Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Le livre : Né d’aucune femme de Franck Bouysse. Paru le 10 janvier 2019 aux édition La manufacture de livres. 20€90 euros; (336 p.) ;  14 x 20 cm.

4ème de couverture :

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine..

 

L’auteur :  Franck Bouysse , né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

 

 

Extrait :
« Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde. »

 

Chronique d’une flingueuse

La Chronique d’Isabelle

 

 

Vous avez lu l’extrait ci-dessus ? L’écriture de Franck Bouysse s’y déploie dans toute sa puissance et sa délicatesse. Elle vous touche au cœur, vous entraîne dans son sillage. Ce livre a suscité un engouement unanime (Télérama lui attribue 3T !) que je comprends sans le partager totalement, malgré mon admiration pour l’écrivain et un plaisir manifeste à la lecture. Pourtant la nature des thèmes traités ne pouvait que me toucher : l’esclavage et la maltraitance, la violence faite aux femmes, l’enfermement.

 Né d’aucune femme est un roman choral, orchestré autour de Rose et de ses cahiers. Rose, justement. Quelle femme magnifique, qui jamais ne renonce, qui lutte et chemine dans l’obscurité, tirant son courage d’étincelles de bonheur laborieusement grapillées.

Gabriel, autre grande figure du roman, est le dépositaire d’une histoire qui le ronge. Sa silhouette croquée d’un trait sûr traverse le roman à grandes enjambées. J’avoue que ses envolées spirituelles m’ont un peu égarée.

Les autres personnages masculins ne sont pas fréquentables. Des monstres,  des faibles, des perdants. Edmond, confondant de lâcheté, Onésime, le père, écrasé par la misère au point d’en avoir le cœur étouffé et le jugement amoindri. Ses décisions enfoncent sa famille dans le drame, comme aspirée par la vase poisseuse d’un marais. Le maître de forge et le médecin, mauvais jusqu’à la moëlle, bouffis de morgue et de cruauté.

Né d’aucune femme est aussi un roman pictural. J’ai admiré la puissance évocatrice des mots. Bouysse manie avec dextérité le pinceau-brosse qui trace à grands traits la trame, noire et tordue telle un vieux sarment. Le couteau qui vient rompre l’harmonie, équarrit le récit, en tronque les rondeurs.  La soie des pinceaux fins qui révèle chaque détail, creuse les ombres, apporte de rares et précieuses touches de lumière.

Sur la toile au final, une vie qui chaque fois s’élance et chaque fois retombe, coupée dans son élan par le sort qui s’acharne. Las, cette dynamique répétitive, cette plongée lente dans le drame, cette surenchère de malheurs ont fini par me lasser. Le début du récit, volontairement énigmatique, m’a aussi déconcertée.  J’aurais voulu qu’il en soit autrement. Pas besoin des 3T pour m’en convaincre ; je sais, je sens que c’est un bon roman. Peut-être n’étais-je pas assez réceptive. Peut-être était-ce juste une question de timing, de disponibilité affective. Je le relirai un jour, pour oublier ce rendez-vous manqué.  

 

12 réflexions sur “Né d’aucune femme de Franck Bouysse

  1. Chaque roman est une rencontre unique avec un lecteur. Il n’y a pas de règle ni de recette.
    Pour moi, ce livres n’est rien de moins qu’un chef d’oeuvre de la littérature, mon chef d’oeuvre de ma littérature.
    Merci Isabelle pour ce ressenti

    Aimé par 5 personnes

    • Effectivement, Yvan. La richesse et la variété des avis sont infinies. Malgré tout, des tendances se dessinent très nettement pour ce roman, encensé partout. Je me sens un peu à contre-courant. Pour autant je ne l’ai pas détesté, et je l’ai même apprécié par certains côtés. Mais pas au point d’y adhérer pleinement.

      Aimé par 2 personnes

      • ça m’est déjà arrivé d’intellectuellement sentir que je lis un excellent livre, mais de pourtant ne pas vraiment adhérer. La lecture est une expérience personnelle. Mais oui ce livre est encensé, et je le verrais bien gagner un prix littéraire majeur

        Aimé par 3 personnes

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