europe de la Renaissance et les représentations et préjugés contemporains sur la femme indépendante, âgée ou sans enfant. Elle aborde la relation de cause à effet entre la chasse aux sorcières et le rapport guerrier qui s’est développé à l’égard des femmes et de la nature.

En effet ce livre n’est point un ouvrage sur la sorcellerie mais bel et bien un livre sur la condition féminine à travers les âges.

Comme la société, les sociétés, la religions a bafoué le statut de la femme la reléguant en sous homme. On le voit ici, plus une femme s’affirme, plus elle est malmené par les hommes. Si elle est libre, autonome, indépendante, sans attache et sans enfant, si elle est forte, instruite, débrouillarde, elle ne peut qu’être mauvaise, néfaste, sorcière !

Et malheureusement ce constat fait à travers les siècles est encore bien d’actualité.

Non, ne me traitez pas tout de suite de féministe attardée, lisez plutôt cette étude passionnante de Mona Chollet et on n’en reparle après !

Ce livre vient de recevoir le  Prix de l’essai Psychologies-Fnac 2019

Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel


Le livre : Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel – Paru le 22/03/2018 – éditions Belfond dans la  collection Thrillers .21.90 €  –  (744 pages) ;  22 x14  cm.               epub 14.99 €

 4ème de couverture :

Maman disait de moi que j’étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Ce que maman a oublié de dire, c’est que les anges qui tombent ne se relèvent jamais.
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés. Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude.
Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer.
Une rencontre va peut-être changer son destin…

Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

L’auteur : Karine Giébel est une auteure française de romans policiers, ou plus précisément de thrillers psychologiques.
Après des études de droit et l’obtention d’une licence, elle cumule de nombreux emplois dont celui de surveillante d’externat, pigiste et photographe pour un petit journal local, saisonnière pour un Parc National ou encore équipier chez McDonald.
Elle intègre ensuite l’administration. Elle est actuellement juriste dans la fonction publique territoriale et s’occupe des marchés publics au sein d’une communauté d’agglomération.
Elle publie deux premiers romans, Terminus Elicius (Prix Marseillais du Polar 2005) et Meurtres pour rédemption, dans la collection « Rail noir » aux éditions La Vie du Rail en 2004 et 2006.
Les Morsures de l’ombre, son troisième roman, a obtenu le Prix Polar du festival de Cognac en 2008 et le Prix SNCF Polar 2009.
En huit romans, souvent primés, elle s’est fait une place à part dans le thriller psychologique.
Juste une ombre, paru au Fleuve Noir en mars 2012, a reçu le Prix Marseillais du Polar et le Prix Polar du meilleur roman français au Festival Polar de Cognac. En 2013 c’est Le purgatoire des innocents puis Satan était un ange en 2014
En mars 2016, paraît son 9ème roman : De force.
En mars 2018, paraît chez Belfond son dernier roman : Toutes blessent la dernière tue.
Ses romans sont traduits en 9 langues (allemand, italien, néerlandais, russe, espagnol, tchèque, polonais, vietnamien et coréen). Juqu’à ce que la mort nous unisse paru en 2009, adapté au cinéma, devrait sortir prochainement.
Extraits :
« Je suis sur la mauvaise pente, je n’ai pas fait les bons choix. Je sais que j’avance sur des chemins dangereux, bordés de ravins vertigineux. Il serait si facile de chuter… Et de ne jamais remonter.
Mais je veux du danger, de la vitesse, du fric. Je veux de l’excès, de la violence en tout. Je veux le pouvoir.
Frémir à chaque instant, ne pas savoir si la journée qui commence sera la dernière ou si je verrai mes quatre-vingts ans.
Parce que vivre, c’est ça. Vivre, c’est avoir peur, avoir mal. Vivre, c’est risquer. Vivre, c’est rapide et dangereux.
Autrement, ça s’appelle survivre.
Toute mon enfance, j’ai survécu. Désormais, je veux vivre. Ou mourir.
Quand je regarde Tama, tous ces sentiments me frappent la tête.
Je l’ai sauvée et elle dépend entièrement de moi. Je peux la protéger et même la rendre heureuse.
Mais je pourrais aussi la détruire, l’asservir.
Je ressens une puissance absolue. Ainsi qu’une terrible charge sur mes épaules.
Dans ma tête, c’est un drôle de mélange. Presque un carambolage.
Quand je regarde Tama, je ne sais plus qui je veux être. Qui je veux devenir. »

  

La chronique jubilatoire de Dany

Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel

« Vulnerant omnes, ultima necat.

Toutes les heures m’ont blessée, la dernière me tuera. »

Toute classification de ce thriller serait inexacte … disons qu’il s’agit d’une étonnante histoire d’amour, cruelle et haletante, en milieu hostile. Mais au-delà de cela, ces 740 pages sont surtout un manifeste contre l’esclavage moderne, qu’il soit domestique ou sexuel. Tama est à l’image de ces toutes jeunes enfants déracinées, confiées à des familles métropolitaines sans scrupules et soumises à l’exploitation la plus ignoble, celle qui frappe des faibles vendues par leurs familles, elles aussi victimes du mensonge … Ne nous leurrons pas … cet asservissement frappe à côté de chez nous et ne sommes-nous pas complices du fait de ne pas vouloir voir ?

Quelques rares moments de répit au cours des errances de Tama peuvent laisser espérer une issue positive, c’est cependant bien une aventure humaine, cruelle et  haletante que nous allons vivre avec les petits braqueurs ratés, les voitures de luxe et les trafics en tous genres.

Karine Giébel met tout son talent de conteuse au service du suspense qui entoure cette intrigue, sur deux tableaux, deux temporalités différentes mais imbriquées qui permettent au lecteur de découvrir le passé de Tama. Avec ce récit aussi fort que Meurtres pour rédemption, sans aucun doute Tama restera au panthéon de ses personnages emblématiques, au même titre de Marianne.

Lu en version numérique.

Extrait 2
« Hier, j’ai lu un article sur le tourisme sexuel. Des enfants, des petites filles, atrocement exploités. En refermant le quotidien, je me suis dit que j’avais eu de la chance, finalement. Moi, je n’ai servi que de bonne, de servante alors que d’autres finissent dans des bordels. J’ai échappé au pire.
Oui, j’ai eu beaucoup de chance, quand j’y songe.
J’ai également découvert Internet. De temps en temps, je m’y connecte lorsque Izri laisse son ordinateur portable à la maison. La Toile est si vaste que je m’y perds pendant des heures. Izri m’a prévenue que c’était moins fiable que les livres, mais j’y ai appris des choses étonnantes. Il y a quelques jours, j’ai lu une citation d’Anatole France qui m’a bousculée.
Mieux vaut la liberté dans les enfers que l’esclavage dans les cieux. »

 

esclavage moderne, éducation, séquestration, vengeance, violence, femmes, amour, prison, maltraitance

Photos en PJ :

Extrait 3 et 4  :
« Toutes blessent, la dernière tue.
Toutes les heures blessent, la dernière tue.
Aujourd’hui, je comprends à quel point c’est vrai. Je n’ai pas encore dix-sept ans et j’ai connu la servitude, les humiliations, les insultes, les brimades. On m’a frappée, si fort que j’ai failli mourir. On m’a planté un clou dans la main, privée de nourriture. Privée de tous mes droits. Mejda m’a violée. Greg me viole tous les jours.
Et je n’ai pas encore dix-sept ans.
Mais le plus terrible, c’est le mensonge.
On a menti à mon père. On a menti à Izri.
Menti à ceux que j’aime le plus pour leur faire croire que je suis mauvaise.
Mon père est parti en pensant que j’étais une ingrate, que je l’avais trahi. Il est parti sans connaître la vérité. Qu’en sera-t-il d’Izri ?
Les heures à venir me blesseront-elles plus encore ? »
  
« Elle était la voix de l’horreur, de l’indicible et de l’intolérable.
La voix des esclaves.
À cette seconde, terrible, Tayri était toutes les femmes blessées, torturées. Elle était leur douleur, leur souffrance, leur courage. Leurs larmes et leur désespoir.
Tayri était l’enfance bafouée, volée, abandonnée.
Elle était les échines courbées, les rêves brisés, les détresses silencieuses, les longues nuits de solitude.
Elle était les appels au secours qu’on n’écoute pas, les cris qu’on n’entend plus.
Tayri était le monde tel qu’il est, tel qu’on refuse pourtant de le voir.»

Une femme entre nous – Greer Hendricks et Sarah Pekkanen


Le livre :  Une femme entre nous  de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen.  Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner. Paru le 24 mai 2018 chez Sonatine.22€ (453 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv : 

Plus qu’un roman : un événement !

En ouvrant ce livre, vous allez imaginer beaucoup de choses.

Vous allez penser que c’est l’histoire d’une femme délaissée par son mari. Vous allez croire qu’elle est obsédée par la maîtresse de celui-ci, une femme plus jeune qu’elle.

Enfin, vous vous attendrez à une histoire classique de triangle amoureux. Un conseil : oubliez tout ça !

Jamais vous ne pourrez imaginer ce qui se cache derrière les apparences, ni anticiper les multiples rebondissements qui émaillent ce livre.

À la façon de Gillian Flynn, Greer Hendricks et Sarah Pekkanen ont élaboré ici une construction inédite, littéralement diabolique, afin de nous faire éprouver l’usure du couple, l’espoir et le désespoir des femmes, à l’aide de personnages bouleversants et d’une intrigue captivante. Best-seller depuis sa sortie aux États-Unis, bientôt traduit dans plus de trente pays, ce roman phénomène est en cours d’adaptation cinématographique par la société de production de Steven Spielberg.

Les auteurs : Greer Hendricks a travaillé pendant vingt ans comme éditrice chez Simon & Schuster.
Titulaire d’un master en journalisme de l’Université Columbia, ses écrits ont paru dans The New York Times et Publishers Weekly.
Elle vit à Manhattan avec son mari et ses deux enfants.
Sarah Pekkanen est américaine . Elle est née à New York et elle est journaliste et romancière. « Une femme entre nous » (The Wife Between Us, 2018), co-écrit avec Greer Hendricks, est son premier roman.
Extrait :
Nous avons tous au plus profond de notre cerveau reptilien une alarme qui nous prévient en cas de danger. Je suis sûre que vous l’avez entendue retentir, ces derniers temps, et que vous n’en avez pas tenu compte. J’ai fait pareil. Vous avez trouvé des excuses. Moi aussi. Alors je vous en prie, quand vous serez seule, écoutez cette alarme. Avant notre mariage, il y a eu plusieurs indices que j’ai choisi d’ignorer, plusieurs hésitations que j’ai balayées d’un revers de la main. Ne faites pas la même erreur que moi.

 

A travers les goggles de Cendrine

 

« Cherchez la femme, car elles sont au centre de toutes les affaires » disait Joseph Fouch, le fin limier popularisé par Alexandre Dumas.

Qui est donc cette femme entre nous ? Maitresse cachée ? Femme bafouée ? Sœur trop aimante ?

Voici le jeu auquel nous convient ces deux géniales auteures dans une partie à trois manches au long de laquelle le lecteur est renvoyé de révélations en rebondissements comme une balle de ping-pong.

Et quand vous pensez avoir compris où vous mène le récit, il part dans une autre direction, échec et mat.

Un jeu de piste absolument jouissif qui détonne dans le monde des polars et thrillers aux mécaniques de suspens bien huilées. Trop huilées, trop souvent. Ici, pas de scénario joué d’avance, pas de final autour des révélations du méchant, pas de policier déprimé, ni de commissariat débordé, ni même de scène de découpage de corps, d’ailleurs il n’y en a pas, de corps.

Voici un polar de la plus belle eau noire, un thriller psychologique des plus retors, sans le moindre mort, le moindre policier, pas l’ombre d’un insigne à l’horizon ni même d’un gyrophare, pas de juge non plus, pas de légiste, ni même de journaliste menant l’enquête. En fait il n’y a pas d’enquête.

A moins que…

A moins que ce ne soit le lecteur qui mène l’enquête.

A moins que ce ne soit le couple, cette illusion entretenue par le mariage, qui s’étale sur la table d’autopsie, crachant l’amour négligé, bafoué, manipulé, par tous ses pores. Un corps à bout de souffle, disséqué jour après jour jusqu’à l’hémorragie finale.

A mettre entre les mains de toutes les femmes.

Hématome de Maud Mayeras


Le livre : Hématome de Maud Mayeras. Paru le 5 avril 2006 chez Calmann-Levy – collection Calmann-Levy suspense.  18€25 ; (278 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche le 4 juillet 2010  chez Le Livre de Poche dans la collection Le livre de Poche, Thriller n° 30910 . 6€90 ;  (312 p.) ; 18 x 11 cm. Nouv. présentation    

4ème de couverture :

Une jeune femme se réveille péniblement dans une chambre d’hôpital. Elle ne sait ni qui elle est, ni pourquoi son corps la fait autant souffrir : sa mémoire est comme effacée. A son chevet, Karter, son compagnon. Effondré, il apprend à la jeune femme qu’on l’a agressée, puis violée. Il fera tout pour lui redonner le goût de vivre. Dès sa sortie, Emma, assaillie par des flashs terrifiants, tente de reconstituer le puzzle de sa vie. Les questions se suivent et les zones d’ombre apparaissent : qui l’a agressée alors qu’elle attendait un enfant ? Elle dirigeait une affaire prospère ; quel grand malheur a mis un terme à sa carrière ? Son frère et sa mère sont morts ; pourquoi le silence la sépare-t-elle de son père depuis toutes ces années ? Bribe par bribe, les souvenirs ressurgissent, sans apporter compréhension ni réconfort. Emma croise des personnages de plus en plus inquiétants et la mort semble peu à peu tout recouvrir autour d’elle, telle la neige qui prend doucement possession de la ville.
Le mystère s’épaissit pour brutalement exploser dans un dénouement aveuglant, comme un flash dans l’obscurité.

L’auteur : Maud Mayéras est née le 06 octobre 1981 à Limoges où elle vit encore. Son premier thriller « Hématome, » paru aux éditions Calmann-Lévy dans la collection Suspense en 2006, a pour sujet principal la dénonciation des violences faites aux femmes.
Il avait été très remarqué lors de sa sortie : finaliste Prix Polar SNCF 2006, Prix des Limbes pourpres 2006 et Prix Griffe noire du meilleur thriller de poche 2008.
Sept ans plus tard, son second roman intitulé « Reflex » (2013), est édité aux éditions Anne Carrière.
« Lux » est publié aux Éditions Anne Carrière le 6 octobre 2016.
Extraits :
“Le jeune homme au bec-de-lièvre bascule légèrement en avant et une mèche épaisse tombe sur son front. Il lève les yeux vers moi et son regard gris me rassure. Son visage hâlé se dessine tout autour en traits fins, comme un tableau. Un tableau déchiré en plein milieu.
[…]
En y regardant de plus près, son visage n’est pas si monstrueux. 
On dit que chaque enfant, juste après sa naissance, rencontre l’Ange du silence. Chaque enfant naît omniscient. Il connaît tout de la vie, de la mort, du monde humain, animal, végétal. Tout. L’Ange du silence, à l’instant où l’enfant va pousser son premier cri, glisse son index sous son nez, et étend le mouvement jusqu’à ses lèvres. À ce moment précis, l’enfant oublie tout.
Son ange à lui a un peu dérapé, voilà tout.”

La chronique Jubilatoire de Dany

Dérangeant, touchant, réaliste et tellement bien mené … cette reconstruction d’Emma après le viol qui a causé en plus la mort de son futur bébé … On sent le suspense se développer au fil des pages pour finir en horreur absolue. le deuxième roman que je lis (après “Reflex”)de cette auteure à « ranger » aux côtés de Claire Favan … Maud Mayeras nous balade avec nos évidences pour mieux nous perdre … Et dire que chacune d’entre nous aurait pu être à sa place, le lecteur infiltre sa conscience et tremble avec Emma

“Karter retire son bras si rapidement que son geste en devient presque brutal. Qu’est-ce que tu caches Key ? Que faut-il que je ne voie pas ?
– Il est magnifique. Mais… pourquoi une Reine rouge si effrayante ?
– C’est mon démon, elle est cachée sous mon bras. Je ne la vois pas, mais je sais qu’elle est là. Comme les ailes dans ton dos. Et comme ce truc…
Il touche la cicatrice sur ses lèvres.
– Ce foutu bec-de-lièvre a gâché ma vie entière. Toi seule m’as regardé. Toi seule as vu qui j’étais vraiment.
Alors, à mon tour je caresse sa peau abîmée. Je retrace le sillon épais, de son nez à sa bouche.
– Gamin, je me suis réfugié dans les bandes dessinées, dans les contes de fées. Pour oublier le monde autour, les moqueries et le regard des autres enfants. Tu es la seule qui soit passée au travers de la carapace que je m’étais forgée pendant des années. La seule à avoir essayé. La seule, Emma.
Ses yeux sont rougis de larmes. Mes doigts courent sur son visage, doucement. Amoureusement. J’aimais cet homme.”

La Demoiselle des tic-tac de Nathalie Hug


Le livre : La Demoiselle des tic-tac de Nathalie Hug. Paru le 14 mars 2012 aux Editions Calmann-Lévy.  15€ ; (200 p.) ; 22 x 14 cm

Réédité en poche chez Le livre de Poche le 29 janvier 2014.   6€10 ; (158 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

Rosy et sa mère ont quitté Ludwigshafen en 1937 pour une vie meilleure en France, dans un petit village de Moselle. Or, personne n’a oublié l’annexion de 1871 et rares sont ceux qui leur tendent la main. Il est vrai que Mutti admire Hitler, méprise les curés, les Juifs et les fonctionnaires, et que Mein Kampf est son livre de chevet… Pour Rosy, dix ans, la vie n’est pas drôle tous les jours.

Quand, en 1940, Hitler s’empare de la Moselle, leurs conditions de vie s’améliorent. Pas pour longtemps. Entre novembre 1944 et mars 1945, alors que les Alliés pilonnent la région, Rosy et sa mère se terrent à la cave. Pour tenir, Rosy se raccroche à ses souvenirs, avec de maigres provisions et pour toute compagnie une petite poule et de drôles d’araignées aux pattes fines, que son oncle Edy, qu’elle aimait comme un père, surnommait les tic-tac.

 

L’auteur : Nathalie Hug est né  en 1070 et a veçu dans l’est de la France. Elle a écrit plusieurs livres avec Jérôme Camut. La Demoiselle des tic-tac, son deuxième roman solo, confirme le talent d’un auteur qui nous avait bouleversés avec son conte moderne, L’Enfant-rien.

 

Extrait : 
Ses doigts crispés sur mon bras, Mutti halète en scrutant les rues désertes, les papiers qui virevoltent dans la fumée noire, les silhouettes fugitives, les volets claqués à la hâte. Je sens le coeur de Mutti cogner contre ma joue, ses doigts refermés sur mon bras meurtrissent ma chair, mais ce n’est rien en comparaison des mots que ces hommes nous ont crachés à la figure : nous sommes deux sales boches, tout juste bonnes à crever.

La Kronik d’Eppy Fanny

La Demoiselle des tic-tac De Nathalie Hug Editions Calmann-Lévy

Ce second roman de Nathalie nous entraîne dans le département de la Moselle, département meurtri, tantôt Allemand, tantôt Français, où l’annexion de 1871 a laissé des traces.

Il ne fait pas bon y être Allemand dans cette Lorraine qui n’oublie pas.

Cette histoire est celle de Rosy et de sa mère. Elles ont dû quitter l’Allemagne en 1937 pour s’installer dans ce village de Moselle au sein de la famille du père de Rosy. Village et famille ne veulent pas d’elles. Sauf peut-être l’oncle Edy.

L’intégration ne se fait pas.

Mutti la mère de Rosy vénère Hitler et a pour bréviaire Mein Kampf. Rosy a été éduquée aux Jungmädel et à la BDM (Bund Deutscher Mädel – Équivalent des Jeunesses Hitlériennes pour les filles).

En 1940 leur sort s’améliore lorsque les armées Hitlériennes s’emparent de la Moselle. Mais, dès 1944, les alliés pilonnent la région et elles doivent se terrer dans cette cave qui devient leur univers.

Le roman décrit tous les travers humains : les mensonges, les secrets de famille et leurs dégâts sur les enfants.

Les comportements humains engendrés par la peur, sentiment qui favorise si bien la haine.

Ces comportements nous questionnent sur la façon dont nous nous serions comportés dans cette époque troublée et ces circonstances.

Rosy, seule, dans cet espace réduit, repasse dans sa tête les diverses périodes de sa courte existence, les bons comme les mauvais, avec pour seule compagne sa poule « Cosette », de maigres provisions et ces fameuses tic-tac qui la terrorisent.

Des lettres trouvées et certains mensonges volent en éclat.

Puis vient l’acceptation, le renoncement, et enfin, la peur s’envole.

Rosy – Page 53 (extrait)

« Quelque part à côté de moi, une tic-tac tressaille dans le jeu d’ombre et de lumière. Je pousse un cri, les doigts suspendus au-dessus de mon clavier de fortune. Hypnotisée par le monstre, je regarde ses longues pattes s’agiter en tous sens, son corps oblong et sa tête minuscule. Des frissons de dégoût picotent ma nuque. »

Un récit bouleversant de justesse comme la plume de Nathalie sait si bien nous offrir.

Je ne peux que vous encourager à découvrir cette Demoiselle des tic-tac et toutes les émotions que son récit nous offre.

Nathalie, je te remercie de l’émotion supplémentaire que tu m’as procurée à la lecture de ta dédicace pour ton grand-père Eddy. Elle m’a renvoyé au mien…

Je te souhaite de trouver, lorsqu’il sera l’heure, un magnifique jardin au 32, rue du Soleil.

1 rue des petits pas de Nathalie Hug


 Salut les polardeux,

Sur Collectif Polar c’est tous les jours la journée de la femme.

Ce n’est pas les flingueuses qui me contrediront.

Mais en ce 8 mars, nous tenions, je tenais à rendre hommage au courage des femmes à travers deux romans que j’ai adoré de deux auteures que j’aime profondément.

Aussi pour bien commencer cette journée, nous vous proposons la chronique du 3e roman solo de Nathalie Hug.

Le livre :  1, rue des petits-pas de Nathalie Hug . Paru le 5 février 2014 chez Calman Levy. 18€90 (345 p.) ; 22 x 14 cm.

Réédité en poche  le 1er avril 2015 chez Le livre de poche.  7€60 ; (401 p.) ; 18 x 11 cm

 

4e de couv : 

Lorraine, hiver 1918-1919. Dans un village en ruines à quelques kilomètres du front, une communauté de rescapés s’organise pour que la vie continue.

Louise, seize ans, est recueillie au 1, rue des Petits-Pas par une sage-femme qui va lui transmettre son savoir : accoucher, bien sûr, mais aussi lire et écrire, soigner les maux courants et, enfin, être l’oreille attentive de toutes les confidences. Mais dans ce village ravagé par la guerre et isolé du monde, les légendes nourrissent les peurs, et la haine tient les hommes debout. Ces peurs et cette haine, Louise va devoir les affronter car elle exerce son art dans l’illégalité, élève un enfant qui n’est pas le sien, aime un être qu’elle n’a pas le droit d’aimer, et tente de se reconstruire dans cet univers où horreur et malveillance rivalisent avec solidarité et espoir.

Avec 1, rue des Petits-Pas, Nathalie Hug compose avec talent un magnifique roman d’apprentissage, d’une sincérité et d’un réalisme bouleversants.

 

L’auteur : Nathalie Hug  est née  à Nancy en 1970. Elle a grandi en Lorraine. 1, rue des Petits-Pas est son troisième roman, après L’Enfant-rien et La Demoiselle des tic-tac, publié chez Calmann-Lévy. Elle est écrivain et scénariste et depuis 2004 elle publie en association avec son mari Jérôme Camut des thrillers et des romans d’anticipation. Son premier roman en solo est publié en 2011.
Extrait :
Les hautes bâtisses de la Malaumont se détachèrent de l’obscurité à la faveur d’un rayon de lune. Reliées entre elles par un porche surmonté d’un pigeonnier, les tours carrées ressemblaient à une bouche prête à m’engloutir. Des dizaines de pigeons en surgirent dans un fracas d’ailes, mêlant des plumes aux flocons de neige.
Surprise, je lâchai les bras de la carriole. Le corps de Jehanne tressauta. Une rafale tourbillonnante souleva une poignée de cristaux de glace qui scintillèrent brièvement, et le ciel se dégagea sous le souffle de vent, nimbant les massifs contours d’une étonnante clarté.
Je louai la lune de m’éclairer ainsi, alors que je passais sous le porche, car il n’était de pire endroit à des kilomètres à la ronde.
Une légende locale disait que des siècles plus tôt, une vouivre nommée Lusiane était devenue femme pour l’amour d’un architecte du bourg. Mais leur histoire avait connu un tragique épilogue et depuis, le monstre hantait le moulin où nous abandonnions les cadavres, faute de savoir qu’en faire.

 

Le OFF de OPH

 

Eppy FannyGeneviève et Stef m’avaient pourtant prévenue…
Mais quelle émotion, quelle sensibilité dans les mots de Nathalie.
En ouvrant le « 1, rue des Petits Pas », je ne pensais pas vivre au fil des pages une telle immersion au point de me sentir habitante de ce petit village de Lorraine qui tente de reprendre vie au cours de l’hiver 1918.
Dans ce village en ruine, proche du front, les rescapés survivent et s’organisent. Louise a 16 ans, battue, violée, elle est recueillie par Anne, une sage-femme, qui pratique tant les accouchements « physiques » que la maïeutique.
Auprès d’Anne, Louise va tenter de se reconstruire, de soigner, en toute illégalité, les maux des autres femmes du village.
Dans un village coupé de tout, qui a souffert de la Guerre, la haine et la violence s’opposent à l’espoir et à la solidarité…
Au fil des pages, j’ai fait corps avec ses femmes qui, au travers de leurs histoires, m’ont rappelé la chance que j’avais de vivre dans une société où la Femme, même si elle n’est pas encore l’égale de l’homme dans ses droits, n’a plus à souffrir autant de ne pas être née homme.
Ce petit bijou de Nathalie Hug est une histoire de Femmes, une histoire d’abnégation, une histoire de don de soi, une histoire d’Amours…

Extrait :
J’avais grandi dans le vide de ma mère, dans le manque de tout, dans la douleur des travaux de forçat auxquels on me soumettait, dans l’euphorie de l’alcool qu’on me faisait ingurgiter pour étouffer mes pleurs quand après avoir labouré des heures, je devais passer la nuit à ensemencer les champs, courbée au-dessus des sillons.
J’avais grandi dans l’idée que la vie n’était que souffrance, et qu’il me fallait accepter ce sort, puisque tel était celui que Dieu m’avait choisi. Ce Dieu que je devais chanter le dimanche, tellement fourbue par ma semaine que je ne parvenais plus à me lever pendant la messe, quand le curé l’ordonnait. Ce même Dieu qui m’avait enlevé mes parents d’abord, puis Hortense, la frappant de la vérole, et qui nous avait livrées à des soudards, la Vieille et moi.
– Dieu me punit tout le temps, murmurai-je, il ne peut pas s’en empêcher.
– Dieu n’a rien à voir là-dedans, affirma la sage-femme. Crois-moi. Les hommes sont assez stupides pour s’entre-tuer et martyriser les femmes. Et après, on comptera les morts sur le front en oubliant toutes celles qu’on a assassinées autrement.

Alors à ce soir pour un autre roman, une autre auteure et une autre héroïne !